‹ MalthusChapitre 32 sur 89 · OBST. A LA POPULAT. DANS LES PARTIES MOYENNES DE L'EUROPE · texte numérisé non relu

OBST. A LA POPULAT. DANS LES PARTIES MOYENNES DE L'EUROPE

celai de 1 à 108 et celui de 1 à 1 15. Dans les petites villes de la Marche* la mortalité est plus grande et peut être estimée de 1 sur 98. Dans les villages hollandais mentionnés ci-dessus, 1 sur 64. A Berlin, 1 sur 110. A Paris, 1 sur 137. Selon Crome, dans les villes de Paris et de Rome, qui abondent en célibataires^ ce même rapport nVst que de 1 à 160 (1).

Toutefois ce n'est qu*aYec beaucoup de précautions qu*on doit appliquer un rapport général quelconque de cette nature, parce qu'il est fort rare que la nourriture et la (Population croissent d'une manière uniforme. Or, dès que dans un pays les circonstances varient, par les modifications qu'éprouvent la population et les sul)sistances, ou par les changements survenus dans les habitudes du peuple , relativement à la prudence et à la propreté, il est évident que le même rapport, qui a lieu à luie certaine époque, n'a plus lieu à une autre.

Rien de plus difGeile que de poster là dessus des règles sans exception. On peut dire, en général , que lorsque la facilité de gagner sa vie augmente^ soit que cela provienne d*une grande mortalité précédente, soit qu*on doive Tatlribuer aux progrès de la culture et du commerce, celte plus grande fafAlité tend à jtroduire un rapport plus grand des mariages à la poptUation. Mais il peut fort bien se iaire que cet effet ne se réalise pas. Supposons, par exemple, que le peuple dont il s'agit ait été dans un état de grand abaissement ; que la mortalité y soit due en grande partie a l'ijnprévoyance qui a lieu communément dans un tel état : il pourrait se faire qu'une amélioration soudaine dans leur situation leur donnât une fierté convenable et un goût de propreté et de décence; en ce cas, le nombre des mariages n*augmenterait pas, mais on réussirait à élever un plus grand nombre d'enfants ; et la population additionnelle, que demandait le nouvel ordre de choses, serait obtenue par une diminution du nombre des morts, et non par une augmentation du nombre des naissances.

De même si, dans un pays, la populati< n a été longtemps stationnaire, de sorte qu'elle ^oil difficilement susc< ptible de croître, il peut arriver qu*un changement d'habitudes, produit par une meilleure éducation on par tout*» nuire caUMS, ait Tellet de diminuer le nombre proportionnel des mariages. En ce cas^ comme les maladies qu* entraîne la misère feraient périr moins d'enfants i|u'iiuparavanl, la diminution du nombre des mariages serait balaucée |mr la diminution de la mortalité ;

(I) Sûji^niikh, Gattliche Orânang, vol. l,ch. iv, sect. lvi, p. 125; secl. lxxv, p. 147; stTi. Lx, p. 129 ; secl. lxix, p. «37. Crome, Ûber die Graue und Bevœl- Aerung der Europ, Stoaten, p. H9.

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el la population se mainliendrait à son niveau par un moindre nombre (le naissances,

11 faut donc manifestement prendre en considération ces changements d'habitudes.

La règle la plus générale qu'on puisse donner à ce sujet est peutêlreque, tout encouragement direct au mariage entraîne nécessairement un accroissement de mortalité. Partout la tendance au mariage est si grande, que, sans aucune espèce d'encouragement, dès qu'il y a place pour un mariage, on peut être assuré que cette place sera remplie; ainsi, ou les encouragements sont parfaitement inutiles, ou ils font faire des mariages lorsqu'il n'y a point déplace vacante. 11 en doit inévitablement résulter une augmenta4ion de misère et de mortalité. Montesquieu dit, dans ses Lettres permnes^ que dans les guerres de la France, qui avaient précédé l'époque où il écrivait, la crainte d'être enrôlé dans la milice avait engagé un grand nombre de jeunes gens à se marier sans avoir de quoi entretenir une famille, et que de tant de mariages il était né beaucoup d'enfants « que l'on cherche encore en France, et que la misère, la famine et les maladies en ont fait disparaître (1).»

Après un exemple si frappant de l'effet inévitable des encouragements directs au mariage, on ne peut assez s'étonner que ce même auteur, dans son Esprit des lois, ait avancé que l'Europe est encore aujourd'hui dans le cas d'avoir besoin de lois qui favorisent la propagation de l'espèce humaine (2).

Sûssmiich adopte les mêmes idées. Il considère le cas où le nombre des mariages cesse de croître parce que la nourriture ne peut plus être augmentée; il fait remarquer quelques pays dans lesquels le nombre des mariages contractés est exactement mesuré par le nombre de ceux que la mort dissout ; et cependant il persiste à croire que c'est un des premiers devoirs du gouvernement de porter soh attention sur le nombre des mariages. H cite les exemples d'Auguste et de Trajan, et pense qu'un prince ou un hommed'Etat mériterait le nom de père du peuple, s'il pouvait faire croître le rapport des mariages à la population, de sorte t|u'au lieu d'être de 1 à 120 ou 125 il fût de 1 à 80 ou 90 (3). Mais comme il parait, par les exemples qu'il allègue lui-même, que dans les pays qui depuis longtemps sont assez peuplés, la mort est le plus puissant de tous les encouragements au mariage, le prince ou l'homme d'Etat qui réussirait à augmenter si fort le nombre des mariages méri-

(1) Jjettre CXXll. — (î) Esprit des lois, llv. XXIU, cli. xxvi.

