CHAPITRE VIII. — DU SYSTÈME AGRICOLE
Gomme il est dans la nature de Tagriculture de produire des subsistances pour un nombre de familles plus grand que celui qu'exige la culture, on serait peut-être porté à croire qu'une nation strictement attachée au système agricole aurait toujours plus d'aliments qu'il n'en faudrait pour nourrir ses habitants, et que jamais sa population ne serait arrêtée par le manque des moyens de subsistance.
Il est à la vérité incontestable que Taccroissement du nombre des habitants d*un tel pays ne pourrait être arrêté immédiatement, ni par le manque du pouvoir de produire, ni même par le déficit du produit actuel du sol comparé avec la population. Mais, si l'on considère de plus près l'état des classes ouvrières, on verra que les salaires réels de leur travail sont tels qu'ils arrêtent et règlent leur accroissement, parce quHIs arrêtent et règlent leur pouvoir de commander des moyens de subsistance.
Dans certaines circonstances de sol et de situation, il peut se faire qu'un pays qui manque de capitaux trouve son avantage à acheter des marchandises étrangères avec son produit brut, plutôt qu'à les fabriquer chez lui ; et dans ce cas il crée nécessairement plus de produit brut qu'il n'en consomme. Mais un tel état de choses ne peut guère s'accorder avec la permanence du sort des classes inférieures de la société ou du taux de leur accroissement. Dans un pays où prédomine exclusivement le système agricole, où le travail en masse s'applique à la terre, le sort du peuple est sujet à presque tous les degrés de variation.
C'est sous le système agricole peut-être que l'on peut observer à cet égard les deux extrêmes : des exemples d'un état des pauvres aussi boo
que l'on peut le souhaiter, et des. exemples du sort le plus triste que Ton ait jamais rencontré.
Là où il y a abondance de bonnes terres, où rien ne s'oppose a Tachât et à la distribution qu'on en veut faire, où d'ailleurs il y a au dehors pour le produit brut des débouchés faciles, il doit arriver à la fois que les profits des fonds et les salaires du travail se maintiennent hauts. Ces profits et ces salaires élevés, sll règne d'ailleurs assez généralement des habitudes d'économie, ne peuvent manquer de fournir des moyens d'ac* cumulation rapide des capitaux, jointe à une demande de travail grande et soutenue; tandis que le rapide accroissement de la population, qni en est la suite, maintient au même point la demande du produit et prévient la baisse des profits. Si le territoire est vaste et la population petite en comparaison, les terres peuvent, pendant un certain espace de temps, manquer de bras et de capitaux. C'est dans de telles circonsti^nces que le travail, sous le système agricole, peut commander une portion des choses nécessaires à la vie plus forte qu'en aucune autre situation, et que la condition des classes inférieures est la meilleure.
La seule déduction à faire à leur richesse dans ces circonstances-là est celle qui résulte de la basse valeur relative du produit brut.
Si une partie considérable des ouvrages faits, que Ton emploie dans un tel pays, se paye par le produit brut qu'il exporte, il faut que h valeur relative de ce produit brut y soil plus basse, et celle des ouvrages bits plus haute, que dans les pays avec lesquels ce commerce a lieu. Or, là où une portion donnée de produit brut ne commande pas autant d'ouvrages faits et de marchandises étrangères qu41 en peut commander ailleurs, la condition de l'ouvrier n'a pas, pour son exacte mesure, la quantité de produit brut qui lui tombe en partage. Si, par exemple, le gain annuel d'un ouvrier, dans un certain pays, s'élève à une somme équivalente à quinze quarters de froment, tandis que dans un autre ce gain ne s'élève qu'à neuf, il ne serait pas exact d'en conclure que leur condition relative et leurs jouissances sont dans le même rapport; car la totalité des gains d'un ouvrier n'est pas dépensée en nourriture. Si donc ce qui ne va pas à cet objet se trouve, dans le pays où le gain s'élève h quinze quarters, ne pas suffire, à beaucoup près, pour acheter autant d'habits et d'autres utiles marchandises que dans le pays où le gain n'est que de neuf, il peut se tsAve que dans ce dernier pays la situation de l'ouvrier, prise dans son ensemble, approche plus qu'on n'aurait pu le supposer de ce qu'elle est dans le premier pays.
