‹ Malvina ou un mariage d'inclinationChapitre 29 sur 34 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

DUBREUIL , assis près de la table à gauche, et lisant la lettre qu’il tenait en entrant ; ARVED , MALVINA.

MALVINA , s’approchant d’Arved , et à voix basse.

Tout est perdu : il croit que je vous aime et veut nous marier. . . c’est fait de moi.

ARVED.

Du courage. .. je viens à votre secours.

MALVINA, de même.

11 faut tout déclarer.

ARVED.

Oui... mais je le vois si heureux, que je ne sais comment

le préparer à une nouvelle qui peut lui donner le coup de la mort.

DUBREUIL, d’an air riant.

Eh bien ! mou cher ami , je n’ai pas voulu te troubler dans ta conférence avec Marie ; car il paraît que vous avez aussi des secrets ensemble.

ARVED.

Oui. . . oui , mon oncle.

DUBREUIL , de même.

Qui, peut-être, ont rapport à cette lettre que tu m’as envoyée par Catherine ; que je relisais là avec attention. . . Eh mais! tu parais inquiet, embarrassé.

ARVED.

Je le suis en effet; car Malvina et moi sommes chargés tous les deux d’implorer votre bonté , votre clémence en faveur d’une personne qni fut bien coupable sans doute . . .

Oh oui ! plus coupable que je ne peux le dire.

DUBREUIL, passant entre eux deux *.

Eh mais ! mes enfans, qu’est-ce que c’est donc?.. . voilà que vous m' effrayez. . . et ce que Marie le disait tout à l’heure. . . est-ce que ce serait d’elle qu’il s’agirait?

ARVED, hésitant.

Mais . . . peut-être bien.

MALVINA

Que dites- vous?

ARVED, bas à Malvina.

Silence... (Z/at/L) Vous me parliez ce matin de ma cousine Marie, et des sains que, l’année dernière, que cette année encore, M. de Barentin avait l’air de lui rendre?

DUBREUIL

C’est vrai.

ARVED.

Eh bien ! que diriez-vous si . . . si elle l’aimait ?

DUBREUIL

Ce que je dirais. . . je dirais : tant pis pour elle. . . parce qu’elle ne l’épousera pas. . . parce que jamais je ne consentirai à ce mariage.

* Arved , Dubrcui! , Malvina.

AKVED.

Et si, prévoyant vos refus, et n’osant braver votre colère. . . si, en un mot, sa jeunesse, son inexpérience. ..

DUBREUIL

Que dis-tu?

ARVED.

Si elle s’était engagée à lui par des nœuds solennels,. .

DUBREUIL

Ce n’est pas possible . . . vous vous abusez.

ARVED.

Non, mon oncle... c’est la vérité; ils sont unis... mariés secrètement.

DUBREUIL, furieux.

Un mariage secret !

MALYINA , suppliant.

Mon père.

DUBREUIL

Non, tu essaierais en vain de la défendre... nos lois ne reconnaissent pas de pareils mariages,., il est nul... il sera rompu. . . j’en ai le droit.

ARVED.

Je le sais.. . mais vous ne voudrez pas en user.. . pour son honneur, pour celui de votre famille. . . car enfin , mon oncle, elle est à lui... elle lui appartient... elle est sa femme.

11 est donc vrai?

ARVED.

Et vous ne voudriez pas réduire au désespoir une personne que vous aimez, que nous aimons tous. . . quand, d’un seul mot, vous pouvez la rendre heureuse.

DUBREUIL

Heureuse!. . . mais, c’est ce qui le trompe. . • elle ne le sera jamais.

MALYINA.

Que dites vous ?

DUBREUIL

Quand celte passion qui l'aveugle , quand ses premières illusions seront dissipées, et ce ne sera pas long, elle

pleurera elle-même sur son imprudence , et se repentira du choix qu’elle a' fait.

MALVINA

Et pourquoi donc ?... A la fortune près, que pourraiton y blâmer? n’est-ii pas d’une honnête naissance ?... d'une famille distinguée ?

