‹ MalthusChapitre 33 sur 89 · OBST. A LA POPULAT. DANS LES PARTIES MOYENNES DE L'EUROPE · texte numérisé non relu

OBST. A LA POPULAT. DANS LES PARTIES MOYENNES DE L'EUROPE

qœ daDS la plupart des États de l'Europe les villes ont augmenté en nombre et en grandeur (1). Il parait croire même, qu*au temps où Sûssmiich écrivait fon estimation était un peu faible ; et qu'à présent le rapport de 1 à 30 approcherait plus de la vérité. Il est assez probable, en effet, que le rapport indiqué par Sûssmiich est trop petit, parce que cet auteur, ainsi que plusieurs autres écrivains de statistique, a quelque penchant à supprimer dans ses calculs les années marquées par des épidémies. Mais Crome n'a point étayé sur des preuves suffisantes la mesurequ'il substitue à celle de Sûssmiich. Il se foncée sur l'autorité de Bûsching, qui établit la mortalité de 1 sur 30, dans la totalité des Etats de la monarchie prussienne (2); mais il paraît que cette moyenne n*a été déduite que des registres de trois années , période beaucoup trop courte pour obtenir un résultat digne de confiance. Ce rapport, pour la monarchie prussienne, se trouve même tout à fait contredit par quelques observations subséquentes citées par Crome. On voit par fes r^istres de cinq années, terminées en i78i, que la mortalité n'a été que de i sur 37 (3). Pendant cette même période, les naissances furent aux morts comme 131 à 100. En Silésie, la mortalité, de 1781 à 1784, fut de 1 sur 30; et les naissances furent aux morts comme 128 esta 100. En Gueldre, de 1776 à 1781 , la mortalité fut de 1 sur 27, ei les naissances dans le rapport de 1 à 26. Ces deux provinces de la monarchie prussienne sont celles où la mortalité est la plus grande ; il y en a d'autres où elle est extrêmement petite. De 1781 à 1784, la mortalité moyenne, à Neufchâtel et Valangin(4), ne fut que de 1 sur 44, et les naissances de 1 sur 31 . Dans la principauté d'Halberstadt, de 1 778 à 1784, la mortalité fut encore moindre, savoir de 1 sur 45 ou 46, et le rapport des naissances aux morts fut de 137 à 100 (5).

La conséquence générale que Crome tire de ces faits est que les Etats de l'Europe peuvent être divisés en trois classes, auxquelles on peut appliquer une mesure différente de mortalité.

Dans les pays les plus riches et les plus peuplés, où le nombre des habitants des villes est à celui des habitants des campagnes comme 1 est à 3, la mortalité peut être estimée de 1 sur 30. Dans les pays qui sont dans un état de population et de civilisation moyenne, la mortalité peut

(1) Crome, Uber die Grcesse und Bevcelk. der Eur. StoaUfit p. IIÔ.

(2) Ibid., p. US. — (3) ibid., p. 120.

(4) Ibid.^ adjoiots depuis 1815, comme canton, k la Ck>Dfédératioii Helvétique. {Cet P. P.)

(5) Ibid., p. 122.

2*" tniTioif. 13

194 UVRE II. — CaiAPITRE V.

être estimée de 1 sur 32 Enfin, dans ceux qui sont faiblement peuplés, on peut envisager comme juste le rapport de I à 36 indiqué par Sûssmilch (1).

Ces rapports semblent établir une trop grande mortalité générale, même en comprenant dans le calcul les années épidémiques. Il est probable que les habitudes de propreté qui, dans le cours de ces der-nières années, ont généralement prévalu dans presque toutes les vtUes de TEurope, ont fait plus que compenser, quant à la salubrité, Tefiet pernicieux de l'accroissement que ces villes ont reçu.

La situation de la Suisse est, à divers égards, si différente de celle des autres Etats de TEui-ope ; les faits qu'on a recueilli» eqr ce pays-là sont si curieux et si propres à éclaircîr les principes exposés dans cet ouvrage, qu'il convient de traiter à part ce sujet, et de Tenvisager avec une attention particulière.

Il y a trente-cinq ou quarante ans qu'il se répandit en Suisse, à ce qu*il semble, une sorte d'alarme au sujet de sa population. Les Mémoires de la Société économique de Berne, société dont rétablissement n'était pas alors fort ancien, furent remplis d'écrits où l'on déplorait la décadence de l'industrie, des arts, de Tagricullure, des manufactures , et où Ton annonçait le danger imminent de manquer de bras. La plupart des auteurs de ces écrits envisageaient la dépopulation, dont ils gémissaient, comme un fait si évident, qu'il n'avait besoin d'aucune preuve ; et ils ne s'occupaient en conséquence qti'à chercher des remèdes à ce mal, tels que de faire venir du dehors des sages femmes, de foadcr des hôpitaux d'enfants trouvés, de doter de jeunes filles, d'arrêter l'émioralion, et d'encourager les étrangers à venir dans le

pjTys (2).

Cependant, à celte même époque, parut aussi un mémoire de M. Muret, ministre à Yevay, où Ton peut puiser beaucoup de solides instructions, et dont l'aulenr, avant de se livrer à l'élude des remèdes, criil devoir s'assurer de Texislence du mal. Des recherches laborieuses, faites avec beaucoup de soin dans les regi>tres de différentes paroisses, eu remontant au temps de leur premier établissement, le mirent à même

(1) Cromc, Ùb'r die Grœsse vnd Bevafk. der Eur, Staateny p. 127.

(2) Voyez les dilîérenls mémoires pour 1766.

de comparer le nombre des naissances qui aidaient eu lieu pendant trois diflerentes périodes, chacune de soixante et dix ans : la première, terminée en 1620; la seconde, en 1790; la troisième, en 1760 (1). Le résultat de celte comparaison fut que le nombre des naissances était un peu moindre dans la seconde période que dans la première, et (en supposant quelques omissions dans la seconde et quelques additions dans la troisième) que les naissances dans la troisième étaient aussi an peu moins nombreuses que dans la seconde. D où Fauteur conclut que la dépopulation du pays, depuis Tan 1550, était une chose indubitable.

En admettant les prémisses de ce raisonnement, la conséquence n*est peut-être pas aussi sûre que cet auteur se le persuade. D*antres faits, consignés dans son mémoire, me portent à croire que la Suisse, pendant cet espace de temps, fut dans le cas dont j'ai parlé au ebapitre précédent. Elle fut constamment dans un état progressif. Insensiblement les habitudes de prudence et <le propreté y devinrent plus générales ; la salubrité du pays en fut accrue ; un plus grand nombre d*enfants atteignirent Tâge d'homme; et, avec un moindre nombre de naissances, la population se soutint et reçut même raccroissementque les circonstances parent permettre. En conséquence, le rapport des naissances annuelles à h population, pentlant la dernière période, dut être moindre que pendant le cours de la première.

M. Muret fait voir, par des calculs exacts, que, dans la première péxîode, la mortalité fut extrêmement petite, et que le nombre des enfants qui atteignirent Tâge de puberté fut très-considérable (2). La même cbose ne peut pas avoir eu Ueu au même degré dans les périodes précédentes. M. Muret lui-même observe que <c Tancienne dépopulation du pays doit être attribuée aux pestes qui Tout autrefois désolé. » Et il ajoute : a S*ila pu se soutenir, malgré la fréquence d*un mal si redoutable, c'est une preuve de la bonté du climat, et des ressources assurées que le pays peut fournir pour réparer les pertes qu'éprouve sa popultf( tion (3). y> Il néglige de faire Tapplication de cette remarque, comme il aurait dû le tenter; et il ne prend pas garde que, pour réparer si promptement ces pertes de population, il a fallu al)solument que le nombre des naissances s'accrùi extraordinairement; que le pays nepouvaitse garantir de la destruction dont il était menacé que parce qu'il s'établissait, entre les naissances et la population totale, un rapport plus grand que dans

(t ) Mémoire», elc, par la Société économique de Berne, année 1766, i»^ partie, p. 15 el Ruiv.; iii-8% Berae.

(2) ibid,y table XIII, p. 120. — (3) ïhld.y lable IV, p. 22.

196 Ll^RE 11. — CHAPITRE V.

les temps subséquents, où ces causes de mort ont presque cessé d'agir.

Dans une des tables qui accompagnent ce mémoire, on trouve une liste de toutes les pestes qui ont ravagé la Suisse. Il en résulte que, pendant la première période, ce fléau terrible reparut h de courts intervalles, et qu il se manifesta ensuite de loin en loin, jusqu'à une époque qui précède de vingt -deux ans la fin de la seconde période (1).

Il serait contraire à toutes les règles de la probabilité de supposer que, pendant la période où ces maladies étaient très-riétpientes, le pays jouissait de la plus grande salubrité, et que la mortalité y était extrêmement petite. Admettons qu'alors elle ait été telle qu on Tobserve à présent dans beaucoup d*autres pays exempts de cette calamité, c'està-dire environ de I sur 32, au lieu d'être de 1 sur 45, comme elle a été observée dans la dernière période. Les naissances, en conséquence, au^ raient conservé leur proportion relative ; et au lieu d'èlre dans le rapport de 1 à 36 (2), elles auraient été comme 1 à 26. Ainsi, en estimant la population par les naissances, il faut employer, à différentes périodes, des multiplicateurs difiéreats; et de ce que le nombre des naissances est plus grand dans la première période, il ne s^ensuil nullement qu'à cette époque la population fût plus grande*

Ainsi, dans le cas traité par Tauteur, la somme des naissances pour 17 paroisses, pendant les 70 premières années, est donnée pour avoir été de 49,860; d'où résulte une moyenne annuelle d'environ 712. Ce nombre, multiplié par 26, indiquerait une population de 18,512 âmes. Dans la dernière période, la somme des naissances est indiquée comme ayant été de 43,910 (3), ce qui donne annuellement environ 626. Ce nombre, multiplié par 36, indique une population de 22,536. Si donc nos multiplicateurs sont justes, il parait qu*au lieu du décroissement qu'on avait en Tue de prouver, c*est un accroissement considérable qui se trouve résulter de ces données.

^Plusieurs raisons me portent à croire que je n'ai pas évalué trop haut ta mortalité pendant le cours de la première période. Je me fonde en particulier sur un calcul relatif à Genève, ville que son voisinage autorise à prendre pour terme de comparaison. Au 16* siècle, la probabilité de vie, c'est-à*dire l'âge auquel parviennent la moitié de ceux qui naissent (4), n'était dans cette ville que de 4,388, ou un peu moins disquaire

(I) Mémoires, uble IV, p. 22. — (2) Ibld., table I, p. 21. — (5) Ibid.y p. 16.

(4) It faut toujours joindre une eiplicatioo à ces mots probabilUé de vie, parce qu'on n'a pas Tbabitude de distinguer sous ce genre, par des noms propm, les espèces les plus usuelles. L'espèce de probabilité de vie, dont il s'agit ici, serait, à

ans et neuf dixiènries ; la vie moyenne y était de 18,51 1, environ dixhuit ans et demi. Dans le 1 V siècle, la probabilité de vie (1 ) était 1 1 ,607, un peu plus de onze ans et demi; et la vie moyenne, 23,358. Dans le 18"" siècle, la probabilité de vie (2) s'était accrue jusqu'à 27 J 83, environ vingt-sept ans et un cinquième ; la vie moyenne jusqu*à trente-deux ans et un cinquième.

H est extrêmement probable qu*en Suisse il doit y avoir eu une diminution de mortalité de même genre, quoique non peut-être au même degré. Or, nous savons par les tables d'autres pays, dont j*ai déjà fait Texamen, que les périodes où la mortalité est la plus grande produisent communément un plus grand rapport de naissances.

Ce fait, que les naissances dépendent des décès, a été reconnu par H. Muret, et il en a produit plusieurs exemples. Mais n'ayant pas dirigé son attention sur le vrai principe de population, il se contente d'exprimer à ce sujet beaucoup d*élonnement, et ne fait aucune application de cette remarque.

A propos du peu de fécondité des femmes en Suisse, il dit que la Prusse, le Brandebourg, la Suède, la France, et tous les autres pays dont il a pu connaître les registres, donnent un rapport du nombre des baptêmes au nombre des habitants plus grand que ne le donne le pays de Yaud , où ce rapport est de 1 à 36 (3). 11 ajoute que des calculs faits récemment dans le Lyonnais donnent pour le rapport des baptêmes, à Lyon même, celui de 1 à 28; dans les petites villes, celui de 1 à 25; et dans les petites paroisses, de 1 à 23 ou 24. Quelle prodigieuse difiérence, s'écrie- t-il, du Lyonnais au pays de Vaud, où la proportion la plus favorable, et seulement dans deux petites paroisses d*une fécondité singulière, n'est pas au-dessous de 26, et où, dans plusieurs paroisses, elle dépasse 40 de beaucoup! La même différence, remarque-t-il, a

ce qu'il me semble, coaimodéaieDt désignée par cette expression, le terme de la vie douteuse^ ou plus brièTement la vie douteuse. La pn»babiUlé de vie, qui est la moyeuDe prise entre toutes les vies, conserverait le nom de oi£ moyenne; et la probabilité de vie qui a rapporta un À?e 6xe serait la probabilité d'atteindre telle ou telle époque déterminée. Il y a quelque avantage à spécifier par des noms distincts les objets qu'on soumet à la discussion, et plus encore ceux qui, par leur nature, touchent de près aux sciences exartes. (P. P.)

