‹ Malheur et pitié, suivi de La conversation, poèmesChapitre 11 sur 14 · POËME EN TROIS CHANTS · texte numérisé non relu

POËME EN TROIS CHANTS

MALH. ET PITli. 10

Uoe société de per§oiiiies spirituelles . et polies » réunies pour s^éntreteoir ensemble et s'instruire » dans une conversation agréable , par la communication mutuelle de leurs idées et de leurs sentimens» m'a toujours paru la plus heureuse représentation de l'espèce humaine et de la perfection sociale.' Là chacun apporte son désit et ses moyens de plaire » sa sensibilité , son imagination , son expérience » le tout embelli parla politesse et contenu par la décence ; là se montre un instinct mutuel d'affections bienveillantes , un doux sentiment de confiance , inspiré par le caractère et fortifié par l'habitude ; là y sans règlement , sans contrainte , s'experce une douce police, fondée sur le respect qu'inspirent les uns aux autres les hommes réunis , sur le besoin qu'ils ont d'être bien ensemble , et sur une sorte de pudeur qui , devant un grand nombre d'auditeurs et de témoins , repousse tout ce qu'il y a d'offensant , de maladroit et d'injuste ; là un mot, un coup d'œil , fait sortir un aveu , prévient une inconvenance, commande un égard, réveille l'attention, réprime la pétulance ; là l'esprit , exercé par l'observation et par l'expérience , lit dans les yeux, sur le visage , dans le maintien de chacun , ce que son amour-propre craint ou désire d'entendre » et , assurant à la société l'équilibre des prétentions opposées et des vanités rivales, forme, de tout ce qui pourrait dégénérer en lattes et en combats , l'accord le plu&

harmonieux , rend agréables les uns aux autres les hommes réunis , leur inspire le»désir de se revoii;^ et sAnic la veille les jouisiftnces du lendemain.

Quand je me suis décidé à composer un poème sur l'art de converser , il m'a fallu choisir , entre deux moyens différens , celui des préceptes qui conduisent à Tart de plaire, et celai' des portraits qui , en peignant les ridicules et les travers .incommodes à la société , avertissent les interlocuteurs de les éviter. Lorsque , dans une ville de Tantfquité, on voulut ditourner-la jeunesse de l'ivrognerie , on fit jeter éans la place publique ufi ^clave ivre, qui , se mon* trant dans toute la difformité de son vice, contribua beaucoup ii en dégoûter les spectateurs» Cn trait historique moins connu , et non moins digne de l'être, nous'apprend qu'un souverain^ ami passionné de |a peinture , érigea, pour l'instruction dea jeunes peintres , un mouument où se trouvaient placées d'un côté les productions estimables» de l'autre les compositions défectueuses des peintres connus à cette époque. Là les artistes trouvaient dans la même galerie les défauts qu'il fallait éviter et les beautés qu'il fallait atteindre.

La morale et les arts étant le c^oix de ce qui est beau et bon , et la préférence donnée par le talent et la vertu à tout ce qui est digne d'admiration. et d'estime, j'ai cru que la peinture fidèle d^ qualités et 4es caractères que la société craint ou chérit le plus, pouvait donner à mon ouvrage tout l'intérêt et toute l'utilité dont le sujet est Susceptible, et que, dans les portraits que j'ai tracés, le double exemple du bien et du mal pouvait tenir lieu de préceptes et de leçon. Renonçant donc à la forme didactique , toujours un peu froide et un peii monotone, j'ai fait

PRÉFÂGE. 11^

passer sous les yeux du lecteur les travers deTesprit et du caractère les plus' remarquables , et qiii nuisent le plus à Tagrément de lai^ciété.

Les torts de l'esprit sont Tobjet du premier chant; ceux du caractère composent le second ; dans le troisième , je leur ai opposé la peinture de l'homme aimable, d«nV on chérit également le bon goftt et la moralité.

Les personnages une fbis choisis , il ne suffisait pas de les faire voir, j'ai dû les faire entendre » et rapprocher de la comédie ce genre qui lui est inférieur sous tant d'autres rapports*

Chaque portrait bien tracé ^ une scène comique, brevis •camctdia. Chacun doit donner lui-même la def de son caractère , et se rendre ridicule par ses pn^res dtscoilirs.

Laurent, serres ma haire avec ma disciptine, Et priez que toujours le ciel vous illnmine.

Si Ton vient pour me voir, Je vais aux prisonniers Des aumônes que j'ai partager les deniers.

Voilà les premiers vers que prononce le Tartufe, et ,rîen de ce que l'on dit de lui dans le reste de la comédie ne le peint' d'une manière plus comique et plus piquante. Le premier soin que doit s'impoter un peintre de portraits, c'est de bien connaître et de bien tracer les traits principaux de chaque caractère. Qu'on me permette de prendre dans mon ouvrage un exemple de ce genre de mérite, te babillard vent garder pour lui le plus de temps possible , et en laisser le moins aux autres ; H a pris en en haine l'écriture et l'impression , parce qu'elles usent d'avance ce qu'il se promet de dire et de conter. Le poète pouvait nous l'apprendre ; mais il vaut

i| l PRÉFACE.

mieux que le babillard nous rapprenne lui-même ; c'est ce qu'il fait dans les vers suivans :

Je vois des voyagears , de iSar itinéraire , Qm pouvait enricbir la conversation, A lear retour alAibler un libraire ,

Et d'nn manuscrit téméraire Avant le temps risqner Timpression»

Misérable parti dont il fant se défendre !

Celai qni vous a la ne vent plus vous entendre*; Et, ponr entretenir la curiosité , n faut un peu de nouveauté.

Je réprouvai cent fois ; aussi les gens que j'aime De mes récits ont totyours la primeur; Je ne fais point dise par l'imprimeur

Ce que je puis dire moi-même.

Aux mémea lieux réunis une fbis, If ous pourrons converser enfin de vive Voix.

Dans l'absence on a beau s'écrire , Le papier transmet tout, mais il n'explique rien :

C'est en parlant qu'on s'entend bien ; Et combien noua avons de^hoses i nous dire!

Pour donner plus d'effet à ces caractères , peut* être faudrait-il placer à côté l'un de l'autre deux personnages dominés par la même passion ; mais alors il faut que l'un des deux porte plus loin que l'autre le vice ou le travers qui leur est commun. Là se trouve le mérite de la difficulté vaincue. C'est ce que J'ai essayé de faire dans la peinture de l'avare :

En sortant il rencontre un rival d'avarice :

Deux Harpagons ensemble : quel bonheur!

Oh ! que Molière en eut ri de bon cœur !

Le premier, saisissant l'occasion propice, Dit au second : « Monsieur, mille pardons ,

Je vous ai , l'an dernier, fait passer de mes vignes

' vins, qui de vous n'étaient pas trop indignes;

PRÉFACE. fis

Si vous, ponvez renvoyer les poinçons , £t les flacons vidés , et même les bouchons ,

Je vous sanrai gré, dn message.

C'est voos faire descendre à de bien petits scHns.^ Mais vous vons occape& comme moi da ménage ,' Et sûrement, si yons m'en aimes moins , Vons m'en estime» davantage. »

Ce genre de poésie étant privé de 1 -intérêt de l'action et des deux grands ressorts de la crainte et deFespérance , la variété est presque le seul moyen d'attacher les lecteurs. Il faut , quand on le peut, y joindre l'artifice des opposition» et des contrastes^ je l'ai employé le pl^s souvent qu'il m'a été possible. J'ai opposé au nouvelliste qui- voit tout en bien celui (qui voit tout en mal ; à la maussaderie de l'humoriste chagrin l'insipide adulateur ; à tous 1e& deux la circonspection vaniteuse de l'homme réservé f qui

Demeure retranché dan» sa grave sottise , Donte par vanité de tout ce qn'il apprit;

Et meurt sans avoir en l'esprit ,

De se permettre une bêtise.

J'ai dit que je m'étais proposé de donner aux portraits qui composent mon ouvrage quelque ressemblance avec le genre comique. Il a donc fallu que la peinture de chaque caractère, que j'appelais toutà-l'heure une courte comédie, fût une scène, qu'elle eût son action et ses personnages. Pour ajouter au petit intérêt dramatique dont le sujet est susceptible, j'ai dû les placer dans des situations telles, que leur caractère , irrité par l'obstacle et la contrariété, eût plus de force comique. Je suppose que le poète place un homme , possédé de la manie de parler , entre deux hommes du même genre, dont

Tun raconte Thiâtoire de ses procès , et l'autre celte de ses amours ; ? oilà déjà une situation embarrassante pour la personne contrariée, et amusante pour les spectateurs ; mais si Ton suppose que le^babillard f appelé dans un cercle nombreux et dans lequel il désire vifement de réussir, ait préparé tous ses sujets de conversatio» , et qu'en arrÎTant il rencontre dans le salon les préparatifs d'une longue lecture et un auditoire déjà envahi par l'écrivain k la mode» la situation devient encore plus forte et plus comique.

