‹ Malheur et pitié, suivi de La conversation, poèmesChapitre 12 sur 14 · SOMMAIRE · texte numérisé non relu

SOMMAIRE

Des ridicalesdeUconTersation qui tiennent am^ rices da cœnr. L'égoïste qui parle sans cesse de loi ; rofBcieax ^ l'indiffèrent et le Aroid interlocuteur; le babillard turbulent ; le cnriea4 ; le mf stérieam; le menienv ; le présomptueux; rhomme susceptible etombrageua; l«vd«» fiant ; le contradicteur } le Aattemr ) le raéiiealew^ lemé» disant et le b?ooiUoD ; fayaM»

CHANT DEUXIÈME

Des ridicules trop nombreux | Qui de i'enaoi sont les fôcheux complices^

y^i mis les portraiu sous vos jeux »

IJ est temps de peindre les vices.

De nos eercles pojis tjrans plus dangereux^

L'orgueil en vain le dissimule :

L«| sots et les pervers se rapprocbeol entre eux«

Le vice est ^uvenl lidiculei jO . *

Le ridicule est souvent vieieix) Dan» la sociale Kun el T^utre circule ; ^ L'um vient du earactèro p et l'autre de l'esprtU Du plaisir soeial source toujours féconde | .

L'expérience nous l'apprit ,

Le caractère ea| ^ dans le monde p X

Un pouvoir plus sâr que Tesprit^ y L'un veut qu'on Taimei et l'autre qu^on Vadmirei) L'un se fait craindre, et l'autre nous attire ; /

L'nn est ec pbospho/e briUanl Qui luit sans éenaufrer et meurt en pe'titlaiili L'autre est cette agréable et paisible lumière Qui de ses doux rayons effleure ma paupière | «

Epqre rair, féconde lea vapeurs , Dissipe de Teunul les fantAmes trompeurs , Sr répand en bienfaits sur la nalure entière ^ Dennc aux fruilaleur nectar, et leur émaii au» flcurfv J

16& lA CONVERSATIOI^

Vmm fkttft q«t pr^tMdm à pkÎM | ^ Soq^ec-j bien ; p«r la raison sivère , y Tous les torts ne iORtpas i^slem^t peifnis ; Deresprîi^iiicmèittles to^ehes sont nniis,

If aïs non pas eeux ao earaetère.

Aussi d'un ton plus gai ijusqo'tfi jansmes vers^ Pes causeurs ennujenx J ai de'erit les travers i

Mfiis dans la nouveHe earrière| Dont ma muse i rofjfrèt a fratteU la l^frièHI| Que de pn^ientioA^ de viees, dd d/fctits .

Voni attrîstermiHi ^ur el tioifeiï» meâ làbleàtit} ^

Je vois d'iei le nombre Drffianee , ^

La Folle WûfiUii U ftèîde l&»ouelatfeè| ^ L'Esprit inatlenlif et TEspril cùrfeuît^ /

|?Iiidlàe»et^|eM)rstéHeux,

Surtout Todieus Egoïste, j)

Pu bonheur social h Beati fç plus tfPta* ^

Voyez ce mortel orgueilleux .

Pe la sbaiffté tytan hnplrieux j

Devant lui laha eèàse en çxUse t

A tout propos J daoft chaque phrase»

Le mo< r^p;aa«t /le moi tainqqeùr/—-— ^-^ Est dans sa bouche ainsi qnë d^ns son téb^fi ^ U 11^4 point et sujet, il n'est point de in«*J*«?i Quelque Attitf^ qiilt soit, ou de quelque mtiilèfè Le «o« ne reparaisse avec tout son'cfinui; Il compana , fl raj^përle, amène tnut è lui.

Lea grands seigneiifs^ léssuliéltemël,

L£ii fdpubliques et lés roji y Les|rrands et les petits^ les nobles, )es bo||fg0àM|

Les auteof» aneiens et modeH^és,

Pour peo qu'il hssè (Quelque effort

Pour en rapproc^l» clii^iinêey Ont toujours ayec iuj 'qi|«iuiie Wf|f«r rapport f

Ou dhi'iBoiof quelque différenèf^

Pour nous entretenir de soi ,

Heureux quand il trouve un pv^ile ! > C'est eo|i premier {lesoin >. e'^it air auprAfie loi :

Chaque mot lui feuruit un tente '• Où sou oùiieil fiiit revenir le Àêi. <

On parle de Mmqaet? il vous eité sa table {

Ue vin ? le sien est délectable ;

D/iui hfm i4irdi« ^ eu j^w kàiài difcment 7

Où jadis de aaturpeîlobiArxe renoeai^»

De ebimi^? n rom mine i aop leboiatoiret Il vous décrit ipo ei^iis^ t «oolbiiriteaui Gl^ttoe iDêiiap df[<^€bauip«3 l{i munf #it euiriMiiH^ De musique f lu siepii<i luit ju#temeôt viuitee i

Di h«ptlrtî^ «t de patrons 2 Il a^ea quetce laioU » il vous cite Inifi otmiii De vos amis? les slqoa sooi tons gras de miàH» ; — ■* Qf h m^&ii^'^ la brilUnte âite; D'iiR %m7 il (k\ lonjâuru ft»bjet de um fP«prii|} >? P'un^ l^rtu ) Mm wur e« iraonif l tciut Ifi pt ix | ^

Pe qUelqi^t it^ptpiq aveaiure) Il ^tdBte iOA «IUF|«( f lit iiipi\(«e sa Ueeeuee {

D'aïeux 7 eb I n'^«4r-il pas les éieas i

Tom plua nobles sft plus #neieiie t ^

Depuu la sot^rtf» de sa eeee| D^ brauebo «o mioçbe il Lm suit à U tvacr »

St w tmt cêi fteadi noda^ de h» méwe ««lebanl^

16e U CONVERSATION.

