IRENE, COLETTE, MADAME CHA- DEAUX, MADELEINE, LA MARQUISE
IRÈNE, vivement. — Une minute. Un petit Becret à se dire...
COLETTE. — Que nous ne pouvons pas savoir et que toi tu sais.
IKÈNE. — Parbleu!
MADAME CHADEAUX. — AloTS, VOUS êtvjd,
madame, la confidente de vos enfa^nts?
IRÈNE. — Je suis leur meilleur camara-de.
COLETTE. — ■ Leur grand copain.
IRÈNE. — Voilà. Elle l'a dit.
MADAME CHADEAUX. — Le souvcnir que vous êtes aussi leur mère doit bien vous gêner quelquefois.
IRÈNE. — Mon Dieu, madame, je crois que j'ai été une excellente mère. On n'en aurait pas trouvé de meilleure, pas Colette?...
COLETTE. — Ça, tur as été exemplaire. Tu as passé tes plus belles années à leur enlever l'encre des doigts et à corriger leur arithmétique.
IRÈNE. — Maintenant que mes bambins sont devenus de beaux grands garçons, du moins l'un, j'estime que c'est bien un peu à leur tour de m'amuser ; il s'est trouvé que leur mère n'était pas d'âge trop affligeant • ils en ont fait leur camarade et leur amie.
COLETTE. — Et vous VOUS entendez bien, vous trois!...
IRÈNE. — Le souvenir de maman ne s'efface pas, j'eepère, pour eux... ils ont eu robligeance d'y ajouter Colibri.
MADAME CHADEAUX, pincce. — Vous rattrapez le temps perdu.
IRÈNE. — La vie est belle.
MADAME CHADEAUX. — Aiusi VOUS rccevez leurs confidences de jeunes hommes ?
IRÈNE. — J'y mets le plus de tact possible.
MADAME CHADEAUX. — Et ils VOUS disent tout?
IRÈNE. — Je ne suis pas leur confesseur; je ne suis que lei^r amie.
MADAME CHADEAUX. — Madeleine, veux-tu jouer du piano, mon enfant?
Madeleine s'éloigne, sur cet ordre, et va s'asseoir au piano.
iRÈKE, has à Colette. — Oh! mais... elle abuse!...
MADAME CHADEAUX, intentionnellement . — Cette camaraderie avec ses risques et périls s'explique parce que c'est ici une înaison sans fille... et ça se sent ! S'il y en avait une, ah, comme tout serait changé ! Vous auriez eu à protéger sa pudeur, sa délicatesse, vous auriez été obligée à plus de retenue.
IRÈNE. — Avec des garçons la vie est plus franche ! Alors je bénis le ciel de ne m'avoir pas donné de fille, rien qu'à la pensée, en effet, de l'éducation qu'il eût fallu lui inculquer, à la pauvre petite ! toute cette ennuyeuse mise en scène dont se compose la jeunesse de nos filles, jusqu'à leur délivrance...
COLETTE. — Seigneur!... Qu'entends-tu par la délivrance d'une jeune fille?...
IRÈNE. — Mais cette cérémonie de Zoulous qu'on appelle la journée du mariage.
MADAME CHADEAUX. — Madeleine, joue plus fort, mon enfant!
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Colette. — OhI en
EFFET, voyez!,.
ne craignez rien ; moi, je
IRÈXE. — Oh parie bas.
COLETTE, à Madeleine, en regardant Irène. — La prière d'une vierge, mademoiselle.
MADAME CHADEAUX, reprenant avec insistance. — P&rmett-ez-moi de m'étonner que vous traitiez dé cérémoiiie de Zoulous l'insti*-
GEORGET. — Quoi? Q^-'est-ge que G*bst ?.,.
taition la pl^s noble et la pins sacrée Et peut-on savoir, dii moioi-s^ à quoi voïfô dev«z un aussi sau^'iage souv^nÏT ? . . .
iRBNB. ^- VoHs y t'eniez?... Oli ! le jour, oa allait encorde! ÏLe t^olnr-bohiu , les poignées de main, lès fétici'tataons , passe!... mais le soir, ' — .ie P 'avais pais dix--sept aïns, on m'a mariée orpheline, vous le .savez, — lorsque me fut ré^-^lé c« soir-là ce que tous mes amis étaient officiellement invités à penser de moi, j'ai été remplie d'une confusion indicible!... En une seconde, j'ai revu, fixés sur moi, les yeux de mes ta-ntes, de mes cousins, du petit Frédéric ;^ surtout, si farceur I... Je les devinais en t^i-ain
de se représenter la scène intime à laquelle la société les conviait, et j'éprouvais dans mon âme quelque chose qui ressemblait à de la rage ou de la honte, je ne sais plus, mai» que les regards bêtes ou ironiques du lendemain ne furent pas pour atténuer!...
