CHŒUR
Enfin ie voilà de retour, etc. etc. etc.
(A la fin de cette reprise, Dubreuil fait signe aux paysans de se retirer. Catherine les conduiflj'usiju’à la porte du fond , et se plate
ensuite auprès de Dubreuil. )
ARVED.
Voici donc ces lieux que je désespérais de revoir, et auxquels tant de fois j’ai cru dire un éternel adieu. . . et je reviens, et je suis an milieu de ceux que j’aime... mon Dieu! que je suis heureux !
DUBREUIL et MARIE.
Et nous donc !
CATHERINE
Ce cher enfant ! combien il a souffert !.. aussi je le trouve changé.
DUBREUIL
Il en peut dire autant de nous.
ARVEl).
Non ... je vous retrouve toujours les mêmes. Nous voilà encore, comme nous étions, il y a trois ans.. . et maintenant, il ne me semble pas que je sois parti.. . . car rien ici n’est changé, excepté Marie, que je trouve embellie. . . et beaucoup.
MARIE
Vraiment, mon cousin ?
DUBREUIL
Que sera-ce donc, quand tu verras Malvina. .. c’est la beauté du pays, et nous ne manquons pas d’adorateurs. . . car c’est à qui me la demandera en mariage. . . mais moi, j’ai mes idées. . . des idées, dont nous parlerons. . . car tu restes ici quelques jours ... tu en as la permission de ton colonel ?
ARVED, souriant.
Je n’en ai pas besoin. . . je me la suis donnée.
' MARIE , avec joie.
Est-ce que tu serais devenu colonel?
ARVED.
Mieux que cela, ma cousine.
Général de brigade !
ARVED. .
Vous l’avez dil.
DUBREUIL
A moins de trente ans.... il serait possible!.*. I» belle chose que la guerre... j’ai un neveu qui est général!
MARIE
Et moi, qui n’ai pas mis d’épaulettes à un seul de ses portraits.
DUBREUIL
Toi, qui, après la bataille de Hanau, n’étais que chef d’escadron . . .
ARVED.
C’est que, depuis quelque teins, mon oncle, cela a été vite.
DUBREUIL
J’entends. . . il y a eu de l’avancement. . . et M. Gérard, ton ami, ton lieutenant-colonel, dont tu me parlais dans toutes tes lettres?
ARVED.
Mort dans un jour de victoire!. . mort à Montmirail.
Ah ! mon Dieu.'. . et ton brave colonel, qui t’avait pris en amitié , qui te traitait comme son fds ?
ARVED.
Mort à Champ-Aubert !. .
DUBREUIL, srrouant la tête.
Je conçois... je conçois alors que, de chef d’escadron. . . on devienne général en quelques mois . . . ( Soupiran /.) C’est une belle chose que la guerre, mon neveu Arved... je crois, malgré cela, que j’aime mieux le commerce. . . mes commis ne vont pas si vite, mais ils durent plus longtems. . . Et toi-même?. . . et ces blessures dont on nous avait parlé ?
ARVED.
Ce n’est rien , mon oncle ... il en est d’autres plus difficiles à guérir . . . d’autres plus douloureuses encore pour le cœur d’un soldat... ces drapeaux étrangers, que, tant de fois, j’avais vus fuir devant nous... Allons, allons, n’y pensons plus... que cette larme soit la dernière que je donne au passé !...
DUBREUIL
Si mon pauvre Edmond ... si ton père était là !.. .
ARVED.
Vous le remplacerez, mon oncle. . . vous me tiendrez lieu de ce père que je regrette, et que je retrouve en vous.. . désormais , nous ne nous quitterons plus. . . Quand on a vu de près d’aussi grandes catastrophes , toute idée ambitieuse s’éloigne de notre ame, qui n’aspire plus qu’au repos, à la tranquillité ; et c’est ici que je les retrouverai... Mon seul désir, maintenant, est de m’établir près de vous, en famille, avec ma femme et mes enfans, que , d’avance, je chéris déjà... car tout le long de la route je m’occupais de leur bonheur... de leur avenir... et j’étais encore avec eux , quand j’ai aperçu de loin les tourelles de votre château.
DUBREUIL
C’est un présage. ... et moi, j’y crois. . . mais va donc voir, Catherine , si ma fille est prèle , et dis-lui de descendre.
ARVED.
Comment! des cérémonies. .. je te sais gré, Marie, de n’en avoir pas fait pour moi.
MARIE
Aussi je suis moins belle.
ARVED.
Oui ; mais aussi je t’ai vue plus tôt- . . ( A Catherine .) et Chariot, ton fils et mon frère de lait... et tous mes filleuls... car, j’étais , je crois , le parrain de tout le village.
CATHERINE
Air : Vos maris en Palestine.
Us n’sont pas tons à leur aise ;
La guerr’ fait tant d’malheureux . . .
Aussi, l’année est mauvaise;
Et les indigent nombreux.
Les indigent sont nombreux.
Mais à ceux qu’en sa bienfaisance Mon oncle n’a pu secourir,
A ceux qu’il ne peut secourir. . .
Je dis : « Prenez patience ,
» Mon cousin va revenir. »
ARVED.
Et lu as bien fait. ... je t’en remercie .... allons-y ensemble. .. viens les voir. ( Catherine sort.)
DUBHEUIL.
Un instant... nous avons à parler affaires. . . et d’affaires importantes . . . ainsi , Marie , laisse-nous.
MARIE
Oui, mon oncle... ( A pari.) A peine arrivé, déjà lui parler d’affaires ... ne pas lui laisser le teins d’être heureux ... et à nous aussi . . .
DUBREUIL
Marie ■ . .
MARIE
Je m’en vais... (Eh s’éloignant , elle regarde Arved.) Adieu, mon cousin. . . ( Sur un nouveau signe de Dubreuil. ) Oui, mon oncle ... je m’en vais.