‹ MalthusChapitre 36 sur 89 · UVRE II. — GHAHTRS VIII · texte numérisé non relu

UVRE II. — GHAHTRS VIII

tous ^ardsles registres de la première parlie do siècle ne peuvent fournir que des données incertaines pour estimer la population de ce temps-là. Dans les années lilO, 1720 et 1730, les états extraits des r^istres indiquent un excès des morts sur les naissances. Si Ton s'attache aux six périodes terminées en 1750, qui comprennent ta première moitié du siècle (1), et que Ton compare la somme des naissances à la somme des morts, on verra que l'excès des naissances est si petit, qu'il ne peut point suffire à expliquer Taccroissement de 1,000,000 qui, d*après le calcul des naissances seules, paraîtrait avoir eu lieu pendant cet intervalle de temps (2) . Par conséquent, ou les registres sont fort inexacts et le déficit des naissances plus grand que celui des morts, on ces périodes, chacune de dix années, ne représentent pas bien la moyenne. Il est possible que ces années-là aient été moins propres que les autres à la comparaison du rapport des naissances à celui des décès; et véritablement, on sait que l'une au moins de ces années, savoir 1710, fut une année de grande disette et de véritable détresse. Si l'on admet cette supposition probable, et si on lui attribue assez d'importance pour croire que le résultat total des six périodes ait pu en être aflecté, on sera dispof^ peut-être d'un autre côté à admettre la supposition contraire par rapport aux trois périodes suivantes, terminées en 1780. Pendant cet espace de 30 ans, en calculant de la même manière, on trouve que la population a crû d'un million et demi (3) Tout an moins on doit convenir que trois de ces années prises à part, et calculées de la sorte, ne peuvent nullement fournir une bonne moyenne; on a même quelque raison de sou|-^nner qu'elles ont été plus favorâbles aux naissances que les années ordinaires : car de 1780 à 1785, l'accroissement des naissances a été plus petit que la moyenne (4), ce qui a dû naturellement arriver si en 1780 les naissances ont été accidentellement au-dessus de la moyenne, sans qu'il soit besoin de supposer un accroissement plus lent qu'auparavant.

Ainsi, en général, prenant en considération Tinexactitude probable des anciens registres, et le danger d*erreur lor^u'on tire des conséquences d'un petit nombre d'années détachées, je pense que les notions de population fondées sur le calcul des naissances ne peuvent être envisagées comme dignes de confiance que depuis l'année 1780, paice que nous avons alors la suite des relevés pour chaque année, et que par conséquent on peut prendre de bonnes moyennes. A l'ap-

(t) Popul. ahsiract ParUh Register Final summary, p. 455.

(2) Obs. on the resulU ofthe popul. Act, p. 9. — (5) Ibid. — (4) Ibid.

pui de celle remarque, j^obserre que le résultat Cual des cxtraifs des registres de F Angleterre et du pays de Galles donne pour le nombre des naissances :

En 1790 248 J74

En 1795 247.218

En 1800 247,147(1).

Par conséquent» si I on avait estimé la population par les naissances, en prenant celles-ci à trois époques distantes entre elles de cinq ans, on en aurait conclu que la population, pendant le cours de ces dhc dernières années, avait régulièrement décru, tandis qu'au contraire nous ayons de trè8-t>onnes raisons de croire qu'elle a crû considérablement.

Dans les Observations sur les résultats de l'acte relatif à lapopulalûm(2), on trouve une table de la population de T Angleterre et du pays de Galles calculée d'après les naissances, pour tout le 17« siècle. Par les raisons que j'ai déduites, je pense que cette table mérite peu de confiance; et même pour la population de ce pays, à l'époque de la ré^o lution, je suis porté à croire que les anciens calculs, fondés sur le nombre des maisons, méritent la préférence.

Il se peut sans doute, quoique cela ne soit nullement probable, que ces estimations de la population, à diflërentes époques du siècle, ne s'écartent pas beaucoup de la vérité, parce que des erreurs opposées peuvent se compenser mutuellement ; mais la supposition d'un rapport constant et uniforme des naissances, qui sert de base à ces estimations, est fausse, et ces calculs mêmes en fournissent la preuve. En eCTet , d'après ces calculs, l'accroissement de la population fut plus rapide de i760 à 1 780 que de 1 780 à 1800 ; et cependant ils donnent le nombre proportionnel des décès vers Tan 1780 plus grand qu'en 1800, dans le rapport de 1 17 à 100. Il fout donc nécessairement que le nombre proportionnel des naissances, avant 1780, ait été plus grand qu'en 1800, car sans cela il aurait été impossible que la population eût crû plus rapidement à cette première époque qu'a la seconde. Cette simple observation détruit à l'instant la supposition de la constance et de l'uniformité dans le nombre proportionnel des naissances.

Véritablement j'aurais été enclin à croire, par analogie avec d'autres pays, et d'après les calculs de King et de Sbort, que le rapport des naissances était plus grand an commencement et au milieu du siècle qu'il ne l'a été vers la fin. Mais cette supposition donnerait , en calcu-

(1) PopuL abstraet Parish Registers, p. 455.

(2) Obs. <m the results^ etc., p. 9.

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lant diaprés les naissances, nne population pins faible an commencement du siècle que celle que fournisseot les Résuliati de Vacte sut la population^ tandis qu*il y a lieu de croire, an contraire, que ces iléncf* la/« donnent une population trop petite. En 1690, selon Davenant, le nombre des maisons s*élevait à 1,319,215. Il n'y a aucune raison de supposer que ce nombre pèche par excès. Si Von compte 5 individus par maison seulement, au lieu de 5 3/3 que Ton croit devoir compter an temps présent, il en résultera une population de plus de six millions et demi. 11 est impossible de croire que, de 1690 à 1710, la population ait diminué de près d'un million et demi (I). 11 est beaucoup plus probable qu'à cette époque reculée les omissions dans les registres des naissances étaient plus nombreuses qu'à présent , et plus nombreuses que celles qui avaient lieu dans les registres des morts. Cette conjecture est d'ailleurs confirmée par une observation dont j*ai déjà fait mention, savoir que, dans la première moitié du siècle passé, Taccroiss^ ment de la population, calculé d après les naissances, est beaucoup plus grand que ne peut le permettre le rapport des naissances aux morts. Ainsi, sous tous les points de vue, il n'y a pas lieu d avoir beaucoup de confiance aux calculs fondés sur ks naissances.

On a pu s*apercevoir, dans le cours de cet ouvrage, que lt$ reg%$tre$ de$ morts it des naioances^ même en les supposant exacts^ ne donnent qu^un moyen irés-ineertain d'arriter à la connaissance de la population. Les circonstances dans lesquelles divers pays sont placés rendent ces estimations très-précaires : celles qu'on déduit des naissances encore plus peut-être que celles qu'on déduit des morts, quoique l'apparence de régularité qu'elles présentent les ait souvent fait préférer. Necker, en es^ timant la population de la France, remarque qu'une maladie épidémique ou une émigration peut introduire dans le nombre des morts des différences accidentelles et momentanées, et que par cette raison les tables de naissances sont un guide plus sûr (2) ; mais c'est précisément cette r^nlarité apparente des registres de naissances qui peut jeter dans des erreurs graves. Que nous nous procurions les tables mortuaires de deux ou trois années pour un pays quelconque; une peste ou toute autre épidémie mortelle s*y manifestera, si elle a lieu, par un accroissement de mortalité pendant le temps où elle a régné, et par une diminution de

(i) Ceci suppose que restimation de la population par les naissances donne, pour Tannée HiO, cinq millions seulement. (P. P.) (2) De tadminiitration des finances, 1. 1, cb. ii, p. 292; in-12, 1785.

morlalil'* encore phis sensible après celte époque. Cela suffira pour nous avertir de ne pas la comprendre dans les années ordinaires, dont nous Toulons prendre la moyenne. Mais dans les registres des naissances, rien ne sa laisse apercevoir. Qu'un pays ait perdu par une peste la huitième partie de sa population, il est probable que la moyenne des cinq ou six années suivantes indiquera un accroissement dans le nombre des naissances ; en sorte qu*au moment où k population est le plus diminuée le calcul des naissances ferait croire qu*elle est le plus augmentée. G* est ce qu'attestent \es tables de Sûssmilch, en particulier celles pour la Prusse et la Lithuanie, que j*insérerai au chapitre des épidémies. On y voit une année, qui suit immédiatement la perte d*un tiers de la population, offrir un accroissement considérable dans les naissances; et la moyenne des cinq années qui ont suivi celte perte donner pour les naissances une très^faible diminution. Cependant, dans un si court espace de temps, les progrès de la population, pour réparer ses pertes, ne pouvaient guère être sensibles.