(3) Sûssmilcb, Gœttliche Ordnung, vol. 1, ch. iv, secl. lxxtui, p. 151.

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terait peut-être à plus juste titre le nom de destructeur que celui de père.

Le rapport des naissances annuelles à toute la population dépend principalement du nombre proportionnel des mariages. Ainsi, dans les pays où la po|»uIation n'est pas susceptible d'un grand accroissement» les naissances, comme les mariages, dépendent principalement des décès; partout où la population ne va pas en diminuant, les naissances remplacent les vides causés par la mort, et y ajoutent en outre précisément autant que peut le permettre Tamélioralion de Tagriculture, du commerce et des arts. Dans pres(]ue toute TEurope, pendant les inter^ valles des pestes, des épidémies, des guerres destructives^ qui de temps en temps y ont exercé leurs ravages, les naissances surpassent les décès ; mais comme la mortalité varie beaucoup en différents pays et en diverses circonstances, on verra que les naissances varient de la même manière, quoique non au même degré, parce que tous les pays n'admettent pas également un surplus de naissances.

Dans 39 villages de Hollande, où les morts sont environ dans k rapport de 1 à 23, les naissances sont dans ce même rapport (1). Dans 15 villages aux environs de Paris, les naissances sont à toute la popi^ lation dans le même rapport et même un peu au delà, à cause de la mortalité qui est un peu plus grande. Les naissances et les morts vont iesuneset lesautres à 1 sur 22 7/10 (2). Dans les petites villes de Bran* debourg, qui sont dans un état progressif, la mortalité est de 1 sur 29, et les naissances de I sur 24 7/10. En Suède, où la mortalité est à peu près de 1 sur 35, les naissances sont de 1 sur 28. Dans 1 ,056 villages de Brandebourg, dans lesquels la mortalité est de 1 sur 39 ou 40, les naissances sont de 1 sur 30 (3). En Norwége, où la mortalité est de 1 sur 48, les naissances sont de 1 sur 34 (4). Dans tous ces exemples, les naissances sont évidemment mesurées par les décès, en ayant égard, comme il convient, à Texcès de naissancesque comporte Tétatde chaque pays. En Russie, cette circonstance doit avoir beaucoup d'influence, puisque la mortalité n*y est peut-être que de 1 sur 48 ou 50, et que néanmoins les naissances s'élèvent à 1 sur 26, tant Taccroissement de population y est rapide.

Lies éorivains de statistique ont tftché de déterminer une mesure gé-

(1) Sûssmilch, Gœtfliche Ordnung, vol. I, eh. iv, sect. cxvi, p. 225.

(2) Ibid,^ elch. Il, ceci, xxxvii, p. 93.

(3) Ibid.^ ch. n, sect. xxviii, p. 80, et ch. vf, secl. cxvi, p. 225.

(4) Thaarup, StatUtik, vol. H, p. 4.

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néralede mortalité pour tous les pays en commun ; mais lors même que ToD pourrait obtenir une telle mesure, je ne vois pas à quel usage on pourrait remployer. Elle serait peu utile pour déterminer la population de PEurope ou de tout le globe; et si nous voulions en faire u^age dans des cas ou dans des lieux particuliers, il est évident qu'elle nous jetterait dans de grossières erreurs. Puisqu'en différents pays et en différentes situations, la mortalité de la race humaine varieenlre des limites aussi écartées que les rapports de 1 à 20 et de 1 à 60, on ne peut, dans un cas particulier, user avec sécurité de la mojrenne, hans avoir en même temps connaissance des circonstances où le pays se trouve placé, du nombre des villes qu*il renferme, des habitudes du peuple, de la salubrité du climat; connaissance qui tend à rendre inutile le rapport général et moyen, en y substituant celui qui convient au pa^s dont on s'occupe.

Il y a cependant une circonstance qui affecte la mortalité d'un pays, et que Ton peut considérer comme étant d*une nature générale; elle est d'ailleurs pleinement accessible à Tot^servalion. C*est le nombre des villes, et le rapport du nombre de ceux qui les habitent à celui des habitants de la campagne. Les eflets défavorables qu'ont sur la santé les habitations étroites et renfermées, ainsi que les occu|}ations sédentaires des villes, se fontsentirentout temps et en tous lieux; par conséquent, la mortalité générale doit dépendre partout, en grande partie, du nombre de ceux qui vivent de la sorte, et du nombre des hommes qui s*occupent des travaux de Tagriculture. D'après ce principe, on a calculé que lorsque les habitants des villes sont aux habitants des campagnes dans le rapport de 1 à 3, la mortalité est environ de 1 sur 36; elle est de 1 sur 35 ou de 1 sur 33, lorsque les citadins sont aux campagnards comme 2 est à S, ou comme 3 est à 7. La mortalité est moindre que de 1 sur 36, lorsque le rapport des habiiants des villes aux habitants des campagnes est de 2 à 7, ou de 1 à 4. Conformément à ce calcul, on trouve qu'en Prusse la mortalité est de 1 sur 38 ^ en Pomérauie, de 1 sur 37 1/2 ; dans la nouvelle Marche, de 1 sur 37, dans la Marche électorale, de 1 sur 35; selon les registres pour 1756 (1).

La mesure moyenne de la mortalité pour tous les pays, la plus approchée, en y comprenant les villes et les villages, est, selon Sussiniich, de 1 sur 36 (2). Mais Grome croit que celte mesure, qui peut avoir été bonne au temps de Sûssmiich, n est plus exacte actuellement, paix%

(i) Sûssmiich, Gœltliche Ordnung^ vol. lll, p. 60. (t) Ibid. y yo\. I,cli. n, secl. xxxv, p. 91.

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