Il ajoate è «on moi toute sa parente \ »

Le moi cLez lui tient plus d'une syllabe % Le moi superbe est l astrolabe Dont il mesure et lew autres et lui ; Le moi parloul reseontve un point d'appui f '■• '» Le mai le suit sur la terre et sur l'onde ) Le moi de lui bit le centre du monde ( Mais il en fiût )e tourmeot et renuuî^

Ce mortel eependaot'i tout entief à lui-même \ Ne rient point a graud bruit vous ptouTer qu'il

{vous aime | Mais tel n'est point cet importun^ Autre dgoïste assez commun , Qui I courant en tous lieux ofFrirses boni ofBee» /

Vous tourmente de see services. ^ . -

Ne vous j trompes pas, des soins qu'il prend d'atilrui Tout calculé , Tunique objet 9 c'est lui :

Quitte envers vous des emplois qu'il s'impose , Il met è s'en vanter tout le temps qi^r'il fepose ;

Et tant de services rendus | S'ils demeuraient obscurs ^ lui sembleraient perdus. «0 qu'un grand n6m| dit-il| est un poids iacommiôde! De ma longue obligeance ei&fin |e me sens Us )

Pour y sutHre ilfeudrait un Atlas.

Cbez un peintre fameux | aue j'ai mis à la mode ^

De grand matin Lise m a dépêché ; Ce soir pour un bôtel je conclus un marché;

Demain l'arrange un mariage , Et je réconcilie ) en passant , un ménage | ' J'ai fait , pour Florimondi emplette d'un ebeval; Pour Blesimafi d'ua cbien de bonne race |

Qui pour intcUigence est , je crois ^ sans rival; Pour le concert d'Amjnle on compte sut ma basse | A propos y c'est lundi ta fête àç Chioë ; Sa maison , on le sait, est Tarche de No^| La ville, les faubourgs, chez elle tout abonde :

De ce chaos il fiiudra faire -un monde :

Seul je puis m-eâ charger; et voUs concevez bien Que I puisque je m'en mélo, il n'y manquera rieo« Enfin, de toutes parts, on m'accable, on m'assiëge : Un goûter au couvent, une thèse au colie'ge ; Mon absence nujourd'hui déparerait la cour $ A peine dans un mois je suis maître d'un jour. •

Ainsi , quoi qu'on dise ou qu'on fasse , A son zèle banal il ne met pas de frein !

Vous avez fait un livre? il fournit la préface 3

Un enfant? il est le parrain; Une maison ? c'est lui qui toisa le terrain ; Un mémoire? il corrige, il ajoute, il efface^ Il a partout affaire, il a partout accès, De vos enfans surveille les progrès ; Vous offre ses marchands, votn arrête un mémoire : A table il coupe , il verse à boire»

Pour votre théâtre des champs , Voulez- vous ajouter à votre répertoire Quelques drames ^ais ou touchans?

Il veut de vos plaisirs avoir toute la gloire; Le voilà chef de troupe , auteur, soumeur, acteur^ Machiniste, décorateur, £t même , au besoin , l'auditoire.

Voulez-vous une cave? il vous la remplirai Une bibliothèque? il vous la choisira ; Un censeur? de vos vers il entend la lecture |

16S 14 CONTSBSATIOlb

,. . U'D proleeteor? pont èourtr les knrraax f Et vous recommâtidèr «Ht ^tàitli^ei B>>af«iMUi f Avec T<>tis il milité en tolhir ev Relieoàlre-tHl une table Ae jeu 7 Derrière chaque siège ei«rfaiit Ùl fineenâe j Et d^in yag)^ intérêt fatig^uaiittotit le nioitdé^ Pour dupe^ sesvoisitts^ién babil pour eB^u j Son impOFtttoitè distribue A li ropdé Les ATOf tissemens | les eofiseils et Teiintii f Et s'oeettpe de vous |iQu^ s'6ccti|Mrr de lui. Il comte voé îelciiis^ il ealciile irot ficbel^ Console )é»perdahS| félicite le* riches ti Et y prodigue' dé hii > sans anritté pour loêà ^ Voudrait penserî hiardier; et di^eref pour iKnmi

Dans mes ponfàitè ; ceà dîréri èliriietltiâf Marquent par des défeiits cl êèé VeHbâ èdntt-Hti^; Après vous a?oir pëliil^d'én Sot dfficiéu^ L active impertiaen^ie et te zèle eniltiyeiii: Pau m coup d'âignillôif ,.sôtifTrdL (}ue )ë heVèfltë La langue paresseuse et l'iudolente bréillè

De ce froid îdteHbciitèur Qui, dans rinsoiiciânèe oti soti ëspi^ tomtfH^IlTëi Ecoute avee AiAà\û \ c6ii)|irèibd avec lentèui- 1

Trdip paresseux pou^ vdtis eiUendi*!^ , S'il sort pour Un moment de Sott ihaétlofi ^

Sa courte méditation Vaioement^ api^ès ebtl)^, s'efforce de rèprcHtii-tf

Ce queaéaaignà dé eompréndre

Son oisive irréftèildn.