U n'y a pas eu à la vérité de mortalité extraordinaire en Angleterre depuis i700; et il y a lieu de croire que le rapport des morts aux naissances, pendant le cours du dernier siècle, n'a pas éprouvé dans cette lie d'aussi grandes variations que dans la plupart des pays du continent. Il n'en est pas moins vrai que les saisons malsaines qui y ont régné quelquefois ont dû, quoiqu'à un moindre degré, avoir les mêmes effets que des maladies plus graves; et les changements observés dans la mortalité pendant le cours de ces dernières années doivent faire présumer qu*il y a eu précédemment des effets analogues qui ont affecté le nombre des naissances.

Tout ceci doit nous rendre très-réservés dans les applications que nous pourrions être tentés de faire, des rapports vérifiés aujourd'hui à toute autre époque passée ou future.

Les comptes rendus dans Tacte de population en 1811 présentent des résultats extraordinaires. Ils montrent une grande accélération de progrès et une grande amélioration dans la santé du peuple, malgré l'accroissement des villes et de la partie de la population occupée à des travaux de manufactures. Ils fournissent ainsi un autre exemple frappant de la facilité avec laquelle la population croit et surmonte presque

toule résistance, quand les ressources d'un pays croissent rapidement.

Le montant de la population en 1800, donné dans les registres ayec les rapports des naissances, des morts et des mariages, a fait voir que la population s'est accrue, pendant quelque temps, d'après un taux plus élevé que celui qui résulterai! d'un rapport des naissances aux morts comme 4 à 3, avec nne mortalité de i à 40.

Ces rapports ajouteraient 1/120 par an à la population d*an pays ; et s'ils devaient continuer, il arriverait, d'après la table 11 d'Euler (donnée ci-après au chapitre de la fécondité des mariages), que la population doublerait tous les 83 1/2 ans. C'est un taux tel, que dans un pays riche et bien peuplé on doit s'attendre à le voir plutôt diminuer que croître; mais au lieu d'une telle diminution, il parait que jusqu'en 1810 il s'est considérablement accru.

En 1810, setou les tableaux de chaque paroisse, avec les additions de 1/30 pour les soldats, les marins, etc., la population de l'Angleterre et du pays de Galles a été estimée a 10,488,000 (1), nombre qui, comparé à 9,168,000 (celui de la population en 1800, estimée de la même manière), montre un accroissement de 1 ,320,000 en dix ans.

Dans le cours de dix ans, les baptêmes enregistrés s'élevèrent à 2,878«906, et les sépultures à f,950,189. Par conséquent, l'excès des naissances fut de 928,717, ce qui est beaucoup nKMns que l'accroissement qu'indiquent les deux dénombrements. Cette différence pourrait provenir, soit de ce que le dénombrement de 1800 a été audessous de la vérité, soit de ce que les registres des naiss^ances et des sépultures ne sont pas assez exacts, ou de l'action combinée de ces deux causes; car il est évident que, si la population en 1800 eùi été estimée correctement, et si les registres eussent contenu toutes les naissances et toutes les sépultures, la différence eut outre^passé l'addition réelle à la population au lieu d'être moindre; car elle devrait l'emporter précisément du nombre des personnes mortes au dehors dans les années de mer et de terre, etc.

11 y a lieu de croire que les deux causes ont eu part à l'effet observé, quoicpie la dernière, c'est-à-dire le peu de soin mis aux registres, ait eu sans doute une beaucoup plus grande influence.

En estimant la population pendant tout le siècle (2), les naissances

(1) Voy. les extraits de populalioa publiés en 181 1 et les utiles observations préliminaires de M. Rickmann. (M )

(2) Voy. la table He populalion pour un siècle, p. 25 des observations préliminaires aux extraits de populalion, imprimés en 181i. (M,)

ont été supposées aToir en tout temps la même rapport à la population. On a TU qu'une telle supposition pourrait souvent mener à une estimation très-peu exacte de la population d*un pays à des époques différentes et éloignées. Néanmoins, comme on sait que la population a crû avec grande rapidité de l800à 18 lO, il est probable que le taux des naissances n*a pas beaucoup diminué pendant ci^lte période. Maissi, prenant le dernier dénombrement pour exact, nous comparons les naissances de iSlO avec celles de 18OO, nous en verrons résulter un taux plus grand en I8OO, que celui qui est donné dans le dénombrement pour cette année.

Ainsi la moyenne des naissances pour les cinq dernières années jusques à I81O est 297,000, et la moyenne des naissances de cinq ans jusqiies à 1800 est 263,000. Mais 297,000 est à 263,000 comme 10,488,000 (population de l8l0)est à 9,287,000, qui doit donc être la population de 1800, si le rapport des naissances est supposé le même, au lieu d*être 9,168,000, résultat du dénombrement ; de plus, il est à remarquer que Taccroissement de la population de 1795 à 18OO, dV près la table, est extrêmement petit, en comparaison de celui qu'on trouve pour la plupart des périodes de cinq ans qui ont précédé. Un léger coup d'oeil jeté sur les registres suffit pour montrer qu'il était plus probable que le taux des naissances pour les cinq années qui oni suivi 1795, en y comprenant les nombres moindres pour 1796 et 1800, serait au-dessous, plutôt qu'au-dessus, de la moyenne. Par celte raison, ainsi que par Timpression générale que produit ^ensemble des faits, il est prol)abIe que le dénombrement de 1800 était au-dessous de la réalité; l'on peut donc porier la population de cette époque sans erreur à 9,287,000 au moins, c'est-à-dire à 19,000 de plus que celle qui est fournie par les comptes rendus.

Mais dans cette supposition même, ni l'excès des naissances sur les morts dans tout l'espace de dix ans, ni le rapport des naissances aux morts, tel quMI est donné dans les registres, ne peuvent expliquer un accroissement de 9,287.000 à 10,488,000; cependant il n'est pas probable qud Taocroissement ait été beaucoup moindre que celui qui est indiqué par le taux des naissances aux deux épo<|ues. Il faut donc avoir i{uelque égard aux omisnioas qu'il peut y avoir eu dans les registres, surtout ceux des naissances, qui sont connus comme très-peu corrects.

Il y a lieu de croire qu'il ne se trouve que peu ou point d'omissions dans le registre des mariages: et si nous supposons les omissions dans les naissances d'un sixième, cela donnera un rapport des naissances aux mariages de 4 à 1 ; rapport qui' semble établi d'une manière satisfai-

santé sur d'autres fondeir.ents (1). Mais si Ton nous conteste celte supposition, il faudra prendre les oiividsioos dans les morts de manière que Texcàs des naissances sur les morts dans les dii ans s'accorde ayec Taccroissement de population estimé par l'accroissement des naissances.

Les naissances enregistrées dans les dix années sont, comme on Ta déjà dit, au nombre de 2,878,906, qui, augmenta d'un sixième, sera 3,358,723. Les sépultures enregistrées sont au nombre de 1,950,189, qui, augmenté d'un douzième, sera 2,112,704. Le dernier nombre soustrait du premier donnera 1,246,019 pour l'excès des naissances et l'accroissement de la population dans les dix ans; lequel, ajouté à 9,287,000, population corrigée de 1800, donnera 10,533,019: 45,000 deplusque le dénombrement de 1810, laissant voir ainsi presque exac tement le nombre des morts qui doivent avoir eu lieu hors du pays dans l'espace des dix ans.

Ce nombre a été calculé généralement à environ 4 1/4 ponr 100, sur les naissances mâles ; or, dans le cas actuel, on a les moyens de s'assurer avec plus de soin du nombi'e des individus du sexe masculin morts au dehors pendant la période en question. Dans ces derniers comptes rendus de population, les naissances et les morts du sexe masculin sont séparées de celles du sexe féminin ; et d'après l'excès des naissances du sexe masculin sur celles du sexe féminin, comparées avec les morts des deux sexes respectivement, il parait qu'il est mort au dehors 45,000 individus du sexe masculin (2).

Les omissions supposées dans les naissances et les sépultures semblent donc jusqu'ici répondre très*bien aux calculs.

Il reste à voir si les mêmes suppositions donneront un tel rapport dgs naissances aux morts avec un tel taux de mortalité, qu'elles expliquent aussi un accroissement dans dix ans de 9,287,000 à 10,488,000.

Si Ton divise la population de I8l0 par la moyenne des naissances des cinq années précédentes avec l'addition du sixième, on verra que le rapport des naissances à la population est de 1 à 30. Mais il est évident que si la population augmente avec une telle rapidité, la moyenne

(i) Voyez les observations préliminaires sur les extraits de population, p. 25.

(2) Voyez les extraits de population, 1811, p. 196 de Textrait des registres de paroisses.

