CHAPITRE Vin. — DBS QBtlACLES ▲ hk POPULATION EN ANGLETBARE
l]n coup d*œil jeté sur Tétai social en Angleterre suffit pour nous convaincre que les obstacles qui préviennent l*accroissement de la population, et que nous avons nommés privatifs, y agissent, dans tous les rangs, avec beaucoup de force. Dans les classes supérieures, on voit souvent les hommes qui habitent les villes peu pressés de se marier, parce qu'étant livrés à quelque commerce illicite avec des femmes corrompues ils satisfont plus librement leurs goûts; d*autres craignent de se priver d^une partie des dépenses auxquelles ils sont accoutumés, et de renoncer à un genre de vie incompatible avec les devoirs qu'une famille impose. Si de telles considérations ont de Tinfluence sur les hommes d'une grande fortune, il y a pour ceux d'un état inférieur des motifs bien plus puissants de prudence.
Un homme qui a reçu une éducation libérale, qui jouit d'un revenu strictement suffisant pour vivre dans une société supérieure, ne peut se dissimuler qu*en se mariant il faut qu'il y renonce. Il choisira sans doute une femme qui aura la même éducation et les mêmes habitudes. Prendra t il son parti de la voir réduite à abandonner, comme lui, ses liaisons, pour en former d'autres qu'elle envisagera comme peu faites pour elle? Descendre un ou deux échelons, à ce point où finit Téducation et où l'ignorance commence, est un mal bien réel auxyeu\ de ceux qui réprouvent ou qui en sont simplement menacés. La société ne peut
différeDce du oorobre des naissances et des décès de Tua el l^autre sexe paotfaat 35 ans; 5^ les décès classés suivant leurs causes et les établissements publics où ils ont eu lieu; 6* la population répartie selon Télendue du lerriioire; 7<> la population classée selon Télai civil des personnes; 8^ la populaUoo des villes chefs-lieux d*ar- Tondîasemenls ; 9" la populaUoo répartie par communes.
Les résultais des recensements de 1841, 1846 et 185^ sont venus compléter une série de faits que nous reproduirons dans une note flnale. Disons seulement ici, que, si en 1801 le rapport des naissances à la population était de 1 sur cohabitants, il n*étail plus, en 1846, que de 1 sur 36 habitants; en 1801, la population était de 27,349,000 habitauls, et, en 1846, de 33,400,000 habiianls.
l/exactilude du calcul de Necker a été 4;on testée dans ces derniers temps par M. Fayel, professeur de mathématiques, dans un mémoire qu'il a lu à TAcadémie des sciences morales et politiques (I), el par M. Raudut, représentant du peuple, dans un écrit remarquable se rapportant à Porganisalion de la France avant la révolution (2). D'après ces auteurs, la population de la France en 1789 devait dépasser 30 millions. {Jpk.G.)
(f) Voir ce mémoire dant le Journal des Éeonomittes^ t. Xll, p. 116. (S) La France avant la révolution, 2« édition. Ptris, 1851, p. 413.
236 LIVRE II. — CBAPITRE YIII.
avoir d*attrait qu'autant qu'il y règne quelque espèce d'égalité, qu'autant qu'elle est un échange réciproque de bons offices.
Ces réflexions arrêtent bien des hommes d*une fortune lK>rnée. Plusieurs d'un jugement moins sûr, ou dominés par la passion, bravent le danger qui les menace. El de ceux-ci, peut-être, il en est peu dont le sort justifie la témérité.
Les fils des fermiers et des petits marchands sont exhortés par leurs pai euts à ne pas se marier avant d'avoir une ferme ou un commerce qui les mette en état de soutenir la charge d'une famille. Ils suivent le plus souvent ce conseil « et se marient lard. On se plaint généralement de la rareté des femmes vacantes; et dans toutes les industries la concurrence est si active, qu'il t st impossible que tous les aspirants puissent réussir. Mais c e>t peut-être parmi les jeimes hommes qui entreprennent le commerce ou qui professent les arts mécaniques, que l'obstacle privatif a le plus d'empire.