Je demande la permission de citer le passage oii j'en ai placé le tableau.

n frémit, si qodqo'iin c<miiBence Un récit détaillé de procès ou d'amour;

Il sait combien , en racontant leurs rixes , l«s plaideurs «ont dilfos, et les amans prolixes. Mais à quel saint u'anra-t-il pas recours , Si, préludant à sa gloire Aitnre, L'écrivain à la mode, entre un double flambeau , Et son verre et son sncre, et sa carafe d'eau. Dans son fauteuil cherchant nne iwisture.

Et tenant en main son rouleau, Vieiit de son chef-d'œnvre nouveau Aux assistans proposer la lecture !

(^els beaux momens va lui conter Cette épouvantable aventure !

Une soirée entière on ent pu l'éconter!

Combien' faut-il que son supplice dure?

Enorme est le cahier , et fine l'écriture.

Puis de l'in-folio qu'il vient d'apercevoir Le format menaçant aisément fait prévoir - L'éternité de la torture.

Adieu son espérance et ses projets dn soir !

Quel tourment est égal an tourment qu'il redoute ^

Il venait pour |iarler; il faudra qu'il écorne.

Tbéophraste chez les Grecs, et La Bruyère en France, oi^t écrit avec un grand succès des Caractères qu*on a regardés comme une peinture fidèle du siècle ou ils ont vécu . On ne conteste plus la supériorité de Técrlvain français s^r récriyain grec qui lui a servi de modèle , et dont Touvrage n'a presque de commun avec le sien que le titre. Le temps et le peuple pour lesquels La Bruyère a fScrit lui ont donné de grands avantages sur son prédécesseur. Dans le siècle où Théophraste écrivit , la société, dans la Grèce, était encore loin du degré de politesse et de perfection auquel elle arriva sous Périclès. Aussi , dans pe& Caractères ; le lecteur se trouve souvent en mauvaise compagnie: En voyant passer devant soi les personnages qu'il décrit , on croit quelquefois être à la lisière des tM>it, au moment où les hommes , encore sauvages , sortaient de leurs forêts et de leurs cavernes. Presque tous ses portraits offt*ent l'empreinte grossière d^un eommencemient de civilisation ; la volont-é y parait sans noblesse , le caprice sans esprit , la fantaisie sans grâce ; à chaque page , on trouve des descriptions dégoûtantes des fonctions les plus communes de la vie populaire, des marchés^ et des repas d'Athènes. La Bruyère , tantôt dans les sociétés les ptus polies , tantôt dans la coiir la plus magnifique* de r£urope , entouré^e personnes distingnées par de grands nom^ , de grandes places ou de grandes qualités, d'extravagances et de sottises titrées, tourne autour du crédit , de la puissance et de la gloire, en observe , en sj|isit le côté faible , et , sans ns^h veillance comme sans flatterie , écrit la plus noble et la plus intéressante partie de Vbis.toire du monde; l^int la ville et la cour çiutueUement influencéea,

lia PRÉFACE.

l'one par TeiiTie de domiDer , l'autre par la manie bourgeoise de singer les manières des courtisans , et même leurs travers ; saisit les rapports des petits et des grands , et montre tout à coup Tautorité su* préme , remettant tous les rangs au niveau , et ramenant à soi toutes les illusions de la multitude idolâtre de la grandeur.

Le caractère du gouvernement influe peut-être plus encore sur celui de la société. Dans Athènes et dans Rome , la place publique et le Forum étaient le théâtre babitnel des conversations politiques. Là des ambitieux et des intrigans » poussés par des orateurs passionnés , traversaient , en Texcitant , une populace effrénée ; là ne s'entendaient ni les inainuations de l'amitié, ni les conseils de la prudence; mais les cris ^iolens de la faveur ou de la haine. Les spectateurs de ces scènes violentes les transportaient dans leurs sociétés particulières » aux lieux mêmes où les citoyens réunis venaient conférer paisiblement ensemble. Les fauteurs et les partisans de ceux qui se disputaient l'autorité, conservant les impressions qu'ils avaient reçues ou données , faisaient du salon un champ de bataille ; ^ucun n'était lui : cha« çun était ou Sfarins ou Sylla , ou Pompée ou César^ Antoine ou Auguste, et combattait pour un intérêt dont le désir de plaire ou de réussir avait fait le sien. Là retentissaient encore les vociférations bruyantes et les mouvemens impétueux qui avaient éclaté dans les places publiques.

Quelle différence entre ces assemblées turbulentes et ces sociétés aimables où la France admettait avec plaisir les étrangers les plus distingués par leurs titres ou leurs lumières, et qui, s'ils em- ^irt^ent quelquefois cbez eux des mécontentemens

t>IlÉFAGË. 119

chagrins et des préyentions jalouses contre les formes ordinaires de nos sociétés , plus souvent partaient surpris et charmés de tout ce que la vivacité de rimagination , ramabi)ité du caractère, la grâce du langage, la finesse du tact , Tobservation déli* cate des bienséances , les concessions mutuelles de la politesse , leur avaient paru jeter d'agrémens et de charmes dans les rendez-vous délicieux de ces conversations , polies , souvent préférées aux fêtes les plus brillantes , aux divertissemens les plus re* cherchés , et aux spectacles les plu» maignîfiques ! C'est dans ces cercles polis, où tous lea rangs, tous les états , tous les âges contribuaient ou à Fennui ou au plaisir commun, que La Bruyère étudia les hommes , choisit ses caractères , et forma sa morale. Ce n'est ni dans leurs études , ni dans leurs connaissances, que les plus fameux moralistes ont pris leurs manière» distinctives ; c'est dans leur naturel et dans leurs penchans ; on s'en aperçoit en lisant Montaigne et La Bruyère. Ké avec un désir extrême de se signaler , et par la singularité de ses idées et par celle de son style , Montaigne se place souvent à une trop grande distance des idéed communes et des habitudes sociales. Un accent d'égolsme se fait entendre dans son langage philosophique : Je ceux, je ne veux pas^ je ne puis souffrir, je ne puis ap' prouver, j'aime ^ je hais* YoUà ses formules accoutumées : il se rend raisonnable pour être extraordinaire : il copie les anciens pour être neuf ; se fait trivial pour être énergique ; veut toujours dire mieux , et surtout autrement que tout le monde. Il se fait une place à part par ses idées paradoxales , par ses principes tranchans , et par l'audace de son langage : aussi a-t-il dépassé quelquefois les

limites de la morale et celles da bon goût. Bans La Bruyère , rien d'exagéré , rien de factice ; en parcourant le monde , il marche entre Tattention et rindulgence; il entre dans la société sans intérêt et sans prévention ; il en sort sans engouement et sans humeur ; il traVerse la* foule , sans la pousser et sans se laisser entraîner par elle ; il passe à côté des préjugés et opinions reçues, sans les heurter ni les caresser ; mais il accorde aux faiblesses humaines tonte la condescendance que lui permettent la raison et la vertu ; ne se détache du monde que par des principes plus hauts et des idées plus justes; se rend libre sans être însociable, et se tient à Técart sans paraître isolé.

' Pour peindre Xa Bruyère, il faudrait avoir sou génie, et ce talent inimitable qui renferme tant de sens dans une phrase , tant dMdées dans un mot ; exprime d'une manière si neuve ce qu*on avait dit avant lui , d'une manière si piquante ce qu'on n'avait pas encore dit. Son ouvrage est , de tous les livres de morale , celui qui donne le mieux à la jeunesse la connaissance anticipée de ee monde, où les mêmes passions, les mêmes vices, les mêmes ridicules, malgré quelques changemens passagers de costumes , d'usages , de modes et de moeurs , donnent à' la génération présente une grande ressemblance avec celles qui la précèdent ou <;elles qui la suivent.

Je n'ai emprunté de La Bruyère que deux portraits, légèrement ébauchés dans son excellent ouvrage , et que j'ai tâché de m'approprier par l'exécution. En traçant des portraits, je n'ai pu lui dérober ses pinceaux ; mais j'ai long-temps étudié sa manière , et peut-être lui deyrai-je quelques-uns

tRÊFACE. 121

des suffrages que j'ambitionne. Les pi as indnlgens de mes lecteurs seront sans doute ceux qui savent les obstacles que me présentait à Taincre Texécution d'un ouvrage sans modèle dans aucune langue; la difficulté de distinguer tant de caractères» souvent voisins les uns des autres , surtout le travail des. transitions , dont Boileau félicitait y ou peutêtre accusait La Bruyère de s'être affranchi.

Je désavoue d'avance toutes les applications que la malveillance pourrait faire des caractères que J'ai tracés. Tous ont été pris dans là connaissance générale du monde , et ne doivent rien aux observations que je puis avoir faites dans les sociétés où J'ai vécu. J'ai toujours méprisé ceux qui, admis dans des maisons choisies par leur intérêt ou leur vanité, au lieu de conserver, en les quittant, Timpression de Taccueil qu'ils ont reçu , de la bienveillance qu'on leur a témoignée , des services qu'on leur a rendus , n'emportent que les froideurs de l'ingratitude , les observations de la malignité, quelquefois même les souvenirs de la haine ,' ef, par le plus horrible abus de l'hospitalité confiante, donnent une publicité scandaleuse aux torts ou aux ridicules dont ils ont été les confidens ou les témoins. J'ai quelquefois usé de l'intimité à laquelle m'ont admis des personnes estimables, pour célébrer leurs vertus et leurs talens ; mais si J'en avais abusé pour publier leurs fautes ou leurs faiblesses , là auraient commencé de mes repentirs le plus amer ^ et de mes chagrins le plus inconsolable.