[i) Ou le terme de la vie douteuse. (P. P.)

(2) Voyez un mémoire inséré dans la Bibliothèque Britannique, t. IV, p. 328.

Ce mémoire intéressant est de mon ami M. le professeur Odier, qui a su tirer des tables de mortalité, qu'il a soigneusement comparées, divers résultats curieux et applicables. (P. P.)

(3] Mém. de la Soc. économ, de Berne pour 1766, part. I, p- 47, 48.

Heu pour la vie moyenne : elle est de vingt-cinq ans et un peu plus dans le Lyonnais ; tandis que, dans le pays de Vaud, la vie moyenne la plus faible, et dans une seule paroisse, pays malsain et marécageux, est de vingt-neuf ans et demi, et qu'il y a bien des endroits où elle est de quarante -cinq ans, et davantage.

« Mais d*où vient, dit-il, que notre pays, où les enfants échappent mieux aux crises de Tenfance, où la vie moyenne, de quelque manière qu'on en établisse le calcul, est plus considérable que partout ailleurs, est précisément celui de tous où la fécondité est la moins grande? D'où vient encore que de toutes nos paroisses, celle qui nous donne là vie moyenne la plus forte est aussi celle qui reste le plus en arrière pour la population? Pour résoudre cette question, je hasarderai une conjecture, que je ne donne que pour telle. Ne serait-ce point que, pour maintenir partout le même équilibre de population, Dieu aurait sagement réglé les choses de telle manière que la force de la vie, dans chaque pays, soit en raison inverse de )a fécondité ?

« Je suppose, en effet, que Texpérience vérifie ma conjecture. Leyzin, village des Alpes, sur un peuple de 400 âmes, donne un peu plus de 8 enfants par an. Le pays de Vaud, en général, sur le même nombre d'habitants, en donne 1 1 , et le Lyonnais 16. Mais s'il se trouve qu'à' Tâge de 20 ans, les 8, les 1 1 et les 1 6 (1) soient réduits au même nombre, la force de la vie donnera dans un -lieu ce que la fécondité donne- dans un autre, et ainsi les pays les plus sains, ayant moins de fécondité, ne se peupleront pas trop, et les malsains, par leur grande fécondité, soutiendront également leur population (2). »

On peut juger, à ce trait, de la surprise que M. Muret éprouve en voyant la santé en opposition avec la fécondité. 11 a recours à un miracle pour expliquer ce phénomène. Cependant le nœud n'était pas digne d*un tel effort, non dignus vindice nodus. Le fait observé ne force point d*admettre Tétrange supposition, que la fécondité des femmes soit en raison inverse de leur santé.

Il y a sans doute, entre les différents pays, beaucoup de différence quant à la salubrité, provenant de la différence du sol ou de la situation, et aussi de celle des occupations ou des habitudes. Lorsque, par l'action de ces causes ou d'autres quelconques, il vient à régner une

(i ) Dans Toriginal français, ï\y àks quatorze ; mais c'est une faute d'impression ou de copie. (P. />.)

(2) Mémoires de la Société économique de jBeme, année 1766, part. 1, p. 48 et suivantes.

grande mortalité, aussitAi il s^ensuit une augmentation dans la proportion des naissances; car, d*un côté, le travail étant plus demandé, il se fait plus de mariages; de l'autre, les mariages, se contractant à un âge moins avancé, sont plus féconds.

Au contraire, là où les causes opposées conservent la santé et la vie» si les habitudes d*un peuple s'opposent à Témigration, la nécessité de prévenir Texcès de la population se fera sentir avec force ; il faud;*a périr ou mettre obstacle à ses progrèp. Ainsi les mariages se contracteront tard; leur nombre diminuera graduellement, à mesure que la population croîtra; et ces mariages tardifs seront naturellement jnoins féconds.

Dans la paroisse de Leyzin, dont parle M. Muret, toutes ces circonstances paraissent s'être rencontrées. Ce village est situé de manière à jouir de Tair le plus pur; ses habitants, livrés aux soins de la vie pastorale, ne sont pas exposés à Tinfluence de plusieurs causes qui peuvent altérer la santé. Aussi, d'aprèsrles calculs de M. Muret, dont il n'y a pas lieu de se défier, la probal>ilité de vie dans cette paroisse s'est trouvée atteindre le nombre vraiment extraordinaire de 61 ans (I). Or, en ce lieu-là, pendant un espace de 30 années, le nombre des nais--* sauces a été presque exactement égal à celui des morts (2), d'où l'on peut conclure que les habitudes da ce peuple ne le portaient pas à émigrer (3), et que les ressources de la paroisse, pour le soutien de sa population, étaient restée à peu près stationnaires. Nous somn^s donc fondés à croire que, dans cette paroisse, les pâturs^es étaient limités, et qu'ils ne pouvaient être aisément augmentés ou améliorés; le nombre des bestiaux qu'on y pouvait nourrir était limité par là même, ainsi que le nombre d'hommes nécessaire pour en prendre soin.

Dans de telles circonstances, comment les jeunes hommes» arrivés à l'âge de puberté, auraient-ils pu quitter la maison paternelle et se marier, avant que quelque emploi de berger, de laitier, ou autre pareil, devînt vacant par la mort de quelqu'un de ceux qui en étaient en possession? La bonne santé générale a dû toujours retarder beaucoup de

(1) Mémoires de la Société économique de BemCy 1766, p. I, l. V, p. 64.

(2) 76irf., table I, p. 15.

(3) Gela est saos doule vraisemblable. Il parait cependant que, comme une paroisse (ville ou village) peut rester dans un éUil de population slationoaire par deux causes, l'auteur aurait dû dire un mot pour exclure celle qu'il n'admet pas. En effet, si les émigrations sont compensées par les immigrations, la populalion ne changera point. Mais, dans le cas présent, il n'est pas probable que cette espèce d'activé rotation ait pa avoir Heu. (P. P.)

telles vacances ; et par conséquent le grand nombre a dû passer la jeunesse dans le cé!ibat, ou s'exposer au risque évident de mourir de faim euiet leurs familles. C'est ici un cas semblable à celui de la Norwége, et auquel not principes s'appliquent avec plus de précision, à cause de régaliié observée entre les morts et les naissances.

Si« par malheur, un père, dans ce village, a eu une famille pins nombreuse qu'à Fordinaire, il a dû en résulter une tendance à diminuer le nombre des mariages plutôt qu'à Taccrottre. Ce père, avec de Técono* mie, aura pu réussir à nourrir chez lui tous ses enfonts, quoique probablement il n'ait pu leur donner de l'emploi sur son propre fonds; mais il est évident que ses enfants n'ont pu le quitter que fort tard. 11 est probable que le premier d'entre eux qui se sera marié n'aura pu former une telle union qu après la mort du père. Au contraire, si celui-ci n'avait eu que deux 61s, Tun des deux se serait marié peut-être sans quitter la maison paternelle, et l'autre après la mort de son père. 11 parait que Ton peut dire en général, que l'absence ou la présence de quatre personnes non mariées fera qu'il y aura ou qu'il n'y aura pas place pour un autre mariage, ou pour l'établissement d'une nouvelle famille.

Comme, dans cette paroisse, les mariages, à peu d'exceptions près, ont dû être fort tardifs; et comme cependant, en vertu de la salubrité du lieu, ces uniods tardives ont dû être dissoutes fort tard par la mort, il est évident qu'une partie considérable des mariages, qu'on a pu y observer à la fois, a dû être inutile pour la population, à cause de l'âge avancé auquel les femmes étaient parvenues. Aussi voyons-nous que le nombre des mariages existants à la fois a été trouvé, avec les naissances annuelles, dans nn rapport qui est hors du cours ordinaire des choses, savoir, comme 12 est à 1. Les naissances ne montaient qu'à la 40*' partie de la population ; et le nombre des personnes au-dessus de 16 ans était au nombre de celles au-dessous de cet âge à peu près comme 3 estai (1).

Par forme de contraste, et pour faire voir combien peu on doit compter sur les calculs de population qui se fondent sur le nombre des naissances, M. Muret cite la paroisse de Saint Cergue, dans le Jura« où les mariages existants sont aux naissances annuelles dans le rapport de 4 a 1 ; où les naissances sont la 26* partie de la population ; et où le nombre des personnes au-dessus et au-dessous de 16 ans est précisément le même (2).

(1) Mém. de la Soc. économ. de Berne, pour 1766 , p. il el i±. — (2) Ibidn

Si Ton estimait la population de ces paroisses par les naissances annuelles, dit cet auteur, on croirait que Leyziu ne remporte sur Saint- Gei^ueque d un cinquième au plus; tandis que, par un dénombrement exact, on a trouvé la population du premier de 405, et celle du second de 171(1).

a J ai choisi, dit-il, les paroisses où le contraste est le plus frappant ; mais, quoique la différence soit moins remarquable dans les autres, on trouvera toujours que» d*un endroit à un autre, souvent très-voisin, et situé de même en apparence, les proportions varient considérablement (2). 1»

11 est étrange qu'après avoir fait ces observations et d'autres semblables que je supprime cet auteur infère du seul rapport des naissances la dépopulation du pays de Vaud. 11 D*y a cependant aucune raison de croire que ce rapport n'ait point varié à diflérentes époques, €oœme il varie en différents lieux. Le contraste observé dans la fécondité des deux paroisses de Leyzia et de Saint-Gergue dépend de causes que le temps et les circonstances peuvent modifier. Le grand nombre d'enfants qui, à Saint-Cergue, atteignent l'âge mûr prouveque la salubrité de ce lieu n'est pas fort inférieure à celle de Leyzin (3). Le rapport des naissances aux morts y est de 7 à 4 (4) ; mais comme le nombre total des habitants ne s'élève qu'à 171, il est évident qu'un tel excès de naissances n'a pas été ajouté régulièrement à la population de cette paroisse, pendant le cours des deux siècles qui ont précédé. 11 faut donc que cet excès soit dû à quelque amélioration subite de Tagriculture ou du commerce^ on bien à la pratique de Témigration. Cette dernière canse me semble la plus probable, et elle me paraît confirmée par ce qui a été remarqué, comme je viens de le dire, sur le petit nombre des adultes par rapport à la population totale. Cette paroisse est située dans le Jura, sur la grande route de Paris à Genève. Cette position a dû rendre Témigration plus facile; en effet, elle parait avoir jeté dans les villes et le plat pays une partie des habitants de cette paroisse féconde, et en avoir fait sortir beaucoup d'adultes qui, faisant place à de nouveaux mariages, ont encouragé par leur retraite l'augmentation des familles.

L'usage de l'émigration dans une paroisse ne dépend pas uniquement de sa situation, mais probablement aussi de quelques circonstances accidentelles. Je ne doute pas que trois ou quatre émigrations couronnées

(t) Mém. de la soc. écon. de Berne pour 1706, p. il. — (2) Ibid., p. i3. (3) Ibid., lable XIIÏ, p. -120. — (4) Ibid., table 1, p. ii.

par le succès niaient suffi souveut pour donner à tout no village on esprit d^ent reprise, et que le défaut de succès, dans un pareil nombre de leutatives, n'ait produit quelquefois l'effet contraire (1). S*il s'établissait à Leyzin une habitude d'émigration, il ne faut pas douter que le rapport des naissances n'y changeât aussitôt , et qu'au bout de vingt ans Texamen des registres ne donnât des résultats aussi diflerenis de ceux qu'a recueillis M. Muret, que ceux-ci le sont des résultats relatifs à Saint-Gergue. On peut conclure de là, qu'indépendamment de la plus* grande noortalité il y a d'autres cauaes qui peuvent rendre très-incertaine l'estimation de la population à différentes époques, lorsqu'on la fonde sur le rapport des naissances.

Les faits observés par M. Muret sont ibrt utiles à recueillir, mais il n'en est pas toujours de même des conséquences qu'il en déduit. 11 a fait quelques calculs relatifs à Vevay, qui tendent réellement à confirmer les principes les plus vrais sur la fécondité des mariages, et à prouver l'inexactitude de l'estimation commune; mais qui, dana son intention, avaient un tout autre objet. H a trouvé que 375 mères avaient mis au monde 2,063 enfants, tous nés vivants ; d'où il résulte que chaque mère avait eu 5 10/12 ou environ 6 enfants (2)« A la vérité, il s^agit 'm de mères et non simplement do femmes mariéet. Et tontes les femmes mariées ne deviennent pas mères. Cependant, même ^i déduisant le nombre indiqué par le rapport des stériles (lequel est à Vevay de 20 a 478), on trouvera encore que la moyenne des enCftnts mis au monde par chaque femme mariée est de 5 1/3 enfants (3) : et cela dans une ville dont l'auteur semble accuser les habitants de se marier trop tard et de craindre d'avoir une nombreuse famille (4). Le rapport général des mariages annuels aux naissances annuelles dans le pays de Vaud est de 1 à 3,9 (5) ; ainsi, selon le mode ordinaire de calcul, on dirait que les mariages y donnent trois enfonts et neuf dixièmes.