LVëbapge des pédserS vedi «lié tftHé liltis t^f^ë; Des sens moins paresseux^ nn esprit plus dispos.

N'espérez point que sa lapgàe vods suive

£t vous iminoie son repos : .

Avant qu'à son esprit votte pensée arrive ,

Son iptelligence inact^ive Laisse dans ( air sq perdre vos propos,

Et de la phrase iWîtive,

A p^ne enfin lès dern^rs mois y

Ûe leur impulsion tardive

Frappant son aroe juattenllve j .

Du discours envole' lui portent le/j échos.

Aussi I pareijs en tout au bizarre langage De ce mortel distrait donlj'ai trace' Pimagè >

Les si , les mais , les oui , ïeanon ^ Toujours à coi}tre-sens^ toujours hors de saison , Echappent au hasard à sa molle indolence ,

£t souvent à sa nonclialance

Donnent un qir de.4eraisoo. .

A cet esprit distrait,. qu'il lient de la naturs , Se méie quelquefois la personnalité Dont ma muse tantôt a trace' la peinture.

Et q^i rompt tous les nœuds de la sociëtë* Vide die vous, et rempli de tui-mémc, Sbii àriiour-proprè extrénië , Au plus touchant rëcil, au trâjt le pliis saiittint,

A re'Ioqueoce la pliii vive, Refuse de prêter une oreille attentive : En rêvant vous écoule, et répond en bâillant; Quelquefois seulement , pour sauver la décence; Sortant de son sommeil, et rompant lé silence,

«" j,'ïl- vagiie, Otiïje çohcôîi, c'est boni

Et d'autres formules banales

Qhî rfevîëiirient par intervalles, UkLt. ST PITli. 15

Son ennui de'guîse vous demande pardon;

Hîen d'e'lranger à lui ne flatte son oreilfe.

Voulez-vous l'arracher h sa distraction?

Avec dextëritë touchez sa passion.

LVgoîsme en sursaut tout à coup se réveille;

£ty charmé de fixer l'attention d'autmi.

Revient à vous , par amitié pour lui ,

Mais retombe bientôt dans sa molle apathie.

A des esprits moins froids le ciel a prodigué

Le brillant à-propos 9 la vive repartie ;

Mais pour lui rien n'émeut son ame appesantie.

N'en sojez point surpris , il est né fatigué.

Ainsi lorsque , de Flore arrosant la corbeille ^

Le folâtre ruisseau y cher h la jeune abeille ^ De fleurs en fleurs ^ de détours en détouirsy Roule I murmure , et bondit dans son cours ;

En son morne repos, qu'aucun souffle n'éveille ,

Immobile y au milieu de ses dormantes eaux,

Le marais paresseux tranquillement sommeille

Sur le limon fangeux qui nourrit ses roseaux.

Mais je préfère encor l'humeur indifférente, Le ton froid , l'esprit lourd de cet homme indoldtit , A la vivacité bruyante De ce babillard turbulent ,

Qui , dans son air , son langage et son geste , Est moins joyeux que fou, plus étourdi que leste: Tel que sur le feuillage et le jeune bouton Bourdonne en voletant l'importun hanneton , « Parce qu'il fait du bruit , il croit faire merveille , (iJ Papillote à mes yeux, et lasse mon oreille. /

t>e mouvement^ sans doute ^ a des appas j

Sur le duvet ou je sommeille , Aux doux rajous de l'aurore vermeille »

J'aime à rêver, mais ne veux pa» y Qu'à coups d'e'pinglc on me re'veille.^^ Chacun du tracassier se veuge en le fujant) De sa sotlisc sëmillante ^

Laissez-lui l'ardeur pétillante : A ;

Le bon ton n'est jamais brujant, ^ y

Après lui vient un homme insupportable,

Plus attentif I mais non pas plus aimable , t Qu'un invincible instinct de curiositti

Rend incommode à la socie'te. y

Il veut tout voif et tout connaître ^ .^

Vos nom, surnom , le lieu qui vous vil naître ^ Combien de pieds carrés composent votre, cour , Vos rêves de la nuit et vos travaux du jour ; Quels sont vos revenus ^ quelle est votre dépense )

Ce qu'on vous doit et ce que vous devez , Les mets que l'on vous sert,les vins que vous buvez ; Quel directeur prend soin de votre conscience; Ce que perd votre argent sur la baisse des tonds ; Si vous allez au bal , aux Français | aux Bouffons;

Si vous étiez aux loges | au parterre; Ce que rapporte votre terre ; A quel prix vos moulins sont affermés par nn ; Pour combien Florimon vous mit sur son bilan ; Quel âge ont vos enfans^ et dans quelle famille Un mariage heureux fait entrer votre fille*

De votre vovage lointain Il veut savoir le but , le terme, le chemin , Les peines ; les plaisirs ; les dangers de la route ;

m ij4 çpifygn^ATiQil. ,

Questionne toujours ^ et rarement ëcout^ ^ ^ Oubliant q^e ce ton Icgei* ^ /

Dans ùii franger est blâmable^ Et que l'amitié seule a droit d'interroger* Confident sûr^ citoyen estimable ^ Ami constant I convive aimable | Cet autre n'est bayard ni curieux ; ' Mais son astrç en naissant |e fit rajst^eux : Il ne peut concevoir , dans son humeur discrète , Que le^ journaux et la gazette Parlent a^ traites , de combats | De négootationsi et dlntëcéls d'çtiits ;

