‹ Malvina ou un mariage d'inclinationChapitre 16 sur 34 · SCENE XI · texte numérisé non relu

SCENE XI

LES PRKCÉDENS , MARIE entrant mec DUBREUIL.

Oui , mon oncle, c’est un beau rtlilitairc, un lancier , qui apporte des dépêches pour le général.

( 36 ) MALVINA

Le gc'néral !

MARIE, à lierai- voix.

Et il y a dessus, écrit en grosses lettres : « Au général » comte Dubreuil. »

MALVINA

Le comte Dubreuil !... Comment! ce que nous lisions ce matin ?. . .

MARIE

C’était lui !... cela ne m’étonne pas.

ARVED, levant la tête.

Qu’est-ce donc ?

DUBREUIL

Comment, mon ami, tu serais comte * P

ARVED.

Oui , mon oncle. . . où est le surprenant?

Et tu ne nous en disais rien P

ARVED.

À quoi bon?... ce n’était pas le comte Dubreuil qui venait vous voir. . . c'était votre neveu; et je crois trop à votre amitié, pour penser qu’un litre puisse y ajouter quelque chose.

DUBREUIL

Non certainement. . . parce que moi, tu me connais ; les titres, les dignités... je ny tiens pas... mais un cbmte dans notre famille, c’est honorable... et puis, celle que tu épouseras sera madame la comtesse... ( Regardant Mahina et Arved.} Ah ça ! mes enfans. . . eh bien! qu’en dites-vous ?... j’étais sûr qu’avec le tems vous finiriez par vous entendre... aussi je ne suis pas pour brusquer les choses... mais enfin, voyons, entre nous, à quand la noce !

MARIE , à part.

O ciel ! —

ARVED et MALVINA.

Que dites-vous ?

DUBREUIL

Il n’y a pas ici d'étrangers , nous sommes en famille. . .

* Marie, Arved , Dubreuil, Malvraa.

Am de Té nier s.

Oui, lous les deux, vous vous aimex de mime :

Rien ne peut plus vous séparer ;

Comblez les vœux d’un père qui vous aime,

C’est son bonheur. . . pourquoi le diffe'rer? . ..

Lorsque l’on a passé la soixantaine.

De se presser, ma fille , on a besoin;

llàtc-toi d’ètre heureuse ; Il peine Ai-je le teins d’en être le témoin.

MALVINA

Mon père !...

DUBREUIL

Tu baisses les yeux. . . tu rougis... tu l’aimes , n’est-cc pas?

MALVINA, troublée.

Ah ! je le sens , personne , plus que lui, ne mérite d’être aimé... aussi je l’aitne... (se reprenant ) comme un ami , comme un frère.

MARIE, à part, avec étonnement.

Que cela?

DUBREUIL

C’est comme un époux qu'il faut le chérir.

ARVED.

Mon oncle, soumise à vos volontés, ma cousine était prête à vous obéir.

Dis-lu vrai ?

ARVED.

C’est moi , moi seul que des obstacles invincibles

éloignent de cette alliance. . .

MARIE , à part.

Qu’entends je ! . .

DUBREUIL

Toi. . . Arved. . . toi , mon fils. . . tu me ferais un pareil chagrin. . . tu refuserais ma fille, l’amie de ton enfance... celle que ton père mourant t’avait dcsmîHe . . .

MARIE, pleurant.

Oh ! mon cousin , vous ne le pouvez pas,

ARVED.

Aussi... croyez bien... que c’est malgré moi... et que des promesses antérieures.

DUBREUIL

Tu me trompes . . . oui , maintenant j’en suis sûr , tu me l'aurais dit ce matin... quand je t’ai parlé de mes projets.. . de cet hymen auquel tu consentais ... et tu manquerais à tes promesses, à ta parole !... Non, cc n’est pas possible... tu es mon neveu. . . tu es un honnête homme. . .

MALVIN A , vivement.

Il l’est toujours.

ARVED.

Que faites-vous ?

MALVINA

Mon devoir. . . Que penseriez-vous de moi, mon cousin, si je souffrais que votre générosité portât atteinte à votre honneur!... Oui, mon père, c’est moi qui, pour différer cet hymen , l’avais supplié. . .

DUBREUIL

Toi?...

MALVINA

Ne m’y obligez pas. . . du moins, dans ce moment, je vous en conjure.

DUBREUIL

Non , l’instant de la faiblesse est passé , et tu l’épouseras aujourd’hui même.

ARVED.

Ëcoutez-moi !

DUBREUIL, passant à droite.

Je n’écoute rien. . . elle t’épousera... je l’entends ainsi.

ARVED.

Et moi , mon oncle, j’entends que ma cousine soit libre et maîtresse de son choix . . . que vous lui laissiez le tems qu’elle demande pour se décider en ma faveur, ou en faveur de tout autre. . . sinon, je pars, je quitte ces lieux ; vous ne me reverrez plus.

Ah ! que c’est feln à loi! . . . je te reconnais là.

MALVINA

Mon cousin , mon ami ! quelle générosité !

DUBREUIL , à Arved.

Et loi aussi. . . ne vas-tu pas te fâcher?. . les voilà tous contre moi , parce que je veux les rendre heureux i . .

Page 1