‹ MalthusChapitre 63 sur 89 · MOYEN D'AMÉLIORER LE SORT DU PAUVRE · texte numérisé non relu

MOYEN D'AMÉLIORER LE SORT DU PAUVRE

des sujets à son roi et à son pays ; il s'est conformé à cette maxime, et cependant il est dans la souffrance* et il doit croire naturellement que c'est pour la bonne cause qu*il soufi're. Il ne peut même manquer d'envisager comme une injustice, comme une vraie cruauté, de la part de son roi et de son pays, de le laisser dans fa détresse en retour du don qu'il leur a fait, d'après leurs propres sollicitations, et d'après leurs déclarations répétées du besoin qu'ils ont de recevoir de tels présents.

Jusqu'à ce que ces idées erronées aient été rectifiées, que le langage de la nature et de la raison, sur ce qui concerne la population, soit généralement entendu , et qu'il ait remplacé le langage de Terreur et du préjugé, on ne saurait dire qu'on ait essayé encore d'éclairer la raison du peuple. Pour avoir droit de l'accuser, il faut commencer par Tinstruire. Il faudra se plaindre de son imprévoyance et de sa paresse, s'il continue à agir comme il fait, après qu'on lui aura démontré qu'il est lui-même la cause de sa pauvreté ; que le remède dépend de lui et de nul autre que de lui ; que la société dont il fait partie et le gouvernement qui la dirige n'y peuvent rien ; que , quel que soit le désir qui porte l'une et Tautre à le soulager, quels que soient les efforts qu'ils font pour y parvenir , ils sont bien réellement incapables de satisfaire à leurs désirs bienveillants et à leurs imprudentes promesses; que, lorsque le salaire des ouvriers n'est pas suffisant pour Tentretien d'une famille, c'est un signe évident que leur roi et leur pays ne demandent pas de nouveaux sujets, ou tout au moins qu'ils sont hors d'état de les nourrir ; que dans cet état de choses, si l'homme pauvre se marie, bien loin de remplir un devoir envers la société, il la charge d'un poids inutile, en se rendant lui-même misérable ; que c'est là agir directement contre la loi de Dieu, et s'attirer volontairement des souffrances et des maladies dont la plupart, si ce n'est toutes, pouvaient être aisément évitées, en prêtant Toreille aux avertissements répétés de la Divinité.

Le docteur Paley, dans sa Philosophie morale^ dit que <c dans les pays où les subsistances sont devenues rares, il convient que l'Etat veille sur les mœurs publiques avec un redoublement d'activité; car alors il n'y a que l'instinct de la nature, soumis à la contrainte que la chasteté lui impose, qui puisse engager les hommes à se livrer à tout le travail, et à faire tous les sacrifices qu'exige l'entretien d'une famille (1). » Qu'un Etat en tout temps soit tenu de faire tout ce qui dépend de lui pour ré* primer le vice et pour encourager la vertu, sans se laisser détourner de ce soin par aucune circonstance passagère et momentanée, c'est ce qui

(1) Vol. ir, p. rM-2.

est inconteslable. On ne peut donc qu'approuver la règle donnée ici, ou le moyen que lauteur suggère. Mais la fin particulière qu il a en vue est blâmable. Si on veut forcer les hommes qui composent la masse du peuple à se marier, dans le temps même où la rareté des subsistances donne lieu de croire quMls ne seront pas en état de nourrir leurs enfants, certes, autant vaudrait forcer à se jeter à Feau ceux qui ne savent pas nager. C'est dans les deux cas tenter témérairement la Providence. Nous n'avons pas plus de raisons, dans Fun que dans l'autre, de croire qu'elle fera un miracle pour nous préserver du malheur ou de la mort que notre conduite nous attire.

Ceux qui veulent améliorer efficacement la condition des classes infé- . rieures de la société doivent chercher les moyens d'élever le rapport du prix du travail au prix des vivres, afin que l'ouvrier soit mis en état de commander une plus grande quantité de choses nécessaires à la vie, ou propres à augmenter son bien^tre. Jusqu'ici, pour atteindre ce but, on a excité les pauvres à se marier, par conséquent à augmenter le nombre des ouvriers, et à surcharger le marché de cette marchandise dont on dit qu*on veut hausser le prix. Il ne fallait pas beaucoup de pénétration pour prévoir l'effet d'un tel procédé. Cependant il n'y a rien de si convaincant que l'expérience ; or, cette expérience a été faite, et cela en divers pays et pendant le cours de plusieurs siècles : le succès a été tel qu'on aurait dû le présumer. Il est temps sans doute d'essayer d'un autre remède.