En saluant craint de se eompvomettre | De peur de la signer | «'«cvit point un« lettre ^ N'ose dire tout Mat 1-adressa d'un billet ) Si ion ^pausa e|t brune ou blonde ^ Si sa iioitdre ^êt à timbre , à Tirla , à re^tUat ^ Si le fort a titi f si le ténaarra gronde ( Le jour du moi»| rbeura qu'il est , La bruit qui eourt; le temps qu^il fiiît« Bans sa discriétion extrême , Je l'ai vu ^ se eraignàat lui^mâma ^ Prendre un air da mystère / et vous dira topt l^s t • Tatma joitra ea soi^' ) mais ne ma eitaz pas. *

L'homme indiscret , par un défaut eontr^tre^ Prend plaisir à tout rëv^ler ^ ^ Il parle pour faire parler | ^ Et pour s'JQStruirc il consent à se taire ; Un indiscret est toujours curieux.

Dans les faubourgs i dans la ville f n tous lieux ^ Sofi inspeotion vagabonde ^

LA CONVERSATION. I7i

Tous les matins, recommencé sa ronde :

Le soir, h iDpëra , guettant les rendez- v<oùk ^ Les œillades, les billets doux,

f)e sa lorgnette inexorable \

1 poursuit un sexe adorable ; y Sur les maris ^ les rivaux, les jaloux | Braque de loin le tube redoutable.

Son espionnage odieux Trouble le bal, le concert | le spectacle | |!t la loge cillée oppose un vain obstacle

A ses inévitables yeux.

C'est de lui qu'on apprend le secret des WnagjSf ^

Les divorces, les mariages.

Dans nos cercles galans a*t-il fini son tour? Les uptef dans sa pôcbe, et la mémoire pleine | (taxëtier scandaleux^ sur sa liste inhumaine*

Il enregistré à son retour^ Nuit par nuit, jour par jour, semaine par semaine ^ Les revers de l'Hymen, les exploits d$ TApiouri Et si de sa milice il n'est te capitaine ,

Il eu est dii moins le tambour.

Par lui , par ses agens , où par la renommée i Il sait tous les emplois de la galante armée : Avec (pi\ Lise a pris un sot engagement |

Si Ce'lie a plus d'un amaql ; '

Qdôl hasard de Floris a décide' la chute | .

Combien il faut chez PJore être exact en ampqr ; A quels périls exposé une absence d'un jour.

Et quelquefois d'une minute.

Bref, fl voit tout , entend tout, redit tout, Mais attendons: l'étourdi , jusqu'au bout

Poussant sod imprudence extrême , c^ Dit son propre secret ^ et se punit lui-même*/

De ces fâcheux travers , de ces tristes penchans.

Dont ma muse a peint les esquisses ^ Que j'arrive à regret au plus honteux des vices ! £e Mensonge est son nom. Dès leurs plus jeunes ans Le père avec horrear le montre à ses enfans; Mais, he'las! cette horreur de jour'en jour s'ciTace; Ou le^ouffrc , on le plaint, on rexcuse, on l'embrasse*

Voyez cet humme dehonté - Qui va portant, dans tout son voisinage ^

Et son impudent verbiage I

Et son caractère effronté :

S'il répand dans le monde, en quittant son me'nage |

Quelque fausseté de son cru,

De son valet, pour être cru,

Il invoque le te'moignage , Et, par lui furieux de se voir délaissé, Lui dit à son retour , d'un accent courroi^cét « Quoi ! dans l'occasion tu m'abandonnes, traître ! Et ne peux d'un seul mot appuyer mes discours! r— Ah ! monsieur, qu'avez-vous besoin de mes secours?

Répond le valet à son maître ; De vos contes hardis les miens n'approchent pas! i

Toutes vos fictions ont un charme suprême ; Et, si je vous aidais^ mon timide embarras

vous embarrasserait vpus-même»

Mais tout peut aisément s'arranger entre nous ; v ^ Vous mentirez pour moi , je rougirai pour vous. » fjf De l'onmeil charlatan l'impertinence insigne ^

lin trait de mon pinceau serarit enco? bien digne;

En imposer au inonde est son unique emploie Dans sa puérile jactance I De ne citer que des gens d'importance Il s'est fait une expresse loi ; Il a dit au ministre, il a su de la reine | >

Il a cru devoir dire au roi ^ Et doit le lui redire à la chasse prochaine^ Du moins au tiré ^ dont le jour Est y il le sait de science certaine ^ Remis à la huitaine.

Le voyage à Marlj $ du départ ^ du retour La jour précis ou du moins la semaine; Ce qui doit| pendant le séjour.

Occuper le conseil et div.ertir la cour :

Voilà les entretiens que sans cesse il ramène* Jamais Tamitié , ni l'amour.

Ni les retours de la reconnaissance , Sur les grands de la ville et ses patrons du jour. Dans $ei fiers souvenirs u'ont eu la préférencet Parmi ses familiers sont nommés tour k tour Le général en chef, TaUesseï r^zcellenee.