Il est certainement fort extraordinaire que le nombre proportionnel des mâles morts au dehors de 1800 à 1810 paraisse avoir été plus petit que de coutume; mais comme les registres pour cette période semblent le prouver, c'est d'après cela que j'ai fait mes calculs. {M,)

OBSTACLES A Là POPULATION KH ANGLETERRE. 255

des missancespoorciaq années, comparée à la popalationà lafin d'une telle période, doit donner le taux des naissances trop petit; et de plus, il est toujours possible qu*un rapport qui est exact pour cinq ans ne le soit pas pour dix ans. A6n d'obtenir le taux véritable qu'on peut appliquer au progrès de la population pendant la période en question, il fout comparer la moyenne annuelle des naissances pour tout ce temps avec c^e de la population pendant le même temps.

Le nombre total des naissances, avec TadditioD de 1/6 est, comme nous Tavons déjà établi, 3.358,723, et la moyenne annuelle pendant les dix ans est 335*872. La moyenne de la population ou la moyenne entre 10,48&000 (population de I8l0)et 9,287,000 (population corrigée de <800) est 9,887,000 ; et ce dernier nombre, divisé par la moyenne des naissances, donnera un rapport des naissances à la populatioD de t à moins de 29 1 ,2, au lien de 30, ce qui bit une diCTérence considérable.

De la même manière, si on divise la popalation de 1810 par la moyenne des sépultures pendant les cinq années précédentes, avec Faddition d*un douzième, en trouvera une mortalité environ de 1 à 50. Hais sur les mêmes bases que celles employées pour le calcul des naissances, une moyenne des sépultures pour cinq ans, comparée à la population à la fin de cette période, donnera un rapport des sépultures trop petit; et de plus, on sait que dans le cas actuel le rapport des sépultures à la population n*a point continué à être le même pendant tout le temps. Dans le fait, les registres indiquent clairement une amélioration dans la salubrité du pays et une diminution progressive de nHMrtalité dans les dix ans ; et tandis que la moyenne des naissances annuelles s*est accrue de 263,0(K) à 297,000, c'est-à-dire de plus d*un huitième, les sépultures ne se sont accrues que de 192,000 à 196,000, c'est-àdire d'un quarante-huitième. 11 est donc évidemment nécessaire, pour arriver au but qu'on a en vue, de comparer la moyenne de la mortalité avec la moyenne de la population.

Le nombre entier des naissances dans les dix ans avec l'addition d'un douzième est, comme nous l'avons déjà établi, 2, 112,704; et la moyenne de la population est 9,887,000. Le dernier de ces nombres divisé par le premier donne le rapport de la moyenne annuelle des sépultures à la population, comme 1 est à moins de 47. Or, un rapport des naissances de 1 à 29 i/2 avec un rapport des morts de 1 à 47 ajoutera annuellement à la population d*un pays 1/79 du tout; et en dix ans la population s'accroîtra de 9,287,000 à 10,531,000, en laissant

43,000 pour les moris au dehors ; ce qui 8*accorde de très-prës avec le calcul fondé sur l^excès des naissances ( l ) .

Nous pouvons donc pfésuiner que les omissions supposées dans les naissances et les morts de 1800 à 18 10 ne s^écarteot pas beaucoup de ta vérité.

Mais si ces omissions, d*un sixième pour les naissances et d^un douzième pour les sépultures, peuvent être considérées comme à peu près justes pour la période de 1800 à 18 tO, il est probable qu^n peut les appliquer, sans grand danger d'erreur, à la période de 1780 à 1800, et qu'on peut s'en servir pour corriger quelques-unes des conclusions fondées seulement sur les naissances. Après un dénombrement fait avec soin, un calcul fait d'après Texcès des naissances sur les morts est bien celui sur lequel on peut le mieux compter. En efiTet, quand les registres contiennent toutes les naissances et toutes les morts, que ce sont les moyens dont on se sert pour calculer en parlant d'une population connue, c'est évidemment comme si Ton btisait un dénombrement i*éel ; et lorsqu'une petite concession presque exacte peut se faire pour les omissions dans les registres, et pour les morts au dehors, on peut obtenir de cette manière une beaucoup plus grande approximation que par le rapport des naissances à la population, que Ton sait être susceptible de variations très-fréquentes.

Le nombre entier des naissances porté sur les comptes rendus des vingt années de 1780 à 1800 est 5,014,899, et celui des naissances dans la même période est 3,840,455. Si nous ajoutons un sixième au premier et un douzième an second, les deux nombres seront 5,850,715

(i) Oq trouve dans les Éléments d'algèbre de Bridge (p. 225) une formule' r^énérate poar calculer la population d*un pays , à toute distance d'une certaine l'poque, sous les circonstances données de naissances et de mortalité ; la voici :

Log.A = /oflr.P + nX/o(7.(t+^).

A représentant la population requise k la fin d\in certain nombre d'années; n le nombre d'années; P la population réelle à Tépoque donnée; -~ te rapport des raorU annuelles à la population , c'est-à-dire le taux de mortalité ;4- le rapport des naissances annuelles à la poptilation, c'est-à-dire le taux des naissances.

Dans le cas présent, P = 9,287 000; n = 10; m = 47 ; b = 29 i/t. wi—ft t . . . m^b 80 ^ , , .80 ^^ ,^

^rr=79'"^^-*--srr = 79'^^^^^^-^«79=^^^^

nX/o^.(i + î—)= 05460.

Log. P = 6,96787, nombre qui, ajouté à 05460 = 7,02247, log. de A, dont le nombre oorrespondanl est 10,531 000. {M.)

et 4,160» 492; et soustrayant le second du premier, Texcès des naissances sur les morts sera 1,690,223. Ajoutant cet excès à 7,953,000, montant de la population de 1780, calculée comme dans les tables de M. Rickman, par les naissances, le résultat sera 9,643,000, nombre quit après la correction requise pour les morts au dehors, dépasse de beaucoup la population de 1800 corrigée comme nous TaTons fait, et encore plus le nombre donné dans les tables comme résultat du dénom« brement. ^

Mais procédons sur les bases plus sûres que nous venons de suggé* rer, et, prenant comme établie la population corrigée de 1800, soustrayons Texcès des naissances pendant les vingt années, diminué du nombre probable des morts au dehors, qui dans ce cas sera environ 124,000. Nous aurons alors le nombre 7,721,000 pour la population de 1780, au lieu d'avoir 7,953,000 ; et il y a de bonnes raisons de croire que ce nombre s'approche plus de la vérité (1), et que non-seulement en 1780, mais aussi dans plusieurs des époques intermédiaires, l'estimation faite d'après les naissances a représenté la population comme plus grande et comme s'accroissant plus irrégulièrement qu'on ne l'aurait trouvée si on avait eu recours aux dénombrements. Cela provient de ce que le rapport desi naissances à la population est variable, et qu'en fout il a été plus grand en 1780 et dans toutes les autres époques pendant le cours des vingt ans qu'il ne l'a été en 1800.

Par exemple, la population est représentée comme étant de 9,055,000 en 1795, et de 19,68,000 en 1800; mais si nous supposons que le premier de ces nombres est exact, et si nous ajoutons l'excès de^ nais* sances sur les morts pendant les cinq années intermédiaires, même sans avoir égard aux omissions qui peuvent exister dans les registres, nous trouverons que la population en 1800 doit avoir été de 9,398,000 au lieu de 9,168,000; ou si nous regardons comme exact le nombre donné dans le compte rendu pour 1800, nous verrons, en en soustrayant l'excès des naissances pendant les cinq années précédentes, que la population en 1795 doit avoir été de 8,825,000 au lieu de 9,055,000. 11 suit de là que l'estimation d'après les naissances en 1795 ne peut être exacte.

La voie la plus sûre pour obtenir la population à cette époque est d'appliquer aux registres les corrections ci-dessus mentionnées; et

(i) La difTérencc très>pelile entre la population de 1780 cl celle de 1785, telle qu'elle est donnée dans la table, pourrait indiquer fortement que Time des esli-mations est fautive, (il/.)

2« tDlTlOH. 17

après avoir fait la déduction de 4 1/2 pour 100 sur les naissances du sexe masculin, pour les morts au dehors, de soustraire Texcès restant des naissances, d'après les comptes rendus corrigés de 1800. Le résultat sera dans ce cas 8,831 ,086 pour la population de 1795 ; ce qui indique un accroissement en cinq ans de 455,914 au lieu de 113,000, comme cela se voit par la table calculée d'après les naissances.

Procédons de la même manière pour la période de 1790 à 1795, en appliquant les corrections précédentes, et en ayant égard aux 4 1/2 pour 100 à déduire des naissances du sexe masculin, pour les morts au dehors. Nous trouverons que Texcès des naissances sur les morts sera 415,669, nombre qui, soustrait de 8,831,086, population de 1795 d'après Testimation faite ci-dessus, laisse 8,415,417 pour la population de 1790.

