‹ MalthusChapitre 39 sur 89 · MORTS ET DES MARIAGES · texte numérisé non relu

MORTS ET DES MARIAGES

On voit clairement, par les utiles tables de mortalité qu*a recueillies Sûssmiich, et qui comprennent des périodes de 50 ou 60 années, que tous les pays de TEurope sont sujets à des retours périodiques d*années malsaines, qui viennent mettre obstacle à Taccroissement de leur population. Très-peu même sont exempts de ces grandes pestes destructives qui viennent» une ou deux fois peut-être dans un siècle, moissonner un quart ou un tiers de leurs habitants. La manière dont les

les erremeats de rancienne. Mais je ne crois pas qu'aucuu calculaleur ail eu TintenlioD de rien affirmer à cet égard.

Mon ami, M. Odier, professeur de médecine à Genève, qui s^étail beaucoup occupé de cet ohjel, avait proposé une méthode pour estimer la fécondité des mariages d'après les registres des mariages, des naissances et des morts (Voy. Bibl. DrxL littér.^L XXXI, p. i8i). M. Malihus, en ayant pris connaissance, ne trouvait cette méthode admissible que dans le cas où Tàge moyen auquel on se marie serait précisément égal à l'âge moyen auquel on meurt. Je fis part de celte objection h M. Odier. En y réfléchissant, il reconnut qu'elle était fondée ; et que, comme il doit arriver rarement que les générations comptées par la succe^ion des marirtges ne soient pas de quelques années plus courtes que celles que Ten compterai! par la vie moyenne, il s'ensuit que la fécondité des mariages estimée par sa méthode serait communément trop grande (1).

Quant k la méthode de M- Malihus, qui consiste à diviser, par le nombre des mariages d'une année , le nombre des naissances d'une autre année postérieure de trois années et trois quaris, M. Odier faisait une remarque que je vais transcrire ici, en rappelant préalablement la phrase k laquelle elle se rapporte. M. Malthus s'exprime ainsi : € Si la population d'un pays croît d'une manière régulière; et si les naissances, les morts et les mariages conservent toujours le même rdpport, soit entre eux, soit k la population totale, en prenant deux périodes de même étendue, dont Tune soit postérieure k l'autre d'un certain nombre d'années, on pourra affirmer que toutes les naissances de Tune seront k toutes les naissances de l'autre comme les naissances annuelles respectivement ; en ayant soin de comparer entre elles deux années correspondantes, c'esl-à dire deux années prises l'une dans la première période et l'autre dans la seconde, qui soient placées à la même distance l'une de l'autre que les périodes elles-mêmes. » Sur quoi M. Odier observait, « que cette supposition n'est pas, et ne peut jamais être, admissible, parce que les épidémies font toujours varier de temps en temps, et d'une manière irrégulière, la proportion du nombre des morts aux naissances, aux mariages et k la population ; en sorte qu'on ne peut jamais prendre une seule année pour type de la période. » 11 envisageait cette objection comme forte. El il était porté k conclure de tout ceci, que la seule manière sûre (Testimer la fécondité moyenne des mariage^ serait de désigner exactement^ dans le registre des morts^ le nombre total d'en fantSymtiTts ou survivants^ qu'a eus chaque femme mariée ou veuve, (P. P.)

(I) Voie! la méthode proposée par M. Odier : Multipliez le rapport des aaistaoces aux morts par celui des naissances aux mariages. Le quutient du uoiiveau ropport qui en résultera donnera le nombre moyen d'enfants produit pnr chaque raaha^c. {P, P.)

années demortalilé afTeclenl tous ces rapports généraux des naissances, des morts et des mariages, se montre à découvert dans les tables pour la Prusse et la Lithuanie, depuis Tannée 1692 jusqu'à 1757 (1).

Table III.

Honm Anuu».

■ABIAftIf.

lAIStAICZI.

itcts.

RAPPORT

«ax

RAPPm

BIS DÉcis

5 ans finis en 1697

En 1709 et 1710

Peste.

Nombre

ignuré

pendant ces

S années.

En 1711 En 1715

5 ans finis en 1716

51603 il 696 51455 59554 25695

En 1736 En 1737

Années d'épidémies.

5 ans finis en 1745

En 16 années avant la peste

En 46 années après la peste

En 65 bonnes années

Excès des naisnances sur les décès

En 5 années de peste

Dans tout le cours des 64 années où la peste se trouve comprise

Excès des naissances sur les décès

(1) Siissmilcb, GcUtliche Ordnung, vol. 1, table XXI, p. 83 des tables.

La table de laquelle celle-ci est extraite contient les mariages, naissances et décès, pour chaque année de la période entière. Afin de la réduire en un moindre espace, je me suis contenté de donner les moyennes de quelques périodes plus courtes, de 5 et de 4 années, h moins que les années particulières ne fournissent des observations dignes de remarque. L'année 1711, qui succéda immédiatement à la peste, n*est pas comprise par Sûssmilch dans les moyennes qu il a données. Il a exprimé séparément, et d'une manière détaillée, les nombres qui s*7 rapportent. Si ces données sont exactes, elles montrent l'effet soudain et vraiment prodigieux d'une grande mortalité sur lo nombre des mariages.