Par des hommes sans titre il serait compromis \ Citer un bon bourgeois, un honnête commis |

Serait blesser la convenance ; D'un simple homme de bien il n'a point souvenance) Et c'est pour •'on.vanler q«'il se tait des amis*

Que mon bon ange aussi me garde

De cet homme à prétention ,

Qui, commandant l'attention , Tient pour sacré, chaque mot qu'rl hasarde > * En me parUot sains ^cise me regarde f

17a LA CONVERSATION.

Et| comme Ton voit uh archer De ion àrc détendu qiiand la Bèetie l^enrolOy Suivre de Toeil le trait ^u'il vient de d^cochery

Sitf^t qu'il lâche une parole ^ Vent lire dans vos yeux l'effet de son diiebhri p <

Ne permet pas qu'on en trouble le cours , D'un regard exigeant me presse | mMntermg^é p

Quête un sourikf sollicité un ^loge ; S'il a cm rencontrer un trait ingilnieuS| M'avertit de la màln^ m'interpelle des veux | De mes distractions sans pitié mé rc^veille f Traite dé cabaleur Tauditetlr qui sommeilie; Tremble qa*uné pensëé ^ une roatime , un ihot p

N'aille mourir dans l^o^eille d'un S6t !

Au milieu de sii période , J'échappe ëû m'esqulvant au parleur fncommodl^^ Et le laisse chercher daHs les régat*ds d'atitrut -\ La satisfaction que lui seul a de lui. ' j

Cet attlre^eneof plusftitypr^endêiron en causé i Des graiids (fve'nemens connaître seul la cause « Intrépide éonteur et menteur coûragetix :

«Messieurs, dit-il d'un air avantageux, Ce fait n'est pas exact , |e sais toute t'affieiîre | *

Car la politique est ma sphère ; J^ai tout appris, pourftuit-lt sans pudeur, De Xdpbon , mon parent et noll'e ambassadeili*; Durant sa mission , dans plus d'une rencontre ^ Il m'a. tout dit f nt son n<|m seul vêtis montre Quelle facilite j^avais da tout savoir. » y

Au même ioslânt |^ Sans s^dmouvoir : ^

«De bon eœiiir je me fiiUeitè|

Mon cher parent, de cet entretien-cî, Notts ferons ceiinaissanoe îct , Lui répond «n riant rambassadenr c[U'il eile; Je guîs ( le ten>ps pourrait m^avoir ebaog^) Xephon , dont votai venoade vanter k meîpite. Depuis hier rev^n pav congé* «

Eh ! pourrai$-je publier }a (ail)les8^ lipïîleujé De cet homme aUrme' (J'un rien|

Îui de sa crainte vanité use rouble le plus dqux eplreVieji? Dans son inquiète folie j Tout roEfV^qUPf tout rhumilie j Dans un coin o« çalpn $'U inédite à l dcort | \

P€«etre* dans Wï^ copur, vpu§ rentendrez se ^If^ ij) 9 Que sij;i)i69it ce çpprirei Ce mot, fie g^^te, ce reg^rcl? • En faitre^pirè^ il trap^forme wq hasard.

Fait un tort capital i*^nii plaUanieric ,

D'un élpge, une ïnoqHprie.

Pour ses prpleïJtions tput deviept pq i^^g^Ti Pour tout autre que lui Iq sain le pips kgeF;

La plus légère préfçrpnçç ) Semblent un passe-proiti e( sppvept me pdpsusCi A ses j^xix troublés et jaloux ; Partout semant la gêne et la contrainte | En rinspirant , il éprouve la craipte , Et le travers d'uo ^^V^^ fait le tourmept de Ipps.

Le traiterai-Jè mieux , cet homme insociable, D'hommages, ^e respects toujours insatiable,

En sa favevr sottement pre'venu , Qui, s'il n'est adore, croit être mt*conttu?

Ainsi que l'ouvrier qui vient de 3a chaussure

Prendre à «genoux la forme et la mesure, Il faut sur son orgueil ajuster vos égards , Votre <iiry vos discours | vos, regards , Vos caresses , vos prévenances y Lui seul il en connaît les justes convenances. Tyran -des entretiens, fle'au de la gaîté, De sa vanité chatouilleuse La prompte irritabilité D'une exigence pointilleuse Fatigue la société.

Son air sombre ou joyeux est un objet d'étude ;

L'amitié même, avec inquiétude Observant son visage, et, prompte à remarquer. Ce jqui lui plaît , ce qui le blesse , ^^^ — -^

Souffre a la fois et rît de sa faiblesse ; Et, inéme en Te flattant , tremble de lui manquer.

Qu'arrivé-t-il? Son amour-propre extrême Au plus triste abandon le livre sans appui , Attiédit l'amitié, glace Taraour lui-même , - Et met une barrière entre le monde et lui.

Tout près de lui plaçons cet humoriste, Dont la hargneuse déraison g/

Dans la société vient verser son poison. — -^ Parlez, ne parlez pas , soyez gai , soyez triste. Blâmez , louez , il se fâche d'autant ; '

C'est sa nature; il est né mécontent. . ^n

Encore enfant , ses caprices farouches v^ Tourmentaient des oiseaux,persécutaient des

[mouches :

Au lieu d'dpprivoiser ses mœurs , '•'âge n'a fait qu'aigrir ses sauvages humeurs. Son cœur souffre quand on l'oblige ,

tA CÔNVEftSÀTIÔN. 1%

Il souffre lorsqu'on lé néglige ; Il se plaint des oublis ^ s'offense des égards ; Chicane vos discours ^ vos gestes ^ vos regards | Jamais sur son visage un rajon d'allégresse.