Quand on s'est aperçu que le gaz oxygène ou l'air vital pur ne guérissait pas la phthisie, comme on l'avait cru d'abord, mais qu'il aggravait plutôt les symptômes de cette maladie, on a essayé un air qui jouit de propriétés tout opposées. Je propose d'appliquer à la guérison de la pauvreté la même marche philosophique ; et puisque nous avons reconnu qu'en augmentant le nombre des ouvriers nous n'avons fait qu'aggraver les symptômes de cette funeste maladie , je souhailerais qu^on eaayàt maintenant d'en diminuer le nombre.

Dans les Etats anciens et bien peuplés, ce moyen est le seul duquel nous puissions attendre raisonnablement quelque amélioration importante et permanente au sort des classes inférieures.

Pour élever la quantité des subsistances au niveau du nombre des consommateurs, nous serions portés au premier coupd'œil à diriger notre attention sur les moyens d'accroître les subsistances; mais nous trouverions bientôt que cet accroissement n'aurait d'autre effet que de multiplier encore plus les consommateurs, en sorte que le pas que nous aurions cru faire ne nous aurait nullement approchés du but. Il

faudrait donc renoncer à suivre une telle route, pour ne pas mettre une tortue à la poursuite d'un lièvre en pleine course. Sûrs désormais que les lois de la nature s'opposent à notre entreprise, et que jamais nous ne pourrons réussir à élever les vivres au niveau de la population, nous (enterions sans doute la méthode inverse, et nous tâcherions d'abaisser la population au niveau des subsistances. Si nous pouvions distraire ou endormir le lièvre qui court, nul doute que la tortue ne put enfin le devancer.

Ce n'est pas néanmoins que nous devions diminuer d'activité pour accroître la quantité des subsistances; mais il faut y joindre un effort constant pour maintenir la population un peu au-dessous du niveau. Ainsi nous obtiendrons à la fois les deux fins qu'on doit se proposer : une grande population, et un état de société d'où la pauvreté sordide et la dépendance servile soient bannies, autant que la nature des choses peut le permettre : deux fips qui n'ont rien de contradictoire.

Si c'est bien sincèrement que nous cherchons à améliorer d'une manière permanente le sort des pauvres, ce que nous avons de mieux à faire est de leur exposer au vrai la situation dans laquelle ils se trouvent ; de leur faire comprendre que le seul moyen de hausser réellement le prix du travail est de diminuer le nombre des ouvriers; et que, comme c'est eux qui les fournissent au marché, c'est eux seuls aussi qui peuvent en prévenir la multiplication. Ce moyen de diminuer la pauvreté me semble si clair en théorie, si bien confirmé par l'analogie de ce cas avec ceux où il s'agit de toute autre marchandise, que rien ne peut nous justifier de ne pas le mettre en œuvre, à moins qu'on ne vînt à prouver que ce moyen entraîne des maux plus graves que ceux qu'il pourrait prévenir.

On objectera peut-être au plan que je viens de proposer ce qui précisément en fait le mérite, je veux dire, qu'il tend à dégarnir le marché d'ouvriers. Cet effet aura lieu sans doute à un certain point, mais non pas au point de nuire à la richesse et à la prospérité nationales. La route que les Anglais ont prise, et l'éi^orme accroissement de prix des subsistances dont ils sont menacés, donneront beaucoup plus de facilité à ceux qui voudront les supplanter dans les marchés de l'Europe, que ne ferait le plan proposé. Si la population était mieux proportionnée à la quantité des subsistances, le prix nominal du travail pourrait être

iS8 LIVRE IV. — CHAPITRE IV.

plus bas qu'à présent, et suffire néanmoins à Tentretien d'une femme et ^ de six enfants. Mais, quoi qu'il en soit, il est certain que si les riches refusent de supporter de légers inconvénients attachés au grand bien qu'ils font profession de vouloir, on aura lieu de douter que leur bonne yoIonté*à cet égard soit bien sincère. Désirer d'améliorer la condition du pauvre, de le mettre en élat d'obtenir par son travail une plus grande quantité des choses nécessaires à la vie ou propres à en faire jouir, et se plaindre ensuite du haut prix des salaires, c'est imiter ces enfants qui d'une main veulent bien donner leur bonbon, mais qui de l'autre main veulent le reprendre, et pleurent si on ne le leur rend pas. Un marché surchargé d^ouvriers, et de forts salaires à chacun d'eux, sont deux choses parfaitement tncompaa'ôte (1). Jamais, dans les annales de l'univers, ces deux choses n'ont existé à la fois; et les réunir, même en imagination, décèle une ignorance totale des premiers principes de l'économie politique.