Sûssmilch calcule que la peste enleva plus d'un tiers de la population. Malgré cette diminution opérée dans le nombre des habitants, on voit, en jetant les yeux sur la table, que le nombre des mariages, en 1711, fui presque double de la moyenne des 6 années qui avaient précédé la peste (1). Pour qu'un tel effet ait eu lieu, il faut supposer que presque tous ceux qui avaient atteint l'âge de puberté, voyant combien le travail était demandé, et trouvant partout des places ou emplois vacants, se marièrent sans délai. Ce nombre extraordinaire de mariages ne put pas produire, la mêmeannée, un très-grand nombre proportionnel de naissances. En effet, on ne peut pas supposer que ces nouveaux mariages pussent donner, dans l'année où ils furent contractés, plus d'une naissance chacun. Tout le reste des naissances dut provenir des mariages précédents que la peste n'avait pas dissous. II n'y a donc pas lieu d'être surpris que cette année-là le rapport des naissances aux mariages ne fût que de 2'7 à 1, ou de 27 à 10. Mais quoiqu'il fût impossible.

(1) Le nombre des habitants avant la peste était, selon le calcul de Sûssmilch (vol. I,ch. IX, sect.i75), de 570,000. Si Too en retranche 247,733, qui est le nombre de ceux qui moururent de la peste, le reste, 322,267, est l'expression de la population après la peste. Si on le divise par le nombre des mariages de 1 7i i , et ensuite par le nombre des naissances de la même année, on trouve que les mariages furent la (rente-sixième partie de la population , et que les naissances en furent environ la dixième. Des rapports aussi extraordinaires ne peuvent avoir lieu , en un pays quelconque, que dans une année particulière. S'ils se soutenaient au même niveau, ils opéreraient le doublement de la population en moins de dix ans. 1! se pourrait qu'il se fût glissé une faute k cet endroit de la table, et que dans l'année i7ii se trouvassent compris les mariages et les nais^nces qui ont eu lieu pendant la peste; cependant, comme les décès sont soigneusement mis k part, il est difficile de croire k une telle confusion pour les naissances et les mariages. Da reste, il importe assez peu, parce que le tableau des autres années suffit pour rendre sensible le principe général. (H.)

d*après ce qui vient d'être dit« que le rapport des naissances aux mariages se trouvât grand, cependant, vu le nombre extraordinaire des mariages, le nombre absolu des naissances ne put manquer d*être trèsgrand. Or, comme le nombre des décès dut naturellement être petit, le rapport des naissances aux morts se trouva démesurément grand, puis* qu*il fut de 320 à 100. Un tel excès de naissances égale peut-être tout ce qu'on a jamais pu observer en ce genre sur le sol de TAmérique.

L'année suivante, 1712, le nombre des mariages dut nécessairement diminuer d'une manière frappante. En effet, presque tous les individus qui avaient atteint Tâgé de puberté s'étant mariés Tannée précédente, les nouveaux mariages qui se flrent cette année-là furent principalement contractés par ceux qui atteignirent cet âge postérieurement à la dernière année de la peste. Toutefois, comme probablement tous les individus nubiles ne s*étaient pas mariés Tannée précédente, le nombre des mariages de Tannée 1712 comparé à la population se trouve encore considérable; et quoiqu'il v<e s'élève pas fort au-dessus de la moitié do ceux de l'année précédente, il est supérieur à la moyenne de la période qui avait précédé la peste immédiatement. Le rapport des naissances aux mariages en 1712, quoique plus grand que Tannée précédente à cause du moindre nombre de mariages, n'est pas grand en comparaison de celui qui a lieu en d'autres pays, étant de 3'6 à 1 , ou de 36 à 10; mais le rapport des naissances aux décès, quoique moindre que Tannée précédente, où les mariages avaient été si fort multipliés, parait fort grand si on le compare à celui qui a lieu en d'autres pays, puisqu'il est de 220 à 100. C'est un excès de naissances qui, calculé d'après la mortalité de 1 sur 36, doublerait la population d'un pays (d'après la tablel, p. 292)en28 1/8 ans.

Depuis cette époque, le nombre des mariages annuels commence à se régler sur une population diminuée. En conséquence, il tombe fort au-dessous du nombre moyen des mariages qui avait lieu avant la peste, parce qu'il dépend principalement du nombre des individus qui parviennent chaque année à un état où le mariage est accessible pour eux. C'est en 1720, neuf ou dix ans après la peste, que le nombre des mariages annuels devient le plus petit, soit par quelque cause purement accidentelle, soit parce que Tinfluence de l'obstacle privatif commençait à se faire sentir. A la même époque, le rapport des naissances aux mariages s'élève fort haut. Dans Tinlervalle de 1717 à 1721, on voit par les tables que ce rapport est de 49 à 10 ; et dans les années 1719 et 1720 en particulier, il est de 50 à 10 et de 55 à 10.