L'ouvrier qui gagne 18 pences ou 2 shillings par jour (37 ou 50 sous de France), et qui vit aisément tant qu'il est seul, hésite avant de se résoudre à partager entre quatre ou cinq individus ce bénéfice de son travail, qiii ne lui paraît pas trop considérable pour lui même. Il consentirait bien à se soumettre a un travail plus rude et às'im|>oser des privations, (K)ur associer son sort à celui d'une personne qu'il aime; mais il ne peut pas se dissimuler que, s'il a une famille nombreuse oa s'il éprouve le plus léger revers, ni sa frugalité ni son travail ne le mettront à l'abri de l'amer chagrin de voir ses enfants dans le besoin ou de recourir à l'assistance publique. La crainte de tomber dans cette espèce de dépendance est un sentiment utile et digne d'être encouragé, quoiqu'à dire vrai les lois anglaises sur les pauvres tendent fortement à le détruire.
Les domestiques attachés à des familles riches courent, en se mariant, de plus grands risques. Us trouvent chez leurs maîtres, presque autant que leurs maîtres mêmes, non-seulement le nécessaire, mais tout ce qui rend la vie douce et agréable : leur travail est facile et leur nourriture fort supérieure a celle de la classe des ouvriers. Le sentiment de la dépendance est pour eux moins pénible par la possibilité de changer de maîtres. S'ils se marient, privés de talents et de capitaux, ils ne peuvent ni prendre une ferme, ni entreprendre un commerce, ni travailler à la journée. Leur unique n ssource est de lenir un cabarel à bière, établissement qui sans doute ne leur offre pas une riante perspective : aussi la plupart sonl-ils voués au célibat.
Il résulte de cet exposé que les obstacles qui préviennent la popula-
tien, et que nous nommons privatifs, ont en Angleterre beaucoup d'influence. Et on peut conclure la même chose des registres qui ont été publié^ en 1800, par suite du dernier acte relatif à la population. On voit par ces extraits que, dans 1* Angleterre et le pays de Galles, le rapport des mariages annuels à tonte la population est de 1 à 123 1/5 (1) ; moindre qu*en aucun autre pays où ce rapport ait été déterminé, excepté en Norwcge et en Suisf^e.
Avant le milieu du XVIU^ siècle, le docteur Short estimait ce rapport de 1 à 1 15 (2). Il est probable que cette estimation était exacte à cette époque. Ainsi il y a eu dans le rapport des mariages une sensible diminution ; tandis que, par It* progrès du commerce et de Tagriculture, la population a crû plus rapidement qu'elle n'avait fait encore. Cette diminution dans le nombre des mariages est en partie la cause, et en partie VvftH , de celle qu'on a observée dans la mortalité pendant ces dernières années.
Les comptes rendus du nombre des mariages, en conséquence du dernier acte (3), sont envisagés comme moins susceptibles d'inexactitude qu'aucune autre paitie des registres.
Le docteur Short, dans ses Nouvelles observations sur les registres de mortalité des villes et de la campagne^ dit a qu'il finira par une observation qui a été faite par un juge distingué. Cette ol)servation est que l'accroissement du genre humain est arrêté par la timide prudence, qui fait redouter le mariage et les dépenses qu'il entraîne, plus que par aucune autre cause. » En conséquence, le docteur Short propose d'imposer de grosses taxes et même des amendes aux célibataires, et d'en employer le produit à Tentretien des pauvres qui se marient (4).
