ENSEMBLE
dubreuil.
C'est assez , de grâce , J’irai bien sans vous; Rien no nous menace, Nous voici chez nous.
C’est , en conscience , Un soin filial;
A sa complaisance , Non , rien n’est égal.
BARENTIN
Sur mon bras, de grâce.
Allons, appuyez-vous; Ah ! loin qu’il me lasse Ce poids est bien doux. . .
Soin touchant qui semble Un soin filial ;
Tableau dont l’ensemble Est patriarcal.
CATHERINE
J’admire sa grâce, Aimable pour tous ; Jamais rien ne lasse De soins aussi doux.
C’est , en conscience , Un soin filial ;
A sa complaisance , Non , rien n’cst égal.
BARENTIN
Eh bien, Catherine ! vous ne pensez pas à donner un fauteuil à monsieur?., vous ne pensez à rien. . . ( A Dubreuü.) Asseyez-vous donc. ( Dubreuil s ’ assied sur le fauteuil que Barentin lui a donné : Barentin reste debout à sa gauche , Catherine à sa droite. Barentin s’adressant à Catherine :) Vous direz aussi à Joseph de promener mon cheval , de lui donner du vin chaud... ces chevaux anglais demandent tant d’égards ! je sais cela , moi , qui , avant mes malheurs , en avais dix dans mon écurie. . . Et un tabouret sous ses pieds, M. Dubreuil. . . donne , donne, Catherine.
DUBREUIL
Vous êtes trop bon ... et vous vous donnez trop de peines. . . vous me feriez croire à la fin plus vieux que je ne le suis. Tiens, Catherine, prends-moi mon chapeau. ( Barentin prend le chapeau de Dubreuil , et le pose sur une chaise : Catherine se retire avec humeur. ) Eh bien ! tu t’en vas ! . .
CATHERINE
Puisque monsieur est là. . . vous n’avez pas besoin de moi ; et vous pourriez vous passer de tous vos domestiques.
DUBREUIL
Catherine !...
BARENTIN
Laissez-la dire . . . moi , j’aime les duègnes , les gouvernantes. . . il faut qu’elles soient toujours de mauvaise humeur !... privilège touchant de la fidélité ... et puis celleci vous rend de grands services.
CATI1 ERINE.
Monsieur en convient donc?
BARENTIN
Certainement. . . la vieillesse chagrine et morose fait ressortir encore mieux celle qui est aimable et indulgente; et à ce titre, il faut garder votre gouvernante, vous ne trouverez jamais mieux.
CATHERINE
Monsieur. . .
DUBREUIL
Allons, Catherine , tais-toi, et laisse-nous.
CATHERINE
On m’impose silence.'’., c’est là le plus fort. ( Marie rentre ; Barentin va au-devant d’elle, et lui parle bas pendant que Catherine chante son couplet.')
Air du vaudeville de l’Homme V ert.
Mc faire taire ... je suffoque. . .
Je n’y tiens plus, et je m’en vais;
Sachez, c’est là ce qui me choque ,
Que chiens, chevaux, femm’ et laquais,
Il prend tout. . . de tout il dispose ,
Du vieux aussi bien que du neuf;
Bien heureux, monsieur, et pour cause,
Que, grâce au ciel, vous soyez veuf.
(Elle sort.)