Une seconde objection au plan proposé est la diminution de population qui pourrait en résulter.

Mais il faut considérer que cette diminution est purement relative: lorsqu'elle aura été une fois effectuée, la même cause contenant la population pendant quelque temps dans l'état stationnaire, tandis que les vivres iront en croissant, il pourra arriver qu'on la voie ensuite faire de nouveaux progrès, et continuer ainsi d'âge en âge à suivre ceux des subsistances. Je n'ai nulle peine à concevoir que l'Angleterre , par exemple, moyennant une bonne direction de l'industrie nationale, pût, dansJe cours de quelques siècles, contenir le double ou le triple de sa population actuelle, et que cependant chaque individu y fût mieux nourri et mieux vêtu que ceux qui l'habitent à présent. Tant que les ressorts de l'industrie conserveront leur force, et que leur action sera suffisamment dirigée vers l'agriculture, ne craignons pas que la population manque. Le moyen le plus sûr de répandre parmi les pauvres l'esprit de travail et d'économie serait peut-être de les bien convaincre que leur bonheur dépend principalement deux-mêmes; que s'ils écoutent la voix de leurs passions au lieu d'être dociles à celle de la raison, si avant le mariage ils ne sont pas sobres et laborieux, pour amasser de quoi pourvoir aux besoins de leur famille future, ils doivent s'attendre à tous les maux par lesquels la Providence châtie ceux qui désobéissent à ses ordres.

On peut encore nous opposer une troisième objection, et c'est la

(1) Voy.liv. nr.ch. Yi.

sente qui 9 à mesyeuX) ait quelque diose de plausible, savoir, qu'en pressant le devoir de la contrainte morale, nous courons risque de multiplier les fautes contraires à la chasteté.

Je serais inconsolable de dire quoi que ce soit qui pût, directement ou indirectement, être interprété dans un sens défavorable à la cause de la vertu. Mais je ne pense pas que les fautes dont il s'agit doivent, dans les questions morales, être envisagées seules, ni même qu'elles soient les plus graves que Ton puisse concevoir. Elles ne manquent jamais, il est vrai, ou du moins elles manquent rarement d'entraîner après elles des malheurs, et, par cette raison, elles doivent être fortement réprimées; mais il y a d'autres vices dont les effets sont encore plus pernicieux, et il y a des situations dont on doit être plus alarmé. L'extrême pauvreté expose à plus de tentations encore. Plusieurs individus de l'un et de l'autre sexe ont passé honorablement une vie chaste et vertueuse hors des liens du mariage. Je ne crois pas qu'on en trouve beaucoup qui, soumis à l'épreuve de la dernière misère, ou même d'une vie continuellement traversée, n'aient rien perdu de leur délicatesse, et dont le caractère ne se soit point insensiblement dégradé.

Dans les classes moyennes et supérieures, on a trop souvent le cha* grin de voir un homme d'un caractère élevé, sensible à l'honneur, plein de délicatesse et de probité, cédant peu à peu au poids des circonstances qui le pressent, s'excuser d'abord en rougissant, n'oser regarder en face ceux de qui il a emprunté quelques sommes qu'il n'est pas en état de rendre; réduit ensuite à user de défaites, recourir aux plus honteux subterfuges, pour se soustraire au payement des plus justes dettes; se familiariser enfin avec le mensonge et la fausseté, former des desseins coupables, violer même la paix publique , et perdre toutes les qualités estimables qui donnaient à son caractère de la grâce et de la dignité.