N'oublions pas toutefois que la quantité tend toujours puissamment à contre-baiancer toute infériorité de valeur. L'ouvrier qui gagne un
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plus grand nombre de quarters peut toujours commander à la fois et plus d'objets de nécessité et plus d'objets de simple utilité, mais non pas au point qu'indique le rapport des gains en produit brut.
Les Etats-Unis d'Amérique fournissent un exemple pratique du système agricole dans les circonstances les plus favorables au sort des dasses ouvrières. La nature du pays comporte Tapplication d'une partie considérable de ses capitaux à Tagriculture; d'où est résulté un accrois* sèment de fonds très-rapide. De là une demande de travail constamment soutenue. En conséquence, les classes ouvrières ont été très-bien payées. Elles ont été mises en état de commander une quantité d'objets de première nécessité fort supérieure à ce qu'on voit ailleurs ; et les progrès de la population ont été singulièrement accélérés.
Là même cependant une légère déduction s'est fait sentir par le bas prix des grains. Gomme, jusques à la dernière guerre, les Etats-Unis importaient d'Angleterre la plus grande partie des ouvrages fabriqués, tandis que l'Angleterre importait des Etats-Unis de la farine et du froment, on ne peut douter qu'aux Etats-Unis la valeur de la nourriture comparée à celle des ouvrages faits n'ait été moindre qu'en Angleterre. Et cet efiet n*a pas lieu seulement pour les marchandises importées, mais aussi pour les produits des fabriques du pays, pour lesquelles les Etats-Unis ne jouissent d'aucun avantage particulier. Dans l'agriculture, l'abondance des bonnes terres suffit à contre-balancer les salaires élevés et les hauts profits des fonds, et à maintenir les grains à un prix modéré, malgré la grande cherté de ces deux éléments du prix. Mais dans la production des onvrages de manufacture, cette cherté doit nécessairement se faire sentir sans qu'aucun avantage la compense, et ne peut manquer d'élever le prix des ouvrages fabriqués dans le pays, aussi bien que de ceux du dehors, en comparaison du prix des matières alimentaires.
Dans ces circonstances, le sort des classes ouvrières ne peut pas être, à l'égard des objets de commodité et de jouissance, beaucoup meilleur que celui des ouvriers d'autres pays, comme semblerait l'indiquer la quantité de nourriture que leur gain peut obtenir. Ce résultat est suffisamment confirmé par l'expérience. Un voyage^ur français très-intelligent, M. Simond, qui a passé vingt ans aux Etats-Unis, a parcouru assez récemment une grande partie de l'Angleterre. On voit, dans sa relation écrite en 1810 et 1811, qu'il a été frappé de l'air d'aisance et de bonheur des paysans de cette île et de la propreté qui règne dans leurs vêtements. Il vit, dans quelques endroits, tant de cabanes bien soignées, tant de bons habits, si peu d'apparence de misère, qu'il ne pouvait
s*empêcher de se demander avec étonnement où donc se cachaient les pauvres de l'Angleterre et où étaient leurs habitations. Ces remarques. Tenant d*un observateur capable, exact, et, selon toute apparence, tout à fait impartial, qui arrivait d'Amérique et visitait FAngleterre pour la première fois, sont curieuses et instructives; les fiiits qu*elles présentent, quoiqu'ils puissent se ressentir de l'impression produite par quelques différences dans les habitudes et la manière de vivre des deux pays, doivent dépendre en grande partie des causes que nous venons d'indiquer.
L'Irlande offre un exemple frappant des fâcheux effets qu'a sur le sort des pauvres le bas prix relatif des denrées alimentaires. Les fonds destinés à payer le travail s'y sont si rapidement accrus pendant le cours du dernier siècle, on a appliqué a cet emploi une portion si considé* rable de l'aliment principal des classes inférieures du peuple, que Taccroissement de la population y a été plus rapide que presque partout ailleurs, à l'exception des Etats-Unis. L'ouvrier irlandais, payé en pommes de terre, a gagné peut-être en moyens de subsistance de quoi nourrir deux fois autant de personnes que pouvait en gagner l'ouvrier anglais, payé en froment; et l'accroissement de la population dans les deux pays a été à peu près dans le rapport de la quantité relative de nourriture accordée, dans chacun d'eux, à l'ouvrier, en se conformant à ses habitudes. Mais il s'en faut bien que, pour les objets de commodité et de jouissance, leur sort ait suivi le même rapport. La grande quantité de nourriture que produit la terre lorsqu'on l'emploie à la culture des pommes de terre, et par suite le bas prix du travail que cette denrée alimente, tendent à élever la rente du sol plutôt qu'à la faire baisser, en sorte qu'en tout ce qui en dépend elle maintient le prix des matières des manufactures et de toutes les autres espèces de produit brut, à l'exception des pommes de terre. Ainsi, il y a un grand désavantage relatif dans les matières brutes qu'emploient les manufactures du pays, et il y en a plus encore dans les produits étrangers tant bruts que fabriqués. La valeur échangeable de nourriture que l'ouvrier irlandais gagne en sus de ce qu'il consomme pour lui et sa famille ne peut aller beaucoup au delà de ce qui suffit à le loger, à le vêtir et à lui procurer quelques objets de commodité. 11 résulte de là que sous ces derniers rapports sa condition est fort misérable, quoique ses moyens de subsistance, tels qu'il les trouve, soient comparativement abondants.
