‹ Malthus et les économistesChapitre 9 sur 16 · LHUMAKITÉ ET LE CAPITAL · texte numérisé non relu

LHUMAKITÉ ET LE CAPITAL

Dessein de celte section.

Il est étrange à quel point de brutalité les prétendus savants nommés économistes sont tombés, lorsque, méconnaissant les premiers principes non pas seulement de la religion, mais de la législation, ils se sont mis à adorer le Capital, c'est-à-dire l'Usure; car il n'y a aucune différence entre ces deux noms d'une même chose, l'abus de la propriété. Quand on jette les yeux sur la tradition, qu'on relit tout ce qu'avait prononcé la sagesse humaine, soit sous la forme de décrets religieux, soit sous celle de lois civiles, et qu'on voit l'audace avec laquelle on préconise aujourd'hui ce que les lois divines et humaines ont toujours condamné, on est pris d'un immense étonnement. Mais quand on considère les affreux ravages que produit ce mal si justement défendu par

toutes les lois humaines et divines , ce n'est plus de l'étonnement qu'on éprouve, mais une sorte de désespoir. Quoi I la raison humaine est si faible et si incertaine , qu'après avoir connu la vérité, elle s'en éloigne, et passe volontiers au pôle de l'erreur !

Est-ce, en effet, une vérité nouvelle, que celle-ci : L'abus de la propriété connu sous le nom de Capital est une chose inique et coupable? Sont-ce des novateurs qui ont découvert cela? Est-ce un paradoxe jeté par eux dans le monde? Oh! bien loin que ce soit une idée nouvelle et paradoxale, c'est une vérité connue depuis un nombre infini de siècles, et sanctionnée par toutes les législations. Ce qui est nouveau, c'est cette apologie hardie, effrontée, impudente, contraire à la religion et aux principes des lois, que l'on fait aujourd'hui du Capital sous le nom respectable de Propriété.

J'ai le dessein de rappeler les textes mêmes de la tradition concernant ce qu'on nomme le Capital, Mais il faut d'abord que je montre, au moins sommairement, les inconvénients de ce Capital, que toutes les lois humaines et divines condamnent.

Pour cela, je commencerai par parler de ce que les économistes appellent défaut de subsistance ; mais j'en parlerai autrement qu'eux.

Ce qu'oD appelle défaut de sobsistanee.

On appelle défaut de subsistance le massacre que le Lucre, c'est-à-dire la Guerre et la Conquête sous sa forme moderne, produit dans l'Espèce Humaine.

L'accroissement des moyens de subsistance étant, suivant les économistes, impossible en certains pays, après que la population a atteint une certaine limite, et n'ayant lieu dans les pays les plus favorisés, et alors même que la population est encore peu nombreuse, qu'en proportion arithmétique, tandis que, suivant eux, l'accroissement de la population tendrait partout et constamment à avoir lieu en proportion géométrique , tout l'excédant de population possible se trouve détruit par le manque de subsistance. C'est ce meurtre que Malthus appelle loi de la Nature,

Ce meurtre s'opère de deux façons, sur ceux qui sont nés ou qui naissent, et sur ceux qui pourraient naître et qui sont éteints, pour ainsi dire, avant de naître.

Mais pourquoi l'accroissement des subsistances est-il impossible, ou n'a-t-il lieu qu'en proportion arithmétique, tandis que l'accroissement de population tendrait à avoir lieu en proportion géométrique?

Le salut de rHuraanité gît tout entier dans celte question.

C'est donc cette question qu'il fallait sonder, quand Malthus, il y a un demi-siècle, énonça ses fameuses propositions. Il s'agissait de voir comment se fait la production sous la loi du Capital, afin de découvrir si la production sous une autre loi ne serait pas toujours possible , et ne s'accroîtrait pas autrement qu'en proportion arithmétique; et si, également, sous une autre loi , la multiplication naturelle de l'espèce humaine serait celle que lui assignent les conjectures basées sur le fait actuel. Les deux termes de la formule, savoir l'accroissement de subsistance et l'accroissement de population, ont été étudiés, comparés i mis en opposition sous la loi de l'inégalité, sous la loi du Capital : que conclure de là? Que sous la loi du Capital les choses se passent ainsi ; que sous cette loi la tendance de la population à s'accroître surpasse la possibilité qu'a cette population de se nourrir; que sous cette loi, par conséquent, il n'y a pas de salut pour l'Humanité; qu'il faut subir les divers fléaux de la destruction , et même en créer artificiellement; inventer, comme dit Herrenschwand , le maître de Malthus , des moyens raisonnables de se débarrasser de l'excès de population ; condamner enfin toute piété humaine, toute charité, toute religion. Oui, tout cela est logique, tout cela est raisonnable, parceque tout cela est vrai, sous la loi du Ca-

pital. Mais lout cela n'est raisonnable et bon à soutenir que sous cette loi.

J'ai peine à comprendre que, dans les rangs ennemis de Malthus, il ne soit venu à l'esprit de personne d'opposer calcul à calcul , mathématique à mathématique, et de dire aux partisans de ses conclusions : « Vous comparez la progression arithmétique de l'accroissement de subsistance à la progression géométrique de la population. Mais si l'accroissement de subsistance n'a lieu, dans les conditions les plus favorables, et sauf le cas où le sol est vierge et inculte, qu'en proportion arithmétique, cela ne proviendrait-il pas de ce que le Capital croît, entre les mains d'un petit nombre d'hommes, en proportion géométrique?

Que diriez-vous si, à mesure que la Société humaine, par le développement de sa force, de sa moralité, et de sa science, enfante des moyens de produire et de se soumettre la Nature, ou plutôt de rentrer dans le domaine d'une fécondité inépuisable que cette Nature lui a décerné (1) , un mauvais Génie lui dérobait ces moyens, ou du moins les frappait d'ua impôt si pesant , qu'ils passeraient pour la plus grande partie dans les mains de ce mauvais Génie, qui se plairait à détruire, ou, pour employer votre langue, à consommer imprO' ductî'vement tout ce qu'il aurait ainsi prélevé sur l'Humanité ! N'est-il pas évident que ce

(1) C'est UDe vérité que nous exposerons tout-à-rbeure>

mauvais Génie ôterait à l'Humanité toute voie de salut, que l'Humanité ne pourrait s'accroître sous une pareille loi, et que par conséquent voire formule serait vraie relativement à l'existence de ce mauvais Génie , sans être vraie en elle-même? Or le Capital, n'est-ce pas ce mauvais Génie? »

Les géomètres ont un axiome : Deux forces égales qui agissent en sens contraire se détruisent mutuellement.

Or le principe de la multiplication de l'Espèce Humaine, et le principe de la multiplication du Capital entre les mains de l'Egoïsme individuel, sont deux forces qui agissent en sens contraire.

Ces deux forces se détruisent donc mutuellement, ou plutôt la plus forte détruit l'autre.

Et de là il résulte que l'Espèce Humaine est livrée fatalement à ce défaut de subsistance que Malthus prend pour la loi de la Nature.

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