Sur le même principe, Texcès des naissances sur les morts, dans Tintervalle entre 1785 et 1790, sera 416,776. La population en 1785 sera donc 7,998,641 . Et de la même manière Texès des naissances sur les morts, dans Tintervalle entre 1780 et 1785, sera 277,544; et la population en 1780 sera 7,721 ,097.

Par conséquent, les deux tables de la population de 1780 à 1810, seront ainsi :

Table calculée d'après les naissances setUement, dans les observations préliminaires des extraits de population imprimés en\%\i.

Population en :

Table calculée d'après C excès des naissances sur les morts, après avoir eu égard aux omissions dans les régistrès et aux morts en dehors.

Population en :

Dans la première table, c'est-à-dire dans la table calculée d'après les naissances seulement, les additions faites à la population dans chaque période de cinq ans sont :

De 1780 à 1785, 63,000 De 1795 à 1800, 113,000 De 1785 à 1790, 659,000 De 1800 à 1805, 660,000 De 1790 à 1795, 380,000 De 1805 à 1810, 660,000

Dans la seconde table, c est-à-dire dans la table calculée d'après

Texcès des naissances sur les morts, après avoir appliqué les corrections proposées, les additions faites à la population dans chacune des périodes de cinq ans sont :

De 1780 à 1785, 277,000 De 1795 à 1800, 456,000 De 1785 à 1790. 417,000 De 1800 à 1805, 550,000 De 1790 à 1795, 416,000 De 1805 à 1810, 651,000 Le progrès de la population d'après cette dernière table parait beaucoup plus naturel et probable que d'après la première.

On ne peut guère supposer que, dans Tintervalle entre 1780 et 1785, Faccroissement de la population ait pu être seulement de 63,000, et que dans la période voisine il ait été de 659,000; ou que, dans Tintervalle de 1795 à 1800, il y ait eu seulement 113,000, et que dans la période suivante il y ait eu 660,000. Mais il n'est pas nécessaire d'insister sur des probabilités ; les preuves les plus claires peuvent être données pour montrer que, soit que la nouvelle table soit juste ou non, l'ancienne table doit être fausse. Si l'on n'a pas égard aux omissions dans les registres, Texcès des naissances sur les morts dans la période de 1 780 à 1 785 indique un accroissement de 1 93,000 au lieu de 63,000. Et, d'un autre côté , jamais les corrections pour omissions dans les registres, telles que l'on pourrait les faire sans sortir de la probabilité, ne donneraient Texcès des naissances sur les morts, dans la période de 1785 à 1 790, égal à 659,000. Sans avoir égard aux omissions, cet excès ne monte qu a 317,406 ; et si nous supposions que les omissions dans les naissances sont d'un quart, au lieu d'un sixième, qu'il n'y a point d'omissions dans les registres des sépultures, et qu'il n'est pas mort un individu au dehors, l'excès serait encore moindre de plusieurs milliers que le nombre indiqué.

Nous obtiendrions les mêmes résultats si nous estimions le progrès de la population pendant ces périodes par le rapport des naissances aux morts et par le taux de mortalité. Dans la première période, l'accroissement serait beaucoup plus grand que l'accroissement indiqué, et àms l'autre il serait beaucoup moindre.

On peut faire de semblables observations sur quelques-unes des autres périodes dans l'ancienne table, particulièrement sur la période de 1795 à 1800, qui a été déjà discutée.

On trouvera d'un autre côté que, si le rapport des naissances aux morts pendant chaque période était estimé avec quelque exactitude, et comparé avec la moyenne de la population , le taux du progrès de la population, déterminé par ce critérium, s'accorderait de très-près, dans toute période, avec le taux du progrès déterminé par l'excès des nais-

sances sur les morts» après aToir appliqué les correclions proposées. Et de plus, il est digne de remarque que, si les corrections proposées étaient un peu inexactes, ce qui est probable, les erreurs provenant de pareilles inexactitudes seraient probablement beaucoup moins considérables que celles qui doivent nécessairement provenir de la supposition sur laquelle Tancienne table est basée ; savoir que les naissances ont en tout temps le même rapport à la population.

Je ne pense pas sans doute à rejeter les estimations de population faites de cette manière, quand on ne peut trouver de meilleurs matériaux; mais, dans le cas en question, les registres des sépultures et ceux des baptêmes sont donnés pour toutes les années depuis 1780; et ces registres, avec la base solide du dernier dénombrement t four-> nissent un moyen de donner une table plus correcte de la population de 1780 qu'on n'en avait eu auparavant, et de montrer en même temps rincertitude des estimations faites seulement d'après les naissances, particulièrement quand on a en vue de calculer le progrès de la population pendant certaines périodes. En estimant la population entière d'un grand pays, deux ou trois cent milliers ne sont pas d'une grande importance; mais en estimant le taux d'accroissement pendant une période de cinq ou dix ans, une erreur de cette force est par trop importante. 11 nous sera permis, je pense, de mettre une différence essentielle dans nos conclusions relatives au taux d'accroissement pour l'une quelconque des périodes de cinq ans a laquelle nous voudrons nous arrêter, selon que l'addition faite à la population , pendant le terme en question, sera 63,000 ou 277,000, 115,000 ou 456,000, 659,000 ou 417,000.

Quant aux périodes antérieures à 1780, comme les registres des baptêmes et des sépultures ne sont pas donnés pour toutes les années, il n'est pas possible d'y appliquer les mêmes corrections. Et il est évident que, dans la table calculée d'après les naissances avant cette période, quand les registres ne sont donnés que pour des années éloignées les unes des autres, il peut en découler de très-grandes erreurs, non-seulement par la variation dans le rapport des naissances à la population sur les moyennes de cinq ans, mais encore parce que les années individuelles ainsi produites ne représentent pas ces moyennes avec assez d'exactitude (1).

(1) Par Tuoe ou Fautre de ces causes, j'estime très-probable que, dans la table pour 1760 et 1770, les nombres qui indiquent un accroissement de population si rapide dans cet inlervalle ne soni point entre eux dans un juste rapport. Il y a lieu de croire que le nombre donné pour 1770 est trop grand. (M.)

OBSTACLES A LÀ POPUUTION EN ANGLETERRE. 2«i

Un léger coup d'œil jeté sur Futile table des baptêmes^ des sépultures et des mariages, donnée dans les observations préliminaires des extraits de population , montrera combien peu de confiance on peut mettre dans les conclusions relatives à la population que Ton tire du nombre des naissances, des morts ou des mariages dans des années individuelles. Par exemple, estimons la population dans les deux années 1800 et 1801 1 comparées avec les deux années suivantes 1802 et 1803, d*après le rapport des mariages à la population, en supposant que ce rapport est toujours le même ; nous verrons que, si la population dans les deux premières années fut de 9,000,000, elle a dû être dans les deux autres années qui les suivent immédiatement beaucoup au-dessous de 12,000,000; et qu^ainsi elle paraîtrait s'être accrue de plus de 3,000,000, c'est-à-dire de plus d*un tiers, dans ce court intervalle. Le résultat d'une estimation laite d'après les naissances pour les deux années 1800 et 1801, comparées avec les années 1803 et 1804, ne serait guère dififérent; du moins une telle estimation indiquerait un accroissement de 2,600,000 en trois ans.

lue lecteur n'a pas lieu d'être surpris de ces résultats, s*il se souvient que les naissances, les morts et les mariages ne sont que dans un petit rapport avec toute la population, et que par conséquent les variations qui se trouvent dans l'un de ces éléments et qui peuvent avoir lieu pour des causes momentanées ne doivent pas être accompagnées de variations analogues dans la masse totale de la population. Un accroissement d*un tiers dans les naissances, qui arriverait dans une année, au lieu d'accroître la population d*un tiers, ne Faccrottrait peut-être que d'un huitième ou d'un neuvième.

11 s'ensuit donc, comme je l'ai établi dans le chapitre précédent, que la table de population pour le siècle qui a précédé 1780, calculée d'après les comptes rendus des naissances seulement, de dix en dix ans, ne peut être considérée que comme une approximation très-grossière de la vérité, en l'absence de meilleurs matériaux, et qu'on peut à peine s'y fier pour comparer les taux d'accroissement à des époques particulières.