Cest au nombre des indigents, c'est au soin que nous prenons d'encourager l'imprudence et l'imprévoyance (1), qu'il faut attribuer la plu -

(1) M.Golquboua remarque, h propos de la taxe des pauvres et des lois qui s'y rapportent, « qu'en dépit de tous les arguments qu^on fait valoir en faveur de ce système, sagement conçu dans l'origine, les effets qu'il a produits prouvent incontestablement que, pour la grande masse des pauvres, il y a dans son exécution quelque chose de radicalement vicieux. » Sans cela, ajoute-t-il, « il serait impossible que la capitale offrit Uni de misère à côté de tant de bienfaisance e^ de libéralité^» Police .pf metropolit, p. 3;59.

i Je suis>ntièrement de l'avis de;^M. Colquhoun ânr les mauvais effets deo-es lois.

part des attenlaU contre la propriété et des autres crimes nombreux et atroces qui nous forcent à recourir si souvent à Taffreux remède des exécutions (1). Selon M. Colquhoun, il y a dans Londres plus de vingt mille individus de toutes classes qui se lèvent chaque matin sans savoir par quels moyens ils pourront suffire aux besoins du jour, et souvent sans savoir où ils coucheront la nuit suivante (2). C'est par ces malheureux (lue sont commis presque tous les vols; et lors même qu'on supposerait que la plupart d'entre eux ne sont pas mariés, quMl n'y en a qu'un petit nombre que le besoin de nourrir leurs enfants pousse au crime, il n'en serait pas moins vrai que le trop grand nombre des mariages, dans la classe la plus pauvre, est une des principales causes auxquelles on doit les imputer. C'est de ces mariages que nait cette population misérable qui s'élève dans des ateliers (3) où tous les vices se propagent, ou bien chez leurs parents, au sein de l'indigence, dans les haillons et la saleté, dans l'ignorance totale de leurs devoirs et de toute espèce d'obligation morale (4). Un plus grand nombre encore sont sans moyens de subsistance, parce qu'ils ne trouvent point d'emploi. Le travail est offert de partout, et le besoin qui les presse les jette dans le crime. Une fois livrés à cette vie oisive et honteuse, ils sont perdus pour jamais; car lors même que le travail hausse de prix et qu'ils sont disposés à en demander, on leur en refuse, et la société les rejette de son sein (5).

Maisje Depuis admettre avec lui que ce système ait été sagement conçu dansTorigine. J'attribue, au contraire, à la première conception du système, bien plus qu'aux vices d'exécution, les maux qui en sont la suiie. (M.)

(1) M. Colquhoun observe que, « dans Tétat actuel de la société, l'indigence doit être envisagée comme une des causes principales de l'accroissement du nombre des crimes. » P. 352. (3/.)

(2) Ibid., ch. XI, p. 515. Dans un ouvrage postérieur inUlulé: Treatise un indigence, M. Colquhoun estime qu'en Angleterre , sur une population de 9 millions, il n'y a pas moins de 1,320,716 personnes qui vivent du travail d'autrui ; savoir; 1,040,746 profilant de l'assistance de la taxe des pauvres, et tous ceux qu'on peut comprendre sous les noms de mendiants, vagabonds, voleurs, prostituées, etc. [G, et P. P.)

(3) f^orkhouses, maisons de travail. L'auteur a en vue celles des paroisses ou Ton met les enfants pauvres. (G. et P. P.)

(4) Police o/metropolis,p,'5li^,yJ0.

(5) Ibid., p. 552 et suiv. Dans une ville telle que Londres, où affluent les Iwbilantsdes provinces, il ne peut manquer d'y avoir beaucoup d'individus privés d'ouvrage. Il se pourrait donc qu'à Londres un établissement tel que celui que propose Mi Colquhoun (p. 571), pour le soulagement de ceux que quelque cause accidentelle a jetés dans la pauvreté, s'il était dirigé d'une manière très-judicieuse.

Lorsque l'indigence ne produit pas <Jes crimes, elle ne laisse pas de paralyser les vertus. Des tentations fréquentes peuvent occasionner quelques violations des devoirs de la chasteté, sans dégrader entièrement le caractère, sans lui ôler à d'autres égards sa sensibilité et son élévation ; mais les tentations qui assiègent le pauvre, jointes au sentiment d'injustice qu'entretient chez lui l'ignorance où il est de la vraie cause de son étal, tendent à le corrompre de plusieurs manières. Son humeur s'aigrit, son cœur s'endurcit, le sens moral s'éteint en lui peu