L'observation de ce juge distingué est fort juste, en ce qu'elle s'applique aux naissances prévenues; mais il n'en est pas de même de la
(1) Obs, on the resuits o/the population j4ct, p. 11, imprimés eo 1800. Les réponses obtenues en vertu de cet acte ont enfln dissipé TobBCurité qui couvrait la question de la population dans ce pays, et ont fourni des données utiles à Tarithméticien politique. Il faut convenir néanmoins qu*elles ne sont pas a^sez complètes pour exclure les raisonnements et les conjectures relativement aux conséquences qu^on en peut tirer. 11 est bien à désirer que l*on nes^arrète pas à ce premier effurt. A présent que la difticulté est surmontée, on pourrait aisément faire tous les dix ans un dénombrement ; et chaque année* ou tous les cinq ans au moins, compulser les registres des naissances, des moris et des mariages. Je suis persuadé qu*on peut tirer de ces registres pins de conséquences relatives à la situation intérieure du pays qu'im ne Ta cru jubqu^ici. (M.)
(2) IVew Observ. on bilU of mortalUy, p. 265, in-8*, 1780. — (3) De 1800. (4) New Obs. on bills ofmortalUy, p. 247; in-8^ 1750»
tefois ce sont là des cas particuliers qu'on ne peut immédiatement appliquer à toute la partie agricole du royaume. Dans quelques situations du plat pays, el surtout près des marais, le rap|K)rl est fort diflerent ; on a même trouvé un petit nombre de paroisses où les morts sur|)assent les naissances. Dans le*' 54 paroisses de campagne dont le docteur Short a compulsé les registres et qu il a choisies à dessein dans des situations trè>* variétés, la mortalité moyenne h été trouvée de 1 sur 37 (I). Ce rapport est certainement beaucoup plus grand que celui de la mortalité actuelle des paroisses de campagne en Angleterre. La période prise par le docteur Short pour en tirer sa moyenne comprenait quelques années de grandes épidémies, qui peut-être allaient an delà du nombre commun ; du reste, il faut toujours comprendre les années malsaines dans les calculs de cette nature, sans quoi Ton commettrait de graves erreurs. Dans t,056 villages du Brandebourg, que Sûssmilcli a observés pendant 6 bonnes années, la mortalité a été de 1 sur 43 ; et pendant 10 années mêlées, ePe a été d'environ 1 sur 38 1/2 (2). Dans les villages d*Angleterre mentionnés par le chevalier F. M. Eden, la mortalité parait être de 1 sur 47 ou 48 (3); et dans les derniers comptes, qui ont été rendus en cons^^quence de l'acte sur la |K>pulation, la morlaliti* paraît être encore moindre. En combinant ces observations, on trouvera que la moindre mortalité que Ton puisse supposer avoir lieu dans les parties du pays consacrées à Tagriculture, en y comprenant les saisons malsaines, ne |Hîut pas être estimée au-dessous de 1 sur 46 ou 48 ; mais cette mortalité doit certainement s'élever jusqu'à 1 sur 40, lorsqu*on y comprend celle des villes et des parties du pays vouées aux manufactures, et que Ton se propose d*obtenir la moyenne de tout le royaume.
La mortalité de Londres, qui est une partie si considérable de celle de tout le |»ays, était, selbn Price, au temps où il en faisait le calcul, de 1 sur 20 3/4; celle de Norwich, de 1 sur 24 1/2; de Northampton, 1 sur 26 1/2; Newbury, i sur 27 1/2(4); Manchester, 1 sur 28; Liver-
edii. Dtinsles p;irois<ies pariinilières on doit peiit-èlre avoir plus de confiance aux cofiiiiiuaieaiioiis fhiles par de gimplt^s pHrliciilitTs qu'aux connples rendus au gou- Tenipment; partv que le< particuliers ne «^adressent en général qu'aux pasteurs qui ont a cœur ce Nujel, et qui, par là même, metteot plus de prix à Texactitu ••\ (AT.)
(1) Nf>io Obs, on hWsofmortalUy, Ubie IX, p. 133.
(2) GtBttUche OrHnung, ?ol. I, clinp. ii, secl. xxi , p. 74.
