‹ MalthusChapitre 55 sur 89 · SYSTÈMES AGRICOLE ET COMMERCIAL COMBINÉS · texte numérisé non relu

SYSTÈMES AGRICOLE ET COMMERCIAL COMBINÉS

que Ton perd en profits et en salaires est gagnée en rente, et le revenu dont on peut disposer demeure comparativement sans atteinte.

Un autre avantage éminent dont jouit une nation qui est riche en terre aussi bien qu*en établissements de commerce et de manufactures, est que ses progrès en richesse et en population dépendent comparativement peu de 1 état et des progrès des autres pays. Une nation dont la richesse dépend exclusivement des manufactures et du commerce ne peut s* accroître sans qu'il y ait un accroissement de produit brut dans les pays avec lesquels elle est en relation d'afiaires, ou sans attirer à elle une portion de ce que ces pays sont dans l'usage de consommer et dont ils consentent rarement à se dessaisir ; en sorte que l'ignorance et rindolence des autres peuvent devenir non-seulement préjudiciables, mais fatales à ses propres progrès.

Un pays qui a des ressources en terres ne peut jamais être exposé à ce danger. Si son activité, son génie inventif, son économie font des progrès» sa richesse et sa population en feront aussi» quelles que puissent être la situation et la conduite des nations avec lesquelles il commerce. Lorsque son capital manufacturier surabonde, et que les marchandises ouvrées sont à trop bas prix, il n'a que faire d'attendre Taccroissement du produit brut de ses voisins. En transportant ce capital surabondant sur ses propres terres, il obtiendra de nouveaux produits, contre lesquels peuvent s'échanger ceux de ses fabriques, et soutiendra le prix de ceux-ci par une double opération, en diminuant Toffre et en augmentant la demande. Une opération analogue, à Fépoque où le produit brut serait trop abondant, rétablirait le niveau entre les profits de l'agriculture et des fabriques. Sur le même principe, les capitaux du pays se distribueront dans les provinces diverses, même les plus éloignées, selon les avantages que chaque situation ofirira pour en faire emploi ou dans les fabriques ou dans l'agriculture.

Un pays dans jequel Tagriculture, les manufactures, les afiaires de commerce, et toutes les difierentes parties d'un territoire étendu, agissent et réagissent les unes sur les autres, chacune à son tour , pourrait évidemment aller en augmentant constamment sa richesse et sa force, fût-il même entouré de la muraille d'airain de l'évêque Berkeley {!). Une telle nation ferait naturellement les plus grands profits par son commerce extérieur, en quelque état qu'il pût être; et l'accroissement ou le déclin de ce commerce ajouterait ou retrancherait un puissant

(i) Berkeley, évêque de Cloyne en Irlande, auteur du traité de la vision et des Dialogues d'ffylas et de Philonaùs, {G. et P. P.)

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stimulant à son activité productive; maisraccroissement de ses produits serait en grande partie indépendant de l'étranger. Il pourrait âtre retardé par la suppression du commerce extérieur, mais non arrêté ou contraint de rétrograder.

Un quatrième avantage, résultant de Funion de l'agriculture et des fabriques, surtout quand ces deux industries se balancent presque mutuellement, est que le capital et la population d'un tel pays ne peuvent jamais être forcés à faire un mouvement rétrograde par le seul effet du progrès naturel des autres pays et leur tendance continuelle àTamélioration.

D'après tous les principes généraux, il doit finalement convenir à la plupart des nations riches en terres de fabriquer pour leur propre usage, et de faire elles-mêmes leur commerce. Que des cotons bruts soient embarqués en Amérique, pour être transportés à quelques milliers de milles de là ; débarqués dans le pays où ils ont été transportés pour y être manufacturés ; puis embarqués de nouveau pour le marché américain, c'est un état de choses qui ne peut pas être permanent. Ou' un tel état puisse durer quelque temps , c'est ce dont personne ne peut douler, et je suis fort loin de vouloir insinuer qu'il ne faille pas profiter d'un avantage simplement parce qu'il ne doit pas durer toujours. Mais si cet avantage est de sa nature précaire, il est prudent d'y songer, et d'en faire son profit de manière que quand il viendra à cesser, il n'arrive pas qu'en somme il ait produit plus de mal que de bien.

Si, en conséquence de quelques avantages passagers decegenre^ un pays donnait à son commerce et à ses manufactures une telle prépondérance, qu'une partie considérable de ses habitants fût obligée d'avoir recours au blé étranger pour sa nourriture , on peut être assuré qu'a- |>rès un certain temps, le progrès des nations étrangères dans les manufactures et dans le commerce amènerait pour ce pays-là une période de pauvreté et de mouvements rétrogrades tant en capital qu'en population, qui ferait plus que balancer les bénéfices temporaires dont il aurait précédemment joui. Au contraire, une nation dont la population commerciale et manufacturière est constamment nourrie des produits de sa propre agriculture, peut recevoir, par quelque circonstance passagère, une forte impulsion dans l'une et Tautre de ces branches d'industrie, sans être exposée à des maux graves si ces circonstances vien-> tient à cesser.

Les pays qui joignent ainsi de grandes ressources rurales à un état prospère du commerce et des fabriques, et dans lesquels la partie commerciale de la population n'excède jamais beaucoup la partie agricole,

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