Et j'ai compris et excusé, ce jour-là, le tact et la pudeur qui poussent, — évidemment, — certaines jeunes filles à choisir un amant non garanti par le gouvernement:
LA MARQUISE» — Bravo !
COLETTE. — Tiens, elle a entendu.
MADAME CHADBAux. — Savez- %^us ce que prouve votre petite histoire, madame.^ tout simplement que vous n'aimiez pas votre mari.
iRSNfi. — Sapristi ! c'est que je ne me souviens pkis tî^ bien... Il y a longtemps!... Mais je vevLisi ajouter, au cas oiî vous seriez en pfeine pour mes sentiments, madame, quie mon mari, quoique très occupé, se trouvait êti'e un excellent homme, qui m'a rendue heure^use, et ces vingt ans de ôdélit-é m'ont paru un jour... Et délivrons, je vous en prie, cette pauvre Madeleine... c'est absolument ridicule! Madoleifie, venez it;i..i Voulez-vous servir le thé avec Colette ?
COLETTE, bas à Irène. — Il était temps. La prière d'une vierg'e devenait plus ardente.
l'RïîNE, minable, à Mudehine . — C'est très joli ce que vous jouiez. (^lu domestique qui est entré avec le thé.) François, qm a sonaé, il y a un instant?
LE DOMfcSTiQUE. — M. de Chambry, madame.
cotETi'K, à Irèn-e, en passant le tiié. — Tu es peut-être allée un peu loin avec M/"^ Chadeaux. Ces alhi-iions au mariageet ces coups droits à sa Mie!...
IRÈNK. — Tant pis, ellie m'agaçait avec ses pointes. Il faut qu'elle sache quelle belle-mère je sei*ai. Nous ne coudrons pas ensemble des bretelles pour rœu\i>e des petite Bretoois !
COLETTE. — Je pen.se qu'elle a renoncé à cet espoir.
IRENE. — D'abord elle est trop vieille pour une beMe-mère, c'est dégoûtant. {Pirouettant sur ses talons^.) Personne ne veut de mon thé, alors?
LA MARQUISE, elaifi'S un sil^nm, continuant à Gowven-ser a'nec 3/™*" Cha^leaux. — Ohl les enfants^ voilà la joie de notre crépuscule l. . .
Depuis quelques instants, coût en parlant, Irène se retourne souvent vers la porte du salon ; àtravers les vitraux opaques et lumineux on voit l'ombre de quelqu'un qui s'y est appuyé.
COLETTE, à Irène. — Qu'est-ce que tu as? Tu es ennuyée ?
IRENE. ■ — Moi ? pas du tout,
COLETTE, suivant ses yeux. — Que regardes-tu derrière, tout le temps? (Elle se re^ tourne à son tour.) Oh! en effet, voyez!...
LA MARQUISE. — Quoi?... Oh! ouij cette
ombre chinoise!... On ferait ça en peinture, on ne le croirait pas.
L'ombre se dessine, en effet, nettement, en un profil q-.ii bouge de temps en temps, s'efface ou se précise.
IRÈNE. — C'est le grand lustre. Comme il éclaire beaucoup, cela fait, quand on passe déviant, une vraie projection sur les vitraux Tiffany, comme sur une vitre dépolie.
COLETTE. — Surtout que '3elui qui s'appuie est tout contre... Il fume son cigare...
MADELEINE. — Qui cst-ce ? Ce n'est pas M. Ricihaird, ni M. Soubrian ;' il a le nez plus long, M. Soubrian.
IRÈNE. — Je or ois que c'est Georges de Ohambry, l'ami intime de mes enfants ; il devait venir rejoindre ses camarades et sera entré dareotemenît au salon.
MADAME cHAi>EAiTx. — Ah! le petit Georget...
IRÈNE. — Vous l'avez déjà vu ici, je crois...
MADAME CHADEAUX, — Oui... oui,,. uu geudl garçon... Et d'excellente famille, n'est-ce .pas ?
IRÈNE. — Oui... très chic. Sa mère est une Dangreville.
COLETTE. — On prendrait un crayon, on le dessinerait de profil admirablement...
IRÈNE. — Attendez, je vais cogner à la vitre.
Irène s'approche des vitraux et toque avec le doigt.
MADELEINE. — Ah! il s'est retourné!
La porte s'entr'ouvre, un jeune homme passe la tête. C'est Georges de Chambry.
GEORGET. — Quoi? Qu'est-ce que c'est?... [Apercevant Irène.) Bonjour, madame. [Fuis les mitres.) Oh! mesdames!
liA MARQUISE. — Eutrcz douc, vicomte!