(3) E*tininie of fhe nt/mber of inhabiiantx in Créât Brliain, (i) l^rice'ii O'^s. on revers paym., ?ol. I, note, p. 27i.
pool, 1 sur 27 1/2(1), etc. Il obserte que le nombre de ceux qui meurent annuellement dans les villes est rarement au-dei^sons de I sur 28, en exceptant les cas où il y a dans une ville un rapide accroissement de population, produit par FarSuence d'un grand nombre de personnes de Tâge où l'on meurt le moins, comme cela a lieu à Manchester, à Lîverpool (2), et dans d'autres villes où il y a des manufactures florissantes. Cet auteur croit qu'on peut fixer d'une manière générale la mortalité des grandes villes entre I sur 19 (3) et 1 sur 22 ou 23 ; celle des villes moyennes entre I sur 24 et 1 sur 28 ; et celle des villages ou campagnes entre 1 sur 40 et 1 sur 50 (4).
On opposera peut-être à ces calculs le penchant du docleur Price à exagérer l'insalubrité des villes: cependant celte objection semble n'avoir de force que reittivement à la ville de Londres. Les comptes ren- <lu8 des autres villes sont donnés d^près des documents sur lesquels l'opinion particulière de Tanteur ne pouvait avoir aucune influence (5). Il faut remarquer néanmoins qu'il y a lieu de croire que Londies et quelques autres villes d'Angleterre, et probablement même quelques villages, étaient moins salubres au temps où ces calculs ont été faits, qu'ils ne le sont à présent. Le docteur W. Heberden remarque (6) que les registres de dix années, de 1759 à 1768, employés par Price pour calculer les probabilités de vie à Londres, indiquent un plus haut de^^ré d'insalubrité que ceux des dernières années qui viennent de s'écouler. Et les comptes, rendus en conformité de l'acte sur la population, même en ayant égard à toutes les omissions qui ont pu être faites quant aux sépultures, présentent un degré de salubrité, dans les villes de province et dans les campagnes, beaucoup plus grand que celui qui résulte des calculs précédents. D'un autre côté, je ne puis m'empêeber de croire que la mortalité de 1 sur 31 , attribuée à Londres dans les Nouvellei observations sur les résultats de Vacte relatif à la population (7), est au-
(1 ) Price*s 065. cm ret^^jpaym., vol. II, firsladdil. Eaay, note, p. 4.— (2)/Wrf.
(3) La inorlalilé à Stockholm éUil,8eloa VargMHio, del tur 19. {N, de fauteur.)
(4) Obs. on revers paffm., vol. 11, tlrsl add. Essay^ p. 4.
(5) LVslimatioD de la population el delà mortalité de Londres, avant le dernier dénomttrement, était en grande partie un objet de conjecture et d'opinion à cause des grands déficits reconnus dans les registres ; mais il n'en était pas tout à fait de même des autres villes nommées ici. Le D* Price, en faisant allusion à fa diminution qu'il croyait avoir lieu dans la popiilaiion, sujet sur lequel il paraît avoir commis une très-grande erreur, dit ingénument, qu'il peut bien avoir été insen> siblement entraîné k soutenir une opinion qu'il avait unn fois avancée. (M.)
(6; Increase and decrease of diseases^ p. 52 ; in-4o, 1801. (7) Newobs. ihe results ofthepopuL Act, p. 13.
2« ÉDITION. IQ
242 UVRE II. — CHAPtTBE VIII.
dessous de la réalité. Le nombre de 5,000, auquel oq y suppose qu*ont pu s*éleYer les omissions de sépultures, n'est probablement pas a^sez ' grand ; et on n*y a pas donné assez d*atiention au nombre de ceux que la guerre ou le commerce appellent à s*at)seDler. Quand il est question d*e»timer la mortalité proportionnelle, il ne faut considérer que la popolation qui réside dans le Heu dont on s'ocaipe.