La population de 1810, comparée à celle de 1800 corrigée comme nous l'avons proposé dans ce chapitre, indique un accroissement moins rapide que la diflférence entre les deux dénombrements; et de plus il a paru que le rapport supposé des naissances aux morts de 47 à 29 1/2 est plutôt au-»dessous qu au-dessus de la vérité. Cependant ce rapport est tout à fait extraordinaire pour un territoire riche et bien peuplé. Il ajouterait à la population d'un pays 1/79 par an ; et s'il continuait.

d après la table U d'Euler, insérée au chapitre XI sur la fécondité des mariages, il doublerait le nombre des habitants en moins de cinquante* cinq ans.

C*est on taux d*accroissement qui, dans la nature des choses, ne peut pas être permanent. Il a été occasionné par l'effet d*un grand accroissement de demande de travail, combiné avec un grand accroissement de force de production, soit dans Fagriculture, soit dans les manufactures. Ce sont les deux éléments nécessaires pour donner un encouragement efficace à un rapide accroissement de population. Si Tun des deux manque, le stimulant s'affaiblit immédiatement, ce qui n'est que trop probable en ce moment.

Mais nous avons obtenu un résultat frappant, relatif au principe de population. Nous avons acquis la preuve que, malgré les grandes villes, les manufactures, les habitudes contractées du luxe et de Topulence, si les ressources du pays permettent un rapide accroissement, et si ces ressources sont si avantageusement distribuées, qu'elles produisent une demande de travail constamment croissante, la population ne manquera point de leur tenir té(e.

Une étude détaillée de la statistique de l'Ecosse fournirait beaucoup <rexemples propres à jeter du Jour sur le principe de population. Mais j*ai donné à cette partie de l'ouvrage tant d*étendue, que je crains de lasser enfin la patience du lecteur. Je me bornerai donc à faire remarquer ici quelques circonstances qui me paraissent assez frappantes.

n y a tant d*omissions reconnues dans les registres des naissances, morts et mariages de la plupart des paroisses d'Ecosse, qu*on n'en peut lirer que très-peu de conséquences sûres. Plusieurs donnent des résultats fort extraordinaires. Dans la paroisse de Crosmichael (1), dans Kircudbright, la mortalité parait n'avoir été que de 1 sur 98, et les mariages annuels dans le rapport de 1 à 192. Ces rapports indiqueraient une salubrité absolument inouïe et une influence vraiment étrange de l'obstacle privatif. Mais on ne peut douter qu'ils ne soient dus principalement à l'omission, dans les registres, d'un grand nonibrede sépultures, et à ce que plusieurs mariages du lieu ont été célébrés dans d'autres paroisses.

(1) Slaiistical account of Scotland, vol. I, p. 1G7.

Ea général cependant il parait, par les registres qui sont réputés exacts, que dans les paroisses de campagne la mortalité est petite, et que les rapports de 1 sur 45, 1 sur 50, 1 sur 55, ne sont pas rares. Selon une table des probabilités de vie, calculée par M. Wilkie, d'après les registres de mortalité de la paroisse de Kettie, la probabilité de vie (I) d'un enfant naissant est 46'6 (2), par conséquent très-grande ; et le rapport de ceux qui meurent dans Tannée 1/10. M. Wilkie ajoute que, d*après les comptes rendus de 36 paroisses qui ont été publiés dans le premier volume de l'ouvrage, la probabilité de vie d'un enfant naissant parait être 40'3; mais dans une table insérée au dernier volume, et calculée pour toute l'Ecosse d'après le dénombrement du docteur Webster, la probabilité de vie à la naissance ne parait être que de 31 ans (3). Ce dernier résultat toutefois lui semble devoir être trop petit, parce qu'il n'est guère supérieur à celui que donne le calcul re* latif à la seule ville d'Edimbourg.

Les registres tenus en Ecosse sont si incomplets, que dans les extraits qu'on en a publiés on ne trouve des états de population que pour 99 paroisses. Si, d'après ces états, il est permis de former un juge* ment, on en doit inférer que ce pays jouit d'une rare salubrité, et que le nombre proportionnel des naissances y est singulièrement petit. La somme de la population de toutes ces paroisses en 1801 était 21 7,873 (4); la moyenne des sépultures, pour cinq années finies en 1800, a été 3,815, et celle des naissances 4,928 (5). Il en résulte que, dans ces paroisses, la mortalité n'a été que de 1 sur 56, et le rapport des naissances de 1 sur 44. Ces rapports sont si extraordinaires, qu'il est difficile de croire qu'ils ne s'éloignent pas de la vérité. En combinant ces résultats avec les calculs de M. Wilkie, on trouvera probable que le rapport des morts et des naissances en Ecosse soit moindre que celui que nous avons déterminé pour l'Angleterre et le pays de Galles, c'est-à-dire moindre pour les décès que celui de 1 à 40, et que celui de 1 à 30 pour les naissances. Du reste, il parait que le rapport des naissances aux morts est généralement reconnu être de 4 à 3 (6).

Il est encore plus difficile de hasarder une conjecture sur les mariages. Ils sont si irrégulièrement enregistrés, que dans VExtrait de la population {population abstract) on n'en a pas donné le relevé. J'au-

(i) L*espéraDce (expectation). Il s'agit sûrement de la probabilité de la vie douteuse, ou du terme auquel parviennent la moitié des enfants naissants. {P, P.) (2) Statistical account ofScotland, vol. Il, p. 407.— (3) Ibid., vol. XXI, p. 383. (4) Population abstract, Parish Registers, p. 459. —(5) Ibid.y p. 458. (6) Statistical account ofScotland, vol. XXI, p. 383.

rais cru» d'après F J^xposé statistique {Statistical account)^ qu'en Ecosse il y ayait plus de tendance au mariage qu'en Angleterre : mais s'il est yrai que dans ces deux pays le rapport des morts aux naissances soit le même, ainsi que celui des unes et des autres à la population totale, le rapport des mariages ne peut pas être fort différent. Remarquons toutefois qu'à supposer dans les deux pays l'obstacle privatif également efficace et la salubrité pareille, il faut que TËcosse éprouye le besoin et la misère à un plus haut degré pour que la mortalité y soit portée au même point qu'en Angleterre, parce que celle-ci a plus de villes et de manufactures.

En général, les exposés statistiques de l'Ecosse font voir que la condition des classes inférieures y a été améliorée pendant le cours de ces dernières années. Le prix des subsistances y a haussé; mais presque partout le travail y a crû dans une proportion plus forte. On remarque, en plusieurs paroisses, que le peuple y mange plus de viande de boucherie qu'autrefois, qu'il y est mieux logé et mieux vêtu, et qu'il y a gagné du côté de la propreté.

Une partie de ces progrès est due probablement à 1* influence croissante de l'obstacle privatif (1). On observe que dans quelques paroisses on a pris la coutume de se marier tard ; et on peut juger qu'il en est de même dans d'autres, par le rapport des naissances aux mariages, joint à diverses circonstances. L'auteur qui donne Tétat de la paroisse d'EU gin (2), en faisant Fénumération des causes générales de dépopulation en Ecosse, insiste sur la réunion des fermes, comme tendant à décourager le mariage et à faire sortir du pays la fleur de la jeunesse. Il parle aussi du luxe comme d'une autre cause de découragement qui tout au moins retarde le mariage jusqu'à un âge si avancé, que les enfants qui en naissent semblent être une race abâtardie. « Combien en conséquence, dit-il, voit-on d'hommes de tout état se vouer au célibat! combien de jeunes personnes de tout rang ne se marient point, qui, au commencement du 18« siècle et jusqu'à l'an 1745 (3), seraient devenues mères d'une postérité nombreuse et florissante! »

Cet effet s'est surtout fait sentir dans les parties de l'Ecosse où la population a été un peu diminuée par l'introduction des fermes en pâture, ou d'un système perfectionné d'agriculture qui exige un moindre

{{) C'esl-à-dire, comme cela a été expliqué en détail îiu chap. n, du liv. 1, relatif k tout ce qui tend a prévenir raccroissement de la populaUon. {G. et P. P.)

(2) Statistical accouru, vol. V, p. 4.

(3) On sait assez que cette année, qui est celle de b. bataille de Culloden , fait époque dans les fastes de l'Ecosse. (P. P.)

nombre de mains. En estimant la diminution de la population en Ecosse, à la On du 18' siècle ou au commencement du IQ^j par le rapport des naissances à difiércntes époques, on a probablement commis la même erreur que j'ai relevée à propos de la Suisse, et par conséquent on a cru cette diminution plus grande qu'elle n'était réellement (1).

En général, on peut conclure de ces divers états de population» que les mariages se font en Ecosse à une époque plus tardive qu'autrefois. Il y a cependant des exceptions. Dans les paroisses où les manufactures se sont introduites, et où les enfants trouvent à s'occuper dès Tâge de six ou sept ans» on est dans Tusage de se marier de bonne beure. Tant que la manufacture prospère» on s'aperçoit peu du mal qui résulte de cet usage : l'humanité souffre de penser que Tune des causes qui dé« robent aux yeux de tels maux est la grande mortalité des enfants. Ces morts prématurées font place à de nouvelles familles.

