SY^ME COMMERCIAL
En premier lieu, les âTantages qui dépendent exclusivement du capital et de rbabileté, ainsi que de la possession de quelques canaux particuliers du commerce, ne peuvent, par leur nature, être permanents. On sait combien il est difficile de confiner dans un seul lieu les perfectionnements des machines ; on sait que c'est l'objet constant, soit des individus, soit des nations, d'accroître leur capital; on sait enfin « par rhistoire des Etats commerçants, que les courants commerciaux changent souvent de direction. Il n'est donc pas raisonnable de supposer qu'un pays, quel qu'il soit, par la seule force de son capital et de son habileté, demeurera en possession des marchés sans aucune interruption de la part des pays étrangers. Mais dès qu'une puissante concurrence étrangère survient, les marchandises exportables du pays en question doivent tomber à des prix qui réduisent essentiellement les profits, et la baisse des profits ne peut manquer de diminuer les moyens et le désir de Tépargne. Dans ces circonstances, Taccumulatton du capital devient lente, et la demande du travail se ralentit aussi en proportion, jusqu'à ce qu'enfin elle s'arrête; tandis que les nouveaux compétiteurs, en produisant eux-mêmes leurs matières brutes, ou par tout autre avantage, feront peut-être croître assez rapidement et leurs capitaux et leur population.
Mais, en second lieu, lors même qu'il serait possible d'exclure, pour un temps considérable, toute concurrence étrangère redoutable, on observe que la seule concurrence domestique a presque inévitablement les mêmes effets. Que, dans un certain pays, on invente une machine par laquelle un homme fasse l'ouvrage de dix , ceux qui la possèdent feront sans contredit d'énormes profits. Mais aussitôt que cette invention se répand, on applique à un emploi si profitable tant de bras et de capitaux, que les produits excèdent de beaucoup la demande aux anciens prix, tant étrangère que domestique. Par conséquent, ces anciens prix doivent tomber jusqu'à ce que les fonds et le travail employés dans cette direction cessent de donner des profits inusités. Ainsi, bien qu'à l'origine de cette fabrication, le produit du travail d'un homme en un jour ait pu s'échanger contre une quantité de nourriture suffisante à quarante ou cinquante ; à une époque subséquente, il se peut qu'il ne suffise pas à dix. Dans le commerce et la fabrication du coton en Angleterre, qui a pris une si prodigieuse extension pendant ces Tingt-cinq dernières années, la concurrence étrangère a jusqu'ici eu peu d'influence (1816). La grande baisse qui a eu lieu dans le prix des étofies de coton a été due presque en entier à la concurrence domestique ; et cette concurrence a tellement surchargé les marchés au dedans et au
dehors, qr.e les capitaux actuellement employés à cette fabrication, malgré l'avantage particulier que leur donne l'économie du travail, ont cessé d'avoir aucune faveur quant aux profits. Bien qu'au moyen des admirables machines employées à filer le coton, un enfant, une jeune fille, puisse faire autant d'ouvrage qu'un adulte aurait pu en faire cidevant, ni les salaires de l'ouvrier, ni les profits du maître, ne sont plus élevés que dans les emplois de fonds où on ne fait point usage de machines et où le travail n'est pas si ingénieusement épargné.
Le pays toutefois a beaucoup profité de cette épargne. Non-seulement ceux qui l'habitent ont eu, pour se vêtir, des étoffes meilleures avec moins de dépense de travail et de propriété, ce qui doit être considéré comme un avantage grand et permanent, mais les hauts profits temporaires de cette fabrication ont occasionné une grande accumulation de capital, et par suite une grande demande de travail, en même temps que l'extension donnée aux marches extérieurs et les valeurs ajoutées dans le marché intérieur, ont créé une demande des produits de toute espèce d'industrie, agricole et coloniale, commerciale et manufacturière, suffisante pour prévenir la baisse des profits.
L'Angleterre, par l'étendue de ses terres et par ses riches possessions coloniales, a un vaste champ pour l'emploi de son capital croissant, et le taux général de ses profits n'est pas réduit aisément et rapidement par l'accumulation. Mais un pays, tel que nous le considérons, principalement occupé de manufactures, et incapable de diriger son industrie vers une aussi grande variété d'objets, verrait plus vite décroître ses profits par l'accroissement de son capital. Aucune invention de machines, aucun talent supérieur à cet égard, ne pourrait l'empêcher après un certain temps, de voir les salaires et les profits bas, et, par une suite naturelle, la population arrêtée.
Troisièmement, un pays qui est obligé d'acheter des nations étrangères les matières brutes de ses manufactures et les moyens de subsistance de sa population, dépend presque entièrement, pour l'accroisfcment de sa richesse et de sa population, de l'accroissement de richesse et de demandes des pays avec lesquels il commerce.
On a dit quelquefois qu'un pays manufacturier n'est pas plus dépendant de celui qui lui fournit la nourriture et les matières brutes qu'un pays agricole ne l'est de celui qui les fabrique pour lui ; mais c'est là réellement un abus de mots. Un pays qui a de grandes ressources en terres peut trouver qu'il y a pour lui un avantage décidé à employer la principale partie de son capital à la culture et à importer les ouvrages de manufacture dont il a besoin. C'est souvent un moyen d'employer son