Dans son périlleux entretien Malheur à qui s'engage ! il s'afHigo d'un rien j

Un rien l'offusque ^ un rien le blesse.

Pour mieux évacuer la bile qui l'oppresse ^ Son humeur vagabonde a partout des relais :

Après sa femme ^ il gronde ses valels ^

C'est pour vous grouder qu'il vous aimej Laissez-le seul , il se gronde lui-même : ^ Objet de crainte et de pitié , Dans ses chagrins visionnaires ^ Il donne à tout des torts imaginaires : ^^^ Par un éloge il est injurié ; Par un consentement il est contrarié.

Tout s'enlaidit au gré de ses humeurs chagrines ; Il se fôche du rire^ il gourmande les pleurs , . Et le ciel lui ferait une route de fleurs y ^^:

Qu'il les changerait en épines.

Aussi parmi les siens il demeure étranger; Sa rencontre est un choc^ sa visite un danger î On l'évite avec soin, on l'aborde avec crainte • Tout lui semble impoli , tout lui semble indiscret * Et quand il meurt^ au lieu d'exprimer un regret ^ Ses derniers mots sont une plainte, ^

Condamnée aux chagrins et livrée au sou]pçon ,

Voyant partout et l'injure et l'offense , Survient , plus triste èncor^ la sombre Défiance % Que je plains le mortel dont ce triste poisoQ

180 LA GONVERSAtlON.

Flelril le cœur et trouble la raison ! -^ ^.

En tous Henk fKomenant la .terreur qui la^sicge^ Il voit partenk no tnasqnei il craint partout un piége; Chaque mot qu'il entend lui semble insidteuxj Ses jeux y en voua parlant, interrogent ?os jéiix iqX) Il compose ses traits , commande â| son visage | -«^y ' Interprète votre air, sonde voire Upgajce ; Ne croit pas à Tamoor, soupçonne ramitii p^— 7-fc^ Ses secrets de son cœur ne sorte^iH qu'à moitiés Aussi chacnn l'eVile^ et chacun l'abandonne : On aime peu celui qui n'ose aimer personne. <^ Mats je n'ai point encor tracé le di^puteuri Dans le choc des avis iotrëpide lutteur.

Si de son réduit solitaire . , Il quitte quelquefois le loisir sédentaire î Ce n'est pas pour venir^ dans le.sein d'un ami , Verser sa joie ou bien ses doléances^ Ou ppnir remplir de justes bienséances f Ou pour tendre les bras è son vieil ennemi :

Non y d'une assemblée amicale^ Il vient trottbler la douceur sociale^ Impatient de ferrailleri , Il cnerche avec qui batailler ^ Il a besoih d'une victime.

Sa vie est un.combat^ soii comfnçrce nne périme. ^ Possédé de l'esprit dé. contradictioB, -^

S'il arrive nu milieu d'une discussion, A peine, dans la chambre il a &iit SOn eatl'éei Il flaire voire .opinion ; Aussitdt qu'elle s'est montrée | « QM voiÎs ajes dit oui, que vo^f ajrei dit ittm f Que vous ajez tort ou raison ^

Voilà la guerre declare'e.

N'espérez pas fléchir son obstination ^ Il a besoin d'une querelle : ^ La dispute est pour lui le feu sacre \ Il en saisit la première étincelle ^ Un mot là terminait , un mot la renouvelle.

Du chicaneur exaspéré , Qui se bat en désespéré , En vain | pour adoucir la sauvage rudesse , Du bon sens calme et tempéré Vous prenez le ton modéré ; Vainement ae la politesse L'attentive délicatesse, Autour de son orgueil cabré , Tourne avec art, se joue avec adresse , i Rien ne guérit l'amour-propre ulcéré. Cj De sa logique qui vous presse ^ y Chaque trait part plus acéré. ^ Eh ! comment pardonner, quand votre patience J En se taisant le condamne au silence, J/

Et sans pitié termine les débats ?

Rendez-lui ses fureurs , rendez-lui les combats; La triste jouissance où sa manie aspire Est d'être contredit , afin de contredire :

Vous le désobligez en vous montrant plus doux; Et pour redoubler son courroux , Peut-être il suffisait de dire : .

«Monsieur, je pense comme vous. » J^ Aussitôt, par dépit , et par vanité même.

Depuis qu'il est le vôtre , abjurant son sj^stème : « Monsieur, dit-il, haussant le ton.

Je ne suis plus de mon opinion \

MALH. ST PITli. '16

La vôtre est k mes jeux d'une e'vidence extrême ^ j

£t vous avez grand tort de me donner raison. » ¥

Bien plus insupportable encore , Ce vil adulateur, qui toujours nous adore ; Prônant tout ce qu'on faity louant tout ce qu'on dit , De son ton doucereux le miel vous affadit :

« Monsieur, je fais retrancher de ma table Un ou deux plats , par raison de santë.

-—Le sacrifice est admirable , Repond-il , j'en suis enchante, •— Je me suis procure le livre de Licippe.

— C'est fort bien fait ; sur un très-bon principe Son ouvraee est fondé ! Que de sens 1 que d'esprit î •y Vous lui lisez votre dernier écrit ? ^

Et le voilà pleurant de joie et de tendresse : « Quoi ! ce chef-d'œuvre est encor manuscrit !

De quoi s'occupe donc la presse ? De l'imprimer il faut que Ton s'empresse.