En Irlande, le prix du travail en argent n'est guère plus de la moitié de ce qu'il est en Angleterre. La quantité de nourriture gagnée par de tels salaires ne compense nullement ce qui leur manque en valeur; et
la partie que Touvrier irlandais aura de reste, le quart ou le cinquième peut-être , ne lui permettra pas d*étendre beaucoup ses achats d'ouvrages faits et de marchandises venant du dehors. Dans les Etats-Unis, au contraire, le prix du travail, même en argent, est presque double de celui d'Angleterre. L'ouvrier américain ne peut pas, à la vérité, acheter, avec la nourriture qu'il gagne, des ouvrages faits et des marchandises venues du dehors aussi bon marché que lou vrier anglais ; mais la quantité supérieure de cette nourriture compense sa moindre valeur. Son sort, comparé à celui de l'anglais, n'est pas aussi supérieur queTindiquerait le rapport de leurs moyens de subsistance, mais en tout il est préférable. Et Ton peut dire en général que les Etats-Unis offrent Texemple d'un système agricole dans lequel le sort des classes ouvrières est meilleur qu'il ne l'est en aucun autre pays connu.
On rencontre bien plus fréquemment des exemples de pays où, sous le système agricole, les classes inférieures sont dans une situation trèsmisérable. Lorsque Faccumulalion du capital s'arrête, quelle qu'en soit la cause , la population tarde à s'arrêter , et croît toujours jusqu'à ce qu'elle ait atteint la dernière limite des moyens de subsistance, autant que le permettent les habitudes des classes inférieures de la société ; en d'autres termes, les salaires réels baissent, jusqu'à ce qu'enfin ils soient réduits à ce qui suffit précisément et sans aucun reste à maintenir la population à l'état stationnaire. Si cela a lieu, comme il arrive souvent, dans un temps oh les terres abondent encore et où le capital est rare, les profits des fonds seront naturellement élevés ; mais le blé sera à bon marché, à cause du nombre des terres, de leur fertilité et de l'état stationnaire de la demande qu'on en fait, et ce bas prix se maintiendra malgré les hauts profits des fonds; tandis que ces hauts profits, joints au manque d'habileté et à Timperfection de la division du travail, qui sont la suite inévitable du manque de capitaux, rendront chères comparativement toutes les marchandises manufacturées. Un tel état de choses sera naturellement défavorable au développement de ces habitudes de prudence et de contrainte morale qui sont le plus souvent le fruit de l'aisance et de la coutume établie de jouir d'un bien-être durable ; il y aura donc lieu de s'attendre à voir la population croître sans s'arrêter, jusqu'à ce qu'enfin les salaires, même estimés en nourriture, soient extrêmement bas. Mais dans un pays où les salaires estimés en nourriture sont bas, et où cette nourriture a une valeur relative trèsl)asse en comparaison de celle des produits des manufactures , soit étrangères, soit domestiques, le sort des classes ouvrières doit être le plus mauvais qu'il puisse être.
La Pologne et quelques parties de la Russie, la Sibérie et la Turquie d'Europe, fournissent des exemples de ce genre. En Pologne, la population semble être presque stationnaire ou très-lentement progressive; et comme la population et le produit y sont Tun et Tautre faibles, en comparaison de retendue du territoire, on peut en conclure avec assuranc^ue les capitaux y sont rares et toutefois lentement progressifs. Il suit de là que la demande du travail y croit fort lentemei^t, et que les salaires réels, ou la portion des objets de nécessité et d'utilité que peuvent commander les classes ouvrières, est telle que la population ne s'élève pas au-dessus du niveau des objets de consommation auxquels ces classes peuvent atteindre. Gomme, d'après Tétat du pays, les paysans ne peuvent point avoir été accoutumés à jouir d'une certaine aisance et de beaucoup d'objets de commodité, il est probable que les obstacles à la population y sont plutôt dugenre destructif que du genre privatif.