Une femme poète \ déjà connue par une élégie

(I) Madame Philippine de Vannez, anteor des Conseils à une femme sur les moyens de plaire dans la conversation*

VALH. ET PITI^. 11

222 fRÉFÂG&

intéressante sor les tombeaux de Saint-Denia, a» dans la plas modeste des préfaces» annoncé son poème sur ia Conversation , obnune le précnrsear da mien. Je Yoadrais m'acqnitter envers elle de ce qu'dle a dit pour moi d'honorable et de flatteur; mais ses éloges ont d'avance décrédité les miens > et mes louanges les mieux méritées seraient toujours sus* pectes .de reconnaissance.

Je suis content de ma journe^e |

De mes poétiques travaux

Ma diligente matinée

A TU naître les fruits nouveaux*

Dans ma paisible solitude J'ai rassembla mes amis les plus chers ^ Amateurs, comme moi, desbeaux arts^^ des beaux verS| Eclairés par Tusage et polis par l'étude , Que, chaque soir, dans mon humble réduit, Auprès de moi rbabitude conduit;

Non rhahitude routinière i

Qui, se traînant dans son ornière , Dans la même assemblée et dans les mêmes lieux, S'en va porter sa face cQutumi^re

Et ses propos fastidieux ;

Afais rbabitude libre et fière Qui I chez ses bons amis , les mêmes qu^autrefbis , S'acheminant par goât et s'arrétant par choix j^

Dans sa visite journalière ,

Sans faste, sans bruit, vient^à piedj^

Avec sa grâce familière.

Vider j en cf usant, b théière ,

Ou le flacon d'amitié.

Par une amère et douce souvenance , Nous sommes remontes aux jours de i^otre enfance ; Ces jours d'insouciance et de captivité;

Ces jours de crainte et d'espérance ^

£t de tristesse et de gaité.

Nous aimions à revoir, dans cette douce image , £t les fruits de l'étude et les fleurs du jeune âge;

Nos pëinics, nos amusemens^

Nos raquettes y nos rudimens y La liberté des champs y les barreaux du collège ;

En hiver nos boules de neige ,

Et dans Vété nos ricochets ; Nos frivoles plaisirs , nos douleurs passagères, Pour tromper nos pédans nos ruses mensongères j^

Et leur férule et nos hochets y La balle, le sabot tournant sous la courroie y Le cerf- volant y objet de surprise et de joie Pour les marmots qui, le suivant des yeux y

Croyaient monter avec lui dans les cieux.

Souvent encore avec délices

De nos scojastiques essais

Nous nous rappelions les esquisses , Et nos premiers travaux, et nos premiers succès j

Qui de nous du laurier classique

Vit ceindre son front jeune encor;

Qui dans la lice poétique

Risqua lé premier son essor.

Tantôt des mœurs, du caractère,^ Boudeur ou gai , folâtre ou sérieux, Dans notre enfance et dans nos premiers jeuX;^ Nous recherchions IMian involottlaire :

PAOLtWUE. 125

Ces premiers traits , ces préludes obscurs»

Des défauts, des vertus et des talens futurs; Qui de nousy sous les lois d'un pédagogue austire Sujet obéissant et dobile écolier, *De bonne heure apprit à plier ; Au joug d'une règle sévère Son caractère moutonnier; Lequel de nous, malgré sa chaire dominante^ Sa coiffure carrée et sa robe imposante , Sur le nez du régent faisait , d'un doigt hardi , Voler le pain en boulette arrondi.

Sans pesanteur, sans morgue doctorale , Souvent nous raisonnions des lois , de la morale^ Des défauts de l'esprit et dea vices du cœur ; De la science , peu commune ,.

D'unir la gloire et le bonheur;.

Du grand chemin de la fortune ^ Du sentier étroit de l'honneur :

Aucun , par un babil frivole, ^ Sur son voisin n'usurpait la parole ; Chacun , parlant , se taisant à son tour^ Du discours circulaire attendait le retour ^ Et comme ces pinces fidèles Qui, des tisons de mon ardent fojer^ De temps en temps , pour m'égajer , Font pétiller les vives étincelles , Par un commun accord passaient de main en main ;

Ainsi venant, revenant à la ronde, L'entretien,iourà tour sérieux ou badin.

Sans désordre suivait sa marche vagabonde.

Et faisait jaillir à propos Le feu de la saillie et l'éclair des bons mots.

De ces aimables causeries f Qai me charmèreot tant de fois , J'ai conserve les images chéries ; J'en goûtai les plaisirs; j'en dicterai les lois*

Dans les socie'tës et les âges antiques ^ Causer fut le premier des plaisirs domestiques ;

Et dans cette allière cite , Mère du despotisme et delà liberté ^

Dont les Dsndes républicaines^ Aux bords de TEùrotas, aux rives africaines | A travers les débris de vingt trônes divers j Allaient porter ses lois, ses drapeanxet ses fers; Si du Forum les fougdeuses cabales.

Ou du sénat les discordes fatales |

Ou les attentats des méchans , Les avaient exilés dans leurs maisons des champs. Ce qui restait d'illnstres personnages,

Ëdiles , consuls ,- dictateurs.

Magistrats renommés , ou fiers triomphateurs ;

Sitôt que dans leurs paysages Les bosquets paternels reprenaient leurs ombrages^ De leur sainte union resserrant les liens.

Chaque jour renouait leurs graves entretiens. 'Là n étaient point traités ces objets inutiles , Ces petits intérêts , ces nouveautés futiles , Qui aes grandes cités composent les rumeurs ; De la mode du jour le caprice fantasque , Ou les plis d'une toge, ou les plumes d'un casque i

Les bonnes lois , les bonnes mœurs, Le chemin du bonheur, la route de la gloire ;. Les règles de la vie et de l'art oratoire;

PROLOaUE. 127

Les grands tableaux de la terre et dés cieux; Les droits des citoyenS| la nature des dieux ; La constante amitié, la tranquille vieillesse f

Cueillant en paix les fruits de la sagesse :

Voilà leurs entretiens. De frivoles esprits Aux interlocuteurs ne donnaient point le prix* A Tuscule , à Tibur^ aussi bien que dans Rome , .De grands hommes toujours écoutaient un grand

> [bomme.

CVtaient les Cicërpn , les Caton, les Bru tus;

Les grands talens et les grandes vertus.

Tous oubliaient^ dans leurs rians domaines , Et les ambitions et les pompes romaines :

Et, dans le fond d'un bois, sous Tabri d'un berceau,

Au bord paisible d'un juisseau , D'oùleurs discours pesaient sur les destinsdu monde. Entre eux se préparaient, dans une paix profonde,

Ces grands édits et ces puissantes lois Qui commandaient à Rome çt maîtrisaient les roîs.

D'Athènes, plus galante et moins majestueuse ,

L'habitude voluptueuse, Dans ce séjour des arts et de la liberté , A. qui Romç, à regret, cédait son cher Vii^ile,

Donnait souvent à la beauté.

Sur un auditoire docile ,

Une plus douce autorité.

Sa grâce commandait à la foule attentive i

Et sa douceur persuasive Des plus mâles vertus et des plus hauts talens. Quelquefois, j'en conviens, arrêtait les élans; Mais plus souvent d'une austère sagesse

Son tact, plus délicat, corrigeait la^ rudesse; Du génie 9 encor brut, polissait Tâprete; Des naturels hautains abaissait la tiertë*

Tous à ses lois soumettant leur audace , De leur brillant modèle ils admiraient la trace ; Inspires par Tamour, par le goût applaudis, Et discoureurs plusg^is, novateurs moins hardis. Ce qu'ilsperdaient en force ils le gagnaient en grâce. Ainsi dans son salon, par les arts ^en)belli|

Encor brillanle de jeunesse, Aspasie assemblait ce que toute la Grèce

A Tait de grand et de poli.

Sur ce terrain brillantine grâce et de richesse ,

Tous les fruits avaient leur saison ; La gravite sëvère y suivait la vieillesse , Le calme l'âge mûr, Taudace la jeunesse.

Instruits , par> la comparaison ,

De ce qui plaît , de ce qui blesse , Tous devaient l'un à l'autre une heureuse souplesse;

Le riant, épicurien Y déridait l'âpre stoïcien ;

Sous les yeux de l'enchanteresse, Pleins de grâce , à la fois , et de sévérité , Le bon sens n'eût osé se montrer sans finesse ,

L'illusion sans vérité,

L'enthousiasme sans justesse ; ^ Le bon exemple j formait le bon ton ; La critique sévère avait sa politesse ,

L'clogc sa délicatesse;

C'était la fleur de la raison

Et la moisson de la sagesse.

Là . dans le$ douîx transports d'une amoureuse ivresse.

