‹ Malvina ou un mariage d'inclinationChapitre 15 sur 34 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

ARVED, MALV1NA.

ARVED.

Je pense bien, ma cousine, que mon refus ne vous fâche pas ; sans cela , à pied , comme à cheval , je suis prêt à suivre la chasse , toute la journée, s’il le faut.

MALVINA

C’est inutile . . car moi-même j’ai changé d’idée . . je n’irai pas.

ARVED.

Vous qui disiez tout-à-lheure . . .

MALVINA

Oui, j’y tenais, pour m’y trouver avec vous.

ARVED.

Vraiment?

MALVINA

Vous n’y allez pas. . . vous restez. . . je reste aussi. . .

ARVED.

Que dites vous?. . je serais assez heureux. . .

MALVINA

Ne vous hâtez pas de me remercier... j’ai besoin de vous parler à vous seul , sans qu’on puisse nous interrompre.. . puis-je compter, mon cousin, que tantôt, pendant qu’ils seront tous à la chasse , vous m’accorderez un moment d’entretien?

Moi , ma cousine ... je suis à vos ordres ... et , quel que soit l’objet de celte conversation, quelque demande que vous ayez à me faire. . . j’y souscris d’avance. . . je vous le jure.

MALVINA

Vraiment ?

ARVED.

Et j’espère alors que vous quitterez avec moi ce ton

froid el solennel qui me tient toujours à distance. . . nous avons l’air de deux partis ennemis qui se craignent et s’observent.

Air du vaudeville du Petit Courrier.

Assez long-tems, par ses méfaits,

La guerre a dévasté le monde ;

Rois et sujets, tous à la ronde S’unissent poar vouloir la pair.

Et dans l’Europe, ainsi qu’en France,

Quand nul ne se dispute plus,

Pourquoi de la Sainte-Alliance .

Les cousins seraient-ils exclus ?

Cela dépendra de vous. . . Vous avez vu mon père?. . . il voiis a parlé ...

ARVED.

Du seul objet qui l’occupe $ de vous, de sa fille chérie.

MALVINA

Ainsi, vous connaissez ses projets?

ARVED.

Oui, ma cousine. .. il m’en a fait part.

MALVINA

Et <ju’èn dites- vous?

ARVED.

Rien encore.

MALVINA

Comment ! votre idée à vous?. . .

ARVED.

Je n’en ai pas. . . j’attends les vôtres , et je crains Lieu qu’elles ne me soient pas favorables... Je me connais, ma cousine, je me rends justice; et plus je vous regarde.. . plus je trouve de raisons pour que vous me refusiez; mais je n’en vois aucune pour que vou3 doutiez de mon amitié , et j’espère que vous me traiterez du moins comme un frère et un ami.

M ILVINA, s’approchan! de lui.

Arved !...

ARVED.

A la bonne heure ; le premier pas est fait, et nous allons nous entendre. . . Voyons , ma jolie cousine. . . ces

projets que nos pères avaient formés depuis long-tems . . . ce bonheur qu’ils avaient arrangé pour nous, sans nous consulter... ce mariage , enfin , ne vous plaît pas beaucoup ?

MALVINA

Mais . . .

ARVED.

Il vous déplaît... je comprends... et je m’explique maintenant la froideur de votre accueil . . . vous redoutiez mon arrivée . . . vous aviez peur de moi . . . Ah ! je suis bien malheureux d’avoir pu vous causer un instant de crainte ou de chagrin. . . si j’avais pu le penser, je vous aurais crié, en arrivant : « Ma cousine, embrassez-moi et » aimez-moi. . . je ne vous épouse pas. »

MALVINA

Vraiment !... une telle générosité. . .

ARVED.

Mon Dieu ! cousine, pas de remcrcîmens, je suis fait à ces malheurs-là, et ça ne m’étonne pas... je n’ai jamais pu être aimé... je ne suis pas né pour cela... tout ce que je puis faire, c’est de chérir les gens de tout mon cœur, de tout sacrifier au monde pour les rendre heureux ; mais pour leur plaire, pour m’en faire aimer, pour les prévenances, les soins, les attentions, en un mot, pour tout ce qui est essentiel, je n’y entends rien .. . il me serait plus aisé de me faire tuer pour une personne que j’aime , que de lui adresser un compliment. . . Vous comprenez alors qu’avec un pareil système je n’ai pas dû être étonné de votre refus. . . je m’y attendais; et je cours trouver mon oncle, pour tout lui raconter.

MALVINA , le retenant.

Non... mon père... ce mariage lui tient tellement à cœur, que, quand il saura mon refus, il m’accablera de reproches. . . il me maudira peut-être !

ARVED.

O ciel !

MALVINA

Et cependant , comment faire ?

ARVED.

Eh bien ! voyons , ma cousine , il ne faut pas vous désoler. . . cherchons un moyen. . . cherchons tous deux.

MALVINA

11 n'y en a pas.

ARVED.

Et pourquoi donc?. . . Si, par exemple, le refus venait de moi ?

MALVINA

Que dites- vous?

ARVED.

Ce n'est guère croyable. . . mais enfin.

Air d' Aristippe.

Dieu! qu’entends-je ! A surprise extrême!

Vous, Arved, vous pourriez, bêlas!

Braver un oncle qui vous aime ,

(Tendrement.)

Pour moi, qui ne vous aime pas !

ARVED.

Ab ! de grâce, n’achevez pas.

Oui , ce mot qui me désespère A vous servir ne fait que m’animer.

Obligeons ceux qui ne nous aiment guère ,

Pour les forcer à nous aimer.

MALVINA, avec émotion.

Ah ! que je vous connaissais peu!. . . plus tard, Arved , .

5 lus tard vous saurez. . . oui, mon cousin , oui, j’ai besoin e toute votre amitié, de vos conseils. . . je ne vois que vous au monde à qui je puisse me confier.

ARVED, lui tendant la main.

Que dites-vous ? achevez . . .

MALVINA, retirant sa main, et s’éloignant de lui.

Silence !... on vient.

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