Sûssmilch fait remarquer la fécondité des mariages en Prusse après

298 LIVHE II. — CHAPITHE XII.

la peslc, el allègue en preuve le rapport de 50 naissances annuelles pour 10 mariages annuels. 11 y a les plus forles raisons de croire, d'après les moyennes générales, qu'à cette époque les mariages en Prusse furent très-féconds ; mais ni le rapport de cette année individuelle, ni même celui de la période, n'établissent suffisamment ce fait-là, parce que la grandeur de ces rapports fut évidemment occasionnée par le petit nombre des mariages de cetle année et non par le grand nombre des naissances (1). Dans les deux années qui suivirent immédiatement la peste, tandis que Texcès des naissances sur les morts était si grand, les naissances étaient aux mariages dans un très>petit rapport En calculant par la méthode ordinaire, ou en aurait conclu que chaque mariage ne donnait que 2'7 ou 3'6 enfants. Dans la dernière période de la table, de 1752 à 1756, les naissances sont aux mariages comme 5 est à 1 ; et dans Tannée 1756 en particulier, comme 6'1 est à 1. Cependant ou trouve, dans cette même période, que le rapport des naissances aux décès ne surpasse pas celui de 148 à 100. C'est ce qui n'aurait pu avoir lieu, si la grandeur du rapport des naissances aux mariages avait indiqué un nombre de naissances fort supérieur au nombre ordinaire. Ce grand rapport des naissances indiquait donc seulement un nombre de mariages au-dessous de la moyenne.

Les variations dans le rapport des naissances aux décès, qui ont eu lieu à diOérentes époques pendant la suite des 64 années de la table, méritent une attention particulière. Si Ton prend la moyenne des 4 années qui ont succédé immédiatement à la peste, on trouve que les naissances sont aux décès dans un rapport plus grand que celui de 22 à 1 0. Ce rapport, en supposant la mortalité de 1 sur 36, doublerait la population en moins de 21 ans. Si maintenant nous prenons les 20 années de 1711 à 1731, nous aurons pour rapport moyen des naissances aux décès à peu près celui de 17 à 10. Ce rapport (selon la table I, p. 292) doublerait la population à peu près en 35 ans; mais si, au lieu de 20 ans, nous prenions la période entière de 64 ans, le rapport moyen des naissances aux décès ne s'élèverait guère au-dessus de celui de 12 à 10. Ce rapport ne doublerait pas la population en moins de 125 ans. Si Ton comprenait dans une j>ériode trop courte la mortalité de la peste, ou seulement celle des années d'épidémies, 1736 et 1737, les décès pourraient bien surpasser les naissances, et la population semblerait diminuer.

Sûssmilch croit qu'au lieu d'être de 1 sur 36, la mortalité put bien

(1) Sûssmilch, Gœitliche Ordnung, vol. I, eh. v,S. LXXXVI, p. 175.

avoir iiè rcduile en Prusse, après la peste, à i sur 38. Quelques lecteurs trouveront peut-être que Tabondance, occasionnée par les ravages de ce fléau, aurait dû rendre la différence encore plus sensible. Le docteur Short a remarqué qu'à une grande mortalité succède presque toujours une salubrité remarquable (1). Je ne doute pas que cette observation ne soit juslc, lorsqu'on compare entre eux les mêmes âges; mais on sait assez que, même dans les circonstances les plus favorables, les enfants au-dessous de 3 ans meurent en plus grand nombre que les individus d'un âge différent. Or, à la suite d'une mortalité, le nombre proportionnel des enfants est fort au-dessus du nombre ordinaire ; et cette circonstance contre-balance au premier moment la salubrité naturelle de cette époque ; elle est cause que la différence dans la mortalité générale est moins frappante.

Si Ton divise la population de la Prusse après la peste par le nombre des morts, en 1711, on trouve la mortalité à peu près de 1 sur 31. Elle augmenta donc plutôt que de diminuer. Cela vient du nombre prodigieux d'enfants qui naquirent cette année-là. Cette mortalité accrue dut certainement cesser quand les enfants qui Toccasionnaient atteignirent un âge où la vie est moins chancelante : et alors probablement se vérifia Inobservation de Sûssmilch. En général, cependant, on observe que Teffet d'une grande mortalité, dans les années immédiatement subséquentes, est plus sensible sur les naissances que sur les décès. En consultant la table, un voit que le nombre des morts annuelles croît régulièrement lorsque la population croit, et suit d'assez près ces variations. Mais le nombre des naissances annuelles n*est pas très-différent en dirférentes époques de la période entière, quoique pendant sa durée la population ait plus que doublé. Par conséquent, il faut que le rapport des naissances à la population totale ait tout à fait changé du commencement de cette période à sa fin.

On voit par là combien on doit commettre d'erreurs en prenant un certain rapport donné des naissances comme base d'estimation de la population d'un pays à une époque passée. Dans le cas présent, cette méthode aurait conduit à croire que la peste n'avait presque point diminué la population, tandis que, par le nombre des morts, nous aurions jugé qu'elle avait diminué d'un tiers.