fit plus de bien que de mal. Mais il faudrait absolumeol pour cela, si rétablissement fournissait du travail, que le gain auquel un homme pourrait prétendre par ce moyen fût moindre que le moindre prix du travail ordinaire. Sinon, on verrait bientôt accroître le nombre des ouvriers qui viendraient s'offrir; et les fonds n y suffiraient plus. Dans rétablissement de Hambourg, qui semble avoir mieux réussi qu'aucun autre, le travail qu'on fournissait était d'une telle espèce que, quoiqu'on le payât au-dessus du prix courant, un ouvrier ne pouvait y gagner plus de dix-huit pence (1) (environ 4 fr. 80 centimes) par semaine. C'était un principe de l'administration, de réduire les secours au-dessous du gain que pouvaient faire ailleurs

les hommes ou les femmes ainsi secourus ( Rapport de V administration des

pauvres de Hambourg, par C. Voghl, p. 18). C'est à ce principe que les adminis- U-ateurs ont attribué Ipurs succès. Du reste, il fant observer que, ni l'établissement de Hambourg, ni celui du comte deRumford en Bavière, n'ont subsisté assez longtemps pour nous mettre en élat de prononcer sur leurs bons effets. On ne peut douter qu'au premier moment de telles institutions ne diminuent la misère. La question est de savoir si, dans la suite, Taccroissemenl des fonds nécessaires pour les soutenir, et l'accroissement du nombre de ceux qui en dépendent, ne sent pas un mal pire que celui auquel on voulait porter remède ; si le pays ne restera pas chargé d'une mendicité égale à la précédente, et en outre de la pauvreté accumulée par ces établissements (2). Il semble que tel est l'état actuel de l'Angleterre. Je ne crois pas que nous eussions plus de mendiants, si nous n'avions point de lois sur les pauvres. (M,)

(1) Cette limite e«t fixée h 48 soM de France dan* l'outrage dont il e»t question daoa la note «lifante. (G. et F. P.)

(«) Od vient de publier (Genève, 1809) an extrait det rapporta rclalifi à l'éiabtiMcment de bienfaUanee de Hambourg, intitulé: Tableau historique de Vlnatilut pour legpativres de Hambourg, rédigé d'aprie les rapports de M. le baron de Voghl, traduit de l^allemand. Il ne parait pa» que le» crainte» de M. Mallhua, au sujet de cet éublissement, »e soient vérifiée». Rétablissement date de 1788, et s'est soutenu malgré Im crises par leaquelles a passé celle ville. Un parallèle exact de l'éUtde» pauvres en 1TS8 et en 1798 fait voir que la mendicité, très-active à la première de ce» deux époque», éUil éteinle à la dernière ; que le nombre des pauvres a été réduit de 5,166 à 2.689; que les enfanta destinés à la misère et au vice ont été élevés et instruiu de manière à gagner leur vie ; que les roulades ont été assistés; que la niorlalilé a diminué ; en un mot, que tous les biens que la charité peut avoir en vue ont été produUs. On ne peut assez s'empresser de rendre hommage à l'humanité, à la prudence, à la vigilance de* fondateurs et des administrateurs de ce grand et bel établissement. Mais le succès durable qu'il a obtenu ne doit pas nous faire illosion au point de croire pouvoir soutenir par les mômes moyen» la population pauvre d'un grand empire.^ Ta ville de Hambourg, comme toutes les villes indépendante», vit des alimenU qu'elle achète et non de ceux qu'elle produit. Cette circonstance rend tous les principes de l'économie politique d'une application incertaine et difficile. Je n'en veux pour preuve que certeines maiimes, admise» dans l'écrit dont je viens de <lonner le titre, et qui servent de base aux comptes rendus de l'Institut de bienCsisance. Ces maximes con-

à peu. Souvent enfin il meurt à la vertu, et devient incapable de se relever de son abattement.

Si l'on s*en tient même aux seuls devoirs de la chasteté, on verra qu'il s'en faut bien que le mariage soit un moyen sûr de les faire respecter. Les classes élevées offrent trop d'exemples contraires. Et dans les classes inférieures, ces exemples^ bien qu'on en parle moins, ne sont probablement pas beaucoup moins nombreux.