Dans une division du pays de Vaud en huit différents districtSi M. Muret a trouvé que, dans sept villes, la vie moyenne était de 36 ans;

(d) Celte observation de Maltlius s*applique à un grand nombre de localités, et parfaitement, ë noire connaissance, à ce qui se passe dans plusieurs des villages qui constituent Pancien déparlement des Alpes maritimes, aujourd'hui comté de Nice. iJph, G.)

(2) Mém. de la Soc, économ. de Berne^ 1766, p. 29 et suiv.

(5) Les seconds et troisièmes mariages sont cause que la fécondité des mariages est toujours moindre que la fécondité des femmes mariées. Dans le calcul présenté ici, il est uniquement question des mères, sans aucun égard au nombre des maris qu'elles peuvent avoir eus. (if.)

(4) Mém. de la Soc. économ. de Berne pour 1766, p. 32. — (5) Ibid., table I, p. 2i.

et la probabilité de vie, ou Fàge auquel parviennent la moitié des enfants, 37 ans. Dans trente-six villages, la vie moyenne sVst trouvée 37; et ia probabilité de vie, 42. Dans neuf paroisses des Alpes, la vie moyenne a été 40 et la probabilité de vie, 47 ; dans sept paroisses du Jura, ces deux nombres ont été 38 et 42 ; dans douze paroisses à grains, 37 et 40; dans dix-huit paroisses au centre de grands vignobles, 34 et 37 ; dans six paroisses mêlées de vignes et de collines, 33 9/10 et 36 ; dans une paroisse marécageuse, 29 et 2i (1).

On voit, par une autre table, que dans la paroisse vraiment extraordinaire de Leysin, le nombre des personnes mortes avant Tftge de puberté était moindre que le cinquième ; et que, dans d'autres paroisses des Alpes et du Jura, ce nombre était au-dessous du quart. Pour le pays de Vaod, eo générai, c'est environ un tiers.

Dans qudqvea^unes des plus grandes villes, telles que Lauzanne et Vevay, le grand nombre d'étrangers adultes qui viennent s y établir fait que le rapport des adultes à ceux qui sont au-dessous de 15 ans est presque amsi grand' cpi'à Leyzin, et approcbe de celui de 3 à 1 . Dans les paroisses où il n'y a pas beaucoup d'émigrations, ce rapport est k peu près de 2 a i; 'et daas celles qui fournissent des habitants aux autres pays* il approche plus du rapport d'égalité (2)«

La population totale du pays de Vaud est estimée par M. Muret à 113milbâmes, dont 76 mille adultes. Ainsi, pour tout te pays, le rapport des adultes à ceux qui sont au-dessous de Tàge de puberté est celui de 2 à 1. Parmi ces 76 mille adultes, on comptait 19 mille ma*^ riages existants ; partant 38 mille personnes mariées, et tout autant de non mariées, entre lesquelles à la vérité se trouvaient probablement, selon M. Muret, 9 mille veufs ou veuves(3). Avec un tel nombre de personnes vivant hors du mariage, il n'y avait pas lieu de craindre que les émigrations probables, ou les levées militaires, affectassent sensible* ment le nomtire des mariages annuels, et arrêtassent les progrès de la population.

Le rapport des mariages annuels à tous les habitants dans le pays de Vaud n'était, selon les tables de M. Muret, que de 1 à 140(4), ce qui est moins qu'en Norwége.

Tous ces calculs de M. Muret supposent que Tinfluence des obstacles privatifs, ou qui préviennent raccrois^ement de la population, est trèsconsidérable dans tous les lieux de son observation ; et il y a lieu de

(J) Mém. de la Soc. écon. de Berne ^ table Vlïi, p. 92 et suiv. — {%) Ibid.f UdOe XII. — (5) Ikid., p. 27. — (4) Ibid., lable 1.

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204 LIVRE il. — CHAPITRE V.

présumer que les mêmes habitudes prévalent dans les autres parties de la Suisse, quoiqu'elles puissent varier plus ou moins, selon le degré de salubrité des lieux et des occupations, et selon que le pays offre, ou n'offre pas, des ressources qui permettent à la population de s'accrotlre.

Dans la ville de Berne, de 1583 à 1654, le Conseil souverain avait admis à la bourgeoisie 487 fomilles, dont 379 se trouvèrent éteintes dans lé cours de deux siècles; en sorte qu*en 1783 il n'en restait plus que 108. Pendant le siècle écoulé de 1684 à 1784, il y eut 207 iamilles bernoises éteintes. De 1724 à 1712, la bourgeoisie fut donnée à 80 familles. En 1623, le Conseil souverain admit les membres de 112 familles, dont il ne reste plus que 58(1).

Le nombre des personnes non mariées à Berne, en y comprenant les veufs et les veuves, est beaucoup an-dessus de la moitié de tous les adultes; et le rapport de ceux qui ont moins de 16 ans à cenx qui sont au-dessus de cet âge est à peu près de 1 à 3 (2). Ce sont là des preuves bien fortes de TinQuence des obstacles privatifs ou qui préviennent la population.

Les paysans du canton de Berne ont toujours passé pour riches, et il n*y a pas de doute que cette richesse ne soit due en grande partie à cette circonstance. Une loi, qui a été as^ei longtemps en vigueur (3)« exigeait qu'un paysan fit preuve qu'il possédait Tarmement et l'équipement requis pour la milice, avant d'obtenir la permission de se marier. Non-seulement une telle loi excluait du mariage les hommes dans la misère, mais elle a dû tendre à donner à d*autres d'heureuses habitudes, en leur faisant envisager le travail et Téconomie comme des moyens nécessaires pour obtenir l'objet de leurs désirs. Un jeune homme qui, dans ce but, avait pris quelque engagement, dans le pays ou au dehors, devait naturellement contracter des sentiments plus élevés, et ne pas se contenter de gagner simplement la somme requise pour se marier, mais tâcher d*aller au delà, et d*amasser un peu pour l'entretien de sa famille.

J*eus bien regret, lorsque je passai en Suisse, de ne pouvoir me procurer aucun détail sur les petits cantons. Les troubles qui y r^naient alors m*en empêchèrent (4). Il est à présumer qu étant presque en entier

(1) statistique de la Suisse, par Durand, l. IV, p. 405, in-8", 4 vol. Lausanne,

(2) Beschreibung^ von Bern^ vol. II, table I, p. 35; 2 vol. in-8». Berne, 1796.

(3) fcUe était encore en vigueur en 1797. (P. P.J

(4) Placé, comme je le suis, assez près des petits canlons suisses, dont Tauteor

pays de pâturages ils doivent ressembler aux paroisses alpines du pays de Vaud, tant pour la salubrité que pour la nécessilé de prévenir la population , à l^exception néanmoins des lieux où ces circonslances

regrelle de D^avoir pu étudier la popiilalion sous les rapporls qui TiDléressenlJe n'ai rifo négligé pour avoir à cet égard quelques reuseignemeols exacts. Mais j'ai éprouvé que celle recherche était plus difficile qu^elle ne semblerait devoir l'être au premier coup d'œil.

Voici quelques noies sur le canton de Claris. Elles sont de M. le landamman Heer.

Par un déoorobremeni, fait en ISOi, le canton de Claris contenait 2i,137àme8, 11 est probable, selon M. H^er, que ce résultat est trop pelil et que le nombre réel s'élevait au moins k 2^,000 âmes. On peut comparer à celle popuhition les données que fournil la table suivante :

En 1803 531 Décès. 850 Naissances.

iSOI 577 792

Il en résulte que, pour ces cinq années» la mortalité moyenne, déduite du nombre donné par le dénombrement, a été de i sur 35 1 /2. Mais si on emploie le nombre présumé plus vrai par l'observateur, cette mortalité moyenne a été à peu près de 1 sur 37.

Pour les naissances, on trouve le rapport moyen de i à 26 i/4, ou de 1 à 27 i/4, selon qu'on emploie la population donnée par le dénombrement, ou celle que Tobservateur juge plus vraie.

n parait donc que le nombre des naissances l'a emporté sur le nombre des morts, dans un rapport moyen assez voisin de celui de 19 à 15, ou presque de 4 à 3 : d^où a dû résuUer un accroissement de population singulièrement rapide. Ainsi le nombre des morts et celui des naissances, calculés sur la population de 1801, doivent nécessairement être trop forts.

Il n'^a pas été possible d'obtenir des renseiRuemenls exacts sur le nombre annuel des mariages, si ce n'est qu'en l'année 1807 on en a compté 152. Il a été également impossible de rien apprendre sur le nombre moyen des enfants par jmariage. La maladie qui, dans ce canton, enlève le plus d'hommes et de femmes d'un âge peu avancé, est la phlhisie ou consomption.

Tant que les habitants de ce pays vivaient comme un peuple de pâtres occupés de travaux rustiques, ils trouvaient dans leurs montagnes quelque facilité à pourvoir à leurs besoins ; ils avaient des mœurs pures, de la force et de Tindépendance. Aujourd'hui ils éprouvent le sort des peuples manufacturiers. Leur industrie s'était tournée presque exclusivement du côté de la fabrication du tioion. On le travaillait depuis la filature jusqu'à l'indienne. Ces manufactures sont tombées, et la plus grande partie de la population est sans pain. On a tenté d'établir deui manu> CactureH de draps et une de chapeaux de paille. Mais ces essais n'ont point eu encore d'influence générale.

rajouterai quelques passages d'un discours prononcé par M. Heer à la Société économique de Claris.

c L'art de travailler le coton avait été transplanté dans cette vallée. La facilité de l'ouvrage et le prix élevé du travail ne pouvaient manquer d'attirer des ouvrien

peuvent avoir été modi6ées par i'osage de rémigration^ ou par rétablissement de quelques manuradures.

Odos un pays où la vie est rigoureusemeot pastorale, les Hmites de

à ce genre de fabrique. Un rouet ^tait une dot. Un tisserand était un homme dans Taisance. On se liYraità celle esp^ce d'occupation avec empressement; on jouissait du présent sans s'inquiéter de Tavenir. QuVst devenue ceUe richesse? Le quart de notre population reçoit ou demande l'aumône. D'bonnétes pères de famille, leurs femmes, leurs enfants luUent péniblement contre la misère et la i'aim, supportant leur sort avec fermeté, mais vivant dans Taugoisse et dans la souffrance. De nouvelles habitudes ont engendré de nouveaux besoins ; les durs travaux de DOS ancêlres nous sont devenus étrangers ; la vie sédentaire, une mauvaise nourriture et un séjour habituel dans des lieux humides et malsains, ont ravi à notre peuple sa santé et sa vigueur naturelle.

c Je m'arrête à regret sur ce spectacle , mais je dois appeler voire attention sur les suites immédiates de cet état de choses : je veux parler de Taccroissement de la population, de la facilité de pourvoir k son entretien , de la fréqueolation plus facile des personnes de différents sexes , de cette facilité de viyre que donnent les manufactures; de ces mariages précoces, contractés par des enfants qui auraient encore le plus grand besoin de la surveillance paternelle.

« D'après les principes des auteurs les plus célèbres qui ont écrit sur Péconomie politique, Taccroissement de la population est pour un grand Ëtal une source de richesse. Mais un petit Ëiat, et en particulier notre patrie, n'est riche que quand sa population est proportionnée aux produits de la terre. Il est pauvre dès que cette proportion est détruite. Or, selon quel rapport s'est accrue notre population ? D'après des autorités dignes de fui, le nombre total des habitants de nos campagnes était en 1701 de 3,700 hommes, en 1771 de 4,632, en 4797 de 6,502. Dès lors ce nombre a constamment été en augmentant. >

11 me semble que le bon sens helvétique elle zèle patriotique qui se font remarquer dans ce discours ont dirigé l'auteur vers la vraie source du mal qu'il déplore. El ses principes ne s'éloignent pas beaucoup de ceux que Malthus a entrepris de démontrer (1). (P. P.)

(1821.) Nous ajouterons h ce qui précède, sur l'état actuel du même canton, quelques informations qui sont puisées à la même source.

Le pacte fédéral porte la population du canton deGlaris k 2i,100 âmes. Il est probable qu'elle a aujjmenté , mais qu'elle ne passe 2.^,500. Tout calcul , et un dénombrement surtout, est sujet à quelque incertitude à cause des nombreuses émigrations.

De 1805k 18IO,ily a eul4,375 naissances et 11,419 décès: ainsi, un excédant de 2,^54 en faveur des naissances. « Cet accroissement fait naître des réflexions sérieuses, dit l'excellent citoyen de qui nous tenons ces détails, lorsqu'on considère les moyens de subsistance k la portée des habitants, le peu d'étendue du canton, la stérilité du sol, et le nombre actuel des pauvres. ■

Quant aux mariages, on n'en a piis tenu registre d'année en année; mais en 1807 on en a compté 152, et 225 en 1819. On n'est pas non plus en état de donner le nombre moyen des enfants par mariage.