Ailleurs» comme dans les îles Hébrides et dans la Haute-Ecosse» où le partage des propriétés foncières a fait croître la population» il arrive aussi qu'on se marie plus tôt qu'auparavant» quoiqu'on n'y ait pas introduit de manufactures. Mais là aussi la pauvreté, qui est la suite de cet usage» n est que trop manifeste. Dans le compte rendu delà paroisse de Delting» dans les îles Shetland (2)» il est dit que Ton s'y marie fort jeune et que celte coutume est encouragée par les propriétaires» qui cherchent à avoir sur leurs terres autant d^hommes qu'il leur est possible pour la pèche de la morue; mais que ceux qui contractent ces mariages précoces sont en général chargés de dettes et de tous les em* barras qu'entraîne une nombreuse famille. L'auteur ajoute qu'autrefois il y avait certains règlements» appelés règlements de campagne» par l'un desquels il était défendu de se marier avant d'avoir 40 livres d'Ecosse en propriété libre (3). Cet article réglementaire n'est plus en vigueur. On assure cependant» que les règlements dont il fait partie avaient été approuvés et confirmés par le parlement d'Ecosse» sous le règne de Marie ou de Jacques VI .

{{) L'un des auteurs qui ont coopéré aux exposés statistiques (Staiistical accounts) fait une remarque k ce sujet. Il observe que les naissances paraissent avoir eu autrefois, à la population totale, un rapport plus grand que celui qui a lieu de nos jours. Probablement, dit-il, les naissances étaient plus nombreuses, ellamortalité plus grande. Paroisse de MorUquhitter, vol. VF, p. i2l . {M.) ,

(2) Vol. l, p. 385.

(3) Le texte porte frec^gear. Le mot gear veut dire en anglais habit, ornement» ou bien encore ameublement; mais en Ecosse il signifie biens ou richesses. On peut donc mieux traduire en toute propriété que en propriété libre, (Jph, G,)

En rendant compte des paroisses de Bressay/ Barra et de Quarff, dans ces mêmes îles Shetland (1)> on fait observer que les fermes y sont très-petites, et que peu d'entre elles ont une charrue. L*objet que les propriétaires ont en vue est d'avoir autant de pécheurs qu'ils peuvent s'en procurer, ce qui arrête les progrès de l'agriculture. Ces gens pèchent pour leurs maîtres, qui leur donnent un salaire peu proportionné à leur peine, ou qui achètent leur poisson à vil prix. « Ailleurs, dit Fauteur, on envisage avec raison la population comme un avantage; mais dans les îles Sfietland c'est précisément le contraire. Les fermes y sont morcelées. Les jeunes gens s'y trouvent engagés à se marier avant d'avoir des fonds. La suite de cette imprudence est la misère et la détresse. On croit que ces lies contiennent le double de la population qu'elles peuvent faire subsister d'une manière convenable. »

L'écrivain qui rend compte de la paroisse d'Auchterderran (2), dans le comté de Fife, dit que la maigre nourriture de l'ouvrier ne suffit pas pour soutenir le poids d'un dur travail, et qu'en conséquence son corps est usé avant le temps. « La facilité, ajoute-t-ii, avec laquelle ces gens se soumettent volontairement à une situation si dure, en s'engageant dans les liens du mariage, montre à quel point cette union et le goût de l'indépendance sont naturels à l'homme, n Au goût de l'indépendance, il semble que cet écrivain aurait dû substituer le désir de se voir renaître dans ses enfants.

L'ile de Jura (3) parait surchargée d'habitants, malgré des émigra* tiens constantes et nombreuses. On y trouve jusqu'à cinquante et soixante individus sur une ferme. L'écrivain qui en parle observe que de tels essaims , dans un pays privé de manufactures , sont une charge pour les propriétaires, sans aucun avantage pour l'Elat.

Un autre (4) s'étonne de l'accroissement rapide de la population, nonobstant rémigration considérable en Amérique qui eut lieu en 1770, et la consommation de jeunes hommes opérée par la dernière guerre. Il croit difficile d'expliquer ce phénomène. Il fait observer que si la population continue à croître de même dans la suite, à moins qu'on ne découvre de nouvelles sources d'occupations pour le peuple, le pays sera bi^tôt dans l'impossibilité de la faire subsister. Et en rendant compte de la paroisse de Callander (5), le rédacteur dit que les villages de cette paroisse, et de quelques autres qui lui ressemblent, sont remplis d'une

(1) Vol. X. p. 194. — (2) Vol. 1, p. 441. — (3) Vol. XII, p. 317.

(4) Paroisse de LochaUh (comté de Ross), vol. XI, p. 422.

(5) Vol. XI, p. 574.

foule de misérables nus et mourant de faim, qui sollicitent un abri et du pain. Il remarque à cette occasion, que partout où la population excède rindustrie il faut s*altendre à une prompte décadence.

Un exemple bien extraordinaire de tendance à un rapide accroisse* raent est celui que nous offrent les registres de la paroisse de Duthil (1), dans le comté d'EIgin. Comme les erreurs en excès sont moins probables que les omissions, cet exemple paraît mériter une attention particulière. Le rapport des naissances annuelles à toute la population dans cette paroisse est de 1 à 12; celui des mariages, de 1 à 55; et celui des morts, de même. Les naissances sont aux morts comme 70 à 15, ou comme 4 2 3 à 1 . On peut soupçonner quelque inexactitude dans le nombre des morts, où il y a sans doute quelques omissions; mais le rapport extraordinaire des naissances, qui s'élève à 1/12 de toute la population, ne semble pas aisément susceptible d'erreur, et les autres circonstances relatives à cette paroisse tendent à confirmer ce résultat. Sur une population de 830 personnes, il n'y avait que trois hommes non mariés, et chaque mariage se trouvait avoir produit sept enfants. Malgré cela, on croit que, depuis 1745, la population y avait beaucoup diminué. Et il parait que cette tendance excessive à s'accroître avait été l'effet d'une tendance excessive à Témigration. L* écrivain qui en rend compte fait mention de plusieurs émigrations considérables; il observe que des tribus entières, qui jouissaient d'une certaine aisance, avaient en dernier lieu émigré d'Ecosse, par caprice, ou par Tespoir imaginaire d'acquérir plus d'indépendance et de devenir propriétaires de terres libres.

Ce rapport extraordinaire des naissances , évidemment causé par l'habitude de l'émigration, fait assez voir l'extrême difficulté de dépeupler un pays en lui enlevant ses habitants. Si on lui enlève son industrie et ses moyens de subsistance, bientôt tout disparaît.

On peut observer sur cette même paroisse, que le nombre moyen des enfants qu'on dit être donnés par chaque mariage est de 7 ; tandis que si on voulait Testimer par le rapport des naissances annuelles aux mariages annuels, on le trouverait de 4 2/3 seulement. Une pareille différence se fait remarquer dans plusieurs autres paroisses : d'où nous pouvons conclure que les écrivains qui ont rédigé ces états de population ont fort judicieusement adopté, pour déterminer ce nombre, une méthode indépendante du rapport des naissances annuelles aux mariages annuels. Il est probable qu'ils ont établi leurs résultats à cet égard sur des recherches personnelles ou sur un examen attentif des

(0 Vol. IV, p. 308.

registres, et qu*ils sont ainsi parvenus à reconnaître avec sûreté le nombre d*enfants que chaque ntère avait mis au monde pendant toute la durée de son mariage.

Il parait qu'en Ecosse les femmes sont très-fécondes. Une moyenne de 6 enfants par mariage y est fréquente; et celle de 7, ou même de 7 1/2, n'y est pas très-rare. Un cas particulier offre quelque chose de Tort remarquable ; car il parait, par les états de population, qu'un nombre aussi considérable exprime pour chaque mariage les enfants actuellement vivants ; ce qui suppose un bien plus grand nombre, si Ton y comprend les enfants morts auparavant et ceux qui ne sont pas nés encore. Dans la paroisse de Nigg (1), au comté de Kinkardine, on lit qu*il y a 57 familles agricoles et 405 enfants; ce qui donne à peu près 7 1/9 pour chacune; 42 familles de pêcheurs et 314 enfants, ce qui fait pour chacune à peu près 7 1/2. Les familles agricoles qui n'avaient point eu d'enfants étaient au nombre de 7 ; aucune famille de pécheurs n'était dans ce cas.^Si ces données sont exactes, il me semble que chaque mariage, pendant toute sa durée, ne peut pas avoir donné moins de 9 ou 10 naissances.