Le front paré de fleurs ou de lauriers | Les fameux orateurs , V^î^c ^^^ guerriers , Parlaient de leurs combats, ou de leurs ambassades. Rapportant d'un grand nom l'illustre autorite ,

Déployaient avec liberté , Sans froid raisonnement , sans foUes incartades , Leur vieille expenence , ou leur jeune gaîtë ,^ La brillaient sans orgueil, mais non sans dignité, Les Pendes et les Alcibî^des , Qui , parant leur autorité Du suffrage de la beantë, L'aimaient comme la gloire, et bien plus q[ue la vie; £t, pour un regard d'Aspasie, Oubliaient la postérité.

Là les jeux pétillans et d'amour et de verve , Le divin Pbidias venait à la beauté Offrir, avec timidité , Son Jupiter et sa Minerve.

Là de Platon le maître respecté, Par des aœens pleins de noblessie , Ilamenant à Vespoir la triste humanité,

Faisait entendre à la faiblesse Le dogme consolant de l'immortalité.

Aussi son amante ravie Aspirant, pour lui plaire, à la célébrité.

Après l'avoir aimé toute sa vie , Voulait suivre json vol vers la postérité^v

Tous deux, en même temps, admirés dans la Grèce, J/un à l'autre payaient un encens mérité.

Aspasie, en beaux vers, célébrait la sa^e^se ^^

130 PROLOGUE, r

£t Socrate amoureux encensait la beauté. D'accord avec ses yeux, son, cœur l'avait choisie ;

Comme lui, ses. concitovens I Fiers d'être admis à ses doux entretiens ^ De la belle adoraient l'aimable fantaisie , Et les plus beaux esprits, les plus fameux hero5|

Ne tenaient pas contre tm des mots

Ou des sourires d'Aspasie.

Mais toute chose a son danger :

A ces réunions charmantes ^ Où quelquefois accouraient se ranger Des amans en crédit, d'illustres intrigantes | L'intérêt de l'état n'était point étranger.

La y comme parmi nouS; aux époques fameuses De nos princes ligueurs^ de nos belles frondeuses | Dans un cercle atbdé d^ambitieux amans , Pour dominer par eux la fortune publique ^ Oubliant du plaisir les vains amnsemens , Et l'humble autorité du pouvoir domestique f Par d'adroites faveurs, des entretiens charroansj La beauté préparait les grands événemens ,

Et, par une double tactique.

Avec adresse employait tour à tour

Et l'amour et la polilK)ue ,

Et la politique et l't^ur.

Ainsi f d'une voix éloquente,

Dictant la paix ou les combats , Aspasie entraînait la foule obéissante , Ou , des troubles publics prévenant les éclats ^

Composait sa triple couronne Desmvrtes de Vénus, du laurier deBellonp f

Et de l'olivier de PallaSi.

CHANT PREMIER

soMMAme.

Exposition da sujet. Inyocation da poète à sa ttitise. Pottrait da noavelliste. L'antear tombé ; les intrigoes do parterre et da théâtre. L*homme qai raconte ses procès et les affaires dont û est chargé; Térudit, qai rappelle les lois et les coatames de l'antiquité ; l'-esprit léger , qui raconte ce qa*il a la dans la gazette. Comparaison de ces deux personnages. Conversation da diner ; conversation dans le salon. Portrait du bavard ; ses efforts ponr se faire écouter ; son embarras lorsqu'il ne peut plus parler. Portrait du bava rd voyageur. Le conteur minutieux. Le bel esprit bourgeois, qui débite i lui seul tout l'esprit du quartier. Le conteur qui se pique d'exactitude dans les détails, et qui s'embarrasse dans ses récits. Le lâcheux interrogateur ; le questionneur qui interroge , non pour savoir, mais pour montrer ce qu'il sait. Le rieur ridicule , l'homme ennuyé ; le farceur on Roquelaure bourgeois.

CHANT PREMIER

De Tart de converser^ de doux présent des cieux , J'ëtaîs impatient de peindre les délices :

Mais je dois , avant tout , présenter à vos yeux

Des dialogueurs ennuyeux

Les ridicules et les vices :

Qui les connaît le plus , les évite le mieux.

Toi donc , qui chantais les batailles ^ Forçais des camps, renversais des murailles | Muse y quitte le ton guerrier :

Prends un accent plus familier | Une mitie moins^serieuse , Et ne sois plus qu'une aimable rieuse ; -^ Causant au coin de ton foyer, - Fais-nous de nos travers des peintures fidèles \ Tu ne manques pas de modèles.

Dans ce salon , avant la fin du jour , Combien d'originaux vont passer tour à tour ! Dans nos sociétés les ennuyeux foisonnent; Ton crayon seul peut les rendre amusans :

De'dommage-nous donc, par leurs portraits plaisans. De tout Tennui que leurs discours nous donnent.

D'abord, dans le cercle banal.

Arrive un couple nouvelliste ; L'un triomphant et gai , l'autre confiis et triste ; *^ ^^ L'un d'eux voit tout en bien^ l'autre voit tout en mal ; '

MAXH. EL PITlé. gf

iZU LAICONVERSATION.

Dès Long*lemps il prévoit un armement fatal ;

Dès long-temps le premier ministre

D'un des princes les plus puissans A fait jusques à liii d'une ligue sinistre

Parvenir les bruits menaçans.

De crainte de le compromettre,

£n poche il a çardë sa lettre.

Déjà f p^r l'orare des Césars , Le fier Hongrois , la Bohême, F Au triche ,

Se rassemblant de toutes parts, Pour marcher contre nous laissent leurs champs en

[friche ; Et, des monts du Frioul, des gorges du Tyrol,

L'aigle rapide a déjà pris son vol.

L'autre voit tout en beau : pournousmet en campagne

Toutes les forces d'Allemagne ;

Sur la Moselle et sur le Rhm Impose un contingent à chaque souverain ;

De toutes parts, sur la terre et les ondes , Au secours de la France amène les deux mondes ; Déjà sur le Wéser nos foudres ont grondé; Déjà de nos soldats le Mord es| inondé;

Il forme un siège, il livre une bataille; Kt, tandis qu'au milieu des rangs les plus épais.

Il frappe d'estoc et dé taille, Nous a^^prenons qu'on a signé la paix.

L'univers lui fait banqueroute :

N'importe , il se remet en route , Range ses bataillons , poursuit ses armemens ,

Ses marches et ses campemens.

Mais, tandis qu'à son gré, troublant toute la terre. Son babil triomphant fait ployer sous nos coups

L'aurore et le couchant, le Nord et l'Angleterre , De tous côtes Tennut gagne , et c'est nous Qui payons les frais de la^erre.

Après lui quel mortel, Tair triste et consterne^ Comme un criminel condamné Sortant de Tinteirogatoire , .

A son tour vient grossir le nombreux auditoire ? C'est d'un drame nouveau l'auteur infortuné,

£ncor tout froisse de sa chute.

Il conte à quels complots sa pièce fut en butte ; De la réception l'effroyable tracas; Des malveilians les intrigui^s affreuses; Des amoureux, des amoureuses^ Pour les premiers emplois les terribles del>ats 5 Quelle épouvantable aventure Fit échouer la pièce à la lecture ; Comment , malgré l^ôrgaûe de Mole, Aux intrigans l'auteur fut immolé ; Par quellcv puissante entremise A la correction la pièce fut admise.

Le jour enfin , le jour , où , si long-temps caché, our tous les murs son nom fut afficbé , Dans une attention profonde Ont d'abord écouté les loges, le beau monde; Bientôt de tous côtés les spectatetirs ont fui : Les femmes ont donné le signal de l'ennui ;

Pour étouffer la cohue infernale , En vain de l'amitié l'impuissante cabale, Avec des mains telles que des battoirs, Faisait > au loin , sonner la salle Et les foyers et les couloirs.

D^jà les voix devenaient plus timides.

Des vélërans, jusqu'alors intrépides, Le courage était ébranlé :

Les uns étaient trop lents , les autres trop rapides ; L'un avait mal compris , l'autre était mal soufflé ; Désessarts même était sorti tout essoufflé.

Pourtant de ses beaux vers les connaisseurs avides

Voulaient aller jusqu'à la fin.

L'ordre était revenu : la pièee était ^n train, Lorsque des bravos , plus perfides Que les ronftemens des dormeurs , Et les sifflets et les clameurs y Prenant de Tamitié Uttrompeuse apparence y^ Mais dictés par la malveillance De quelque ennemi clandeatin', Ont du malheureux drame achevé le destin.

Tout espoir s'est perdu , Ton a baissé la toile ^ Et l'auteur est parti maudissant son étoile.

Mais le publie n'est pas au bout; Malgré sa chute, il est encor debout ;.

On reviendra de la méprisiC :

La scène a ses appels pour un auteur tc^mbé ;- Et , si la pièce a d'abord succombé ,

Il les attend à la reprise.

Il a raison : un drame, de nos jours , Tombe souvent , mais rebondit toujours^

Pour exercer votre courage,

Arrive un grave personnage.