(I) Note de ta première éditiou, en 1809.

k population sont évidentes. Il n'y a pas de terres moins susceptibles d'amélioration que les pâturages de montagnes. Il faut les abandonner presque en entier à la nature; et iorsH]ti on les a couverts de troupeaux en nombre convenable, il reste fort peu à faire. Dans ces parties de la Suisse, comme en Norwége» la plus grande difficulté est de se procurer assez de fourrage pour nourrir pendant Thiver le bétail qui a passé Tété sur la montagne. A cet effet, on recueille avec le plus grand soin les moindres herbes. Dans les places inaccessibles aux bestiaux, les paysans vont quelquefois faire du foin en armant leurs pieds de crampons. On coope t'herbe de moins de trois pouces, en quelques endroits, trois fois rannée. Dans les vallées, on voit toute la campagne tondue d*aussi près que nos boulingrins, et toutes les inégalités rognées comme avec des ciseaux. C'est en Suisse et en Norwége que, par cette raison, Tart de &ucber est porté au plus haut point de perfection. Cependant comme, daDS les Tallées, Tamélioration des terres dépend principalement des engrais que fournissent les bestiaux, il est évident que la quantité du

La phlliisie eoléve encore l>eaucoup de personnes cTua âge peu avancé ; mais celle maladie exerce moins de ravages. Le dessèchement des marais de la Linlh, joint au etiangeme nt survenu dans la nourriture et dans le traiail d'une parUe de la population, peu? ent airoir eu à cet égard quelque lieureuse influence.

Le cbangeroeol opéré dans la nourriture tient à remploi de la plus grande parUe des pâturages communaux. Ils ont été distribués en usufruit aux habitants. Chaque famille duit jouir de SOO toises carrées, et dans quelques communes de 5 à 600. Ce terrain a été fort généralement employé à lacuUure des pommas de terre, de quelques légumes, de diverses espèces de céréales; quelques parties en chanvre et autres produits utiles. Ce changement a été d'un grand secours pendant ces dernières années; il a fourni desalimeuts sains et à bas prix, en même temps qu'il a donné une occupation forte et salubre.

11 s'est fait aussi, dans les manufactures, des changements importants, principalement par Inactivité de ta production que les machines nouvelles appliquées à la filature ont provoquée. Le prix de la main-d'œuvre est très-bas Le bas prix des denrées et des secours, devenus imlispensables, ont soutenu les ouvriers. Mais le nombre des pauvres est considérable, et les mariages, trop légèrement contractés, ne peuvent que les multiplier.

Les émigrations sont temporaires ou déGnitives. Les premières sont celles des gens de métitr qui vont en divers lieux, surtout en France et en Italie, chercher du travail. Les autres sont faites dans ly but de s'établira demeure, principalement en Russie, très-rarement en Amérique (I).

Ces fait^y à la vérité, se rapportent h un seul canton; mais ils serviront au moins d'exemples, relativement aux autres, sur lesquels nous ne pouvons pas offrir d'exacts renseignements. {G. et P, P.)

(I) L«s matheureax du canton de Claris et des autres contrées pauvres de 11 Suisse ont depuis pris le ohenia de TAmérMiae. {Jph, G.)

foin et celle des bestiaux s^y servent mutuellement de limites : et puisque la population y est elle-même limitée par le produit des bes* tiaux, il ne parait pas possible qu*elie s^accroisse au delà d'un certain terme, ni au delà d'une certaine distance de ces vallées. Ainsi, quoiqu^en Suisse, dans le plat pays, la population ait crû pendant le dernier siècle, il y a lieu de croire qifelle a été stalionnaire dans les montagnes. Si Ton s'en rapporte à M. Muret, elle a beaucoup diminué dans les Alpes du pays do Vaud : mais nous avons vu que les preuves qu'il en donne sont tout à fait incertaines. Il n'est pas probable que les Alpes soient moins fournies de bétail qu'elles ne Tétaient autrefois; si les habitants y sont en plus petit nombre, i:ela ne peut venir que de ce qu'on y a moins d'enfants et qu'on y vit mieux.

Dans quelques uns des petits cantons, les manufactures ont été introduites. Ces établissements, en donnant plus d*emploi au travail et en fournissant plus d'articles d'exportation pour l'achat du blé, ont considérablement accru la population ; mais les écrivains suisses semblent s'accorder à reconnaître que les districts où ils se sont formés ont souffert du côté de la santé, de la moralité et dn bonheur»

Il est dans la nature des terres en pâturages de produire de quoi nourrir beaucoup au delà du nombre d'hommes qu'elles emploient. Par conséquent, dans les pays voués exclusivement à la vie pastorale, il y aura beaucoup d'hommes désoccupés ou peu occupés. Cet état de choses dispose naturellement à l'émigration. C'est une des causes qui ont le plus contribué à jeter les Suisses dans le service étranger. Lorsqu'un père avait plus d'un fils, ceux qui ne lui étaient pas nécessaires pour le travail de sa ferme étaient fortement tentés de s'enrAler, ou, en général, d'aller chercher fortune hors du pays, parce que c'était le seul moyen qu'ils pussent entrevoir de se marier.

Il est possible, quoique peu probable, que cet esprit d'émigration, agissant avec plus de force que de coutume, dans un pays soumis plus qu'aucun autre à l'inQuence des obstacles privatifs, ait arrêté la population à l'époque où on s'en plaignait si généralement. Si cela est, il a dû en résulter une amélioration sensible dans la condition des classes inférieures du peuple. Tous les voyageurs qui ont visité cette contrée, peu après cette époque, s'accordent à représenter l'état du paysan en Suisse comme meilleur que partout ailleurs. Dans le court voyage que j'y ai fait en dernier lieu (1), j'ai eu le chagrin de trouver à cet égard mes

(1) Ce voyage doit aToir suivi de près rinTasioo de la Suisse en 1797, puisque ce passage est transcrit diaprés les premières éditions de cet ouvrage. (G. et P. P.)

espérances légèrement déçues. On doit * il est Trai , attribuer en partie ce changement aux pertes et aux souffrances causées par les derniers troubles; mais en partie aussi peut-être aux efforts mal dirigés des divers gouvernements pour accroître la population , et même aux conséquences éloignées de quelques efforts mieux dirigés et qui tendaient efficacement à augmenter^ pour un temps* le bien-être et le bonheur du

J ai été très-frappé d*un effet de ce genre dans une course au lac de Joux« petite vallée du Jura. A peine fûmes-nous arrivés dans une petite auberge, située à l'extrémité du lac, que la maîtresse de la maison se répandit en plaintes sur la pauvreté de toutes les paroisses d*alentour« Elle nous dit que le pays produisait peu et quil regorgeait d*babitanls ; que les jeunes garçons et les jeunes filles se mariaient à râ<?e où ils devraient encore aller i Técole; et qu*aussi longtemps que prévaudrait rbabitude de ces mariages précoces» ils seraient tous misérables et dans le besoin.

Le paysan qui nous conduisit ensuite à la source de TOrbe entra dans plus de détails, et me parut comprendre le principe de population à peu près aussi bien qu^aucun de ceux avec qui j'ai eu occasion de m'en entretenir. Nos femmes* dit-il, sont fécondes, et Pair de nos moulines est pur et sain ; il meurt peu d^enfants, à moins que ce ne soit de misère. Le sol, étant stérile, n*offre que peu d'emploi et de nourriture pour ceux qui deviennent hommes ; le prix du travail est en conséquence très-bas et tout à fait insuffisant pour le maintien d'une famille : cependant la misère et la faim, qui dévorent la plus grande partie des habitants, ne découragent pas les autres de se marier et de mettre au monde desenfonts qu*ils ne peuvent nourrir. Cette habitude de se marier de bonne heure, ajoutait-il, pourrait être appelée le vice du pays. Il était si aSecté des suites inévitables de cette coutume, qu'il pensait qu'on devrait faire une loi pour défendre aux hommes le mariage avant Tftge de quarante ans ; et pour que, même à cette époque, ils ne pussent épouser que de vieilleg filles, dont ils ne pussent avoir que deux ou trois enfants au lieu de six ou huit (1).

Je ne pus m'empêcher de sourire de la chaleur de son éloquence et

(i) Daos las Atpes maritimes, que nous venons de ciler ci-dessus p. 204, le voyageor constale facilement la mâme plaie. Tous les mariages sont féconds. Bourgeois et paysans sont de vrais proléUires , laissant agir la nature et ne se doutant pas qu'iU n'ont pas le droit de donner le jour à lanl de misérables. Fort heureusement la plaine et la France aesont pas loin , et Témigration rétablit tant bien que mal I*équilibre entre la population et les subsistances. Mais avant que les enfanis i a ssent fuir le toit paternel et aller cliercher fortune ailleurs, père, mère et enfants â« fiDITlOn. i^

de sa conclusioa. Il faut que cet homme eûl vu de bien près^ et senti bien fortement , les suites quVnlraîne une population excédante, pour proposer un aussi violent remède. J'appris ensuite que lui-même s'était marié très-jeune.

La seule erreur qu'il commettait dans ses recherches philosophiques sur ce sujet, était de borner ses raisonnements aux contrées stériles et montagneuses, et de ne pas les appliquer aux pays de plaine. Il croyait peut -être que, dans les contrées fertiles, Tabondance du blé et de l'ouvrage faisait disparaître la difficulté , et permettait de se marier jeune. Comme il n'avait pas beaucoup vécu dans la plaine, cette erreur était naturelle ; d^autant plus que, dans les pays de plaine, la difBculté d'ordinaire devient moins sensible (à cause de l'étendue des Ueux que Ton considère) et se trouve même réellement diminuée par la mortalité qu'occasionnent les lieux bas, les grandes villes et les manufactures.

Je m'informai de la cause de ce qu'il appelait le vice du pat/s, et il m'en rendit compte avec une précision vraiment philosophique. Il me dit qu'il s'était établi dans le pays, il y avait un certain nombre d'années, une manufacture de lapidaires qui avait prospéré pendant quelque temps, et avait fourni à tout le voisinage de l'occupation et de hauts salaires ; que la facilité de pourvoir à l'entretien d'une famille, et de trouver des moyens d'occuper les enfants de tout âge, avait singulièrement encouragé les mariages précoces ; enHut que cette habitude s'était maintenue, quoique des changements de modes, des accidents, diverses causes, eussent fait tomber la manufacture. Pendant les années qui venaient de s'écouler, il y avait eu, disait-il, de nombreuses émigrations; mais le système adopté renouvelait la population avec tant de célérité, qu'aucune émigration n'y pouvait suf6re. Tout ce qu'il m*avait dit , et même ce que j'avais vu, en montrait assez les pernicieux effets.

Dans d'autres conversations que j*ai eues avec des personnes du peuple, en divers endroits de la Suisse et de la Savoie, j'en ai trouvé plusieurs qui , sans être aussi bien instruites que mon ami du lac de Joux, du principe de population et de ses suites relativement à la communauté, ne laissaient pas d'en bien juger relativement à eux-mêmes, et comprenaient assez à quels maux ils s^exposeraient en se mariant avant de s'être assuré quelques moyens de nourrir leur famille. En réfléchissant sur les idées que j'ai trouvées répandues assez généralement là-dessus, je me sens disposé à croire qu'il ne serait pas très-difficile de

f ÎTent dans une pénurie extrême. Les faits se passent de la même manière dans mi très-grand nombre de localités de tous les pays. {Jph. G.)

faire entendre au peuple le principe de population» et la tendance qu'il a nécessairement à faire baisser les salaires et à entretenir la pauvreté.

U n*y a pas en Suisse de fonds assignés pour les pauvres, mais chaque paroisse possède quelques droits seigneuriaux et quelques terres communes avec lesquelleson suppose que ses pauvres peuvent être secourus; cependant, ces fonds étant limités, deviennent souvent insuffisants, et de temps en temps on y supplée par des collectes ou contributions volontaires; mais ces subventions, étant plus rares et plus incertaines que la taxe des pauvres en Angleterre, n'ont pas les mêmes inconvénients. Pendant le cours de ces dernières années, on a partagé plusieurs terres communes entre les individus qui y avaient droit. Cette opération a amélioré le sol et accru la population ; mais, par la manière dont elle a été dirigée, elle a trop eu TelTet peut-être d'encourager le mariage, et par là elle a dû augmenter le nombre des pauvres. G est diLns le voisinage des plus riches communes que j'ai observé le plus grand nombre dn mendiants.

Il y a lieu de croire néanmoins que les efforts de la Société économique de Berne, pour faire faire des progrès à Tagriculture, ont en quelques succès, et que Paugmentaiion de ressources qui en a résulté a suffi à cette population additionnelle; qu'elle a pu la nourrir en entier ou du moins en très-grande partie.

La population de (ont le canton de Berne, y compris le pays de Vaud, était estimée (1), en 1764, à 336,689 habitants; en 1791, elle s*étaît accrue jusqu'au nombre de 414,420; de 1764 à 1767, Taccroissement de population annuel fut de 2,000 âmes ; et de 1778 à 1791, de 3,109.

Les tables de mortalité en France, avant Tépoquede la révolution, n'offrant rien de remarquable, ni par les résultats, ni par Tcxactitude et Tancienneté, je n'en aurais pas fait un article à part , sans une circonstance qui tient à la révolution et qui a causé beaucoup de surprise : je veux parler de Tétat actuel de sa population, qui, après une luite si longue et si destructive, semble n'avoir souffert aucune diminution.

