LE CHRIST
« Non les savants n'ont pas dit la vérité. C'est moi qui suis la Vérité et la Vie. Vous vouiez vous manger les uns les autres ; vous voulez manger les enfants I 0 monstres, ô insensés! Vous ne croyez donc pas en Dieu, notre Père céleste ! Vous ne croyez donc pas à la promesse, au salut! Eh bien! mangezmoi d'abord, mangez ma chair et buvez mon sang. »
Les hommes ont bu le sang de Jésus-Christ et mangé sa chair pendant dix-huit siècles; et les voilà retombés dans leur effroi sacrilège T Ils n'ont pas compris le mystère de l'EU- CHARISTIE!
Quelle horreur! L'homme, arrivé à un certain point de sa science se perdant lui-même
(1) s. Mallhieu, chnp. XIV.
dans sa science, et finissant par s'effrayer de sa destinée! s'abandonnant lui-même ! et, après s'être fait son propre Dieu, se déclarant impuissant! voyant la Nature avec effroi, et contemplant au-dessus de sa tête un Destin muet dont les ordres terribles le condamnent à une affreuse destruction! ne se concevant d'autre moyen d'échapper à celle destruction que de détruire ses semblables, c'est-à-diie de se détruire lui-même, de détruire en lui l'Humanité! Quelle horreur, dis-jel Et pourtant, il ne faut pas nous le dissimuler, nous en sommes là....
Si l'ETangile avait raison.
Et si Jésus avait raison !
Si la loi de l'homme n'était pas la loi des plantes et des animaux !
Si rHumanité n'entrait pas dans ce qu'on appelle les trois règnes de la Nature!
Si l'Humanité formait un quatrième règne, 011 cette nécessité de s'étouffer et de s'entredévorer n'existât point !
Si le mode de nutrition de l'homme par l'homme était purement spirituel !
Si l'homme pouvait se nourrir spirituellement de son semblable avec profit pour l'un et l'autre !
Si l'homme et son semblable étaient au fond
le même homme ! Si tous les hommes ne formaient qu'un seul homme, une seule Humanité !
Si l'homme, ainsi conscient de sa nature, rendu à sa nature, pratiquant sa nature, devait devenir supérieur à ce qu'on appelle la Nature !
S'il devait fouler aux pieds ce serpent de la destruction, ce Typhon, ce Satan, au nom duquel les Malthusiens asphyxient les nouveaunés du genre humain !
Si les savants qui parlent proportions et nomhres, et qui opposent la progression de la population en raison géométri(iue à la progression delà subsistance en raison arithmétique, avait oublié de considérer la progression très géométrique du Capital, qui se place comme un mur d'airain entre le besoin qu'a l'Humanité de se développer et la faculté qu'elle a de le faire !
Si c'était le Capital lui-même qui était la cause du manque de subsistance !
Si le Capital, en faisant de la production le monopole de quelques-uns, empêchait la production !
Si, avec un autre mode d'organisation, la production devait s'augmenter en proportion de la population !
Si, en outre, la véritable loi de la population n'était pas celle que les savants observent soit chez les riches, soit chez les pauvres !
Si l'Humanité, rendue à sa vraie nature.
IQll MALTIIUS
connaissant les lois do l'organisation humaine,, et pouvant los suivre, devait oiïi ir dans son accroissement une autre proportion que celle qu'on lui suppose!
Si l'intention du Créateur sur l'Humanité, en plaçant l'Humanité au plus haut rang de ses ouvrages , et, coninie dit la Bible, en faisant l'homme après tous les autres êtres, avait été de proportionner la véritable multiplication du genre humain aux moyens de sulDsistance que la nature spirituelle de cette Humanité, eu organisant cette Humanité, fournirait à cette Humanité î
Si la loi de Dieu différait ainsi de ce que les économistes athées appellent la loi de la Nature !
Si Dieu était plus grand, plus puissant, plus miséricordieux qu'ils ne pensent!
Si Dieu existait!
Si les athées économistes, en le niant, prouvaient seulement l'inanité de leurs pensées I
Si le mot de la Bible était vrai : Bùiit insipiens in corde suo : I\'oii csl Dcus; c'es!-àdire : L'homme ayant nié Dieu, Dieu par là même s'est retiré de lui, et il est devenu insensé !
Oh ! les hommes portent la mort dans leur sein, et ils s'effrayent de la mort! Ils la produisent : comment ne les effrayerait-elle pas !
Ils portent la mort dans leur sein, en effet, ceux qui, n'aimant pas les hommes, créent ce qui détruit l'espèce humaine.
Us s'en prennent 5 la Nature, qu'ils s'en prennent à eux-mêmes. A nous de relourner contre eux la parole qu'Homère prête à Jupiter- Non , encore une fois, la religion n'a pas menli, non l'Evangile n'est pas faux.