Lorsque, d*après un dénombrement effectif, on trouve 3 enfants vivants pour chaque mariage, ou 5 personnes, quelquefois même 4 1/2 seulement par famille, rapports fréquemment observés, il ne faut pas en conclure que le nombre moyen des naissances pour chaque mariage ne s'élève pas au-dessus de 3, ou ne passe pas b^ucoup cette limite, il faut se rappeler que les mariages faits dans l'année du dénombrement sont presque tous stériles pour cette année-là ; qu'en général ceux de l'année précédente ne peuvent avoir produit qu'un enfant; que ceux qui ont précédé de deux ans peuvent difficilement en avoir produit et conservé deux; et que ceux qui ont précédé de quatre ans, dans le cours naturel des choses, doivent avoir produit et conservé moins de 3 enfants. Si, dans le cours de dix années, on ne perd qu'un enfant sur5, on devra envisager cette mortalité comme fort au-dessous de lamortalité commune. Ainsi on doit s'attendre qu'en dix ans le plus âgé des enfants aura été enlevé. Si donc on suppose que chaque mariage produit précisément 5 enfants, les familles parvenues à se compléter par les naissances n'auront que 4 enfants; et un grand nombre d'autres, encore incomplètes quant au nombre des naissances, en auront moins de 3 (2).

(1) Vol. VII, p. i94.

(2) On a calculé que, par uae moyenne, la différence d'âge des enfants d^une même famille est d'environ deux ans. (M,)

Il faut remarquer, en outre, qu*oa trouvera plusieurs familles dans lesquelles le père ou la mère seront morts. En ayant égard à toutes ces considérations , je doute qu*un dénombrement exact de cette peuplade, où chaque mariage donne 5 enfants, présentât même 4 1/2 individus par famille. Dans la paroisse de Dutbil (1), dont j*ai fait mention tout à rheure, on attribue à chaque mariage 7 enfants, et le nombre des individus pour chaque famille n*est que de 5.

Les pauvres en Ecosse sont généralement secourus par des contributions volontaires, distribuées sous Tinspection du ministre de chaque paroisse ; et en tout, il paraît que ces distributions ont été faites avec beaucoup de discernement. Comme ces secours sont, par leur nature, modiques et précaires, et que les pauvres sentent quMls n'y ont aucun droit (2), ils ne les considèrent que comme une dernière ressource pour les cas d*extréme détresse, et non comme un fonds sur lequel ils puissent compter avec assurance, ou comme une portion qui leur est assignée par la loi, dès que le besoin commence à se faire sentir.

La suite de cette opinion répandue est que les hommes voisins de la pauvreté font des efforts extraordinaires pour s'y soustraire et pour éviter d'avoir recours à des secours incertains et insuffisants. On remarque dans plusieurs comptes rendus des différentes paroisses de ce pays, que presque tous les habitants font quelques épargnes pour la maladie et la vieillesse ; et même, dès qu'un homme est menacé de tomber à la charge de la paroisse, ses enfants capables de travail et tous ceux qui ont avec lui des relations de parenté, font tout ce qu*ils peuvent pour prévenir cette espèce d'avilissement, qui est une tache pour sa famille.

Les écrivains qui ont rédigé les états de population des diverses paroisses de ce pays-là réprouvent fréquemment, et en termes très-forts, le système établi en Angleterre sous le nom de taxe des pauvres^ et donnent une préférence décidée à la forme adoptée en Ecosse. Dans le compte rendu de Paisley (3), qui cependant est une ville de manufac-

(4) Vol. IV, p. 308.

(2) On a dit dernièrement (1) au Parlement, qu'en Ecosse les lois sur les pauvres ne différaient pas essentiellement de celles d'Angleterre, quoiqu'elles y aient été fort différemment interprétées et exécutées. Quoi qu'il en soit des Icis, la pratique est généralement telle que je la présente ; et dans la question qui m'occupe, c'est la pratique seule qui a quelque importance. (M.)

(3) Vol. Vil, p. 74.

(1) Ceci est traoterit de U précédente édition, et m rapporte, par conséquent, à l'année 1807 ou à une époque antérieure fort rapprochée. (G. et P. P,)

tures 011 les pauvres abondent, Tauteur non-seulement repousse le sys* tème anglais, mais fait à ce sujet une observation qui peut-être n*es pas exempte d'exagération. II dit que, quoique F Angleterre soit le pay où on lève les plus fortes sommes pour les pauvres, il n*y en a point où le nombre des pauvres soit si grand ; et il ajoute qu'en comparaison de ceux des autres pays leur sort y est très-misérable.

Dans le compte rendu de Caerlaverock (1), en réponse à cette question : Comment convient-il de pourvoir aux besoins des pauvres? on remarque judicieusement a que la misère et la détresse croissent en proportion des fonds destinés pour les soulager; que les mesures de charité doivent être inaperçues jusqu'au moment où les bienfaits se distribuent; qu^en Ecosse, dans les paroisses de campagne, de petites collectes occasionnelles sont en général suf6santes ; que le gouvernement n'a que faire de s'en mêler, pour augmenter le cours de ces largesses, qui sont aussi abondantes qu^il est nécessaire; en un mot, que rétablissement d'une taxe pour les pauvres serait non-seulement inutile, mais nuisible ; qu'elle tendrait à charger les propriétaires, sans faire aucun bien aux pauvres. »

C'est, à ce qu'il parait, l'opinion dominante dans le clergé d'Ecosse. Il y a toutefois quelques exceptions. Le système de la taxe est approuvé, proposé même, en quelques endroits. Il ne faut pas s'en étonner. Dans plusieurs paroisses, on n'en a pas fait l'expérience ; et lorsqu'on n'a pas réfléchi sur le principe de population, ou qu'on n'a pas été témoin des maux que la taxe entraine dans la pratique, on doit au premier coup d'œill'envisager comme la forme d'assistance la plus naturelle, puisqu'elle parait offrir un moyen unique de faire contribuer également l'homme charitable et celui qui ne l'est pas, chacun selon sa fortune ; et puisqu'on peut, à ce qu'il semble, l'augmenter ou la diminuer aisément, selon que les besoins du moment l'exigent.

Les maladies endémiques et épidémiques tombent en Ecosse, comme ailleurs, principalement sur les pauvres. 11 y a des cantons où le scorbut est envisagé comme une maladie fort grave et difficile à guérir. Il y en a où il dégénère en une lèpre contagieuse, dont les effets sont effrayants et mortels. Un des rédacteurs des notes statistiques appelle ce mal le fléau et le poison de la nature humaine (2). On l'attribue généralement aux situations froides et humides, à une nourriture maigre et de mauvaise qualité, à l'air impur qui s'engendre dans des maisons où la

(1) Vol. VI, p. 21.

(î) Paroisse de Forbes et deKeam (comté d'Aberdeen), vol. XI, p. 189;

OBSTACLES A LA POPULATION EN ËrX)SSE ET EN IRLANDE. 271

population est entassée» à des habitudes d*indoIence et de malpropreté.

C'est en grande partie aux mêmes causes qu'il faut attribuer les rbumalismesy généralement répandus dans tout le pays, et les consomptionS| qui y sont très*fréquentes dans la classe inférieure du peuple. Partout où des circonstances particulières ont empiré Tétat du pauyre, on a vu ces diverses maladies, et surtout la dernière, exercer beaucoup de ravages.

Des fièvres lentes etnerveuses, d'autres plus violentes et plus funestes, deviennent souvent épidémîques et enlèvent beaucoup de monde. Mais de toutes les épidémies celle qui, depuis que la peste a cessé de visiter FEcossCt parait y être la plus redoutable, c*est la petite vérole. Elle re* vient en plusieurs endroits après un certain nombre d'années, formant des périodes régulières ou irrégulières, mais rarement de plus de sept ou huit ans. Les ravages qu*elle fait sont effrayants, quoique dans quelques paroisses ils aient diminué depuis un certain temps. Les préjugés contre l'inoculation y dominent encore. Et comme, dans des maisons petites et fort peuplées, le traitement de cette maladie ne peut manquer d'être fort mauvais ; comme d'ailleurs c'est l'usage en plusieurs endroits de visiter librement ceux qui en sont atteints, on peut croire qu'elle est fort destructive, surtout parmi les enfants des pauvres. Dans quelques paroisses des tles Hébrides et de la Haute-Ecosse, le nombre des individus qui habitent la même maison s'est élevé de 4 1/2 ou 5, jusqu'à 6 ou 7. U est facile de comprendre qu'une telle augmentation de nombre, sans aucun moyen nouveau d'aisance et de salubrité, ne peut manquer d'aggraver beaucoup la contagion (1). ^

De tout temps l'Ecosse a éprouvé des années de disette, quelquefois même de vraies famines. Les années 1635, 1680, 1688, les dernières années du 17' siècle, et dans celui qui vient de s'écouler les années 1740, 1756, 1766, 1778, 1782 et 1783 sont souvent citées comme des années de détresse dans lesquelles on a ressenti le besoin d'une manière très-cruelle. En 1680, la famine enleva tant de familles, que, dans un espace de six milles, un pays aupaitvant bien peuplé n'offrait pas un seul feu (2). Les sept années qui terminèrent le 1 7^ siècle furent appelées les années stériles. Le compte-rendu de la paroisse de Montquhitter (3) porte, que de 16 familles qui vivaient sur une ferme, 13 furent éteintes;

(1) Ceci, écrit atant 1807, 8*applique k des comptes rendus antérieurs. (G. et P. P.)