Qui , chargé par état des affaires d'autruî^, Bevient dans les salons en reverser l;'ennii.i>

A quatre heures de relevée

n vient f la séance levëe ^ De terminer un grand procès De successions , d'hëritages ^ De légitimes ^ de partages ^ Aux tribunaux pendant après décès :

Sur tous ces cas dès long-temps il s'exerce : Mais y durant cette controverse ^ Pour éclairer son jugement , Plus d'une fois chaque partie adverse A l'audience est venue nurobleroent Lui présenter plus d'un mémoire y Qu'il a fait lire ou qu'il a lu.

Hnfin de ce procès il a toute la gloire y Et y par ses soins ^ le bon droit a vaincu.

On se croyait quitte de cette affaire i Mais rien n'est encor décidé :

Sur cette importante matière , Il ranime vingt fois l'auditoire çxcédé ; Sa mémoire vient à son aide :

Il la discute ^ il la juge ^ il la plaide ;.

Prend tantôt le ton grave et tantôt tes éefats^ Et le fausset des Jeunes avocats;.

Examine le petitoire^ De là revient au possessqire ; Cite le tribunal , les juges, le ressort; Dans le procès-verbal découvre plus d'iin toit ;

Discute a fond l'avancement d'hoirie ;

Maint plaidoyer succède à cette plaidoirie ;

Et l'ennui seul met' le salon d'aecord.

Si l'entretien languit ne soyez point en peine : De la. maison voisine arrive un CTudi¥y

Qui y dans les mars de Sparte^ et de Rome eld'Albène,

Sait tout ce qu'on a fait , et tout ce qu'on a dit ;

Son érudition profonde Vous dît d'où sont partis tous les peuples du monde : Il fait par cœur les noms des princes du s^nat. Tous les Romains^ promus au grand pontificat , Au rang d'édile y au tribunat ; ^ Qui, sur la scène , a pris le premier masque ; Qui y chez les Grecs , porta le premier casque. Du casque il passe au bonnet augurai.

Au lituus pontifical ; Puis viennept les extraits des poudreux an tic|ua ires , Les temples , les tombeaux , les unies cinéraires : Puis il vous mène au mont CapitoHn , Au Quirinal,, à l'Esquilln , Au temple de la paix y au vaste Colis^e ; Compte les chapiteaux de sa masse brisée \

Vous dit par quels heureux hasards Il vient de découvrir uu vieux camp des Césars. Las des antiquités et romaines et grecques y Des LatinSydes Gaulois, des Volsques et desEques,

J'arrive enfin , quoique un peu tard , A nos aïeux, les Francs , à leurs ^ premiers ëvéques. Menace de subir les annales d'un czar,^ D'un Soudan , ou d'un hospodar y Je maudis les bibliothèques, Et suis près d'excuser l'incendiaire Omar.

y Cet autre est moins pesant ; mais, comme une coqoel te, ^ Son esprit , tous les jours, se met à sa toilette ; Tous les jours reprenant son travail clandestin^ Par fe secours de la gazette j

Du journal y du bulletin , Avec qui y franc de port ^ son mérite s'acliète^ A son lever s'instruisant en cachette j

Il compile 9 chaque matin, Quelque sentence ou quelque hi^orie|te ; Puis y quand il a rassemblé son butin , De salon eu salon , à quiconque l'approche « De son savoir d'emprunt il prodigue Tennui.

Dans ces jours de combat, ne craignez rien pour lui : D'avance il aiguisa tous les traits qu'il décoche ^

Et tout son esprit d'aujourd'hui

Etait, en brouillon , dans sa poche.

Chez lui , rien de soudain^ de naïf d'imprévu ; 6. ^ Aucun des traits heureux que l'à-propos amène^ Qu'inspire le moment , que dicte le hasard : iA

Il arrange son air, son discours, son regard; Ennuie avec méthode, et déplaît avec art ; Met son ame en parade et son esprit en scène , n D'un savoir compilé fait une montre vaine ; 1 Nous dît ce quel on sait, nous rend ce qu'il a lu : J'aimerais mieux cent fois qu'il fût sot impromptu»

Or, du pédant dont la dqpte arrogance Avec l'instruction nous prodigue l'ennui, /

Ou du fat recouvert d'un vernis de science ^ ^-^ Lequel doit obtenir de ncHjs la préférence?

Tous les deux, aux dépens d'autrui,

Font leur recette et leur dépense; Mais l'un a l'étalage et l'autre l'abondance»

L'un est ce fleuve fastueux ,

Qui , dans ces campagnes chéries.

Le long des bois , à travers les prairies, Roulant pompeusement ses flots majestueux ^

m LA CONVERSATION.

Des eaux du ciel, ou de sa propre sourcey

S'entretient dans sa longue course ;

L'autre ressemble à ce maigre ruisseau ^ Qui y tarissant au sortir du berceau ,

Pour nourrir son eau mensongère ,

Attend qu'un malheureux cheval , Toute la nuit , tournant d'un pas ^gat. Lui porte le tribut d'une source étrangère ; Soutient quelques instans sa coirrse passagère^

Puis, laissant à sec son canal, Pour repa^rer sa richesse précaire , A besoin oe nouveau que le triste animal , D*un pas laborieux recommençant sa ronde , Au grë d'un seau qui monte et descend tour à tour^ Remplisse les bassins d'où 'son eau vagabondis Va baigner de nouveau les bosquets d^alentour. Et fait, en un instant , sa dépense d'un jour.

Quelquefois l'heure delà table A ces groupes bavardis semblée un temps respectable : Que dis-je? du babil Tîncommode fracas

Nous poursuit même à l'heure an trépas.

Quelque temps, sourde au bnrit et lasse de la dicte ^

La prerftière faim est muette ;

Mais bientôt les vins et les mets Out, avec lagatté, réveille les caquets;.

Chacun vide , en jasant , sa mémoire et son verre ; L'un conte son cartel, et l'autre son procès, Un banquier ses calculs, un auteur ses succès ,

Ou 1 inclémence du parterre.

Dans le récit de ses projets, L'un bâtit son château , l autre plante sa terre , Ou nenace les cieux de son paratonnerre;

Un papa gronde son marmot : \

Tous, en faisant du bruit, pensent faire merveille; j Les amans seuls chuchotent à Toreille ,

Et s'entendent à demi-mot.

L'Amphitryon du lieu ,. durant ce cailletage^

Dont le tumulte Tétourdity

Se plaint tout bas que ce tapage Des convives distraits lui dérobe Thommage ,

Que le dîner se refroidit.

Le gourmand , à son tonr, qn\ y suivant son usage, Très* sérieusement s'occupe de jugçr

Les vins, le service et la chère,

Dans cette intéressante affaire

Gémit de se voir déranger :

« £h , Messieurs , dit- il en colère, A la digestion le cahne est nécessaire^

Et l'on ne s'entend pas manger. »

Enfin la scène change : on se lève , et la foule. Les deux battans ouverts , dans le salon s'écoule»

Là se trouve un nombreux concours

D'originaux qui, tous les jours, .

La tête vide et Tame désœuvrée ,

Viennent auteur de votre feu

Perdre à voà dépen» leur soirée

Entre les caquets et le jeu.

Il faut bien passer en revue Cette nouvelle et bruyante cohue.

Parmi ces êtres diiïérens De goût, de mœurs, de naissance et de rangs, De loin, à son babils je reconnais un homme Dont le bruit m'assourdit, dont le fracas m'assomme.

On connaît cet oiseau dont la fable autrefois Nous a peint l'ëtrange assemblage Dont cbaqne plume a ses jeux, son langage ; Qui, sur le haut des tours , sur le sommet des toits^ Jour et nuit prolongeant ses veilles^ Des grands , des peuples et des rois, Raconte au monde entier la honte et les merveilles ; Dans^ui tout voit^ecoute, et raisonne à la fois : Le babillard n'en a les jeux ni les oreille^; Mais il en a les langues et les voix.

A son approche menaçante jûToui fuit : malheur à ceux qui tombent sous sa main! ( De son bavardage inhumain ,

Les jeux etincelans et la bouche ecumante ,

11 vous harcèle , il vous tourmente.

Harasse, fatigué , je succombe au sommeil , £t c'est lui que j'entends encbr à mon réveil. En vain vous espériez échapper par la fuite : Inutile secours! Bientôt à votre suite ,

Pour vous atteindre , il a pris son essor :

Vous êtes déjà loin , il vous harangué encor ;

Fujez : gardez qu'il ne vous voie ; Dans quelque abri voisin y quelque asile écarté ,

Enfoncez-vous : un bavard évité , Dès qu'il la ressaisit, ne lâche plus sa proie.'

« A propos, j'avais oublié, Dit-il ; ce pointue fut discuté qu'à moitié;

Votre bonheur veut que je m'en souvienne ; Puisque je vous retrouve, il faut quej'j revienne.» Il dit , reprend son homme, et s'accrochant à lui, Lui paie, en l'assommant, l'arriéré de l'ennui. Rencontre-t-il des auditeurs revéches?

Il part : dans le groupe voisin , Va chercher des oreilles fraîches Qui récoutent jusqu'à la fin. ^

£h! qu'a-t-il besoin qu'on Tecoute^ ) Qu'on lui rëponde?!! a cl'autres moyens . De prolonger sans vous ses entretiens :

Se taire est tout ce qu'il redoute.