On rencontre des variations de même genre, quoique moins sensibles, dans les rapports des naissances, des décès et des mariages, en parcourant toutes les tables que Sûssmilch a recueillies. Comme ceux

(i) History qf air^ setuons^ etc., vol. 111, p. 544.

qui ont écrit sur ce sujet ont souvent fondé leurs calculs, relatifs à des temps passés ou futurs, sur les rapports fournis par un petit nombre d'années, il ne sera pas inutile d'offrir à Tattention du lecteur quelques autres exemples des variations dont ces rapports sont susceptibles.

Dans la Marche électorale de Brandebourg (1), pendant un espace de 15 années finissant en 1712, le rapport des naissances aux décès fut à peu près de 17 à 10. Pendant 6 années finissant en 1718, le rapport fut réduit à celui de,13 à 10 ; pendant 4 années finissant en 1756, il fut de 12 à 10; enfin, pendant 3 années finissant en 1759, les morts surpassèrent beaucoup les naissances. On ne donne pas le rapport des naissances à la population totale, mais il n'est pas probable que les grandes variations observées dans le rapport des naissances aux décès soient provenues uniquement des variations dans le nombre des décès. Le rapport des naissances aux mariages se présente comme assez uniforme, ne variant qu^entre ces deux extrêmes, le rapport de 38 à 10 et celui de 35 à 10 : la moyenne est à peu près de 37 à 10. Ces tables n'offrent pas de très-grandes épidémies, si ce n*est celle des 3 années qui commencent en 1757. Et au delà de cette époque les tables ne sont pas c(mtinuées.

Dans le duché de Poméranie (2), le rapport moyen des naissances aux décès» pendant un espace de 60 années, de 1694 à 1756 inclusivement, fut de 138 à 100. Mais, dans quelques-unes des périodes de 6 ans, ce rapport s'éleva jusqu'à être de 177 à 100, et de 155 à 100. Dans d*autres, il tomba jusqu*à n'être plus que de 124 à 100, et de 130 à 100. Les rapports extrêmes des naissances aux mariages, dans les différentes périodes de 5 et de 6 années, furent 36 à 10 et 43 à 10; la moyenne des 60 ans fut à peu près 38 à 10. Il parait qu'il y eut, pendant la durée de cette période, quelques années d'épidémies, au nombre desquelles il s'en trouva 3 où les décès surpassèrent les naissances. Mais cette diminution de population, qui eut lieu pour un temps, ne produisit aucune diminution correspondante dans les naissances ; et les 2 années qui offrent pour les mariages le plus grand rapport de tous ceux que contient la table, sont placées, Tune immédiatement avant, et Vautre 2 ans après une épidémie. Cependant, Texcès des morts ne fut pas grand jusqu'à la période de 3 ans finissant en 1759, époque où la table est terminée.

Dans la nouvelle Marche de Brandebourg (3), pendant 60 ans, de 1695

(1) Sûssmilcli, GoUiliche Ordnung, vol. I, tables, p. 88. — (2) Idem^ p. 9i. (3) Idem, p. 99.

à 1756 inclusivement, le rapport moyen des naissances aux décès des premières 30 années fut de J48 a 100 ; dans les dernières 30 années, de 127 à 100; dans les 60 années ensemble» de 136 à 100. Dans quelques-unes des périodes de 5 ans, il s'éleva jusqu'à être de 171 et 167 à 100; dans d'autres, il tomba jusqu'à celui dell8 et 128 à 100. Pendant 5 années unissant en 1726, la moyenne annuelle des naissances fut 7,012; pendant 5 années finissant en 1746« elle fut 6,927. De ces données, si Ton calculait d'après les naissances» on inférerait que dans cet espace de 20 années la population avait été en décroissant. Mais le rapport moyen des naissances aux décès durant cette période prouve, au contraire, quelle s'accrut considérablement, et cela nonobstant quelques années d'épidémies. II faut donc nécessairement que le rapport des naissances à la population totale ait changé. Un autre interralle de 20 années donne le même résultat, tant pour les naissances que pour les mariages. Les rapports extrêmes des naissances aux mariages sont 34 à 10 et 42 à 10; et la moyenne environ 38 à 10. Les 3 années commençant en 1757 furent, comme dans les autres tables, des années fatales et destructives.

Dans le duché de Magdebourg (1), pendant 64 années terminées en 1756, le rapport moyen des naissances aux décès fut de 123 à 100; dans les 28 premières années de la période, de 142 à 100; et dans les 34 dernières années, seulement de 112 à 100. Pendant une période de 5 années, il s'éleva jusqu'à être de 170 à 100; et dans deux périodes les morts surpassèrent les naissances. De légères, mais fréquentes épidémies se manifestent dans cette table. Dans les cas où il s'en trouve trois ou quatre dans des années consécutives et où la population en est diminuée, elles ne manquent point d'être suivies d*une augmentation de mariages et de naissances. Les rapports extrêmes des naissances aux mariages sont 42 à 10, et 34 à 10; et la moyenne des 34 années est 39 à 10. Sûssmiich remarque sur cette table, que le nombre moyen des morts indique une population augmentée d'un tiers de 1715 à 1720, mais que les naissances et les mariages indiqueraient au contraire une population stationnaire ou même décroissante. En tirant ce résultat des tables, il fait usage des 3 années d'épidémies finissant avec Tannée 1759, pendant lesquelles les mariages et les naissances semblent avoir diminué.

