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CHAPITRE V. — SUITES DU système opposé au nôtre

11 est certain que, quel que soit l'accroissement des subsistances, celui dé la population en dépend et ne peut passer cette limite, du moins lorsqu'une fois les aliments se trouvent répartis en portions si petites, qu'elles suffisent exactement à la vie. Tous les enfants qui naissent au delà du nombre nécessaire pour maintenir la population en cet état doivent nécessairement périr, à moins que les adultes ne meurent pour leur faire place.

On a vu, dans tout le cours de cet ouvrage, que^ dans les états anciennement existants, c'est des morts que dépendent principalement les mariages et les naissances, et que, pour engager à se marier de bonne heure, le plus puissant encouragement est une grande mortalité. Pour être conséquents, il faudra donc, loin de contrarier la nature, favoriser la mortalité qu'elle fait naître. Et si la famine nous effraye, nous aurons recours pour la prévenir à d'autres moyens de destruction. Loin de recommander aux pauvres la propreté, nous ferons naître des habitudes contraires. Dans les villes nous ferons des rues étroites, nous entasserons les hommes dans les maisons, et nous ferons tant, qu'enfin la peste reviendra nous visiter. A la campagne, nous aurons soin de placer les habitations auprès des eaux croupissantes, et dans les situations

malsaineset marécageuses (i). Gardons-nous surtout de ces préservatifs que des hommes bienveillants opposent h certaines contagions (2). Si, par cette conduite, nous pouvons parvenir à élever la mortalité du rapport actuel do 1 à 36 ou 40 jusqu'au rapport de 1 à 18 ou 20^ il est extrêmement probable que chaque individu pourra se marier dès Page de puberté, et qu*il y aura pourtant assez peu de personnes réduites à mourir de faim.

Mais si nous voulons nous marier aussi jeunes, et en même temps nous opposer aux opérations destructives de la nature, soyons assurés que nous échouerons. La nature ne veut et ne peut pas être subjuguée. La mortalité requise par la population aura lieu de manière ou d'autre. L*extirpation d'une maladie sera le signal de F invasion d'une autre, peut-être plus funeste. Pour baisser le niveau de ces eaux d*amerlume, il ne sert à rien de les presser de place en place ; car elles s'élèvent d'autant plus là où manque la force comprimante. Le seul moyen d'y réussir est d'en tarir la source. La nature appelle sans cesse notre attention de ce côté'là. C'est le but des châtiments qu'elle nous inflige : châtiments

(1) Necker, en parlant du rapport des naissances en France, fail usage d'une expression nouvelle et instructive, quoique lui-même peul-être n'en ail pas bien senli la force, il dit que < le nombre des naissances est h celui des habitants de 1 à 23 et 24, dans les lieux contrariés par la nature ou par des circonslaiices morales : ce même rapport, dans la plus grande partie de la France, est de 1 à 25,25 i/2 et 26. ^ Administr. des finances, 1. 1, p. 254; in-12. 11 semblerait donc que nous n'avons rien de mieux à faire que de mettre le peuple dans des marais, et de le soumettre k un gouvernement mauvais et oppressif, pour obtenir ce que les politiques s*accordent à envisager comme infiniment désirable, un rapport des mariages et un rapport des naissances , Tun et l'autre très* grands. (M.)

*(2) Voici comment s'exprime le D' de Carro dans une lettre adressée aux auteurs de la Bibliothèque Britannique, en date de Vienne, le 2i septembre 1805. c Après une masse de faits, qui prouvent si bien Tardeur des Indous et des Européens établis aux Indes à profiter de la vaccination, écoulons le D' Andersen, qui nous donne les premières nouvelles que nous ayons de la manière de penser des Chinois à cet égard. On me mande, dit ce médecin, que les Chinois ont reçu avec horreur la nouvelle de la possibilité d'anéantir la petite vérole, s'écriant qu'ils ne désiraient point être privés d'une maladie qui leur était absolument nécessaire pour leur éviter la pénible tâche d'exposer leurs malheureux enfants k ùire dévorés par les bétes féroces. » Bibl. Brit.y Se. et arts, t. XXV, p. i85. — Les Chinois sont conséquents *, leurs saoglantes exécutions rendent inutile toute espèce de contrainte morale. Ils encouragent donc le mariage k l'excès, et envisagent comme d'utiles remèdes les contagions destructives de l'enfance. Il est bien rare en ces matières de pouvoir confirmer un raisonnement de pure théorie, par un fait aussi précis et aussi récent. (P. P.)

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