On travaille à Paris à une statistique nationale, fondée sur les rapports des préfets. Cet ouvrage n'est point achevé : mais je tiens de

(i) BeschreibuDg voa Bero, vol. U, p. 40.

212 LIVKE H. — CHAPITRE VI.

bonne source que, d'après ce que Ton a dAjà pu recueillir, on est en état d^affirmer que, sur le sol de Tancienne France, pendant le cours de la révolution, la population a crû plutôt que de diminuer.

Un tel résultat, s'il faut Tadmettre, couGrme singulièrement les principes exposés dans cet ouvrage ; et il n'est pas inutile de rechercher comment il a pu avoir lieu.

En tout pays, il y a toujours un corps nombreux de personnes vivant dans le célibat. Ce corps se forme graduellement par l'accumulation annuelle de Texcès de ceux qui parviennent à Tâge de puberté sur ceux qui se marient. Cette accumulation atteint sa limite, lorsque la mortalité annuelle enlève à ce corps autant d'individus qu*il en reçoit. Dans le pays de Yaud , nous avons vu que ce corps, en y comprenant les personnes en état de veuvage, égale le nombre entier des personnes mariées. Mais dans un pays comme la France, où la mortalité d^une part, et la tendance au mariage de l'autre, sont beaucoup plus grandes qu*en Suisse, ce corps de célibataires doit être en rapport moindre avec toute la population.

M. Peuchet« dans son Essai de statistique, publié à Paris en 1800, estime qu'en France le nombre des hommes non mariés de 18 à 50 ans s'élève à 1 ,45 1 ,063, et que le nombre des hommes, mariés ou non, entre ces deux mêmes figes, est de 5,000,000 (I). On ne voit pas clairement à quelle époque précise celte estimation a été faite ; mais comme Fauteur met ces résultats au nombre de ceux qui ont lien en temps ordinatre, il est probable qu*il s*agit d'une époque antérieure à la révolution. Admettons donc que ce nombre de 1 ,451,063 représente le corps entier des hommes non mariés en fige de faire le service militaire, au commencement de la révolution.

Avantlaguerre(2), la population de laFrance fut estimée par l'Assemblée nationale à 26,3^3,074 fimes (3) Il n'y a pas de raisons de croire cette estimation exagérée. Necker, qui n'en compte que 24,800,000, exprime la ferme persuasion ou il est qu'à I époque où il écrivait les naissances annuelles s'élevaient à plus de 1,000,000 : et que, par conséquent, en employant son multiplicateur 25 3/4, la population totale

(i) P. 52; îa-S*" de 78 pages.

Les mêmes asserlioos soai répétées dans la Statistique de la France en 7 vol., publiée par Hertûn. en 1803, 1. 1, p. 140. {P. P.)

(2) Avant la guerre terminée par le traité d'Amiens. Le nombre que l'auteur indique ici , sur Tautorité d*Ârthur Youog, est le résultat du second trayail du comité de division de TAssemblée nationale. (P. P.)

(3) A. Young, Travels in France^ vol. 1, ch. xvii, p. 466; in-4S 1792.

ne s*éloignait pas de 26,000,000 (1). Or, il Taisait ce calcul dix ans avant que TAssemblée constituante fit le sieo.

Supposant donc que les naissances annuelles s'élèvent à un peu plus de 1,000,000, et que les 2/5 de lous ceux qui naissent meurent avant rage de 18 ans, comme Tin li»|ue un calcul de M. Peuchel (2), on trouvera que chaque année 600,000 personnes atleignent cet âge là.

Le nombre des mariages annuels, selon Necker, est en France de 213,774 (3) ; mais comme ce nombre est une moyenne de dix ans, pendant lesquels la population élail croissante, il est probablement trop petit. Si nous le personnes qui al a 440,000 qui s< gnentrâgede 11 annuels, sera de que le corps ace d'un âge militaii gens de 18 an;i affecter le moins ne devons pas si

être demandé tout à la fois ; de plus, il y a bien des soldats mariés, et qui ne sont pas entièrement inutiles à la population. Supposons que de ce grand corps d^bommes célibataires, on en prenne à la fois 600,000 pour le service, et qn^on recrute cette armée par une levée annuelle de 150,000 hommes, fournis tant par lés 80,000 de 18 ans, inutiles an maintien des mariages annuels, que par les 851,063 restant du grand corps de célibataires qui existait avant Tépoque de la guerre (4), il est évident que, par ces deux sources , il a pu être fourni chaque année, pendant 10 ans , 150,000 hommes, en laissant de quoi augmenter de plus de 10.000 le nombre des mariages.

Il est vrai que, dans le cours de ces dix années, plusieurs des célibataires faisant partie du grand corps primitif auront passé Tâge militaire ; mais cette perte aura été balancée, et même beaucoup au delà, par le profil que la population aura retiré du mariage de plusieurs d'entre eux, car un homme de 50 ans peut aisément devenir père. Il y

(1) De l'administration des finances^ 1. 1, cb. ix, p. 286.

(2) Peucb.^1, JÇ*«a<, p. 31.

(5) De l administration desfinance*^ 1. 1, ch. ix, p. 255. (4) Oq comprend qu'il s'a^ii toi^ours de la première guerre de la réfolutioi), terminée par le iraiié d'Amiens. (P. P.)

2! 4 LIVRE ir. — CHAPITRE VF.

a lieu de croire que la grande partie des recrues annuelles, au nombre de 150,000, auront élé prises parmi les 300,000 mâles atteignant annuellement rage de 18 ans, et que les mariages annuels auront été suppléés en grande partie par le reste du corps primitif d'hommes non mariés ; des veufs et des célibataires de 40 à 50 ans, qui avant cette époque auraient eu quelque peine a s'établir, ont dû trouver plus de facilité dans un tempsoùles jeunes gens partaient pour Tarmée ; enOn, Tabsence de 600,000 personnes a dû faire place à de nouveaux établissements. Tout nous porte à croire qu*il y a eu en effet une addition notable à la somme des mariages annuels: non seulement plusieurs célibataires restant du grand corps primitif se sont mariés, qui en d'autres circonstances n'y auraient pas songé ; mais encore plusieurs jeunes gens audessous de 18 ans ont contracté des mariages prématurés, pour se soustraire à la conscription militaire. Il est si vrai que cette pratique a eu lieu, et qu^elle a diminué sensiblement le nombre des célibataires, que, dès le commencement de 1798, il parut nécessaire d'abroger la loi qui exemptaitde la conscription les hommes mariés : et, en conséquence, ceux qui se sont mariés depuis cette époque ont été pris comme les nonmariés, et soumis à la conscription. Dès lors, les levées ont porté en parliesurdes hommes utiles à la population; mais probablement les mariages que ces levées n'ont point atteints ont surpassé le nombre ordinaire des mariages qui avaient lieu avant la révolution. D'ailleurs ceux qu'interrompait le départ des maris pour l'armée ne doivent pas être comptés pour entièrement stériles.

Sir Francis d'Ivernois, qui a certainement quelque tendance à exagérer les pertes de la France, et qui les a probablement fort exagérées en elTet, estime la perte totale des troupes de France, par mer et par terre, jusqu'en 1799, à 1 million et demi (1). Les nombres ronds que j*ai posés pour éclaircir le sujet surpassent de 600,000 ce nombre là. 11 est vrai que cet auteur y ajoute 1 ,000,000 pour ceux que la révolution a fait périr par d'autres voies ; mais comme ces dernières causes de des-

(1) Tableau des pertes^ etc., eh. n, p. 7. M. Germain Garnier, dans ses notes sur Ad. Smilti, eslime qu^il n'a péri aux armées que le 60« de la population de la France. Il suppose 500,000 hommes Ittvés à la fois, et recrutés par 400,000 en sus, pendant le cours de la guerre. En déduisant ceux qu^aurait enlevés la mort naturelle, il trouve que la mortalité occasionnée par la guerre n'a été que d^environ 45,000 homme» par an, t. V, note XXX, p. 284. Si la perle n'a pas été plus forte, il n*a fallu; pour la compenser, qu'un faible accroissement de naissances. Mais je suis porté à croire que ce calcul est auumi au-desbous de la réalité que celui de sir Francis est au-dessus. {M.)

truction oat frappé iodislinctement sur tous les âges et sur tous les sexes, elles n'ont pas dû affecter aussi efBcacement la population que la précédente, et elles sont plus que compensées par le surplus de 600,000 hommes dans la pleine force de Tâge que donne le calcul de sir Francis. Il faut remarquer en outre que>. vers la fin de la guerre de la révolution, la couscriplion fut probablement exécutée avec plus de rigueur dans les parties du territoire nouvellement acquises, dont on estime la population de 5 à 6,000,000« et qui ont dû par conséquent fournir une partie considérable de ce nombre d* hommes morts à la guerre, qu'on porte à 1 million et demi. La loi qui facilitait le divorce, quoique mauvaise en elle-même, moralement et politiquement, a du néanmoins opérer, dans un temps où Ton manquait d*bommes, à pou près comme la polygamie, et augmenter le nombre des enfants an comparaison du nombre des maris. Ajoutons que le nombre des enfants illégitimes, qui avant la révolution n'était que le iV des naissances, 8*est élevé depuis au 11'' (1). Quoique ce fait atteste une dépravation dans les mœurs qui est sans doute tort déplorable, il n'en est pas moios Yrai qu'il a dû en résulter quelque augmentation dans le nombre des naissances : et comme les femmes de la campagne ont plus gagné que de coutume pendant la révolution, à cause de la disette de bras pour le travail, il est probable qu'une partie assez considérable de ces entants aura survécu.

Dans de telles circonstances, il est possible que la population de la France n'ait éprouvé aucune diminution ; et malgré tant de causes aotiyes de destruction, cela n'est pas même improbable, si du moins Ta* griculture s*y est soutenue assez pour que les moyens de subsistance n'aient pas déchu ; or« quoique la France ait beaucoup souffert dans ses manufactures, on semble reconnaître généralement que son agriculture a plutôt prospéré. On ne peut supposer qu'à aucune époque de la guerre, le nombre des hommes enrégimentés ait excédé celui des hommes qui, avant la révolution, étaient employés aux manufactures. Lors donc que celles-ci venaient à déchoir, les ouvriers privés de travail qui n'entraient pas dans l'armée étaient nécessairement rendus à l'agriculture. D'ailleurs, en France, de tout temps, les femmes ont travaillé aux champs; il y a lieu de croire que cette coutume est devenue plus générale pendant la révolution. En même temps l'abï^ence des ouvriers à la terre, les meilleurs et les plus exercés, n'a pu manquer d'élever le prix du travail; mais comme on mettait de nouvelles terres en

[i) Peuchel, Essai, p. 28.

valeur, et qu^un grand nombre de consommateurs avaient quitté la France (1), le prix des subsistances n'a pas pu hausser en proportion. 11 a dû résulter de là un encouragement au mariage: les paysans ont du vivre avec pins d*aisance et élever un plus grand nombre d*enfants.

De tout temps en France il y a eu beaucoup de petites fermes et de petits propriétaires. Cet état de choses u*est pas très-favorable à l'accroissement du produit r.et, ou à la richesse nationale disponible; mais quelquefois il augmente le produit brut, et il a toujours une forte tendance à encourager la population. La vente et le morcellement des biens de la noblesse et du clergé ont multiplié les propriétaires de terres : comme d'ailleurs une partie de ces domaines partagés consistait en parcs et en terres ou capitaineries de chasse, la culture a fait de nouvelles acquisitions. Il est vrai que la contribution foncière, exigée du cultivateur, s'est trouvée non-seulement trop forte, mais établie d'une manière peu judicieuse. Cependant il est probable que ce mal a été à peu près compensé par la suppression de quelques lois oppressives, et que l*effet final de la vente de ces domaines a été de donner quelque impulsion à l'agriculture, on du moins d'augmenter le produit brut, qui est celui sur lequel se règle la population.

H y a donc lieu de croire que les moyens de subsistance n'ont pas diminué, si même ils n'ont augmenté pendant la révolution ; car Taspect général de la culture en France tend à confirmer cet aperçu.

Je ne puis donc admettre la conjecture de sir Francis d'ivernois, qui pense que, pendant la révolution, les naissances annuelles ont diminué en France d'un 7* (2). Il est bien plus probable qu'elles y ont augmenté de toute cette quantité. Selon Necker, avant la révolution le rapport des naissances à toute la population était en France de 1 à 25 3/4 (3). On voit, par les comptes rendus (4) de quelques préfets, qu*en plusieurs endroits ce rapport est de 1 à 21, 22 1/2 et 23 (5); et quoique Tabsence de plusieurs hommes à l'armée ait pu avoir ici quelque influence, je crois cependant que c*est surtout à l'augmentation des naissances qu'il

(1) Supposons qu^à un moment quelconque le nombre d'enfants dont la population s*esl accrue ail été égal au nombre des hommes absents à Tarmée : on sent touif fois que de irés-jeunes enfauts ne consomment pas autant que des hommes laits, en pareil nombre. {M.)