Par le nombre de vos lecteurs , Vous compterez celui de vos admirateurs^^ Veuillez bien m'inscrire d'avance Sur la liste des souscripteurs; Car je me meurs d'impatience De vous ranger parmi le choix Des livres que je lis et relis mille fois ,

Tels que vos vers et vos harangues, Qu'on relit en tous lieux, qu'on traduit en vingt

pangues. • Tout à coup il voit un portrait :

Ah ! monsieur, c'est vous trait pour trait p Et l'art ne pouvait mieux imiter la nature. ^

Cependant f je vous parle ici de bonne foi ,

Dans cette admirable peinture .

Je cherche en vain je ne sais quoi y j y

Qui charme dans votre figure. » /^ Tandis qu'il parle encore arrivent vos enfans ; Même avant de les voir il les trouve «barmans. Et reconnaît dans tous un grand air de famille ^ Le père dans le tils^ la mère dans la fille.

La nourrice à son tour, un enfant dans le« bras y Arrive dans la chambre : il ne se contient pas.

Et de la mère il vole k la nourrice ; Il trouve son air sain , il juge son lait bon. Enfin le petit chien dans la foule se glisse , Et pour lui dans sa poche il se trouve un bonbon.

Ainsi sa bassesse aguerrie

Fait de tout une flatterie.

Qu'en revient-il au louangeur banal ? ,

Il vous deplait en cherchant à vous plaire , ^ ^^]

Et vous regrettez le brutal 7

Qui tantôt vous mit 9n colère.

Cet autreae veut pas flatter ; Mais son avis peureux craint toujours d'eclater« Entre deux jugeikiens s'il faut qu'il se décide ,

Sa circonspection timide

Entre la double opinion Laisse flotter son indécisions Et comme par le jeu d'une n^anoeuvre adroite ,

Au gr^ de l'élastique acier»

D'un cours alternatif le souple balancier Va de droite à la gauche, et de gauche à la droite : Ainsi, risquant un double démenti,

18û LA CONVERSATION.

Il prend , quitte et reprend l'un etTaulre parti. Quelquefois , au milieu de la lutte bruyante ^ Dans son humeur conciliante , Il cherche à les mettre d'accord :

« Eh mais ! pourquoi vous échauffer si fort?

Vous vous battez faute de vous comprendre | Et vous pourriez aisément vous entendre !

L'un de vous a raison , mais l'autre n'a pas tort. * 4 ^ Et puis voilà le bon apôtre y Qui y recomposant son maintien y Pour en former un avis mitoyen , Prend quelque chose et de l'un et de l'autre ; Puis tout à coup se jetant entre eux d'eux :

e Monsieur, dit-il , s'adressant à l'un d'eux. Dans un sens , je ne puis blâmer votre adversaire ; De l'autre, je me pique en tout d'être sincère. En y réfléchissant, votre avis à du bon ; Et je serais tenté de vous donner raison ,

Si mon avis avait quelque importance. » Quel fruit lui revient-il de sa rare prudence 7 Aucun ne veut de son appui, Et , pour prix de sa complaisance Chacun sort mécontent et fatigué de lui.

Or, maintenant , au langage insipide Du complaisant adulateur, A l'entêtement intrépide Du farouche contradicteur.

Ajoutons le calme stupide, Le ton méticuleux , et l'orgueil circonspect

De ce mortel pour lui plein de respect , Qui croit , en conversant, sa gloire compromise; Observe beaucoup , parle peu ; J

Voudrait faire fortune au jeu ,

Mais craint de hasarder sa mise ; Pour jouer à coup sur pèse tout ce qu'il dit ; D'un simple amusement se fait une entreprise; Par son air réservé^ son parler triste et sec, Tient le cercle en arrêt et In joie en e'chec;

Sur lui tremble de donner prise; Craint un malentendu , redoute une méprise ; Contredit rarement, moins souvent applaudit, ^ Ignore l'abandon , se deTend la franchise ; ' Demeure retranche dans sa grave sottise; Doute par vanité de tout ce qu'il apprit, è

Et meurt sans avoir eu Tesprit '

De se permettre une hélise.

Cet homme est fatigant, et non pas dangereux. Mais tel n'est point ce personnage aiïreux , Le médisant , qui , semant l6 scandale, Distille le poison de sa langue infernale.

Son oreille attentive et ses yeux indiscrets^ Pour les trahir ont surpris nos secrets.

Seul il flétrit tout ce qu'il touche ,

A peine il vient d'ouvrir la bouche, Vingt réputations ont péri sous ses traits.

Cependant on l'ocoute : il s'échauffe, il s'anime : Ce qu'il a dit en prose , il veut le mettre en rime. Le Zoïle en cela n'est point mal avisé , De la prose à ses vers le passage est aisé.

Dès long-temps ils ont fait une étroite alliance , Et la prose se plaint de cette ressemblance.

C'est trop peu de ses ennemis :

H n'épargne pas ses amis.

Ses amis pouraient dire au cruel satirique

Ces mots d'un roi prophète et poète lyrique : tt Que mes persécuteurs s*acharhent contre moi ;

Que mes rivaux me déchirent ; mais toi !