Dans la principauté de Halberstadt (2j, le rapport moyen des naissances aux décès pendant 68 ans finissant avec l'année 1756, fut de 124 à

(1) Sûssmiich, vol. I, tables, p. 103.— (â) Ibid., p. 108.

302 LIVRE II. — CHAPITRE Xil.

100; mais dans quelques périodes de 5 années* il s'éleva jusqu'à être de 160 à 100; et dans d'autres, il tomba jusqu'à celui de 110 à lUO. L'accroissemeut pendant la période entière des 68 ans fut considérable; et toutefois, pendant 5 années finissant en 1723, le nombre moyen des naissances fut 2,8i 8 ; et pendant 4 années finissant en 1750, ce nombre fut 2,628 ; d'où il semblerait suivre qu'en 27 ans la population avait considérablement diminué. La même apparence se présente si Ton consulte la table des mariages pour une période de 32 ans. Dans 5 années finissant en 1718, il y en a eu 727; et dans 5 années finissant en 1750, on en trouve 689. Le rapport des décès de ces deux courtes périodes aurait attesté un accroissement considérable. Les épidémies paraissent avoir été fréquentes. Toutes les fois qu'elles ont été assez fortes pour que les morts aient surpassé les naissances, elles ont été suivies immédiatement d'un nombre de mariages plus grand que de coutume; et au bout de peu d'années, d'un rapport croissant de naissances. Le plus grand nombre de mariages que présente la table tombe sur Tannée 1 751 , après répidémie de 1750, pendant laquelle les morts avaient surpassé les naissances de plus d'un tiers ; et les 4 ou 5 années suivantes sont celles qui ofTrent le plus grand rapport des naissances. Les rapports extrêmes des naissances aux mariages sont 42 à 10 et 34 à 10; la moyenne pour Ies68annéesest38àl0(l).

Les autres tables offrent des résultats semblables : mais ceux que je viens d'indiquer suffisent pour montrer les variations qui se présenlent continuellement dans les rapports des naissances, des mariages et des décès, à la population totale.

De tous les rapports^ le moins variable est celui des naissances aux mariages. La raison en est manifestement que ce rapport dépend principalement de la fécondité des mariages, laquelle ne peut éprouver de très-grands changements. 11 est même bien difficile de croire que la fécondité des mariages puisse varier autant que le rapport des naissances aux mariages varie dans les tables. Mais aussi cela n'est pas nécessaire à supposer, parce qu'il y a une autre cause qui doit contribuer à produire ce dernier effet. Les naissances contemporaines des mariages, pour une année particulière quelconque, appartiennent principalement aux mariages contractés quelques années auparavant. Par conséquent, si pendant 5 ou 6 années le rapport des mariages se trouve être consi* dérable, et qu'à la suite de cette période il survienne accidentellement,

(i) Sussmi1ch,\ol. Stables, p. 108.

pendant 1 ou 2 années, une diminution notable dans ce rapport, les registres indiqueront pour celle année ou pour ces 2 années un trèsgrand rapport des naissances aux mariages. Réciproquement, si pendant 4 on 5 années il se faisait moins de mariages qu'à Tordinaire, et qu'à la suite 1 ou 2 années fussent au contraire très-abondantes en mariages, Fou trouverait d*après les registres à cette dernière époque un très-petit rapport des naissances aux mariages. C^est ce dont les tables pour la Russie et la Litbuanie offrent des exemples frappants. Et on en trouve également dans toutes les autres tables recueillies par Sûssmilch. On y voit que les rapports extrêmes des naissances aux mariages sont en général plus affectés par le nombre des mariages que par celui des naissances. D'où Ton peut conclure que ces rapports extrêmes dépendent moins d'aucun changement survenu dans la fécondité des mariages, que de la disposition à se marier et des encouragements qui peuvent y déterminer.

Les années d^épidémies, répandues parmi les autres dans ces tables, ne peuvent sans doute avoir, sur les mariages et les naissances, la même influence qu'a la peste dans les labiés de Prusse ; mais en proportion de la grandeur du mal , son action est absolument semblable. Les registres de plusieurs autres pays, en particulier ceux des villes, prouvent que la peste les visita fréquemment à la fin du 17* siècle et au commencement du 18®.