(2) Tableau des pertes, etc., eh. H, p. ié.

(5) Oe Cadmimstraiion des ^finances, t. I, ch. ix, p. 254.

(4) J'évite k dessein le mot rapport dans le sens de compte rendu, parée que je suis forcé de l'employer sans cesse ici dans un autre sens. (P. P.)

(5) Peucbet, Essai, p. 28.

faut attribuer ce résultat. Si le résultat général de tous les comptes rendus des préfets indique» d*un côté que le nombre des naissances n'a pas augmenté en proi;orlion de la population» de laulre que la population n*a pas diminué, il en faudra conclure, ou que le mulliplicaleur employé parNecker pour les naissances était trop petit (ce qui est extrêmement probable, puisque son calcul de population, fondé sur cette donnée, s*est trouvé trop petit), ou que la mortalité de ceux qui n*ont pas été exposés à des morts violentes a été moindre qu'à l'ordinaire ; ce qui n*est pas invraisemblable non plus, vu le baut prix du travail et la désertion des villes pour les campagnes.

Selon Necker et Mobeau, la mortalité en France avant la révolution était de 1 sur 30 ou 30 1/8 (1). Si Ton réflécbit que la population des villes est à celle des campagnes comme 3 1/2 est à 1 (2), cette mortalité paraîtra fort grande et causée probablement par la misère qu*entratne un excès de population. Les remarques d^Ârtb. Young sur Tétat des paysans en Fratice (3), pleinement sanctionnées par Tautorité de Nec-ker (4), font voir qu'en effet cette cause a dû avoir beaucoup dinfluence. Si nous supposons que, par la soustraction d'une partie de cette population excédante, la mortalité a diminué tellement, qu'au lieu d'être de i sur 30 elle ne soit plus que de 1 sur 35, ce changement favorable a dû contribuer beaucoup à réparer les brèches faites par la guerre.

U est probable que les deux causes que je viens de mentionner ont agi à la fois. Les naissances ont augmenté, et les morts ont diminué parmi ceux qui sont restés au pays. Ainsi, par l'action de cette double cause, il y a lieu de présumer que, pendant le cours de la révolution, les morts, en y comprenant celles des armées et toutes les autres morts violentes, n'ont pas excédé les naissances.

Les comptes rendus des préfeUt, pour l'an IX de la république, doiv^t ^tre fournis et comparés aux résultats de l'année ^ 789 ; mais si le rapport des naissances à la population totale n'est donné que pour cette seule année IX, on ne pourra pas en conclure avic assurance le rapport moyen qui a eu lieu pendant le cours de la révolution. Dans le

{i ) De FadminUiratUm du finances^ 1. 1, ch. ix, p 2.V5. Peuchel, Essaie p. 29

(2) YoiJDg's TraoeU inFraKce^ vol. I, cb. xvii, p. 4116.

Cesit le résultai approché du tmvaH du comité de divisioa de KAssemblée coosUtuante. (P. P.)

(5) Voyez (oui le chap. xvii, vol. I,et les justes observations sur ce sujet, qui se trouvent répandues en divers endroits de cet utile ouvrage. (M,)

(4) De F administration de» finances, 1. 1, ch. ix, p. 262 et suiv.

trouble des événements qui en ont été la suite, il n*est pas probable que les registres aient été tenus avec beaucoup de régularité. S'il faut donc 8*en fier à la théorie, je suis porté à croire, que d*abord après que la guerre eut commencé, et pendant toute sa durée, le rapport des naissances à toute la population a été plus grand qu'en 1800 et 180i (1).

Si les comptes rendus font voir que le nombre des mariages annuels n'a pas augmenté pendant le cours de la révolution, on trouvera Teiplication de ce fait dans le nombre extraordinaire des naissances illégitimes dont il a été fait mention ci-dessus, et qui s'élève à la 1 1** partie de toutes les naissances, au lieu de la 47* que Necker comptait avant la révolution (2).

Sir Francis dlvernois observe « qu'il faudrait en être aux premiers principes de l'arithmétique pour se figurer que c'est sur les champs de bataille et dans les hôpitaux qu'on peut tenir les registres des Vies que coûte une révolution ou une guerre. Ce qu'il s'agirait d'inscrire sur ce terrible registre, c'est bien moins les hommes qu'elle a tués que les enfants qu'elle a empêchés et qu'elle empêchera de naître. Voilà la blessure la plus profonde qu'ait reçue la population française Supposons, dit-il, que sur la masse des hommes détruits, 2,000,000 seulement eussent été destinés à être unis à autant de femmes; d'après les calculs de Bufion, ces 2,000,000 de couples auraient dû mettre au jour 1 2.000,000 d*enfants, pour en amener à Tfigede 39 ans un nombre égal à celui de leurs pères et mères. Voilà le point de vue sous lequel les conséquences de cette déperdition d'hommes deviennent en quelque manière incalculables, parce qu'elles portent bien davantage sur les 12,000,000 d'enfants qu'on a empêchés de naître que sur les

{i) Voyez plus loin le P. S. A.^ p. 221.

(2) Peuchet, Essaie p. 28. Il est forl probable qne cei accroissement de naissances illégitimes a occasionoé l'exposition d*un nombre exlraordioaire d^enfanis à ces dépôts meurtriers connus sous le nom é*kôpitavx d'enfants trouvés, ainsi que le pense M. d*lvernois. Mais probablement aussi cette coutume ne s*est pas étendue au delà de certains districts; et, en conséquence, le nombre des enfants exposés, comparé à celui de toutes les naissances, a dû être peu considérable.

On lit dans \si Statistique élémentaire de la France^ par Peuchet, Paris, 1805, p. 270, que dans Ttiospice dit de la Crèche ou des enfants abandonnés établi à Paris, il a été reçu pendant Tan X, 4,450 enfants, sur lesquels il en est mort 1 ,620. — Dms le $ iT du cb. v de cet ouvrage, qui traite du rapport des naissances des enfants naturels à celles des enfants légitimes^ on ne trouve aucun résultat général, sinon que dans les villes Tauteur estime ce rapport comme 1 à un nombre moyen entre tt et 9. (P. P.)

2,000,000 1/2 d'hommes dont la France porte aujourd*hui le deuil. Ce n'est que dans i*avenir qu'elle pourra mesurer celte épouvantable brèche ( I ). »

Certainement la France a les plus justes motirs de déplorer la perte de 2,000,000 1/2 d'individus qui lui ont été enlevés d'une manière si funeste ; mais elle ne peut envisager du même œil celle de leur postérité : car si ces individus avaient été conservés h leur patrie, un nombre proportionné d'enfants, issus d'autres parents et vivant actuellement en France, n'auraient pas reçu Texistence. Si, dans les pays les mieux gouvernés de FEurope, on devait pleurer les enfants dont, par diverses causes, la naissance a été prévenue* il ne faudrait jamais quitter Tbabit de deuil.

Il est évident que la tendance constante des naissances à suppléer en tout pays aux pertes causées par la mort ne peut, sous un peint de vue moral, fournir la moindre ombre d^excuse au téméraire sacrifice de la vie des hommes actuellement existants. Le mal positif que l'on commet en les immolant, la douleur, la misère, le malheur, la désolation, que répandent de tels crimes, ne peuvent jamais être contre^balancés par cette seule considération, que la brèche faite à la population, envisagée numériquement, sera trientôt réparée. Nous ne pouvons avoir aucun droit, moral ou politique, si ce n'est celui de la plus urgente nécessité, pour échanger la vie de ceux qui en jouissent, et qui sont dans la vigueur de l*âge, contre pareil nombre de faibles enfants.

Il faut encore remarquer que, si la population de la France a éprouvé des pertes aussi considérables qu'on le suppose, sa force militaire n'a pu manquer de s'en ressentir. Elle doit aujourd'hui être couverte de femmes et d'enfants dans un rapport plus grand que ci-devant, et le corps des hommes célibataires en âge de faire le service a dû être dimi* nué d'une manière frappante : c'est ce qu'attestent les comptes rendus des préfets déjà reçus.

Il paraît que le moment auquel les levées militaires doivent commencer à affecter essentiellement la population d*un pays est celui où le corps primitif de célibataires s'épuise, et où les demandes s'élèvent plus haut que l'excès du nombre de ceux qui parviennent anouellen^enl à la puberté, sur le nombre nécessaire pour compléter le rapport ordinaire des mariages annuels.

11 est probable que la France était à quelque distance de cette limite à la fin de la guerre; mais dans l'état présent de sa population, avec un

(1) Tableau des peHes, cb. u, p. 13, i 4.

accroissement du nombre proportionnel des femmes et des enfants, et une grande diminution des hommes d'âge militaire, elle ne serait plus en état de faire les efforts gigantesques qu^elle a faits à une autre époque, sans attaquer les sources de sa population.

De tout temps en France^ le nombre des hommes d*âge milUaire a iti petit en proportion de la popu{a(ton.G*est l'effet de la tendance au mariage (1) et du grand nombre d'enfants qui en résultent. Necker a expressément remarqué cette circonstance. 11 observe que la misère des paysans produit une grande mortalité chez les enfants de 3 à 4 ans ; et qu'en conséquence le nombre des enfants très-jeunes est toujours dans un très-grand rapport à celui des adultes. 11 remarque avec raison, que 1 ,000,000 de tels individus ne représente ni la même force militaire, ni la même capacité de travail* qu'un nombre pareil d'individus moins misérables (2).

La Suisse, avant la révolution, aurait pu mettre sur pied, ou employer à toute espèce de travail qui exige la force ou la capacité des adultes, un tiers de plus en proportion de sa population que n'aurait pu faire la France à la même époque.

Pour ce qui concerne l'état de la population en Espagne, je renvoie le lecteur à l'estimable et intéressant voyage de M. Townsend dans ce royaume (3). Il y verra le principe de population heureusement éclairé par divers exemples. J^en aurais fait le sujet d'un chapitre séparé, si je n'avais craint d'un côté de donner trop d'étendue à cette partie de l'ouvrage que j'ai entrepris, et de l'autre d'être entraîné dans beaucoup de répétitions, en tirant sans cesse les mêmes conséquences du tableau de tant de différentes contrées. D'ailleurs je ne pouvais me flatter d'ajouter beaucoup à ce qu'a fait si bien M. Tovirnsend (4).

(1) Le rapport des mariages à la population élail eo France, selon Necker, de i à li3. Tom. I, ch. ix, p. 255. {M.)

(2) De PadminUtration dei finance*^ t. I, eb. ix, p. 263.

(3) L'auteur fait mention ailleurs d'une des principales causes de la dépopulation de TEspagne, el à ce propos nous avons indiqué en noie celles dont M. Townsend a fait rénumération. V. au livre Ul, ch. xiv. (G. et P. P.)

(4) On Tient de lire les raisons qui ont empêché Tauleur de sVcuper de l'Espagne sous le point de yue sous lequel il a envisagé successivement plusieurs pays de l'Europe septentrionale et moyenne. Une partie de ces raisons s'applique à ritttlie moderne, d*autres sans doute ont contribué à faire disparaître son nom de ce tableau. Nous sommes loin de pouvoir suppléer à celte lacune, moins réelle qu'apparenle. liais nous croyons que nos lecteurs verront ici avec plaisir une observation détachée sur la Toscane, tirée d'une lettre de rauteurdes(7oiiofr5a^iofu

P. 5. A (1). — Dans la StatiHique générale et particulière de la France et de ses coloniei^ qui a été publiée en dernier lieu, on donne les comptes rendus des préfets pour Tan IX (1800 à 1801), qui semblent con&rmer la conjecture que je faisais ici. Les naissances sont 955,430, les morts 821 ,871, et les mariages 202, 177. Ces nombres n'atteignent pas tout à fait Festimation de Necker; et cependant tous les calculs contenus dans cet ouvrage, tant ceux qui se rapportent à la population totale que ceux qui tendent à déterminer la population moyenne de la lieue carrée, prouvent que le territoire de Tancienne France est plus peuplé qu'il ne Tétait avant la révolution. J*ai eu occasion ci-dessus de

sur Péeonomie politique (1) à soq iraducteur, en date de Florence le 21 mars 1821. « Ce qui ro'inléresse exirêmenient dans ce pays, c^est la classe des paysans, qui me paraît former uo vivant tableau du système de Malihus. La crainte d'être renvoyés de leur podere (qu'ils cultivent eo métayers avec le propriétaire) (2), si leur famille, devenue trop nombreuse, ne pouvait plus y trouver un honnête entretien, a introduit rusage qu^un seul des fils se marie. Cet usage n'est point rigoureusement suivi. Si les paysans rîclies, ou si les fils cadets ont quelque autre moyen de subsister, ils se marient ; mais il n*y en a guère qu^un qui rt sie dans le podere. Les frères et sœurs non mariés y travaillent et y sont nourris. Les filles se marient quand l'occasion leur en est offerte; mais vous voyez bien que, dansée système, un mari doit èlre une marehandise assez rare, et ces pauvres filles font souvent provision de dot (qui consiste en un collier de perles fines) sans que cet attrait, joint à leurs charmes naturels, puisse leur valoir un époux. Du reste, elles paraissent si heureuses, demeurant avec leurs parents, travaillant auprès d*eux, partageant les soins et les affections des enfants, que le bonheur conjugal doit être ici moins regretté que partout ailleurs. Je n'ai jamais vu de paysans qui eussent Tair d'être si bien à tous égards : forts, robustes , bien velus, bien logés, bien nourris; leur terre parfaitement culUvée; doux, honnêtes, intelligents. Ah I quel plaisir (surtout dans ce moment d'orage) (5) de voir un peuple heureux! et cela a lieu sous un gouvernement absolu, pendant que nos paysans (4) languissent dans la misère, et que les vôtres sont bien loin d*être autant à leur aise que ceux de la Toscane. »

« Les colliers de perles, qui à la première vue me paraissaient un vain luxe, ont l'avantage d^êire une caisse d'épargne en cas de besoin, et d*acooutumer les jeunes filles au travail et à Téconomie. Ces liabiludes sont la seule rente que ces colliers rapportent, outre le plaisir du lu\e. Ils valent de 8 ou 10 jusqu^à iOO louis. » (P. P.)