Toi que j'aimai comme mon frère ,

Qui partageais la table de mon père ^ A qui j'ouvris mon cœur, dont je serrai la main y Comment de ton ami te fais-tu l'assassin ? »

Inutile reproche ! il veut une victime ; Mais la punition se trouve près du crime ; .^.^ Il lit dans vos regards qu'à lui seul il a nui , Et n'a , par ses noirceurs , déshonoré que lui. -^

Tairons-nous le brouillon ^ dont autrefois Molière D'un pinceau vigoureux eût tracé le portrait ,

Et dont Gressely à sa manière ^ Sons le nom du Méchant , crayonna quelque trait ? Lorsque de l'Ëlernel la sagesse profonde ^

Dans les abîmes du chaos Séparait l'air, la flamme et la terre et les flots , Un génie ennemi , perturbateur du monde ^

Pour retarder le chef-d'œuvre de Dieu^ De nouveau brouillait l'air, l'eau , la terre et le feu. Le brouillon ^ de ce monstre est le flls et l'image ,

De son perfide bavardage y

De ses propos insidieux .

Va partout répandant les poisons odieux. ^

A peine le traître à Toreille A dit un mot , la paix n'existe plus ; y Tous les cœurs sont aigris , tous les nœuds sont

[rompns ; Même entre deux amis qu'on avait vus la veille ^ A

Sans autre conciliateur -^^

Qu'un flacon , de la paix joyeux médiateur, Tous deux auprès de la même bouteille^ A même table assis en un festin , Le pardon sur la bouche , et le verre à la main , Se verser en riant le doux jus de la treille; A la voix du brouillon , infâme délateur.

Le soupçon assoupi tout à coup se réveille, ^

Et peu s'en faut qu'un cartel inhumain Ne mette à tous les deux le glaive dans la main. Qu'arrive-t-il ? les torts s'oublient , Les intérêts se concilient ; Des traités de paix sont conclus ; Chacun les signe , et lui seul est exclus.

Que de prétentions , de travers , de caprices , De l'art de converser dangereux ennemis , Ëo rivaux tracassiers transforment des amis!

Du coeur humain sombres dominatrices , C'est vous , surtout, fougueuses passions ,

Dont les folles émotions — -^

Des plus chers entretiens nous gâtent les déliées \C.

Pour en savourer la douceur.

Il faudrait y porter l'heureuse paix du cœurp^

Et s'imposer des sacrifices.

Mais quoi! chacun de nous dans la société Que l'exigence blesse et que l'intérêt mine ,

Au lieu de l'aimable gaîté /)

Porte souvent l'humeur chagriner^

De l'intraitable vanité ; Ou les projets cruels que la haine rumine ,

Ou de Taraour qui le domine

La morne taciturnité.

Reg.irdci cet avare en proie h sa richesse ^ Kl d'un gros revenu puni par sa tristesse :

Dans un cercle indulgent de paisibles amis

Si quelquefois par grâce il est admis , Et quitte son trésor pour leurs douces séances ,

De ses dettes , de ses créances ^ De la perte et du gain chaque jonr calcules f De ses chiffres accumules.

De son crédit qui décroît ou s'augmente-.

Des fonds dormant dans son coffre à trois clés ^ En vain il croit pouvoir oublier la tourmente y Et dans un groupe aimable, où règne la gaîtë, Apporter Tallëgresse et la sérénité ; Toujours à lui-même semblable , De son cœur avaricieux , S'il ne gagne au piquet, n'attendez rien d'aimable ^ Tout plein de ses calculs , son instinct soucieux , Comme de ses pensers j, de ses discours s'empare. Il ne parle jamais , dans son jargon barbare | Que de rentes , de placemens , Et d'intérêts et de remboursemens.

Pour vous apitoyer sur ses pertes passe'es.

Il tire un assignat de ses poches percées.

Là-dessus, redoublant de déclamation^ ^ Il s'élève avec passion "'^

Contre l'amour du mieux dont la Franee s'enivre^ Et qui fit qu'un beau jour des rentiers naufragés

Tous les débris , à la fois submergés, Allèrent se nojer dans la mer du grand-livre. Par ces durs souvenirs tout à coup excité :

•Quoi ! ce luxe, dit-il , dont la folle magie V Amusa si long-temps notre perversité ^

Ce maudit luxe est donc ressuscite' ? ^ Vainement donc nous avions suscité C Ces braves citoyens , dont l'austère e'nergie Devait y par l'abstinence et par l'adversité , Corriger pour long-temps celte grande cité?»

Puis , renfrognant sa maigre et dolente elBgie ^ Qui par le Chambertin ne fut jamais rougie ,

Il blâme avec vivacité .^

De nos banquets pompeux la mineuse orgie j Et permet tout au plus le scandale d'un thé.

Lui-même , en fait d'épargne , il veut être cité; -^ En sortant , il rencontre un rival d'avarice

Et^ pour prêcher d'exemple, éteiiU une bougie Qui brûle sans nécessité. f

n rival a avarit

Deux Harpagons ensemble : quel bonheur !

Et que Molière en eût ri de bon cœur !

Le premier, saisissant l'occasion propice ,

Dit au second : « Monsieur, mille pardons ; Je vous ai , l'an dernier, fait passer de mes vignes Quelques vins, qui de vous n'étaient pas trop indignes;

Si vous pouvez renvoyer les poinçons, Et les flacons vidés , et mêmes les bouchons ^

Je vous saurai gré du message.

C'est vous faire descendre à de biens petits soins ; Mais vous vous occupez comme moi du ménage ,

Et sûrement , si vous m'en aimez moins , Vous m'en estimez davantage. «

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