(2) Paroisse de DuthU, vol. IV, p. 308. (5) VoI.Vl, p. 12i.

dans une autre, de 169 individus, il ne survécut que 3 familles, y compris les propriétaires. Des fermes étendues, qui à présent contiennent une centaine d'individus, furent tellement désolées par ce fléau, qu'on les convertit en pâturages de moutons. En général, les habitants de la paroisse furent réduits par la mort à la moitié de leur nombre, ou, selou d'autres, au quart. Jusquen 1709, plusieurs fermes restèrent en friche. En 1740, la disette s'étant fait sentir, les pauvres furent réduits à la dernière misère, sans cependant mourir de faim. Plusieurs offraient de travailler pour un peu de pain, sans pouvoir trouver de remploi. Des hommes grands et forts acceptèrent avec reconnaissance deux pences (20 centimes] par jour pour tout salaire. 11 y eut aussi beaucoup de détresse en 1782 et 1783, quoique personne ne mourût de faim. «A cette époque critique, dit l'auteur, si la guerre d'Amérique n*avait pas été terminée ; si les magasins abondants, surtout les magasins de pois, préparés pour la marine, n*avaient pas été mis en vente, quelle scène d*horreur et de désolation eût offert ce malheureux pays I »

On trouve plusieurs descriptions pareilles dans les Exposés statis^ tiques; mais ces exemples peuvent suffire pour faire connaître la nature et la violence des maux que le besoin de subsistances a causés de temps en temps en Ecosse.

L'année 1783 dépeupla quelques parties de la Haute-Ecosse; on cite même cette année comme étant la cause de la diminution qu'on a remarquée dans le nombre des habitants depuis le dénombrement de M. Webster. La plupart des petits fermiers, comme on pouvait s'y attendre, furent absolument ruinés par celte disette. Ceux delà Haute- Ecosse se virent obligés de quitter leurs montagnes, de descendre dans la Basse-Ecosse pour y travailler en qualité de simples ouvriers (1), et d'y chercher des moyens précaires de subsistance. 11 y a des paroisses oii, ù répoque du dernier dénombrement, l'effet produit par cette année désastreuse se faisait encore apercevoir dans les maisons des fermiers ruinés, et où le peuple en général sien ressentait encore et offrait l'aspect de la misère. 7

Dans le compte rendu de la paroisse de Grange (2), dans le comté de Banff, on observe que l'année 1783 mit fin à toutes les espèces d'améliorations qui supposent des récoltes en vert, et força les fermiers à ne s'occuper que de la culture du grain. Presque tous les tenanciers furent ruinés. Avant cette époque, les consomptions étaient beaucoup moins

(1) Paroisse de Kinkardine (comté de Ross), vol. ill, p. 50S.

(2) Vol. JX, p. 550.

fréquentes qu'elles ne Tout été depuis. La cause en paraît due à la disette de 1783 et à la mauvaise nourriture dont il fallut que le peuple se contentât ; on Tattribue également à l'intempérie des saisons pendant les récolles de 1782 et 1787, qui força les ouvriers à passer trois mois entiers opposés perpétuellement au froid et à Thumidité; mais par-dessus tout au changement qui s'est opéré dans la manière de vivre des classes inférieures du peuple. Autrefois chaque père de famille jouissait de quelque aisance, buvait de temps en temps un verre de petite bière* et tuait pour son usage un mouton de son troupeau. Il n*en est plus de même aujourd'hui. Le manque des choses les plus nécessaires à la vie, qu'éprouve fréquemment le pauvre; l'air humide et corrompu des maisons qui lui servent d^asile; rabattement où le malheur a jeté ceux qui ci-devant étaient au-dessus de la pauvreté ; telles sont les causes principales des maladies qui régnent dans cette paroisse et de la grande mortalité qu'on y observe. Les jeunes gens sont emportés par la consomption; les personnes plus avancées dans la carrière de la vie périssent par rhydropisie et les fièvres nerveuses.

L'état de cette paroisse doit être considéré comme une exception à rétat général de celles d'Ecosse, quoique dans le nombre on en trouve d'autres qui lui ressemblent. Cette triste situation est due sans contredit à la ruine des tenanciers et fermiers ; et il n'y a pas lieu d'en être surpris , car on ne peut aisément concevoir une plus grande calamité pour un pays quelconque que la perte de son fonds et de son capital agricole.

Il est à propos de faire observer ici que c'est à la disette et à la mauvaise nourriture de Tannée (783 qu'on attribue les maladies qui ont désolé cette paroisse. Dans plusieurs autres paroisses il en a été de même, et on dit, en rendant compte de leur état, que, quoiqu'il y ait eu peu de personnes que la famine ait fait mourir par son influence di* rectCt presque toujours elle a été suivie de maladies mortelles.

On remarque aussi, à l'égard de plusieurs paroisses, que le nombre des naissances et des mariages es^afiecté par les années de disette et d'abondance. ^

Dans la paroisse deDingwall (1), au comté de Rosse, après la disette de 1783, il y eut 16 naissances de moins que la moyenne, et 14 de moins qu'au moindre nombre des dernières années. L'année 1787 fut une année d'abondance, et l'année suivante les naissances crûrent en proportion ; il y en eut 17 de plus que la moyenne, et It de plus qu'au nombre le plus grand des autres années.

(0 Vol. m. p. 1.

En rendant compte de la paroisse de Dunrossness (1), dans les Orcades» Técrivain rédacteur dit que le nombre annuel des mariages dépend beaucoup des saisons. Dans les bonnes années, ils vont à 30 et au delà; mais lorsque la récolte manque, ils vont à peine à la moitié.

L'accroissement total de la population d'Ecosse, depuis Tannée 1755, où le docteur Webster en fit le recensement, est d'environ 260,000 âmes (2). Pour suffire à son entretien, il s'est opéré une amélioration proportionnée dans l'agriculture et les manufactures; et la culture des pommes de terre s'est étendue au point qu'en quelques endroits elles sont les deux tiers de la nourriture du peuple. On calcule que l'émigration enlève à l'Ecosse la moitié de cet accroissement de population. On ne peut douter que ces émissions d'hommes ne soulagent beaucoup le pays et n'améliorent l'étal de ceux qui y restent. L'Ecosse est certainement encore aujourd'hui surchargée de population, mais moins qu'elle ne l'était il y a un siècle ou un demi-siècle, époques auxquelles elle contenait moins d'habitants.

On connaît mal les détails de la population de l'Irlande. Je me bornerai à dire que l'usage des pommes de terre l'a beaucoup accrue pendant le cours du dernier siècle (3). Le bas prix de cette racine, le peu de terre en culture qui est nécessaire pour nourrir de cet aliment toute une famille, cet état d'ignorance et de barbarie qui porte à suivre ses penchants presque sans prévoyance, ont encouragé le mariage dans ce pays à un tel point, que la population y a passé de beaucoup les bornes de ses ressources et de son industrie. 11 en est résulté nécessairement, pour les dernières classes du peuple, un état de misère et d*abaissemenl extrême. En conséquence, les obstacles à la population en Irlande sont principalement des obstacles destructifs, des maladies occasionnées par la plus déplorable pauvreté, par des habitations humides et malsaines, par des vêtements mauvais et insuffisants, par la malpropreté habituelle, et trop souvent par le besoin. A ces obstacles destructifs se sont joints, dans le cours de ces dernières aniiées, le vice et toutes les calamités qu'entraînent les commotions intestines, la guerre civile et la loi martiale (4).

0) Vol. vu, p. 391.

(2) Selon les comptes rendus dans la dernière estimation qui en a été faite, la population totale de TËcosse s'élève au-dessus de 1,590,000 àroes ; et par conséquent Taccroissement qu'elle a reçu jusqu'au moment actuel est de 520,000. (M.)

(3J J.-B. Say a dit que la pomme de terre av^iljà une certaine époque, triplé la population de rirlande! (Jpk, G.)

(4) Malthus dit beaucoup en peu de mots* 11 ne dit pas trop. La pitié s'empare

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