Jadis I quand de la scène il imagina l'art y Thespis , dit^on , créa le dialogue ; Mais l'inventeur du monologue Fut probablement un bavard , Qui I d'un cercle lassé de son impertinence A jant use la patience j /

Imagina de se parler <\ part.

Ce moyen est encore en France La ressource du babillard.

Du cercle indulgent qui l'écoute Quand il a mis la constance en déroute ^ Il parle à ses tableaux, à la muraille , au vent. Il parle seul : son tour en revient plus souvent; M allez pas lui parler de ses biens, de ses terres. De ses amours, de ses guerres , • De sa maison, de son loyer, De son poème et de son plaidoyer :.

Pour exercer sa manie incurable Le prétexte le plus léger Lui suffit ; et le misérable Dont l'ennui patient tâche en vain d'alléger

De son babil le poids intolérable, Craipiant d'entretenir, au lieu de l'abréger, - Son bavardage inexorable, Feint de comprendre ; et craint d'interrogée:

IkU LA CONVEBSATION.

Tout est pour lui danger, crainte ou soudfrance. Si je parle, réduit au tourmcoi du silence, Mais prêt à renouer le fil de son discours , Il trépigne d^ardeur, il bout d'impatience .

Il frémit f si quelqu^un commence .

Un récit détaillé de procès ou d'amours.;

Il sait combien en racontant leurs rixes , Les plaideurs sont diffus et les amans prolixes , mais à quel saint n'aura-t-il pas recours, Si , préludi^nt à sa gloire future, L'écrivain à la mode, entre un double flambeau. Et ion verre et son sucre, et sa carafe d'eau. Dans son fauteuil cberchant une posture, Et tenant en main son rouleau , Vient, de son chef-d'œuvre nouveau, Aux assistans proposer la lecture ?

Quels beaux momens va lui couler Celte épouvantable aventure !

Une soir«e entière on edt pu l'écouter !

Combien iaut-il -que son supplice dure?

Enorme est le cahier, et- fine l'écriture ; Puis de l'in-folio qu'il vient d'apercevoir Le format menaçant aisément fait prévoir L'éternité de la torture.

Long-temps, pour mieux se faire voir.

Et se sauver, s'il peut , d'une épreuve si dure, Parmt les auditeurs hésitant de s'asseoir,

Il parle , il tousse, vain espoir !

Déjà le cercle entier a, par un doux murmure • Invité le lecteur, qui se met en devoir.

Déjà , pour secourir son oreille peu sûre , Orgon vers lai tourne son écoutoir.

LA CONVËRSAtiON. , Adieu son espefdttcô et éeâ projet9 du,fioîr.. Quel tourment est egâlttu tourmeht qu'il redoute ! j Il tenait tobtjl'jiartet'î H fbudra qu'il écoule* /

Il n'y tient plus; et gagne son manoir^ Mais se console en parlant sur la roule. Malheur à vous s'il rcvieiii sûr ses t>às f Par hasarda ou par pr^voyahce^ ^ Si quelquefois j'âi pris sur lui ravabcë| De son rôk passif pour finir l'çtnbârras ^ Combien (l'ëxpédîeils n'imagîné-l-U pas f Exercë^anS coite lactique, Sur la morale où siir ta potiliqué , S'il s'élève quelques de'bats J De crainte que je îie m'explîqiiej Et de voir ainsi recruter L*heureux moment, lé moment dé biiH'crî A mr- --"^---^-^^^ î» ^-- --'--^ J^ -^-^ ..

Fait

El de iloùblér r(?nnm du texte

Par celui duconimentateuf.

Ciiaquepbfasèle tue : et, prodigué deâSieiidysf

Il est toujours économe des tnienries; \ '

Il ne demande point les comment , Icii pourquoi 2 7? Les de'finitlons le font pâlir d'effroL Si toa nicmoire souffrie, ou si tria langue hésité j

A mon aide il accourt bien vite,

M'impûrlune de ses Recours { 6i (jTielque terme obscur en a bioiiilfi* Iç cbfirk ,* Lui-même il eclaircii ma phtasè embattass^è | Acicëlèreled tbur^, diligeiitc les mots*; Vient au-devant de mes propos ;

MALH. ST PITUi. ÎS

Ué LA dONVEftSATlûN.

Appelle la parole , accouche la pebsëe ;

Et y pour sauver le temps perdu ,

Par uu habile stralagème , Me fournissant le mot trop long-lemps attendu | Se délivre de moi pour m'accabler lui-même.

Enfin voici venir un grand conteur; De ses projets 9 de ses affaires.

De ses travaux guerriers y civils et liltâ*aircs ,

Infatigable narrateur^ D'avance minutant l'histoire ^'il prépare | Pour en venir a sa narration ^ Il n'attend plus qu'une transition Ridiculement plate ou follement bizarre.

Peu délicat sur les mojeiiS; Quelquefois à nos entretiens Donnant tout à coup uhe.entorse > Sa brusque incursion en ëcarle l'objet y

Et de plain saut il arrive à son fait. \

D'autres fots^ préférant la finesse à la force ^ Pour placer son récit , par lui seulattendu,

L'oreille au jpuety l'esprit tendu , Et du discours qui roule observant chaque phase , Long-temps prêta saisir le rapide à propos.

Il tourne autour de chaque phrase | Tâte tous les sujets ^ et guette tous les mots : Heureux s'il peut hâter l'occasion tardive !

A->t-il perdu ^ par un Qicheux écart ^ La transition fugitive ?

Dans sa^yranie attentive , L'imperturbable babillard , Occupé de tenir votre oreille captivai

Au premier incident se rattache avec art, S en fait un texte, et se jette au hasard Dans son r^cit. Malheur h qui Tëcoute !

Si de Rame ou de Naple on a nomme la route | Il connaît ces pajs : lui-même sur les lieux En dessina les raonumcns poinpeux,| . La collection en est prête ; Rome n'est plus dans Rome, elle est toute eu sa tête»

Avec raison tout bavard nous &it peur :

Mais quel flëau pareil au bavard voyageur I Pour nous endoctriner empresse de s'instruire ^ Gros de ce qu'il a vu, gros de ce qu'il ouit dire| Sa plus douce espérance est de le répéter; --P Il va pour voir, revient pour raconteri £t raconte pour qu'on l'admire.

Mais , pour arriver à son but , Il a besoin d'un honnête début, r^ }'j 'J La philantropie , à la mode | ^

Lui fournit un moyen séduisant et commode :

« Messieurs , dit-il , je vous l'avais promis | J'ai vojagé pour moi , pour mes amis :

Jouir tout seul est un plaisir barbare 1 Que je m'interdis constamment ; ^ Car je hais presque également La^ richesse égoïste et la science avare.

Que font pour nous les oreilles, les yeux D'un voyageur silencieux^ Qui , dans sa mémoire discrète , * D'un trésor enfoui receleur odieux , Garde pour lui sa richesse muette 7 Je ne suis point de ces gens-là.

De ce qu'on sait, de ce qu*on a, f

iSa ne jouit qVmiUfii qu'on k ^tage Avec ses Vrais amis. J^q profit d'mi yqj^ip t Nulo'^oferait leco^tealeri .

C'est <ïe eoanàîtrii , çt surloilt ç/€.ftt d'iastjp«îrf : Qui voyage ioogHeaips peut lQQg''tempsi:«\çqQiçij | Et beaucoup voir vaut mieux q^ç beaucoup lifQ* Le monde est à qeliii qui sait rétudierî <v.

Qui n'a rien vji n'a rien à dire i -"""'yy DU tt^bîan La Fontaine. Un triste eaunt^ii Aux frais des entretiens raremeui pç^t spffir^j Son savoir paresseuse vaut ce qu-il a Ço4té|

St| qui pk est, il n'est poiut eeauté* Je v^déf voyageurs de leur itinéraire j Qui pouvait eqrichir la eonversatÎQU y A leur retour aflhbler un libraire i

Et d'un manuscrit téméraire i Avant le temps risquer rimpressicui* Misérable parti dont î\ faut se défeudrâ ) Celui qui vous a l^ no veut pVs vuusaut^DdTia; Et^ poQv entretenir la curiosité | j

|1 faut qn peu de nouveauté. /

Je réprouvai eent fois } aussi les gens ^af j'aime De mes récits ont toujours la nrimeuri Je ne fais point dire par l'imprimeur

Ce que je puis dire moi-même.

Aux mêmes lieux réunis une fois | Nous piMirrons converser enfin de viv^ vota |

Dans l'absence on a beau s'éGrîrte^ Le papier trammet tout| mais il n'«xnrtmç rien :

C'est en parlant qu'on s'entana bien i Et combien nous avons de choses à nous dire ) Vous d'abordi je Tespèi^i et voua po^ vea compter

LA CONVERSATION. Ift9

Sar toute ma recoonaissance:

A dater de ma loa^ne absence y Yoiia vottdrea bien me raconter | En peu de mots , les troublée de h Franee i Peu dit beaucoup à qui Mit^ouleri A discourir long«-temps Je n'oblige pe ri^n^e i Jamais surtout je »e mis répéter.