En voyant les pestes et les années malsaines succéder dans ces tables aux périodes de rapide accroissement, on juge aisément que le nombre des habitants s'est trouvé si grand en comparaison de leurs moyens de subsistance, que leur santé n'a pu y résister. 11 a fallu que les individus dont se compose la masse du peuple vécussent avec moins d'aisance, usassent d'une plus mauvaise nourriture, fussent entassés en plus grand nombre dans leurs habitations. Ces causes ont dû naturellement amener les maladies , et cet effet n'a pu manquer de se faire sentir, quoique d'ailleurs peut-être le pays ne fût pas populeux et qu'il y restât beaucoup de place non occupée. Lors même que dans un pays la population est clair-semée, si elle vient à croître avant que la nourriture qui lui devient en conséquence nécessaire ait été produite et avant qu'on ait construit les logements qui doivent recevoir ce surplus, les habitants sont inévitablement appelés à souffrir beaucoup du manque de place et de subsistances. Si dans la haute Ecosse, pendant les dix ou douze années qui vont suivre, les mariages étaient plus nombreux ou plus féconds que ci-devant, et si l'émigration éprouvait quelque empêchement : au lieu d'être cinq dans une cabane , les habitants s'y en-

304 LIVRE il. — CHAPITRE XUI.

tasseraient an nombre de sept. Cette accumulation, jointe à une nourriture plus mauvaise que celle à laquelle ils sont accoutumés, aurait incontestablement le plus mauvais effet , et la santé de ce peuple ne manquerait pas de s*en ressentir.

CHAPITRE XIU. — CONSÉQUENCES GÉNÉRALES AUXQUELLES CONDUIT LE TABLEAU DE LA SOCIÉTÉ QUE NOUS MENONS DE TRACER.

On peut s'assurer que les obstacles indiqués ci-dessus sont bien les causes immédiates qui retardent Taccroissement de la population, et (}ue c^ obstacles résultent principalement de Tinsuffisance des moyens (le subsistance. 11 suffit pour cela de voir combien cet accroissement devient rapide, dès que quelque augmentation soudaine dans les moyens de subsistance vient écarter ces obstacles.

On a remarqué constamment, que toutes les colonies nouvelles établies dans des pays salubres, où la place et la nourriture ne manquent l)oint, ont fait des progrès rapides dans leur population. Plusieurs des colonies de Fancienne Grèce paraissent avoir égalé ou même surpassé, dans Pespace de deux ou trois siècles, leur mère patrie. Syracuse et Agrigente, en Sicile ; Tarente et Locres, en Italie ; Epbèse et Milet, dans TAsie Mineure, furent sous tous les rapports au moins les égales des villes les plus florissantes de Tancienne Grèce. Toutes ces colonies s'étaient établies dans des contrées habitées par des nations sauvages et barbares, qui firent aisément place à ceux qui vinrent en prendre possession, et leur abandonnèrent de vastes étendues de bonnes terres. On a calculé que les Israélites, qui ne s'accrurent que très-lentement tandis qu'ils erraient dans le pays de Gfaanaan, se multiplièrent tellement sur le sol fertile de TEgypte , que pendant le séjour qu'ils y firent leur nombre doubla tous les quinze ans (1). Mais sans nous arrêter aux exemples que nous fournit l'antiquité, les établissements des Européens eu Amérique attestent de la manière la plus frappante la vérité d*une observation qui n'a d'ailleurs, je crois, jamais été révoquée en doute.

Une abondance de riches terres, qui ne coûtent que fort peu de chose ou même rien du tout, est une cause de population si puissante, qu'en général elle surmonte tous les obstacles.

11 est difficile d'imaginer que de nouveaux établissements puissent être plus mal administrés que ne l'ont été ceux que les Espagnols ont formés au Mexique, au Pérou, à Quito. La tyrannie, la superstition, tous

(i) Shorl's, New obserc. on biUs ofmorkUUy, p. 239, in-8o, i7îi0.

CONSÉijUËiNOËS GÉNÉRALES. 3(»:i

les vices de la mère patrie y suivirent les colons. On leur imposa des taxes énormes ; leur commerce fut gêné par des règlements arbitraires ; les gouverneurs n'exercèrent pas moins d'extorsions pour eux-mêmes que pour leurs souverains. Toutefois, au milieu de tant d'entraves, la population de ces colonies fit de rapides progrès. La ville de Quito, qui n'était qu'un hameau lorsque les indigènes l'occupaient seuls, nous est représentée par Ulloa comme contenant, il y a 50 ans, près de 60,()00 âmes (1). Lima, dont la fondation est postérieure à la conquête du pays, était, au rapport de ce même voyageur, autant ou plus peuplée, avant le funeste tremblement de terre de 1 746. Mexico contient, dit-on, 100,000 habitants, ce qui, malgré les exagérations des écrivains espagnols , est probablement cinq fois autant qu'elle en contenait au temps de Montézuma(2).

Dans les colonies portugaises du Brésil, qui ne sont pas gouvernées moins tyranniquement, on estimait, il y a 30 ans, que le nombre des habitants d'origine européenne s'élevait au -dessus de 600,000 (3).

Les colonies hollandaises et françaises, quoique soumises au gouvernement de quelques compagnies marchandes jouissant de privilèges exclusifs , ne laissèrent pas , au milieu des désavantages de cette position, de s'accroître et de prospérer (4).