Là toutefois le blé abonde et on en exporte annuellement en grande quantité. Ce n'est ni la puissance de produire des aliments, ni même la quantité qui en est actuellement produite dans un pays, qui y limite et règle la population, mais bien la quantité qui, dans l'état de choses actuel, est assignée à Fouvrier, et le taux d'accroissement des fonds appropriés à cet emploi.
Dans le cas dont il s'agit, la demande de travail est très-petite, et bien que la population soit peu considérable, elle l'est trop pour que le foible capital du pays puisse suffire à la mettre en activité. Le sort de l'ouvrier est donc déprimé, parce qu'il n'est en état de commander en nourriture que ce qui suffit au maintien d'une population stationnaire ou qui crott très-lentement. U est déprimé en outre par la basse valeur relative de la nourriture qu'il gagne, parce que l'excédant quelconque qu'il peut en avoir ne lui donne qu'une très-faible puissance d'acheter des produits de manufacture ou des marchandises étrangères.
Dans de telles circonstances, on ne peut s'étonner que toutes les relations de la Pologne en représentent les classes inférieures comme fort misérables. Les autres parties de l'Europe qui ressemblent à la Pologne pour l'état de la terre et du capital offrent le même tableau.
Pour rendre justice néanmoins au système agricole, il faut observer que l'obstacle prématuré qui s'oppose à l'accroissement du capital et à la demande du travail, et qui se fait sentir dans quelques contrées en Europe où la terre continue de produire avec abondance, n'est pas dû à la direction particulière de leur industrie, mais aux vices du gouvernement et à la forme de l'établissement social, qui arrête le développement plein et naturel de cette industrie dans la direction qu'elle suit.
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On ne cesse de citer la Pologne comme un exemple des déplorables effets du système agricole. Mais on ne peut equitablement alléguer une telle preuve. La misère de la Pologne ne provient pas de ce qu'elle dirige principalement son industrie vers Tagricullure; elle provient du peu d*encouragement qu'on y donne à Tinduslrie de tout genre, à raison de Tétai de la propriété et de la condition servile du peuple. Aussi longtemps que la terre sera cultivée par des paysans dont le travail ne peut donner aucun produit qui ne devienne aussitôt la propriété de leurs maîtres; aussi longtemps que la société en masse se composera de ces êtres dégradés et des seigneurs propriétaires dévastes terres, il n'y aura évidemment aucune classe d'hommes en état de faire des demandes égales à l'excès du produit du sol, ou d'accumuler un nouveau capital et d'accroître la demande du travail. Dans ce triste état de choses, le meilleur remède serait sans doute Tiniroduclion des manufactures et du commerce ; elle délivrerait la masse du peuple de l'esclavage, et donnerait un stimulantàTindustrieet àl'accumulation.Mais si le peuple était déjà libre et industrieux, si la propriété foncière était aisément divisible et aliénable, il pourrait convenir encore à un pays tel que la Pologne d'acheter de l'étranger les plus beaux ouvrages de manufacture dont il a besoin, en les payant avec son produit brut, et de continuer ainsi, pendant un grand nombre d'années, à être un pays agricole. Et toutefois, sous l'influence de ces circonstances nouvelles, elle offrirait un tableau totalement différent de celui qu'elle présente aujourd'hui; le sort du peuple y ressemblerait plus à celui du peuple des Etats-Unis qu'au sort des habitants des contrées de l'Europe dont la civilisation est en relard. Les Etats-Unis d'Amérique sont peut-être, dans les temps modernes, le seul exemple qu'on puisse citer de l'application libre et naturelle du système agricole. Dans tous les pays de l'Europe, et dans la plupart des colonies qu'elle a formées hors de son sein, de formidables obstacles gênent encore l'emploi du capital sur la terre; obstacles dus aux restes de la féodalité. Mais ces obstacles, qui ont essentiellement nui à la culture, n'ont pas, tant s'en faut, encouragé eu proportion les autres branches d'industrie. Le commerce et les fabriques sont nécessaires h l'agriculture, mais l'agriculture est encore plus nécessaire au commerce et aux fabriques. Il sera toujours d'une vérité incontestable que le surplus du produit obtenu par les cultivateurs, pris dans un sens étendu, mesure et limite l'accroissement de la partid de la société qui ne travaille pas à la terre. Partout le nombre des fabricants, des commerçants, des propriétaires et de ceux qui exercent des emplois civils ou militaires, doit se proportionner exacte-