Quant à moi , je vous abandonne De tout mon eoiur mes notes i mes jonmens»

Pleins d'aperçus ourieuic et nouveaux ; |

Je les ai mis en ordre i et je ne pounmis sans pein07 Les dire iei tout d'une baleine.

Mats 9 attendant que jusqu'au bout 9 De point en ipolnt» de page en page.

Je vous puisse k loisir eoitimepier mon vojage f Je veqx vouseodonner| dèa«esoir|ravaqt«*gciâit«

Ainsi I d'un air de bienfaisance ^

Masquant son lmporlunitd|

Sa caressante vanitd

Vous poursuit de sa eomplaisance |

Et vous fait peur de sa bonlë.

Il tient parole; et | sans miséricorde | De son itinëtake il entame Te^corde \ Il vous met du voya^^e ; il repasse eU courant

Tout ce qu'il vit ou de rare ou de grand :

De la Dnrance an PA, du Pô jiist|u'àla Loire | Tout a son incident ^ son roman ^ $on histoire;'

Et l'auditeur infbrtùntf , De poste en po^te k sa suite tfatn^i Craint son ezactitpde et mqudit sa mémoire ;

Ou du vojageur inhutnain

Se délivre en rêvant , et le perd en chemmé Alors I averti qu'il abuse , ' Au malheureux qui Técoute à regret | Et ïiuelquefois d'un air distrait , hax bégaie en bâillant sa réponse confuse ^ Il pense devoir une excuse :

««MoDsieari dit- il ^ non sans quelque embarras^ Je crains bien | dans ma conscience , lyavoir trop présumé de votre patience ;

. De mes discours vous semblés un peu las* Ab ! monsieuri avee n^oi mettez-vous à votre aise«

-—Aux gens distraits aucun discours ne pèse^ Lui répona sa victime | et je suis dans ce cas. Vous avez y en elFety parlé ^ ne vous déplaise^ AaBtz long-temps 1 «o mais je n'écoutais pas^ ' <^ ^

O vouS| dont h. fatigue invoquait le silence , Malheureux auditeuri maintenant armez-vou» ^

De toute votre patience ! j

Voici des rabâcheurs l'insupportable engeance ; C'est à présent qu'il faut l'absence ou les verrous \ &t d'abord sauvez-vous par une fuite prompte

De ce conteur roinutieix |

Dont l'ennui consciencieux , De quelque omission pour i?éparer la honte ^ Malgré vouS| ab ovô^ recommence son conte } Qui marche à reculons | et se gonfle en ehemio

De froids détails et d'incidens sans fin.

Telle y dans ceç eliraats qu'un long bivcr assiège ^ Ramassant les frimas sur la pente des monts ^ ,

Se grossit de légers flocons

Un? boule énorme de ociff /

Ferai-je plus de grâce au babil odieux

Da Toyagear fastidieux , Qu'avec peine souvent Tanittië même enduré?

^en aï déjà trace le profil à vos jeux $

J'en dois achever la peinture.

Pour nous conduire à Rome,!au Mexique, au JapoD| S'il quitte ses fojers et le vol du chapon , Quel dégoût, pour le suivre,ilfaulque je surmonte! Comptable aux auditeurs des faits prodigieux De cette grande course où son re'cit remoDie p

En narrateur religieux , Il croit vous redevoir^ pour apurer son compte ^ L'histoire du départ, des malles , dès adieux , Le quantième du mois , la distiuce des lieuf $

Le nom , l'enseigne de» auberges , S'il mangea des pois ou des asperges;

Comment son essieu s'est o#sse , Sur quel chemin sa voiture a verse' ; Les secours empresse's de tout le voisinage p

Et les rouliers jurant, sur son passage.

Eh ! mon ami , sovez moins scrupuleux , Sur des faits qni n ont rien de bien miraculeux p On vous pardonne un peu de nëgligeoce.

Peu notis importe ^ en vérité | Que, loin de votre bourg ou de votre cite , Vous voyagiez en poste , ou bien en diligence* -

Pour dçs rëeits plus eurieux

Re'servez votre exactitude ; Tous ce% détails , pour vous seul pre'cSeux , Risquent d'être pajes d'un peu d'ingratitude j Phitôt qu'être diffus, devenez oublieux Sur dct é\ éQQUKttÈ de petite impvrtiince I

Lfart d'être exoct «it Tart d'Itro ennajeaz.^ ^ Sans vous appesantir s«r chacjnQ circoQStaofif i Racontez la chose ea substance :

£a disattt moins I vous direz mieux.

Mais où trouver des antidotes Contre ce rabâcbpvr d'ancitnnes anecdotf s^ Qui ramine iQOJours, dnns at s coules mai)d((l» Les mimes laits , les mêmes dilS| ]£t dont ToublieusQ mémoire Tire de son vienx rdperloire ^ -v

Des faits lans nouveauté I dç« souvenirs sanschoixi'^ Qu'il emprunte des Francs el même des Gaulois? ^ Des récits (gurieux, qu'il veut aoe l'on admire i L'impertinent jusqu'à satiété , EtQurdit la aoeiete

Qui forme san petit empire I , , ^ Des traits plaisans dont il veut faire rire ^ Rit le premier i s'il n'en est pas Ta^tenri ^ II en est le commentateur \ .

Il en explique la fioesse y ^ La grace^ la délicatesse \ / En faveur de chaque dictum Fait un avant«propo« f et compose mjacfmn \

Boqtiquiersans manufacture i Il hante tous les lieux niropres à spn. m^^tf^fi Et, des salons Trubiet pôpulaeieri '

Emmagasine à Taventure ^

Le oel esprit don( il est le courtier ; De rien créer prudemment se dispense ;

R^di^ toiljourii jamais ne pen^ i « <^

Et débite à lui seul tout l'esprit dq qufirtjer. Le dë|odt le procède et l'enaai rafiçvmpafoe*

Quelquefois oepeiul«Qtlf ftçpip^hl^ K^g^f * • Ne vous ai-je conte ce traît-i«V qu'une fois*! mt-U. — Quarante au uioms ^ re'pondcz-yovs.— ^'importe, flejpond-il en rouvrant la porte ; ^yefi plaisir encor vous Ventendrez , je crois* • ^ -^

Alors quelquVo s'approche, et lui dit; • Celte his^lvire

g& reotend is souvent) plut dans sa nonveau^if } ]

ais tout re'cît deplait s'il est trop r^pAo', Ou chan^^ez de discours ^ ou changez d'auditoire. « Inutiles conseils ! Pour combler notre ennui > v . Infatigable Jcho des autres et de lui^ a)>^'

Et j sui^aot 4a triste coutume ,' ^

Reprenant (il k fil tous les points iqu^U traiUi ^ Ce qu'il a déjà dit, le bourreau \e ràume |

Il reconte ce quil conta ;

Ses récits spnt uu errata ,

Et ses suppl^mens un volume.

Cet autre f encor plus impatient^nl i

Soit di^tractrou , soit mafice , ' Des nombreux démentis quMi se ionne en eontanV Doublant tous ses récits | double notre supplice : «Un soir, dlt-il, J'ai tort |C'ëtftif après sbupçi

Enfermé dans une berïioe. .. '

Je yeu^ dire dans un coup^ | le partais pouf Anvers, ou pliitÂt pour Mal|iie.r^ Non^ e'étaitpourHonfleur... j'ofl)hais, pour Rouen:

Mille excuses... c'était pour Caen :

Hé ! non . jV suis A prtfseat.** pour Coi)t«i>ce« Le nom du lieu n'est pas «ans impôrtaB^e. f Alors ce qu'on nomma lon^^empt un pettilleur

iik LA CONVERSATION.

Lui dit : « Monsieur, votre mémoire Vous fait souvent faiix bond : e'crivez votre histoire. Et de vos souvenirs rassemblcz-y la fleur :

Alors nous vous suivrons sur la terre etsurl'onde j Mais, soit que vous veniezdu Havre ou de Ronfleur, i I^e hasardez jamais voi récits dans le monde Jj

Sans être assiste' d'uu souffleur»» ^/

Cet autre plus rp^é, pour élre siV de plaire. Débitant son esprit sous un titre imposant , D'un mot de sa façon, et qu'il trouva plaisant, Charge intrépidement oui*iron ou Voltaire j Et , sous l'abri de ce noui tutélaire ,

Interrogeant l'opinion ,

Mais j usqu'à la décision N'osant de son enfant se déclarer le père ,

Réclame le mot s'il prospère , Et. s'il dépUit, le laisse au prête-nom.

Que d'importunités amène dans la vie De se faire valoir la tyrannique envie !

Dans un coin du salon voyez ces deux parleurs , Qui n'écoutent jamais de discours que les leurs ; ,

L'un raconte , l'autre interroge.

Mais tous deux l'un de l'autre attendent un éloge^ N'allez pas vous jeter entre ce double écucil : Tous deux sont Tua de l'autre ennuyés par orgueil.