Mais les colonies anglaises du nord de TAmérique, devenues un peuple puissant sous le nom d'Etats-Unis, Tout emporté sur toutes les autres par Taccroissement rapide de leur population. Outre une quantité de terres très-riches que ces colonies possédaient, ainsi que celles d*Espagne et de Portugal, elles jouissaient à un plus haut degré des avantages de la liberté et de Tégalité. Quoiqu'elles fussent soumises à quelques gênes relativement à leur commerce extérieur, elles usaient du droit d'administrer leurs affaires intérieures. Les institutions politiques y étaient favorables à la mutation et à la division des propriétés foncières. Les terres que le propriétaire négligeait de cultiver pendant un espace de temps limité étaient déclarées vacantes et susceptibles d'être cédées à toute autre personne. En Pensylvanie, il n'y avait aucun droit de primogéniture ; et dans les provinces de la Nouvelle-Angleterre, le fils atné n'avait droit qu'à une portion double. Les dîmes n'ont été établies dans aucune partie de ces Etats, et les taxes y étaient presque inconnues. Les terres y étaient partout à si bon marché, qu'il n y

(1) Ulloa, Voyage, 1. 1, liv. V, ch. v, p. 229 ; iD-4*», i752.

(i) Adam Smith, Richesse des nations, vol. Il, liv. IV, ch. vnr, p. 365. AngL

(3) Ibid., p. 365. — (4) Ibid.y p. 368, 369.

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avait point de meilleur emploi à faire des capitaui que de les verser dans les entreprises d'agriculture; entreprises qui obligent les individus à se livrer à des travaux salubres, et qui fournissent à la société les produits les plus utiles.

Des circonstances si favorables accrurent la population avec une rapidité presque sans exemple. Dans les provinces du nord, elle a double tous les 25 ans. En effet, le nombre des colons qui s'établirent dans la Nouvelle Angleterre en 1643 fut de 21 ,000. Depuis, on a prouvé qu'il y eut plus de personnes qui quittèrent la colonie, qu'il n'y en eut qui s'y établirent, et en 1 760 le nombre de ses habitants était de 1 ,000,000. Il faut donc que pendant tout ce long intervalle de temps la population ait doublé régulièrement tous les 25 ans. Dans la Nouvelle-Jersey, la période de doublement est de 22 ans. Dans Rhode-Island, elle est encore plus courte. Dans les établissements de l'intérieur, où les habitants, livrés exclusivement à Tagriculture, ne connaissent pas le luie, on croit que la population double en 15 années. Le long des côtes de la mer, qui ont été naturellement habitées les premières, la période de doublement est d'environ 35 ans. Et dans quelques villes maritimes, la population est stationnaire (1). D'après les derniers dénombrements, il

{{) Price's Observ. on revers, paym., vol. 1, p. 282, 283, et vol. Il, p. 260. J'ai vu en dernier lieu quelques extraits du sermon du D' Siyles, qui a fourni ces faits au D' Priée. En parlant du Rhode-lsland, le D^^iytesdil que, quoique la période de doublement pour la Colonie entière soil de 25 ans, elle n'est pas la même pour ses différentes parties ; que dans Fintérieur elle est de 20, et même de 15 années. En t748, la population des cinq villes de Gloucester, SIluate, Coventry, Wellgreenwich et Eieler était de 5,035 âmes, el en 1755 de 6,986, ce qui suppose une période de doublement de 15 années seulement. Il dit ensuite, que le comté de Kent double en 20 ans, et le comté de Providence en 18 ans.

J'ai aussi vu dernièrement un mémoire contenant des faits et des calculs relatifs à la population des Étala-Unis, qui établit la période de doublement pour la totalité des Ëiaisà dater du premier établissement, de 20 années seulement. J'igoore jusqu'à quel point ce mémoire peut faire autorité; mais en tant qu'il repose sur des faits el calculs publics, il me paraît digne de confiance. Une période offre un phénomène remarquable. Les comptes nndus au Congrès eu 1782 portaient la population à 2,589,500 ; et dans le dénombrement de 1790 on l'a trouvée de 4,000,000. L'accroissement en 9 années a été de 1,610,700. H faut en déduire 10,000 colons européens par an, en tout 90,000 , joint à un accroissement de 5 pour cent en 4 1/2 ans, ce qui fait 20,250. Le reste présentant Taccroissement pendant 9 ans provenu de la procréation seule, est 1,500,450, ce qui est très-près de 7 pour cent. Par conséquent, la période de doublement selon la même loi continuée serait de moins de 16 ans.

Si ce calcul , relatif à la population totale des États-Unis, est juste, on ne peut douter qu'en quelques districts particuliers la période de doublement, en vertu de

CONSÉOUKNCËS GÉiNKUALES. 307

paratt que la période moyenne de doublement pour tous les Etats-Unis continue d^ètre encore de 25 années. Or, leur population est telle maintenant, que les émigrés d'Europe ne peuvent rafiecler sensiblement. Donc, puisque dans quelques \illes et districts voisins de la mer les progrès de la population ont été plus lents que la moyenne, il faut nécessairement qu'en général, dans Tintérieur des terres, la période de doublement, résultant de la procréation seule, ait été fort au-dessous de 25 ans.