11 paraît qu'il y a dans les grandes villes^ et mime dans les villes moyennes^ quelque chose de défavorable au premier âge de la vie. La classe de personnes qu'aBecte le plus cette cause de mortalité semble indiquer qu elle dépend plutôt de Faction d'un air renfermé et corrompu sur les poumons délicats des jeunes enfonts, jointe au défaut d*eiercice, que du luxe et des excès de débauche et d'intempérance dont les villes sont le principal théfttre. U est rare que des parents de la meilleure constitution, et qui mènent la vie la plus régulière, voient leurs enfants à la ville jouir d'une santé aosst ferme qu*à la campagne.
A Londres» selon des calculs foits précédemment, la moitié des enfants mouraient avant Tàge de 3 ans; à Vienne et à Stockholm, avant 2; à Manchester, avant 5;à Norihampton, avant 10 (I). Au contraire, dans les villages, la moitié des enfants atteint Tftge de 30, 35, 40, 46 ans, ou plus. Dans la paroisse d'Ackwort, en Yorckshire, on voit, par uue table exacte des morts de tout ftge pendant 20 années, dressée par le docteur Lee, que la moitié des habitants arrive à Tftge de 46 ans (2). Et si Ton avait examiné sous ce point de vue les paroisses mentionnées ci-dessus, où la mortalité n'est que de 1 sur 60, ou i sur 66, on aurait indubitablement trouvé que la moitié de ceux qui y naissent atteignent Vâg** de 50 ou de 55 ans.
Il faut reiii&rquer que ces sortes de calculs, dépendant plutôt des morts et des naissances enregistrées que d'une estimation de la population totale, sont moins sujets à erreur que ceux qui donnent le rapport des morts annuelles à toute la population.
Pour remplir le vide occasionné dans les villes par la mortalité qui leur est propre, et pour qu'elles puissent fournir sans interruption la population qu'on leur demande, il faut qu*elles reçoivent sans cesse de nouvelles recrues de la part des campagnes : et c'est ce qu'indique l'excès des naissances qu'on remarque dans celles-ci. Dans les villes même dont les registres présentent moins de morts que de naissances, cet effet provient des mariages de personnes qui n'y sont pas nées. A une époque
(I) Price's Obi. on revers paym., vol. 1, p. 264, 266. — (2) Ibid., p. 208.
OÙ les villes de profince en Anglefterre croissaient tuen moins rapidement qu'à présent* le docteur Sbort caleubûl que les 9/19 des personnes mariées établies dans ces Tilles 7 étaient étrangères (i). De l,6l8 hommes mariés et I «6 1 8 femmes mariées» dont l'état fut constaté à Tinfinuerie de Westminster (à Londres), il ne se trouva que 329 hommes et 495 femmes qui fussent nés à Londres (2).
Le docteur Price suppose que Londres, en y comprenant les paroisses voisines où les morts excèdent les oaissanees, reçoit annuellement un suppléinent de 10,000 personnes queGraunt n'estimait de son temps que de 6,000 (3). Cet auleur observait en outre que, quelle que fût la mortalité de cette capitale, soit qu'elle provint de la peste ou de quelque autre cause de destruction, il ne lui fallait jamais plus de deux ans pour réparer complètement ses pertes (4).
Coname ce supplément est fourni par les campagnes, il est évident que ce serait commettre une grande erreur que d'estimer le rapport des naissances aux morts pour tout le royaiime par le rapport observé dans 1^ p'iroisses de campagne, d'où il sort de si nombreuses émigrations.
Toutefois il n*y a pas lieu de partager les alarmes du docteur Price, (jpà a peur que ces émigrations ne dépeuplent les campagnes, du moins aussi longtemps que les fonds destinés à payer le travail du cnltivateur n éprouveront point de diminution. Le rapport des naissances, comme celui des mariages, prouve clairement que, malgré Faccroissement des villes et des fabriques, la demande d*hommes faite aux campagnes ne leur est pas fort à charge.
Si l'on divise la population actuelle do J* Angleterre et du pays de Galles par le nombre moyen des baptêmes des cinq dernières années (5), on trouvera un rapport très-voisin de celui de 1 à 36 (6). Mais on suppose avec raison qu'il y a, dans le nombre des baptêmes, beaucoup d*oraissions. On croit communément qu'il y en a plus que dans celui des sépultures.