Joignons doue , pour dernier Supplice, A laprcuixité d'un pesant narrateur

La curiosité factice

D'uu fâcheux interrogateur, Non du sot dont tantôt j'ai tracé lu peinture|

LA CÔNVÈRSAÎION. 168

El qiû , faute d'omusemeiit , S'il trouve le jour long , et si le temps lui dure ^ De mille questions vous fait une torture | Et vous punit de son désoeuvrement; Maïs de cet homme vain , qui finement s'annonce Pour un observateur instruit et curieux y ^

Et y faisant à la fois et demande et réponse j y Saisit ious les raovens de briller à vos yeux. .

Ob ! pour lui quelle joie , et pour vous quel supplice ^^ Si f quand vous r6vene:& d'Italie ou de Suisse,

Il vous rencontre à votre débotté I L'occasion est belle et le moment propice :

Qne je vous plainsl Sauvé de plus d'un prc'cipîce , Par d'affreux contre-temps en chemin ballotte ,

Par les ornières caboté , Et charme de revoir votre agréable hospice , Vous espcrieZ| dans un jojeux banquet, De vos enfans entendre le caquet ; Des arbres de leur âge observer la croissance, Avec vos espaliers refaire connaissance,

Reposer dan^ "votre bosquet , De votre épouse en pleurs terminer le veuvage ,

De vos jardins lui porter un bouquet ; P .

Vous montrer bien portant à votre voisinage.

De vos correspondans feuilleter un paquet y £t vous remettre au courant du ménage.

Vaine espérance ! un sot questionneur, |

Malgré vous introduit , trouble votre bonheur |V Du peu qu'il sait l'incommode étalage

D'interrogations sans pitié vous poursuit, ^

Depavsen pajs, de village en village, Sur vos traces vous reconduit

^féi

IM, tA eOKtKRSAtlOt.

tô vous febiei malgré yooà eii Voyage. Un air dliumétir vmiiemenl l'écohduil S , .

Par M» recUs , d!l-îl , nireax que par la lecture , ItVeÙt àea Ikiix Jlvcri conniîlré la cuUurfc ,

Et le commerce et le ptod'iiil, . ■

Qaetflhs ces beaux semblans p'nlileblpaS V<^| «Ç" Son projet d'est pài iïo s'inslriiirc , [autre ; "Mi îe prouver qu'il est iDSlnilt.

A ce questionneur succèile une iuVre espèce Plus ennuyeuse encore cl de plu» mauvais goul. ^naêtre interrogé celui-là vousJittonti,, . .

OJi sont places sea fonds, et sur quelle lijpoUièque j Ce qui forme sa cave et sabibliolbÈque.

Pour vous inlérçïser il vous conte squveril L'histoire du collège el celle du çbuvénli . Comment son Cls , au fille , y sont couverts de gloire. Pour gaguerle pris de inc'nioiré Son cadet a dît rondement Sa grammaire et son rudiracpt.

Puis le détail de loute sa famille | LeAch3{n'ing,lr9 plaisirs, les torts de ses marUbt»; Aglaij , sa plus jeune lille, Si sémillante , si genlillcf Ce matin n'a pas dit deux mots) Cfaarle a hriié soa cjur et Fran<;ois ses grelots } Antoine ii mal aux dénis, etsacfaëri;Julie^ Avec un ped d'humeur a mangd sa bouillie.

Parmi ré grand nombre de sots Chacun deplaiî & sa manière } Le pins fatal i mon repos,

LA CONVÈfSftTfOU 167

C'eit cfe tnortet quîj bbh Jjiir fcàrabtfrt J

ÏSMè isàê tsict et sans S>propoi; R^Hcohtré jaâfté, éû cfaëh«tî^nt 1 Vodl t^rAlk'ëi Tout ce cjtill côrife'iiatl d'^ëvîtét- el Se Mrei

tl (idâi'i^iiit vbtiâ patlér de Vbà»; db roi diti» i De vol bftrétiSy dès iptirs de tokrè groîirë î Sa desoblicreatité m^tiiblrë

Né lavçhttëveilfci- feH rdlià

i^fe savçnrTeveiiier en yow$ v x

Que i'Meti ^ouvéôifs et deé i-lSVe^ p^ililbrei; <J ;

Aassi pour feës foliJ dfiistrëui 1

Mettdîit bai tëhie ëàTh^idj^atiee i

Du discoureur nialeHcbhti'étii . TéviOb aiefc Jditi la bi-ftcneë \ mu l cdiiimé 6n à parfois trop dé blàïsir ëti J'aurai rôedtiH â }ûr si je stilî frop bëiirèdi:

Êiifiti ôc AcKëtit persontilifrc } Que Ton redoute ëncbr Ibrijqn'irhe pHirlé tilliî »

mhs la Foiilê ilb Elrt passage ; '

Et de êofi Thbrtcl Verbiage Let dèhlier^ mots lolti de tiibi )sdàt perdits^

Alors , tout diff/réût de iViitViîi et de. fehgtfgi! j Arrive un grofS rieuF^ doiit la âitipidtt^ ; Eti tovt Itey preihèftaiii é!t ttiscè hlfànt^; Et y d'un air en)ofltfnediivt-àtt« (iUlloUtoëî Pense , & force de bruit ^ racheter aa bétisè,

158 LA CONVËASÂtlOK.

Et m'afflige de sa gattë.

Apprenez<-lui quelque accident funeste ^ Un incendie j un roîissacre , une peste ^ . N ^ 'a Il rit; racontez-lui. Vos propres maux^ il rit : y ? ^ Rire est son passe-temps , sa grace^ son esprit ; Rire | à vos questions est sa seule réponse; Il rît en vous quittant ; il rU quand il s'annonce ; Et y dans ce grand concours a importuna et de fous, Prouve qu'un sot rieur est le pire de tons. . Par sa tristesse atrabilaire , Ou son rire impatientant ^ Si l'homme ennuyeux déplaît tant f L'homme ennujé prétendrait-il à plaire?

Du bonheur même, en secret me'content| Attristé sans chagrin ; soucieux sans affaire , Des succès qu'il désire et de ceux qu'il espère ,

Il vous glace en les racontant.

Parlez-lui des objets de toute sa tendresse, J^ De ses àmis^ de sa maîtresse y / /

Pour reprendre son somme il s'éveille un instanf / Avec même. froideur vous dit : Je hais ou j'aime; Et y désintéressé du monde et de lui-même ^ En dormant vous aborde ^ et bâille en s'écoutant^.

Mieux conseillé par la sagesse , Il pourrait dans sa chambre enfermer sa tristesse , B,ty pour évaporer son déplaisir secret , j^ Ou quereller sa femme | ou gronder son valeu

Mais non : il faut que le public essuie Le mal contagieux d'un oisif qui s'ennuie* Vainement l'amitié lui dit: «imitez-nous , Riez; buvez^ chantez : deux hommes comme vous Attristeraient tout un rojraome*

Reecrurez à Bruneti essayez de la paunio } La ballei dans ce jeu, votant de main en main i .^ Court, tombe , se relève , et reprend son chemiar De# conversations c'est l'image fidèle* Sinon, pour passe-temps, prene^-Ia pour modèle | Sans cesse allant i venant | revenant tour â tour, Exacte à son df^'par^, cxacte'à son retour, Avee la même ardeur, et par la même vote , Chaque parti l'attend. J'arrête et la renvoie.

mais entre vous et Kinterloeuteur

Les entreliens périssent de froideur,

Et la demande expire sans réponse»

Le ipUen gagne partout sitdt qu'on vous annonce. « Vain discours : on lévite, on le trouve en tous lieux. ^

Pour ërarler un visiteur si ),riste ,

Tois le» portiets l'ont inscrit sur leur liste ;

L'homme ennuyé n'est jamais qu'ennujeux.

Aussi dès au'il paraît, tremblant à son approche, La gatte fait : l ennui gagne de proche eu proche* -V

Alors, pour ranimer l'allégrese aux abois.

Tient un farceur, Roquelaure bourgeois , Bien plus fier de Tartillerie De sa grosse plaisanterie , Que s'il avait trouve le feu grégeois.

C'est lui qui , depuis vingt années, Traînant partout ses farces surannées , Des travers étrangers fait nos amusemens;

Singe les lords, les barons allemands | Fait le prédicateur^ la novice, l'abbesse \ Vous mène au bal, vous entend à con fesse | Dans ses panneaui fait tomber un benêt |

■ Ou myslifie un Poiasinel. Puis vienucnl Jes rotins et les lurlupinatlca, . l^;j quolibets, les pnsqiiinadca;

Lpcalcnilioiir, cnfanlgaté DuiiHiQvais goût et de l'oisivelc/, Qot'fi' gucltnnt, dans ses discours WoquGS»

^DQSjjirgaDsnpuveauxlcs termes e'quiïoqué^| , U, K jouant des pbiasc$ el des mot», D'un teriqp obscur fail ipul l'esprit dfs sotï, Taadii gue de plaisir le cercle eoljer trépigne.,. . Un homme se'rieux, dont le lion goût s'indignQ. De fcs Irisiez gaile's loin de prendre sa pari, Dan» UD coin du salon reste seul à Tucart j J Cofl^fw et son i^snecl , le bouffon sp relire, ./ fil l'w» ri' du p'aisapl charge de faire rire,

CHANT DEUXIÈME

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