Le dernier dénombrement porte la population des Etats Unis à 5,172,312 (1). 11 n'y a pas lieu de croire que l'émigration des colons qui ont fondé ces Etats ait produit une diminution sensible dans la population de la Grande-Bretagne. Loin de là, une émigration modérée favorise la population. On a remarqué que les provinces d'Espagne qui ont le plus donné de colons à l'Amérique sont celles dont la population s'est accrue.

Quel qu'ait pu être le nombre primitif de ces émigrants de la Grande- Bretagne, qui ont produit dans l'Amérique septentrionale une si prodigieuse population, qu'on se demande pourquoi un pareil nombre n'a point autant produit dans la Grande-Bretagne, l'on verra que la raison de cette différence n'est autre que le défaut d'aliments Les grands fléaux, tels que la guerre et la peste, causent des pertes d'hommes qui sont très-vile réparées. Ils laissent le pays qu'ils ravagent dans une situation qui a du rapport avec celle des colonies nouvelles. Si l'industrie des habitants s'est soutenue, leurs moyens de subsistance croissent au delà de leurs besoins, et la population se met bientôt au niveau de ces moyens.

La Flandre, dont le sol est si fertile, a été le théâtre de guerres longues et destructives, et peu d*années de paix lui ont toujours suffi pour recouvrer sa population. On a vu que la plus sanglante guerre n'a point épuisé d'hommes la France. Les tables de Sùssmiich attestent le rapide

ia seule procréation, o'ait été souvent au-dessous de i5 ans. La période qui suivit immédiatement la guerre dut naturellement offrir un accroissement très-rapide, (if.)

(i) On parle d*un Etal qui aurait été omis dans ce dénombrement, et il paraît qu'en général on croit la population supérieure au résultat fourni par ce dénombrement. On assure qu^elle s'élève jusqu'à 6,000,000. Mais on ne peut pas trop se baser sur des opinions vaguement répandues dans le public. (M.)

Voyez, à latin de fouvrage, l'Appendice, livre V, et ks noies finales des traducteurs elde Tédileur : on y trouve le relevé des divers recensements. En divisant le chiffre de 1840 par celui de 1790, ou voit que l;i population u plus que quadruplé en 50 ans. (Jph. C)

308 LIVRE II. — CHAPITRE XlII.

accroissement qui a lieu à la suite des mortalités; la table relative à la Prusse et à la Lithuanie, que j*ai insérée au chapitre précédent (1), en est en particulier un exemple frappant. Les effets de la peste de Londres, en 1666, n étaient plus aperçus 15 ou 20 ans après. H est permis de douter que ce fléau, qui ravage périodiquement la Turquie et TEgypte, y diminue beaucoup la population. Et si elle y parait faible, il faut plutôt l'attribuer au gouvernement tyrannique et oppressif sous lequel les peuples y gémissent, et au découragement de Tagriculture, qu*à toute autre cause. Les traces des famines les plus destructives à la Chine, dans l'Inde, en Egypte, et ailleurs, au rapport de tous ceux qui en ont été témoins, sont effacées en fort peu de temps. Enfin les grandes convulsions de la nature, les éruptions volcaniques, les tremblements de terre, à moins que par leur fréquence ils ne dispersent les habitants et ne détruisent leur industrie, n'opèrent dans la population qu'une diminution insensible.

Les registres de différents pays font voir que le progrès de leur population est arrêté par des retours périodiques , quoique irréguliers, de pestes et d'années malsaines. Le docteur Short, dans ses intéressantes recherches sur les tables de mortalité, donne une table de toutes les pestes, les contagions et les famines qu'il a pu recueillir, et fait remarquer que ces fléaux agissent avec constance et d'une manière générale (2).

Les années d'épidémies notées dans cette table sont au nombre de 431 (3). Ce sont celles dans lesquelles régna la peste ou quelque autre épidémie très-destructive, car les années simplement malsaines n'y semblent pas comprises. Dans ce nombre, il y en a 32 qui ont précédé l'ère chrétienne (4). Si donc on divise les années de l'ère par 399, on verra que les retours périodiques de ces épidémies ont eu lieu en certains pays, à des intervalles dont la moyenne est d'environ 4 1/2. ans

Des 254 grandes famines ou disettes énumérées dans la table, 15 ont précédé l'ère chrétienne (5), en commençant par celle qu'éprouva la Palestine, au temps d'Abraham. Si l'on soustrait ces 15 famines, et que l'on divise par le reste les années de notre ère jusqu'au moment où a été fait ce calcul, on trouve que la moyenne des intervalles écoulés entre les époques auxquelles ce fléau a visité le genre humain ne s'élève pas au-dessus de 7 1/2 ans.

11 serait difficile sans doute de déterminer avec précision jusqu'à quel

(i) Voyez le chap. précédent. — (2) New observ. on bills of Mortality, p. 96. (3) HisL o/air, seasons, elc, vol. II, p. 566. — (4) Ibid., p. 202. — (5) Ibid,, p. 206.

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