‹ Maman ColibriChapitre 109 sur 120 · A GAUCHE · texte numérisé non relu

A GAUCHE

Oui!... Ah!

lampe !...

rien n'est perdu!... Vite la

^u moment où elle va éteindre la lampe, la porte de droite s'ouvre ; c'est Fraûlein

FRAULEiN. — Je vous chercbals partout... voulez-vous remonter !

j[EANNiNE. .— Alioz-voiis Hie fiche la paix ! - FRAULEIN. — • Ah ! Fraûlein !... Fraiilein !... VoUen sie... ,was sagt Madame?

JEANNINE. — Wurst... Wurst! Voilà ce qu'elle va dire, madaine... Wurst!... Et puis, si vous ne voulez pas vous en ^aller, vous savez ce que je vous ai promis? Je dirai à monsieur oii j'ai trouvé sa photographie, xlans votre chambre!... Ah!

FRAULEIN. — Mein Gott!

JEANNINE. — Vous m'embêtez av^c votre Gott... Un vient, trauleip, je vous en prié... je vous en supplie, ma petite fraûlein, allezvqus-enl

FRAULEIN. — Oh! nia^epipiçelle!...

JEANNINE. — Vous sjavez bien <ju'il 1© faut... Je vais monj^r mepouch^r d,àns <jin<i minutes... ^Uez...

FR4ULEIN. — Oh ! ,p£|-4,eï^oiseUp ! ,ipad^îï;piselle.

Elle pousse violemment Fraûlein et referme h ( porte. Puis elle baisse la lampe complètement. Elle se place près de la porte' de droite, à croupeton, par terre. Au bout d'un moment, Georges arrive sur Je per^'on. l^e çpl .du rnauteau rehaussé. Il enti;e, referme la porte j^rilleej remonte la lampe, la prencl ,et se dirigé vers 'la porte de (ÎToite pour aller se çoucJ;ier. Au ipo-

SjCÉNE :1H

>ÎEA|^,I^E, 'vl^giiiliiGES

,GEpR.çî;9. — AJi! .e^t ^ç^^\ JjJistQj^(^jit, pajs facile de vous î-encontrer'!... (// .pose la lampfi.) Ali bien ! yous n'r^vez pas de ii^oupet ! Vous .atiei^dçz "là, tranquillement, à piect de b£|,s, m ypus tourn^iit les pQ.uç§^, gi^ê je vieJin.e vous dire (ïes douceurs !...' Après l-a scène inimaginable de cet après-iriiai !.-. Votre soeur, depuis ce temps, ne se reiu^et pa,s iie l'attacLue de nerfs q,ue ..y^ous avez pr,ovoquée. Notiez %if^e j'i^giipre , ce (j^ui s'est pa^sé entre vo,us <^.eùs: et '^e que vous ,avez peutêtre osé lui faire croire, pour q.u'eUe en ,§pit arrivée là !... j'ai peur de cornprendre !... Toujours est-il qu'il n'y a plus de raison humaine qui tienne!... La démence du sacrifice bat oon plein! Tout ce que j'obtiens d'Isabelle, ce sont des phrases de ce genre : (( Elle est à toi!... Soyez heureux! » Vous avez trnmé là une petite intrigue malpropre et méchante, à mon insu... Il y a deux mois que vous^ manœuvriez... et entre vos deux sourdines, moi, j'ai été joué!... Eh! ma petite, voilà qui est fini, cette fois... Vous allez partir.

JEANNINE. — Oui, un peu de patience... Je vais partir, en effet, et c'est pour cela que je suis ici, Georges, pour que vous me donniez l'adieu que j'attends depuis si longtemps... avant que je disparaisse à jamais...

GEORGES, éclatant. — Oh ! fini, cette fois!... Il y a. d^es bornes aux meilleures plaisanteries!... C'était trop commode, en vérité! (( Vous ne voulez pas faire un petit tour de promenade? Non? Ça vous déplaît?... Grac^ je me tue! » Ah! vous l'aviez trouvée, vous, la formule!... Mais cette fois...