(I) Ce passage, mis en note par les traducteurs, a été placé ici comme complément du chapitre. {Jph. G.)

(1) Madame Maroet. Cet oofrage aététradait parH.Prérotten 1817. (/pA. G.) (i) Podere^ ferme, métairie. (//>A. G )

(3) Madame Harcet parle sans doate ici de It fermeoUtioD politique qui agitait i cette époque les deux péninsules. Jph G.)

(4) Les paysans ani^lais dépendent des fermiers (Sismoodi. Nouv. prine. éTÉcon. pol ) D'ailleurs le sort dés elasses ouvrières dépend de beaucoup d*autres («uses que du gouveroemeot | quoique celui-ci lit à cet égard une influence considérable, bien que moins immédiate. (G et P, P.)

faire mention de Pestimation de la population faite à Tépoque de TAflsemblée constituante : on comptait à cette époque» par lieue carrée, 996 individus. En Tan VI de la république* le résultat du bureau de cadastre donna la population totale de 26,048*254, et par lieue carrée 1,020. En Tan VU, Depère portait la population de la France à 33,501,094, dont 28,810,694 pour la France ancienne, et par lieue carrée 1,101. En Tan IX et X, Taddition du Piémont et de 1 UedElbe a élevé la population totale à 34,376,313 habitants, dans lesquels on en comptait, pour la France ancienne, à peu près le même nombre qu^en Fan Vil ; 1 ,086 par lieue carrée (1).

A côté de ces calculs, Vauteur emploie pour les naissances un focteur moindre que celui de Necker. Il dit que ce dernier pouvait encore être juste pour les villes, mais que pour les campagnes le rapport des naissances avait crû jusqu à devenir celui de 1 à 21 , 22, 22 1/2 ou 23. L'auteur attribue cet accroissement aux mariages prématurés, conclus pour éviter les levées militaires. Il finit par adopter pour facteur le nom* bre 25. Cependant, si on fait usage de ce facteur, on trouve une population de 25,000,000 et non de 28. Il est bien vrai qu*on ne peut tirer (les conséquences sûres des naissances d^une seule année ; mais comme celles-ci sont les seules que Tauteur emploie, il est évident quUl se contredit. Peut-être les comptes rendus qui seront publiés dans la suite pourront servir à résoudre cette difficulté, et oflriront pour les années suivantes des naissances plus nombreuses (2); mais je suis porté à croire, comme je Tai dit dans le texte, que le plus grand accroissement dans le rapport des naissances a eu lieu antérieurement à Tan IX, et probablement pendant les six ou sept premières années de la république, dans le temps où les hommes mariés étaient exempts de la conscription militaire. Si l'effet de la révolution a été d'améliorer Tétat du cultivateur, je suis fort porîé à croire que Ton trouvera le rapport des naissances et celui des morts diminués Tun et Tautre. Dans un climat aussi beau que Test celui de h France, il n'y a que Texcessive misère des classes inférieures qui puisse produire une mortalité de 1 sur 30, et

(1) Ce résultai el quelques autres se relrouveat dans la Statistique élémentaire delà France par Peuchel, Paris. 1805. cli. v, p. 250. Je réduirai ce nomhre 1086, d après des considérations indispensables, à celui de 1014, dans une note sur celle de l'auteur. Voyez p. 225. (P. P.)

(2) L'auteur veut dire, apparemment, qu'en conservant le facteur 25, les naissances seraient si nombreuses qu'elles donneraient la population de 28 millions. Je dirai plus loin, en note, quel est le rapport indiqué par les comptes rendus.

un rapport des naissaDcesde 1 à 25 3/4» tel que le donnent les calculs de Necker (1). Et, par conséquent, dans cette supposition, les naissances pour Tan IX pourraient n'être pas inexactes, et il pourrait se faire qu'à Tayenir les naissances et les morts ne fussent pas dans un si grand rapport à la population. Le contraste entre la France et TÂnglelerre à cet ^rd est vraiment surprenant.

La partie de cet ouvrage qui se rapporte à la population n'est pas exécutée de manière à indiquer une grande connaissance du sujet. U

(1) H ne sera pas ioutile dUodiquer ici les rapports des naissaoces, morts et mariagesy qae Toq peul tirer des tables pour Taa IX et X cootenues dans la StcUistique générale et particulière de la France^ par une société de gens de lettres et de savants, publiée par P. E. Herbin^ à Paris, l'an XII (i803) , en 7 t?o/., awxquels est joint un atlas de cartes et de tableaux, Oq trouve au 1. 1, p. 125, le tableau de la popalalioQ de la France, divisée en 102 déparlements, offrant un total de 33,1 li, 962 individus. El Ton apprend à la page 120, que ce tableau est fkit d'après un relevé desélals fournis, par les préfets, en l'an IX et X, aux ministres de la justice et de i'iniérieur, sans y comprendre le Piémont et THe d*Elbe. On trouve ensuite dans Talias, sous le u® 1, un tableau relatif à la population, qui contient les naissances, mariages et décès, pour Tan JX. Le résul lai général est connue suit:

Naiftaoect. Mtriaget. Morts. Bioèt des oaîMtooes.

Ce sont les mêmes nombres qu'a cités noire auteur en commençant la noie à laquelle celle-ci se rapporte. Ils sont conformes à ceux que donne la Statistique élémentaire de la France, par Peucbet, Paris, 1805, aux pages 232, 257, 240, à Texception des naissances, que M. Peucliet porte pour Tan IX k 955,977. La diffé^ rence n'est pas Irè^H^nsidérabte et je n'en connais pas l*origine.

Avant de comparer ces quantités à la population totale, il y a quelques remarques à fiiire. Et d*abord les époques des deux Ubleaux ne n'accordent pas tout à £ait: l*un étant pour Tan IX et TanX, et Taulre pour Tan IX. Or, puisqu'il y a eu excès de naissances, il doit y avoir eu accroissement de populatiou. Afin donc d'apurer le total de la population pour le rapporter à Tan IX, il convient d'en rclrancber tout ou parlie de cet excès de naissances. Je ferai la déduction à** tout cet excès : moyennant quoi la population apurée pour l'an iX sera réduite à 32,978,408 individus. Il faut remarquer ensuite que le tableau de l'atlas qui contient les naissances, mariages et morts n'esl formé que de 98 départements. 11 faudra donc déduire delà population celle des 4 départements omis ici, qui sont les 4 départements réunis de la rive gauche du Rhin, dont voici l'état de population:

Mont-Tonnerre 342,316

Rhin el Moselle 203,290

Sarre 219,049

Total de la population des 4 départements omis. 1,280,942 Faisant donc la soustraction de ce nombre, on trouvera Gnalement la population

(1) Toyei kt ehiffrei mii^dani U note, à U fia da chapitre Tii, p. 234. {Jph* G.)

contient une remarque singulière. On y dit que le rapport des mariages à la population est de 1 à 1 10, et celui des naissances de 1 à 25 ; d'où l'on conclut qu'un quart de ceux qui naissent parviennent à Tétat du mariage. Si cette conséquence était juste» la France ne tarderait pas à ^re entièrement dépeuplée.

Pour estimer la valeur des vies, Tauleur fait usage des tables de BuSon, qui sont tout à fait inexactes, puisqu'elles ne sont fondées que sur les registres des villages des environs de Paris. Ces tables ne font la probabilité de vie à la naissance que d*un peu plus de 8 ans, terme fort inférieur à la moyenne des villes et des campagnes prises ensemble.

Cet ouvrage contient peu de chose au delà de ce qu'on trouve dans celui de Peuchet que j'ai souvent cité. En tout je D*ai pas trouvé qu'il y eût lieu de changer rien aux conjectures contenues dans ce chapitre, quoiqu'il ne soit pas probable que toutes soient fondées. Quand je

totale de Tan IX, apurée et comparable au tableau des naissances, des mariages et desmort^ pour la même année, de 45,697,461.

H ne reste plu< mainlenani qu*à faire rappllcation de ces nombres en difîsant le total ainsi corrigé par eeox des naissances, mariages et morts indiqués cidessus, el l*on trouvera les rapports suivants, qui paraîtront sans doute très-petits: Rapport à toute ta population des nombres exprimant les

NaîMaiieet. Mariafret. Morts.

ià33 là 157 i à 38 1/2.

Les auteurs de cette Statistique ne s'expliquent point lànlessus, et ont négligé de donner ce fa ile rapprochement, quoiqu'ils aient insisté (p. \ 30) sur la nécessité de le faire, el qu^ils soient même revenus à la charge (p. 152), comme pour montrer que ce n'était pas par oubli qu'ils Tomettaient.

S*il faut hasarder un cofyectureje dirai qu'il me parait vraisemblable que, soit dans les registres des morts, soit dans ceux des naissances. Il y a eu des omissions, et que ces registres ont été en général tenus avec plus de négligence que ceux qu'employait Necker dans ses calculs Ce qui semble autoriser ce soupçon, c'est que à9Jï% y Analyse des procés-vertMiuXy etc., de fan IX, on voit que trois déparlements se plaignent de la mauvaise tenue des registres de l'état civil. Mds je ne prétends donner au 'une importance à cette remarque ; et je prie ceux qui peuvent compulser les titres originaux, sur lesquels ces Ubleaux ont été dressés, de confirmer ou de corriKcr les résultats que je viens de meUre sous leurs yeux.

M. Malthus m'a écrit à roccasÎQn de cette note, qu'il trouvait très-probable la conjecture que je viens d'exposer louibant les omissions faites aux registres. Si cette conjecture n'émit pas fondée, et que les rapports indiqués se trouvassent bien réels, il en faudrait conclure que les rapports des morts et des naissances à la population en France ont bien diminué depuis Testimation de Necker. A cet égard donc, Topinion de M. Multhus, qui croit que ces rapports sont moindres qu^aux^ premières années de la révolution , serait bien d^accord avec les Uhles publiée. Mais certes celles-ci vont au delà de tout ce que personne avait droit d'attendre. (P. P.)

suis parti des calculs de M. dlvernoisrelatiTement aux pertes d'hommes faites par la France pendant le cours de la révolution, je n*ai pas cru m* appuyer sur des faits. Le lecleur peut voir aisément que je n*ai employé ces calculs que comme des exemples propres à éclaircir ma pensée, et nnllement comme des données exactes et réelles.

P. S. B (1). — Depuis que ce chapitre esl écrit, j'ai eu occasion de Toir V Analyse des procès-verbaux de$ conseils gènèra\tx de déparie^ ments^ qui rend un compte détaillé et très-curieux de Télat inlorienr de la France en Tan VIII (2). Far rapport à la (topulation, sur 69 départementsdont il yest rendu compte, il y en a t6où la populai ion est accrue, 42 où elle est diminuée, 9 où elle est slationnaire, 2 où la population numérique esl restée la mAme, mais où Ton remarque une diminution dans la population active. Toutefois, il parait que ces comptes rendus ne se fondent pas sur des dénombrements efTectifs. Or, lorsipron n*a point ces données positives, les opinions courantes sur la population et la destruction de tant «l'bommes en âge de service, doivent disposer à croire que la population est diminuée. Lorsqu'on juge de cet objet sur la simple apparence, 100 enfants sul>stitués à 100 hommes faits frappent moins les regards. Je ne serais donc pas surpris que, lors.pron aura achevé les dénombrements pour Tan IX, la |K)pulalion parût en totalité n'avoir souffert aucune diminution (3). Dans quelques comptes

(1) Ce post'seriptum^ mis en note par les Iniducieurs, a été encore placé ici comme flo el coroplémeol du cliapilre. (Jph. G.)

(2) Il esl probable que l^auleur a désigné l^aii VIII au lieu de Tan XI : j*ai reconnu toutes s«'S citations dans Tanalyse des prucès-Yt*rbaux , etc., pour Tan IX. (P P.)