Ajoutons que la pauvreté sordide, surtout si elle est jointe à la paresse, est de tous les états le moins favorable à la cbastelé. Les passions n'y sont presque plus contenues par le respect de soi-même, et par ce sentiment de moralité qu'entretiennent des habitudes libérales. 11 y a

viennent tans doute au lieu auquel on les applique, mais il est facile de voir qu'elles ne pourraient être g^oéralisées sans danger. On y établit rornieUement que tous les membres d'un État ont le droit d'attendre de l'État les moyens de gaifoer leur vie et Tassistance quand leurs forces sont épuisées (p. 8). Cette oiaxime, appliquée à une petite communauté ricbe et exclusivement livrée au commerce ou aux manufactures, peut, jusqu'à un certain point, se soutenir. Mais on ne peut l'admettre pour un grand Ëtat agricole et très-anciennement peuplé, puisque ce serait dire que la population, quel que soit son accroissement , a droit à des aliments, tandis que la terre refuse de produire ces aliments en quantité suftisante pour un accroissement de population indéfini. Le même principe fondamental se trouve rcpclé sous uue forme qui montre eoeore plus clairement combien on doit peu. espérer d'en faire l'application à de grands États, t L'homme qui vit d'un travail manuefa le droit, dit l'auteur, d'en attendre un salaire au moyen duquel il puisse exister commodément (p. 11). » En sorte que, d'après le sens de cette maxime, la société ne serait pas seulement tenue à fournir simplement du travail à l'ouvrier qui ed manque, mais encore un travail qui le melte en état de vivre commodément, m c'est-à-dire, de se procurer une habitation salubre, des aliments sains et nourrissants^ des vêtements pour se mettre à l'abri du froid et pour se montrer décemment les jours de fête (p. il). • Certes, il n'y a d'autre moyen d'ubteoir cette fin désirable dans un grand état agricole, et dès longtemps peuplé, que d'engager chaque membre de la communauté à ne point se chaîner de famille avant d'être en état de la nourrir. Si les pauvres recrutent la population par des mariages contractés sans prudence , la subsistance leur manquera nécessairement, et tous les secours de la charité seront insuffisants.

Mais, loin que cette crainte se fasse sentir dans une ville riche et alimentée par les étrangers, il parait qu'on n'a d'autre dessein à Hambourg que d'y encourager la population. En effet, par une suite d'opérations bienikisantes , on y est venu au secours des pères de famille : et dans cette communauté ancienne, on a réussi à faire qu'un accroissement de famille fût pour le pauvre une augmentation de richesse, à peu près comme il arrive dans les colonies nouvelles, t Au moyen de cette mesure, dit l'auteur, le nombre des enfants devint un avantage pour les pauvres, au lieu d'être un fardeau ; car plus les membres d'une famille en état de gagner étaient nombreux, plus son entretien devenait facile (p. 56). • Et ailleurs : « Depuis 1792, le nombre des enfants est devenu un bonheur pour l'ouvrier laborieux et honnête (p. 69). » Que l'on se représente une population répandue dès longtemps sur le' sol d'un vaste pays agricole, dans Uquelleon établirait en principe que tout membre de la communauté a droit d'être pourvu de moyens de travail qui le mettent en état de vivre à son aise, et où en même tentps on ferait comprendre aux pauvres que, plus leurs familles sont nombreuses, et plus leur entretien devient facile. N'est-il pas évident qu'en très-peu de temps la subsistance manquerait à cette population, et qu'aucun effort de bienfaisance ne pourr|iit lui en fournir ? Il faut donc admirer la beauté de quelques institutions et leur convenance dans les circonstances données qui les ont vues naître ; mais il ne faut pas se flatter de les étendre indéfiniment.

On doit même remarquer qu'il s'en faut de beaucoup que, jusqu'ici du moins, ces établissements bienfaisants contribuent à augmenter la masse des productions de la terre et des aliments. Les travaux fournis aux pauvres par l'Institut de Hambourg sont essentiellement relatifs à la filature du lin. Cette considération, qui n'a pas beaucoup d'importance lorsqu'on n'a en vue que telle ou (elle ville, deviendrait fort importante si on l'appliquait à un grand État. Il serait donc important, en ce cas, de diriger les travaux du pauvre vers Tagriculture ; et il n est pas facile de dire, avant l'expérience, jusqu'à quel point la chose pourrait être exécutable. Ce serait peut-être le seul moyen de rendre de grands établissements de bienfaisance miles aux campagnes, et par conséquent à la société prise en masse. [P. P.)

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