DUBREUIL

Oui. . . le fils d'un confiseur.

O ciel! ce n’est pas possible.

DUBREUIL, montrant U lettre qu’il tient.

J’ai là ses titres et ses parchemins.

ARVED.

Eh ! qu’importe ... le fils d’un honnête négociant n’en vaut-il pas bien un autre?. . . et après tout, mon oncle... qui sommes-nous? . . . n’est-ce pas aussi dans le commerce que notre famille s’est enrichie ?

DUBREUIL

Oui . . mais moi j’en suis fier. . . je m’en vante.

Air : Vaudeville de Partie carrée.

De père <*n fila , quand on a l’avantage Et l’honneur d’étre commerçant ,

On ne va pas, d’un noble personnage,

Prendre le nom et le déguisement!

Oui , quelqu’état que le sort nous désigne ,

On en est fier, alors qu’on l’ennoblit;

Mais je me dis qu’on n’en est jamais digne Sitôt qu’on en rougit.

Et ces grands malheurs , ces persécutions dont il se vantait. . . Lui ! persécuté !... et par qui ? par ses créanciers,

MALVINA

Grands Dieux !

DUBREUIL

Un prodigue ! un dissipateur! un mauvais sujet!

ARVED , voulant l’arrêter.

Mon oncle. . . je vous en supplie.

MALVINA

Mon père !...

DUBREUIL, à Malvina.

Oui, ma chère enfant, c’est comme je te le dis, j’en ai les preuves !... et voilà pourtant comme , avec de grandes phrases et une feinte passion , une jeune personne se laisse séduire. . . O jeunesse imprudente !... quand vos parens v quand un père lui-même , malgré toutes les recherches , toutes les précautions , tous les soins de la tendresse la plus vive, peut encore se tromper sur le choix d’un gendre... vous, n’écoutant que les rêves de votre imagination , vous jouez ainsi au hasard votre bonheur et l’espoir de votre vie entière.

ARVED , cherchant toujours à l’arrêter.

Mon oncle !... et quels que soient ses torts , me refuserez-vous la première grâce que je vous demande ?

DUBREUIL

Tu le veux, mon fils. . . puis-je rien refuser à toi. . . à ma fille... à vous qui êtes mes enfansi... vous, qui devez faire ma joie et ma consolation.

ARVED.

Grand Dieu !

Parle , mon ami . . . guide-moi . . . dis-moi ce qu’il faut faire... .[je suivrai tes conseils. . .

ARVED.

Eh bien !... à votre place, j’écrirais d’abord à M. de Barentin.

DUBREUIL

Lui écrire! (Se mettant à' la table à droite.') M’y

voici. . . dicte toi-même ; j’écris.

ARVED, dictant.

« Monsieur , vous avez de grands torts envers moi . . - » je vous les pardonne. »

DUBREUIL

Lui pardonner !

MALVINA, suppliant-

Mon père . . .

DUBREUIL

Allons , tu le veux aussi. . . le mot est écrit.

ARVED , dictant.

« Je vous les pardonne , si vous rendez heureuse celle à- » qui votre sort est uni ...»

Après?

ARVED.

Voilà tout. ( Regardant Malvina. ) N’csl-il pas vrai ? DUBREUIL.

Et je signe : « Votre oncle. »

ARVED , l’arrêtant

Non ... je ne signerais pas ce mot-là.

DUBREUIL

Et pourquoi?

ARVED.

Ah ! c’est que . . . Silence . . . c’est Marie.

MALVINA, à part.

C’est fait de moi.

AKVED , à üubrcuil , qui s’avance vers Marie, et qu’il s’efforce d’arrêter.

Ne lui parlez pas encore . . . que, devant elle, il ne soit question de rien, je vous en conjure.

DUBREUIL

Pour quelles raisons ?

ARVED.

Vous le saurez. . . venez, passons dans votre cabinet. ( U va àjMarie ; Malvina passe auprès de son père.')

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