‹ MalthusChapitre 54 sur 89 · CHAPITRE X. ^ DES SYSTÈMES AGRICOLE ET COMHERaAL COMBINÉS · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. ^ DES SYSTÈMES AGRICOLE ET COMHERaAL COMBINÉS

Dans un pays dont l'industrie se borne à Tagriculture, de la manière même la plus exclusive , il se fabrique toujours quelques matières brutes pour l'usage de l'intérieur. Et dans le pays le plus commerçant, à moins qu'il ne soit rigoureusement compris dans l'encçinte d'une seule ville, il y a toujours quelque partie de son territoire, quelque petit ^u'on le suppose , d'où ses habitants tirent pour leur usage du bélail, ou en général quelque espèce de nourriture. Mais en parlant des systèmes d'agriculture et de commerce combinés, nous avons en vue un degré de combinaison qui va beaucoup au delà de celle qui est strictement inévitable. 11 s'agit de ces pays où les ressources qu'offre la terre et celles qui dépendent des capitaux appliqués au commerce et aux manufactures sont les unes et les autres considérables, et se balancent de manière à ne pas se surpasser beaucoup mutuellement.

Un pays ainsi constitué possède les avantages des deux systèmes à la fois, sans être exposé aux maux propres à chacun d'eux séparément.

La prospérité des manufactures et du commerce suppose, en tout Etat, qu'il est libéré des plus nuisibles institutions du système féodal. Elle prouve que la grande masse du peuple n'est pas dans la servitude ;

marchandises des Indes chez les nations de la Baltique, en diminuant leur pouvoir d'acheter. (M.)

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que les individus ont le pouvoir et la volonté de faire des épargnes ; que le capital qui s'accumule trouve des emplois auxquels on peut l'appliquer en toute sécurité, et par conséquent que le gouvernement esl de nature à donner à ia propriété la protection requise. Dans ces circonstances, il est à peine possible qu'un pays éprouve cette stagnation prématurée dans la demande du travail et dans le produit du sol qui, à ca'taines époques, se fait remarquer dans Fbistoire de presque toutes les nations de TËurope. Dans un pays où le commerce et les manufactures fleurissent^ le produit du sol trouve toujours dans Tintérieur un débit facile; et ce marcbé est particulièrement favorable à Faccroîssement progressif du capital. Mais Taccroissement progressif du capital et des fonds destinés à maintenir le travail est la grande cause de la demande du travail et des hauts salaires en blé; tandis que le haut prix relatif du blé, occasionné par le perfectionnement des machines et par l'étendue du capital appliqué aux manufactures et au commerce, le haut prix du blé, joint à la prospérité du commerce extérieur, permet à l'ouvrier d'échanger une certaine portion du gain qu'il fait en blé contre une partie considérable d'objets de commodité et de luxe, venant du dehors ou fabriqués dans le pays. Lors même que la demande effective de travail commence à se ralentir, et que les salaires en blé éprouvent quelque réduction, le haut prix relatif du blé relève comparativement la condition des classes ouvrières; et, bien que leur accroissement soit comprimé, plusieurs des individus dont elles se composent peuvent encore être bien logés, bien velus, et se permettre les jouissances de comHKMlité et de luxe que procurent les produits de l'industrie étrangère. Us ne peuvent jamais être réduits à la misérable condition des pauvres de certains pays, où dès que la demande du travail devient stationnaire, la valeur du blé, comparée à celle des manufactures et des marchandises étrangères, est extrêmement basse. - Tous les désavantages d'un pays purement agricole se trouvent donc évités par l'établissement et la prospérité des manufactures et du commesrce.

On trouvera de même que les désavantages particuliers, inséparables des Etats purement manufacturiers et commerçants, sont invités par l'adjonction des ressources tirées de l'agriculture.

Un pays qui se nourrit lui-même ne peut point être réduit tout à coup, par la concurrence étrangère, à voir sa population éprouver une décadence inévitable. Si les exportations d'un pays purement commercial éprouvent une dimunition importante par la concurrence étrangère, ce pays peut perdre, en un temps assez court, le pouvoir d'entre.

tenir tous ses habitants. Mais si la même diminution d'exportations a lieu dans un pays qui trouve dans la terre des ressources» le pays perdra simplement quelques objets de commodité et de luxe fournis par Tétranger, et le commerce intérieur entre les villes et les campagnes, qui de tous est le plus considérable et le plus important, ne sera point troublé, du moins comparativement. Pendant un certain temps sans doute le pays éprouvera quelque ralentissement dans ses progrès, parce qu'il n'aura plus le même stimulant, mais il n'y a aucune raison pour qu'il rétrograde, et l'on ne peut douter que le capital refluant du commerce étranger ne trouve de l'emploi. Il s'ouvrira quelque nouveau canal qu'il suivra utilement, quoique avec moins de profit qu'il ne suivait ceux qui lui sont maintenant fermés^ il maintiendra encore quelque accroissement de population, bien que sur un pied inférieur à ce qu'il était sous l'influence d'un commerce extérieur florissant.

Les effets de la concurrence intérieure seront aussi fort différents dans les deux Etats que nous comparons.

Dans un Etat purement manufacturier et commerçant, la concurrence intérieure et l'abondance du capital peut tellement réduire le prix des produits des manufactures en comparaison de celui des produits bruts, que le capital croissant employé dans les manufactures ne procure pas en échange une quantité croissante de nourriture. Dans un pays où la terre offre des ressources, cela ne peut arriver. Bien qu'en vertu du perfectionnement des machines et de la moindre fertilité des terres nouvellement mises en valeur, on donne plus d'ouvrages faits pour une même quantité de produit brut, les produits des manufactures, pris en masse, ne peuvent jamais perdre leur valeur, parce que la concurrence des capitaux, dans cette espèce d'industrie, n'est pas accompagnée d'une concurrence correspondante des capitaux sur les terres (1).

Il faut observer aussi que dans un Etat dont le revenu se compose en entier de profits et de salaires, la diminution des profits et des salaires réduit de beaucoup la partie de ce revenu dont il peut disposer. En bien des cas il peut se faire que l'accroissement du capital et du nombre des ouvriers ne suffise pas pour compenser la diminution du taux des profits et des salaires. Mais là où le revenu du pays consiste en rente aussi bien qu'en profits et en salaires , une grande partie de ce

(1) Cette raison, suffisamment indiquée par l'auteur, serait susceptible de quelque développement. Les capitaux engagés dans les fabriques doivent se reverser sur la terre dès que les ouvrages failssont peu demandés et que la nourriture devient chère. (G. et P. P.)

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