ment à ce surplus de produit , et, par la nature nnênie des choses, ne peut s'accrottre au delà. Si la terre ayait été avare de ses produits au point d* obliger tous ses habitants à travailler pour les obtenir, il n'aurait existé ni oisifs ni fabricants. Mais dans ses premiers rapports avec rhomme, elle lui fit des dons gratuits, bornés, il est vrai, mais suffisants comme fonds de subsistance pour s'en procurer de plus grands. Et la faculté de s'en procurer de tels résulta pour Thomme de cette propriété qu'a la terre d*étre susceptible de produire, à l'aide de la culture, beaucoup plus d*a1iments et de matières propres au vêtement et au logement qu'il n*en faut pour nourrir, vêtir et loger ceux qui la cultivent. Cette qualité est la base du surplus de produit qui distingue d'une manière particulière le travail de la terre. En proportion du travairet de Tintelligence qui s'y sont appliqués, le surplus du produit a augmenté, et un plus grand nombre de personnes ont eu le loisir de s'occuper de toutes les inventions variées qui embellissent la vie civilisée ; et en même temps le désir de profiter de ces inventions n'a point cessé de stimuler les cultivateurs et de les engager à faire croître le surplus de leurs produits. Ce désir paraît nécessaire pour donner au surplus du produit toute sa valeur et pour encourager à Taccroitre, parce qu* avant que le fabricant achève son ouvrage, il faut qu'on lui avance les fonds nécessaires à sa subsistance ; en sorte qu'on ne peut faire un pas dans aucune espèce d'industrie sans que les cultivateurs obtiennent du sol plus que ce qui suffit à leur consommation.
Lorsqu'on dit que le travail de la terre est particulièrement productif, si l'on n'a en vue que le fermage net en argent qui en revient à un certain nombre de propriétaires, on considère le sujet sous un point de vue très-étroit. Il est vrai que cette rente, à une époque avancée de la société, constitue la portion la plus évidente et la plus considérable du surplus de produit en question. Mais ce surplus peut également exister sous forme de hauts salaires et de hauts profits dans les pr& miers périodes de la culture, où il n'y a que peu ou point de rente. L'ouvrier qui gagne une valeur équivalente à quinze quarters de blé par an peut n'avoir que trois ou quatre enfants, et ne pas consommer en nature plus de cinq ou six quarters ; le propriétaire des fonds à ferme, qui donnent de hauts profits, peut bien aussi ne consommer en nourriture et en matière brutes qu'une partie peu considérable de ces profits. Tout -le reste, sous forme de salaires, de profits, ou de rente, peut être considéré comme un surplus du produit du sol, qui fournit les vivres et les matières premières du vêtement et du logement à un certain nombre de personnes, selon son étendue ; en sorte que de ces per-
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soDûes-Ià, les unes peuvent vivre sans le travail des naains, et d'autres s'occupent à modifier les matières brutes obtenues de la terre, en leur donnant les formes les plus propres à satisfaire aux besoins de l'homme et à ses goûts.
C'est donc entièrement de la convenance que trouve un pays h échanger son surplus de produit contre des marchandises étrangères, au lieu de le consommer chez lui, que dépend le droit qu'il a d'être ou do n*étre pas caractérisé comme agricole. Un tel échange de produit brut pour des ouvrages faits ou pour certains produits étrangers peut convenir pendant un temps assez long à un Etat qui ne ressemblerait presque à la Pologne qu'en ce seul point qu il exporterait du blé.
11 paraît donc que les pays dans lesquels Vindustrie des habitants se dirige principalement vers la terre^ et d'où se fait une constante exportation de grains, peuvent jouir d'une grande abondance ou éprouver de grands besoins^ selon les diverses circonstances dans lesquelles ils se trouvent placés. En général, ils seront peu exposés aux maux passagers des disettes causées par les mauvaises années, mais la quantité de nourriture adjugée à Touvrier d'une manière permanente peut être telle qu'elle ne permette pas à la population de s'accroître; et leur état progressif, stationnaire ou rétrogi*ade, dépendra de causes autres que rhabitude qu'ils ont prise de diriger principalement leur attention sur ragriculture.