Ce qui est faux, ce qui est pernicieux, ce qui est coupable, ce qui ôte à l'Humanité ses ressources, ce qui fait qu'elle est aujourd'hui réduite aux abois, et que les gouvernements des nations civilisées n'ont pas d'autre fonction, en réaliié, que d'exécuter avec le plus de décence possible ce que les sauvages de Sparte appelaient la chasse aux Ilotes, de procurer la mort des hommes, d'arrêter le progrès naturel de la population humaine et de détruire dans leur germe les généralions qui devraient naîîre, «e qui tue l'Humanité, ce qui l'empêche d'être et de se développer, d'obéir au précepte divin: Croissez et multipliez et remplissez la terre, ce qui couvre cette terre de vol et de prostitution, d'homicides et de ravages, ce qui produit tous les tourments de l'âme et alimente l'enfer où la race humaine est brûlée, ce qui est le mal, en un mot, et tous les maux ensemble, c'est l'égoïsme condamné par l'Evangile, c'est l'abus de la propriété, c'est In fausse propriété, c'est la propriété coupable, c'est la propriété usurpatrice, c'est la propriété des économistes, c'est le Capital.
Oh ! je le crois bien que les économistes du Capital et de l'Usure doivent s'effrayer du sort où est réduite l'Humanité !
Ils commencent par admettre la destruclioa^ et ils s'étonnent ensuite des effets de la destruction, du manque de subsistance! Ils commencent par admettre l'égoïsme comme base de la propriété, et ils s'étonnent ensuite que la bonté de Dieu ait pour l'Humanité ainsi déchue de si étroites limites! Ils commencent par admettre^r en un mot, tout ce que l'Evangile condamne^ et ils triomphent ensuite de l'Evangile, et se rient de ses promesses ! Mais c'est là une absurde pétition de principes, et un outrage au principe même qu'ils invoquent sans le comprendre, le principe de la propriété.
Nous combattons contre une doctrine impie, monstrueuse, immorale, destructrice de l'Humanité. Nous avons commencé à lui opposer l'Evangile; nous lui opposerons, la tradition constante du Christianisme. L'Economie politique telle qu'elle est comprise et enseignée, c'est l'Egoïsme couronné. Il faut que les âmes se décident entre la Charité et l'Egoïsme, entre le Christianisme et le Capital. Jésus a dit : « Nul ne peut servir deux maîtres. Vous ne » pouvez servir Dieu et Mammon. »
P. S. Les journaux de Paris (du 19 janvier) nous apportent le compte-rendu d'un nouveau discours de M. Lacordaire, lequel clôt les conférences de cet orateur pour cette année.
Celle conférence finale pourrait être intîtii*
lée Solution du problème social par le monacliisme.
Supposez , lecteur, que quand le Pharao» d'Egypte dont parle la Bible ordonnait de tuer les lils des Hébreux, de peur que les Hébreux, ne se multipliassent, et que la subsistance ne devînt trop rare, un prêtre de Memphis fût venu lui dire: «Permettez-moi, Seigneur, de prêcher ces hommes; il ne sera plus nécessaire de faire mourir leur postérité, du moins en si grand nombre; car je persuaderai à beaucoup d'entre eux de n'en pas avoir. »
Telle est l'attitude que M. Lacordaire achève de prendre dans ce discours devant Mammon et l'Economie politique.
Il dit à Mammon : a Vous avez tout droit, et l'Evangile n'a pas droit contre vous. Vous avez un droit primitif et antérieur. Mais vous voyez bien que vous êtes embarrassé vous-même d'un excédant de population; laissez-nous donc rétablir la vie monastique. »
H dit à l'Economie Malthusienne: « Vous n'avez rien trouvé de mieux, au bout de toutes vos recherches, que de prêcher le célibat. Laisseznous donc rétablir les ordres monastiques qui pratiquaient le célibat. Vous avez été jusqu'à conseiller l'émasculation et l'asphyxie des nouveau-nés : or les moines sont, comme dit Pline à propos des Esséniens, une nation éternelle sans postérité, un gouffre où vient s'engloutir l'excédant de population, s
M. Lacordaire a fait valoir les avantages qae
la société retirerait delà multiplication des ordres monastiques jusqu'à dire : o Quand on vij) site, Messieurs, les pays étrangers où cette in- » stitution est en pleine vigueur, on rencontre » peu de familles qui n'aient dans ces commu- » nautés quelques représentants. Eh bien ! c'est » la dot d'une fille de moins, c'est l'établisse- » ment d'un (ils; et presque toutes les familles » dans ces pays-là se trouvent exonérées. »
Le but de toutes les concessions que M. Lacordaire a fait faire à l'Evangile nous est donc maintenant révélé !
M. Lacordaires ne connaît pas d'autre solution du probl-lme de la population et du prolétariat que la reconstruction du passé !
On ne reconstruit pas le passé.
Nous avons remarqué dans ce discours de M. Lacordaire l'emploi de formules que nous sommes en droit de revendiquer au profit d'une Doctrine qui n'est pas assez la sienne. Nous avions déjà fait cette remarque en lisant ses autres conférences. Parlant cette fois-ci à ses auditeurs, il leur dit : « Mais vous êtes trop » peu avancés, permettez-moi de vous le dire, » pour que je vous parle de la SOLIDARITE; » un temps viendra où il faudra bien que nous » fassions votre éducation à cet égard ; que ce- » lui qui peut l'entendre l'entende, que celui qui » peut le comprendre le comprenne et en fasse » son profit. » Si M. Lacordaire comprend réellement, comme ces paroles le feraient supposer, la Doctrine de la Solidarité, la Doctrine
de rHuroanité, pourquoi fait-il faire à l'Evangile des concessions indignes de l'Evangile ! Il est écrit dans l'Evangile : a On n'allume point » une chandelle pour la mettre sous un bois- » seau , mais on la met sur un chandelier, j) et elle éclaire tous ceux qui sont dans la 9 maison. >