Le docteur Short estimait le rapport des naissances à la population en
(i) New Obê, onbilU of mortality^ p. 76.
(î) Priee's Ob$. on revers paym., vol. Il, p. 17.
(5) Shorfs New Obs.^ abstractfrom. Graunl, p. 277. — (4) Ibid., p.î76.
(5) Ceci a été écrit avant que les omissions eussent élé réparées, en 1810. Ces additions portent le nombre des naissances, en 1800, à 265,000, au lieu de 255,426, et établissent le rapport des naissances enregistrées comme 1 k 35. — Voyez le chapitre suivant. (M.)
(6) Le nombre moyen des baptêmes pendant ces cinq dernières années esl 235,426, et la population 9,168,000. {NewOJ^^.onresultSy etc., p. 9.) (if.)
Angleterre de 1 à 28 (I). Dans le compte rendu de la partie agricole de Suffolk, le rapport des naissances à la population est calculé sur le pied de 1 à 30; pour la totalité de Suflbik, selon les derniers comptes rendus, ce rap|>ort n'est pas beaucoup au-dessous de i à 33 (2). Selon un état exact de la population de 13 villages, état fondé sur un dénombrement efiectif et pubiié par le chevalier F. M. Eden, le rapport des naissances à la population s'est trouvé être de I à 33 ; et selon un autre état, fondé sur la même autorité, mais relatif aux villes et paroisses de mannfactures, ce rapport a été trouvé de 1 à 27 3/4 (3). Eu combinant ces résultats, en se rappelant qu'il y a dans les registres des naissances un déPicit reconnu, et qu*il est également reconnu que la population de l'Angleterre s*est accrue pendant le cours de ces dernières années, on sera porté à croire qu*on peut assez raisonnablement supposer le rapport des naissances à la population de t à 30. D'après cela, reprenant Texprcssion de la mortalité actuelle que nous avons 6xée à 1 sur 40, on retrouvera d*une manière fort approchée le rapport des baptêmes aux sépultures qui résulte des derniers comptes rendus publiés. Les naissances sont aux morts, dans cette supposition, comme 4 est à 3, ou comme l3 1/3 à lO, rapport plus que suffisant pour rendre compte de Taccroissement de la population qui a eu lieu depuis la guerre d'Amérique, en faisant la déduction de ceux qui sont morts en pays étrangers. Dans les Obiervations sur Uê réêuUalt de l'acte relatif à la population^ on remarque que la durée moyenne de la vie humaine en Angleterre semble s'être accrue dans le rapport de 1 1 7 à 100, depuis Tannée 1780(4). Un changement si considérable, dans un intervalle de temps si court, serait sans doute un phénomène bien extraordinaire; mais je soupçonne que la diminution observée dans le nombre des sépultures n'est pas due en entier à l'amélioration de la santé, et qu'elle provient en partie du grand nombre de nationaux qui sont morts dans l'étranger. Cette circonstance a dû être l'effet de l'accroissement rapide
{i) iVeu? 06«., p. 267.
(i; Djiis les recherches que font les parUculiers, ils footenUer dans leurs états de population les dissidents et ceux qui ne font pas baptiser leurs enfants. Par conséquent, les résultats de ces recherches, jusqu'au point où elles peu?ent atteindre, expriment plus exactement le vériiable rapport des naissances. Cela justifie assez remploi que nous en faisons pour apprécier un déficit reconnu, défidl existant dans les tables de naissances que présentent les comptes publies qui ont été rendus à ce sujet. (M,)
(5) Estimate ufthe number of inhabUanU in Créât Britain^ etc., p. 27.