(3) J'ai SOUK les yeux, comme je viens de le dire, V Analyse^ etc., pour la session de Tan IX, et j'y fois, comme je l'ai annoncé, à la récapitulation du 7* chapitre (p. 807), précisément les mêmes résultais que cite Tauleur. Du resis^dans celte Analyse^ on oe troiiYe point les étals de population oi leurs résiiIlHls. Ces étals sont requis dans VlwUructUm du minMre (p. 40). en ces termes : « On constatera Peut de la population ; on la comparera à ce qu'elle était en 1789 et en Tan VIII, 00 indiquera les causes des changements survenus' en phi!« ou en moins. On ne peut trop prendre de précautions pour nVancer que des faiis positifs el bien prouvas. » C'est de ces états sans doute qu'ont fait usage les auteurs de la StatUtfquedf la France, publiée par Herbin en Tan XII (1803). Ou trouve dans eeite StatUHqne (t. I, p. 120), pour dernier résultai, une grande augoientaiioii de p«>|iutaiiou. (*.ar tandis qifen 1785 Necker ne comptait par lieue carrée que 916 habllallt^, il résulte des calculs de Tau IX el X, qu'il y a par lieue carrée 1086 bat»itatils. Dan^ ces étals ne sont pas compris le Piémont et l'tle d*Elbe. Mais on y a compris plusieurs départements nouveaux, qu'il faut évidemment déduire si l'on veut faire une C4»niparaisoD de 1785 à 1800. Cette déduction est d'autaat moins facile à (aire très-

9* ÉDinai. 45

rendus, on mentionne comme cause d'accrobsement ï* aisance ginirale répandue sur le peuple, et la division des grandes propriétés : dans presque tous« il est question des mariages prématurés et des mariages multipliés par la crainte des /ou. militaires.

Quant à Tagriculture, sur 78 déparlemenls, 6 pensent qu'elle est améliorée, 10 qu'elle est détériorée, 70 demandent en général qu'elle soit encouragée, 32 se plaignent de la muUiplictUion des défrichements, et 12 demandent des encouragemenls pour les défrichements» Un des comptes rendus mentionne la quantité prodigieuse de terres vagues mises en culture depuis quelque temps^ et les travatAX multipliés au delà de ce que peuvent exécuter Us bras employés en agriculture (1); d'autres parlent des dé/rtcAemeii(3 multipliés qui ont eu lieu depuis plusieurs an-

exaclemeal, que, daos quelques déparlemenls nouveaux, on acoofondu à dessein les vieilles et les nouvelle liroiles. Pour ne pas laisser ce résulat tout a fait indélerminé, j*en ferai restimaiion approchée.

Le déparlement de la Lys a par lieue carrée 2,274 h., celui de fE^ut 3,d65, Deux-Nèthes 4,743, Jemniapes 1>H72, lieuse 867, Rœr 1,903, Sambre^t-lleusa 724, Ourthe 4,474, Forêts 663, Sarre 906, Rbin-el-Moselle 700, Mont-Tonnerre i,239, Léman 4 ,673, Mont-Blanc 858 ; Avignon et le comUit Venaissin ont été fondus dans le déparlement de Vaucluse, qui donne par lieue carrée 4,639. Ces quinze départements (y compris Vaucluse), ajoutés à Tancienne France, donneni, par une moyenne, pour la population de la lieue carrée, 4, 499 2/45. D*où il résulte que dans les 87 départements de Tancienne France la population par lieue carrée émit en Fan 4800 (an IX elX) de 4014 67/87 Par conséquent, d*après ces données, depuis 1785 elle a été augmentée de 99 habitants par lieue carrée, c*est-à-dire d'environ tin neuvième.

Tel est le résultat auquel nous conduisent les meilleures informations qui soient à notre portée. Elles confirment tiien les conjfCtures de M. Malihus; mais, encore une fois, elles les confirment trop, et semblent aller au delà des justes bornes. Un calcul précédent nous a fait soupçonner des omissions aux registres de nais^sances, de morts et de mariages. Celui ci tendrait h nous faire soupçonner de Texagération dans les éUits de population actuelle. S*il y a quelque chose à ajouter aux tables de naissances, morts et mariages, en même temps qu'il y a quelque chose à déduire aux états de population actuelle et totale, on sent que d^un cdié on aura pour les naissances, morts et mariagfs, des rapports plus grands et plus vraisemblables que ceux que nous avons obtenus (p. 223 tt224), et de Faulre, que pour la population de la lieue carrée on obtiendra une moyenne plus petite. Je désire encore ici, que les hommes éclairés qui ont sous leurs yeux les pièces justificatives des résultats qui ont été publiés, ainsi que les états de population des années subséquentes, décident les questions que je propose et répandent une nouvelle lumière sur cet intéressant sujet. En aUendant, il y a peut-être, dans les résultats que je 7Îens dVxposer, de quoi rendre probable la conjecture de M. Maltbus, telle qu^elle est exprimée dans le texte, savoir, quVn totalité la population n*a pas diminué.

(I) Anai^se du procès-verbaux^ sesskm de tan EL, p. 128*

nies^ et qui au commeDcement ont paru réussir, mais qni ont bieulôi laissé voir qnll valait mieux cultiver moins et cultiver bien Plusieurs départements font mention du bas prix du blé et du manque de débouchés pour la vente de cette denrée. Dans la discussion relative à la di-» vision des biens communaux^ il est dit que « le partage, en opérant le défricbetnent de ces biens, a sans doute produit une augmentation réelle de denrées; mais que, d*un autre côté, les vaines pâtures n*exi8<tent plus, et que les bestiaux sont peut-être diminués (1). )» En tout, je suis porté à croire que, quoique Tagriculture ne paraisse pas avoir été bien conduite pour donner un grand produit net, le produit brut n'a pas diminué depuis Tépoque de la révolution, et que les tentatives faites pour mettre tant de nouvelles terres en culture ont contribué à rendre la rareté des ouvriers plus sensible. Si Ton convient que la nourriture n*a pas diminué pendant la révolution, le haut prix du travail, qui est généralement reconnu, n*a pu manquer d'agir comme un puissant encouragement à la population parmi les classes lat)orieu8es de la société.

La taxe sur les terres, ou contribution foncière, excite des plaintes générales Elle paraît très-pesante et fort inégale. On a eu en vue de rétablir sur le pied du cinquième du produit net. Mais Tétat peu avancé de Tagriculture, le nombre des petits propriétaires, et par^dessus tout Tentreprise de cultiver une plus grande étendue de terres que ne comportaient les capitaux qu'on y pouvait verser, sont cause que la taxe a monté au quart, au tiers, et quelquefois à la moitié de ce produit net, dont on ne voulait lever que la cinquième partie. Quand la propriété rurale est tellement divisée, qu'il faut réunir la rente et le profit du fermier pour qu^me famille puisse vivre du produit d^m fonds de terres, une taxe sur la terre doit nécessairement nuire beaucoup à la culture; tandis que cet eflet se fera peu sentir, ou môme ne se fera point sentir du tout dans un pays où 1^ fermes sont grandes et tenues à bail par des personnes différentes du propriétaire, ce qui est le cas. le plus fréquent en Angleterre. Parmi les ol)stacles qui ari^tent l'agriculture, les comptes rendus font mention de la trop grande division des terres, occasionnée par les nouvelles lois sur les succession*:. Il est probable que le partage de quelques grands domaines pourrait contribuer aux pro-

(i) L'auleurne présente ici qu^un courl résumé de ceUe discussion, qui, dans Vjénalyjiede» procèx-verbaux de fan IX, se trouve p. 691 à 704. It ne cite pas \er expressions qu*it rapiiorte ciiinme élani attribuées en entier et textuellement à un seul département; mais la substance de ces expressions se trouve énoncée par plasieurs. (P. jP.)

228 LIVRE n. — CHAPITRE VI.

^rès de ragricullure; mais des subdivisions semblables h celles dont on se plaint ici doivent certainement avoir un efl'et contraire; elles doivent tendre en particulier à diminuer le produit net, et rendre par là toute taxe sur les terres plus oppressive et moins productive. En Angleterre, si toute rétendue du sol était divisée en fermes de 20 livres sterling de rente (500 fr.), TAugleterre serait prol)ableiiient plus populeuse qu'elle ne Test actuellement, mais comme nation elle serait extrêmement pauvre. Elle n'aurait presque aucun revenu disponible, et serait dans l'impuissance absolue de soutenir le même nombre de manufactures et de payer les mêmes taxes qu'aiijourd*liui. Tous les départements demandent une diminution de la contribution foncière, comme étant absolument indispensable à la prospérité de ragricullure. Presque tous les comptes rendus font un tableau lamentable de Tétat des hôpitaux et autres établissements charitables, de lan^Mnentation de la mendicité, et de la grande mortalité des enfants exposés. Au premier coup d'œil, on serait porté à en inférer que la pauvreté et la souffrance se sont fort aggravées parmi les classes inférieures du peuple; mais il faut considérer que les hôpitaux et autres établissements de charité ont perdu presque tous leurs revenus pendant la révolution; qu*un grand nombre de |>ersonnes se sont vues ainsi privées tout à coup de leur unique ressource; que la chute des manufactures a jeté les ouvriers dans la détresse; qu'en même temps le nombre des enfants illégitimes s'est accru d'une manière extraordinaire. Tant de causes réunies suffisent pour expliquer les souffrances dont il est parlé dans les comptes rendus, et l'on ne peut point conclure de ces souffrances du i)eupleque rétat des ouvriers de la campagne ou des cultivateurs en gén rai n'a pas été amélioré. Ce qui prouve qu il l'a été, c'est la hausse qui a eu incontestablement lieu dans le prix du travail, et le bas prix auquel le blé s'est soutenu par comparaison à celui de la main-d'œuvre. Or, c'est principalement par les ouvriers de la terre ou les cultivateurs en général, que la population eOeclive d'un pays est maintenue et renouvelée. Supposons qu*en Angleterre on abolit tout à coup la taxe des pauvres, on jetterait sans contredit dans la plus affreuse détres>e ceux (pii vivent actuellement de cette taxe; mais je ne crois pas que la classe laborieuse de la société prise dans sa généralité en soulTrit, ou que la population du pays en fût affectée. Comme le nombre des enfants illégitimes s'est accru en France au point d'être devenu la 1 1" partie de toutes les naissances, au lieu de la il^ qu'il en était auparavant (1), il est évident que

(1) En 1848, il est né en France 948,748 enfants. Sur ce nombre il y eu avait

le nombre des enfants abandonnés aux hôpitaux doit aussi s'être accra, et qu'il doit en être de nnêuie du nombre des morls qui ont eu lieu parmi ces enfants abandonnés. Mais en même temps il doit aussi y avoir eu plus d*eufanls illégitimes élevés par leurs parents, et q.u auront écbap|)é à la fz^i^ude mortalité de ces funestes dépôts. Il parait que le manque de f(»ndsdans les hôpitaux a mis dans rimpossibililé de payer des nourrices, et qu*en conséquence un grand nombre d*enfants sont morts de faim. Finalement quelques hôpitaux ont très à propos refusé d'en recevoir de nouveaux.

En totit, les comptes rendus n^oGTrent pas un tableau satisfaisant de Pétat intérieur de la France ; mais il faut avoir égard à la nature de ces comptes n^ndus. Ce sont des observations sur Télat des déparlements, et souvent des demandes particulières faites dans le but d'obtenir du gouvernement des secours ou quelque dégrèvement. On doit donc naturellement s'attendre à les voir présenter les choses sous Taspect le moins satisfaisant. Toutes les fois qu'il est question de nouvelles taxes et de dégrèvements, \e< contribuables î'Ont disposés à se plaindre de leur pauvreté. Et véritablement tout ce qui a rapport aux taxes se présente ici comme embarrassant. Quoiqu'il eût été recommandé aux conseils généraux de ne point se livrer à des plain e< vagues, de n'articuler que des gritîfs particuliers et bien déterminés, d'indiquer les remèdes les plus convenables, et en particulier de ne point proposer ralK>lition d'un impôt sans en substituer un autre équivalent, il me semble qu'il n'y a aucun impôt conire lequel on ne s'élève, et cela souvent en termes généraux, sans faire mention d'aucune substitution. La contribution foncière, la taxe mobilière, les barrières, les droits de douane, tous ces impôts excitent d'amères plaintes. Et la seule taxe substituée que j'aie remarquée est celle sur le gibier; mais en France actuelleu.ent le gibier e>t tellement détruit, qu'une pareille taxe ne pourrait suffire* à remplacer touies celles dont on propose la suppression. En tout, cet ouvrage est fait pour exciter rintérêl et la curiosité. Il indique dans le gouvernement un désir louable de connaître l'état des dépaitements et de recueillir les observations ou les propositions qui peuvent tendre à l'avantage de chacun d'eux. Il a paru quelque temps en publication régulière, mais la circulation en fut très-vile supprimée et bornée aux ministres, aux membres des conseils généraux, etc. El véritablement

S80,957 de t^piiiines el 67 J9i d'illégilimes. Ce chiffre esl environ le t5« du pr<^cédi'iit. Mais le noinlire dViifanls abundoriiiés esl moins coasidérable. Dû acomplô en 1845 UD de ces mHlheureux sur 59 aaissaoces. {Jph. G.)

tdO LIVRE II. — CHAPITRE VU.

oe sont plutôt des documents privés, qui ne semblent pas destinés à circuler dans le public (1).

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