(4) New Obs. on the resulU, p. 6.
da commerce de l'Angleterre pendant celte période, et du grand nombre de personnes absentes pour cause deservice militaire ou pour quelque emploi dans la marine, pendant le cours de la dernière guerre, en y comprenant les recrues nécessaires pour maintenir les forces sur le même pied. Ces causes ont dû naturellement tendre à produire reflet observé, et faire paraître les sépultures stationnaîres, tandis que les naissances croissaient avec assez de rapidité. Toutt^fots, comme il est incontestable que depuis 1780 la population s*est accrue, et que la mor» talité actuelle est très-petite, je ne puis m'empécher de reconnaître que la plus grande partie de Teffet doit être attribuée à Tamélioration de rétat de santé en général.
Le rapport de 1 à 36 est peut-être trop petit pour la mortalité moyenne de tout le siècle; mais si Ton supposait un tel rapport, et qu'en même temps les naissances fussent aux morts comme 1 2 est à 10, il s'ensuivrait qu en 125 ans la population du pays aurait dû doubler. On en peut conclure que ce rapport des naissances aux morts est bien Je plus grand qui puisse avoir eu lieu par une moyenne pendant le cours entier du siècle qui vient de s'écouler. Aucun des calculs récem* naent publiés ne comporte un accroissement plus rapide.
U ne faut pas supposer, néanmoins, que ce rapport des naissances aux morts, ni aucun rapport constant des unes ou des autres à toute la population, ait continué d'une manière à peu près uniforme pendant tout le cours du siècle. Les registres de tous les pays, où on a eu soin de les tenir pendant un temps un peu long, attestent à diflérentes époques des variations considérables. Le docteur Short, vers le milieu du siècle, estimait que les naissances étaient aux morts comme 1 1 a 10 (1); si en même temps les naissances étaient la 28^ partie de la population) la mortalité ne pouvait être au-dessous de 1 sur 30 4/5. Nous sup* posons actuellement que les naissances sont aux morts comme 13 est à 10 ; mais si nous prenions ce rapport pour règle en estimant Taccroissement de la population pendant les 30 ou 40 dernières années, nous commettrions probablement de grandes erreurs Les effets des dernières disettes sont marqué» fortement dans les Résultaii de Vaete relatif à la population^ par une diminution de naissances et un accroissement de morts. Si ces disettes étaient fréquentes, elles auraient bientôt détruit l'excès de naissances que présentent les 20 dernières années. Et, en effet, nous ne pouvons pas raisonnablement supposer que les ressources du pays puissent croître pendant longtemps avec
{i) NewObs., tablesllellll, p. 22 et 44. Pr'ice^sObs.on rev.paym.^ v. Ii,p,Ml.
246 UVRE 11. — CHAPITRE Ylli.
assez de rapidité, pour pouvoir sufBre à un excès constant do naissances dans le rapport de 13 a^lO, à moins que cet excès ne soit dû priocipalemeot au nombre de personnes qui vont mourir hors du pays.
D'après toutes les données que nous avons pu recueillir pour TAngleterre et le pays de Galles, le rapport des naissances à toute la population a paru être de 1 à 30. G^est un rapport moindre que celui que nous avons trouvé avoir lieu en d*autres pays, excepte la Suisse et la Norwége (1). Jusqu'ici les calculateurs politiques ont envisagé un grand rapport des naissances comme le signe le plus assuré d'un état de prospérité : il faut espérer que ce préjugé cessera. Dans les pays mal peuplés, tels que l'Amérique et la Russie, ou dans les pays mieux peuplés, mais qui viennent d'éprouver une mortalité extraordinaire, un grand rapport des naissances peut bien être un indice favorable ; mais dans rétat ordinaire d'un pays bien peuplé, il ne peut^guère y avoir de plus fâclieux symptôme ; un rapport très-petit des naissances est au contraire du meilleur augure.
Sir Francis d'Ivernois observe fort à propos «c que si les diTers États de l'Europe tenaient et publiaient un registre annuel et exact de leur population, en y indiquant, a^vec soin, les époques précises de la vie où meurent les enfants, cette seconde colonne du registre servirait à prononcer comparativement sur le mérite des souverains et sur le bonheur des sujets. Une simple formule arithmétique en dirait peut-être davan» tage que tous les raisonnements, i» Je suis d'accord avec cet auteur, quanta Timportance des conséquences qu'on pourrait tirer de pareilles tables. Pour les tirer, il est clair que ce ne serait pas tant à la colonne des naissances qu'il faudrait faire attention, qu'à celle où serait indiqué le nombre des enfants qui ont atteint l'âge d'homme. Or, ce dernier nombre sera toujours invariablement plus grand là où le rapport des naissances à toute la population sera plus petit. A cet éga^d l'Angleterre se trouve immédiatement placée après la Norwége et la Suisse; et ce fait, lorsqu'on réfléchit au nombre de ses villes et de ses manufactures, est vraiment remarquable. Comme il est très-évident que toutes les demandes faites en ce pays, quant à la population, sont pleinement remplies, si cela a lieu avec un rapport des naissances très-petit, c*est une preuve indubitable que la mortalité y est aussi très-petite. Cet avan-
(i) Il faudrait bien encore excepler ïa France, si le rapport que nous avons déterminé ci -dessus, d'après les élals statistiques k notre porlée, se trouvait être exact, puisque ce rapport est de 1 à 33. Voyez au chapil»"» orécédenl la note de la pi§e 235 de ce vol. (P. P.)
tage mérite qu^oD y attache da prix. Si les recherches fatares faisaient TOtr que j*ai trop déduit pour les omissions, soit de naissances, soit de sépultures, je m^estimerais heureux de penser que I^Angle^erre jouit, à un plus haut pointque je n'ai osé Tespérer, d'un avantage aussi précieux et qui est Fiodice le pkis sur d*un peuple heureux et d'un bon gouver* nemeot. Dans les Etals despotiques, misérabiest ou naturellement mal* sains, on trouvera généralement le rapport des naissances à toute la population très^rand.
Par une moyenne de 5 années finissant en 1800, le rapport des naissances aux mariii^;es s*esl trouTé être de 347 à 100; en 1760, il était de 362 à 100. On a cru pouvoir inférer de là que les registres des naissances, quoique incomplets sans doute, n^ofiraient pas autrefois un déficit plus grand qu'à présent (1); mats un changement de celte espèce, dans les résultats apparents dess registres, peut être produit par des causes tout à fait étrangères à un déficit dans les enregistrements. U est reconnu que la dernière partie du siècle qui vient de s'écouler a été, en Angleterre, plus favorable à la santé que celle du milieu. Si en conséquence un plus grand nonnbre d'enfants ont atteint l'âge d'homme, un plus grand nombre aussi de tous ceux qui sont nés ont vécu assez pour pouvoir se marier ; et cette circonstance a dû offirir un rapport des mariages aux naissances plus grand qu*auparavant. D'un autre côté, si autrefois les mariages étaient un peu plus féconds qu'ils ne le sont aujourd'hui, parce que peut-être ou se mariait plus jeune, il aurait dû en résulter un plus grand rapport des naissances aux mariages, dans les temps qui ont précédé, que dons le temps présent. L'action de Tune ou Tautre de ces causes, et peut-être de l'une et Tautre, n'aurait pas manqué de produire précisément l'effet observé dans les registres de ces deux époques comparées. Donc, de l'existence de cet effet, ou ne peut point tirer un argument pour prouver qu'on a tort de supposer les registres récents plus exacts que les anciens. J'expliquerai plus pleinement, dans un autre chapitre, Finfluence des deux causes dont Je viens de faire mention sur le rapport des mariages aux naissances annuelles (2).
Relativement ù la question générale de Texactitude des registres récents, comparée à celle des registres du milieu ou du commencement du siècle, je dirai que les comptes rendus récemment fortiGent le soupçon d'inexactitude élevé contre les précédents; ils font voir qu'à
(i) Obs. on the results ofthe popul. Act^ p. 8. (2) Voyez le chap. XI de ce livre.