Il lui. secoue vigoureusement les hras.

ii8

L'Enchantement

JEANNINE. — C'est cela... tenez-moi les poignets... étouffez-moi... J'entends gronder votre voix sur ma tête... c'est délicieux...

GEORGES. — ■ Si vous m'aimez voilà la minute de me le prouver et de vous faire pardonner votre sinistre comédie. Je m'adresse à la grande Jeannine... Vous ne pouvez pas rester un jour de plus ici ; l'épreuve est faite... Il faut que vous partiez... (Vivement.) Quand je dis partir, je veux dire, bien entendu, vous absenter quelques semaines... quelques semaines au plus... un voyage de rien du tout avec M™^ Heiman... une excursion dans les Alpes, {Il fait un

GEORGES. — Aiil c'est vous! Justement, pas

FÂCHÉ DE vous RENCONTRER!...

grand geste vague; — se reprenant.) dans les petites Alpes... les Alpilles!... JNe le faites pas pour Isabelle, Jeannine, si vous ne lui consentez pas ce sacrifice, faites-le pour l'.amour de moi !...

JEANNINE, lui parlant tout près dans Vohscurité profonde. — Mais oui... mais oui... Inclinez un peu votre tète sur moi, et tout ^ sera dit. (Mouvement de Georges.) Ne me troublez pas... C'est ma grande dernière minute... J'exécuterai tout ce que je me suis promis, point par point. Voyons... par ordre... que je ne m'embrouille pas... (Elle met ses mains sur .m figure et parle avec une voix nouvelle, timide et hasse.) Ecoutez, Georges... d'abord... oh! j'ai la gorge sèche... laissez-moi...» laissez-moi vous dire tu! Cela, d'abord, je me le suis promis... Oh! je ne vais jamais pouvoir oser!... (La voix n'est

plus qu'un souffle împerceptihle.) Toi, tod..^ mon Georges... je t'aime... Oh! je suis toute rougissante... si vous me voyiez dans l'obscurité... C'est exquis... c'est ainsi que je vous parle quand je suis seule dans ma chambre... Quel bonheur! je vous dis tUy comme si c'était vrai...

GEORGES. — Vous m'aimez, dites-vous P Mais quelle sorte d'amour est le vôtre?... Je ne peux pas y croire. Non, non, je n'y crois^ pas, c'est inutile!... Commencez par me le prouver... Vivez pour moi, si vous m'aimez... Ah! si vous me montriez un peu de dévouement, si... ah !...

JEANNINE. — J'avais préparé des phrases, vous m'avez embrouillée!... Oh! seule, je voue dis des choses, des choses!... je les marque pour vous les répéter... vous seriez content... mais je les oublie après... Je n'ai pas beau^ coup de bonheur, vous comprenez...

Elle est tout proche, tout proche de lui, et parle^ les yeux clos.

GEORGES, nerveux. — Ne me faites pas repentir d'être resté, Jeannine... Remontez dans votre chambre.

JEANNINE, laissant glisser spn front le long du hras de Georges. — Je perds la tête... je ne sais plus, moi... je vous aime, Georges!

GEORGES. — Ah! détestable rusée qui voudrais lasser mon courage !

JEANNINE. — Ce rêve, pourtajit ! ce rêveî Etre serrée une minute dans vos bras!... Je serais partie consolée... Vous êtes bien cruel, allez!... Je m'étais tellement dit : Dans tout ce que j'oserai lui crier, il y aura bien quelque chose pour l'émouvoir... Et ce sera comme lorsque je cours dans la prairie en cliantant : ce Je l'aime! je l'aime! je l'aime! » (Mouvement de Georges.) Ah! je vois celât vous détournez la tête! Vous me trouvez répugnante à vous dire ces choses... vous détournez la tête... C'est une petite fille de seize ans qui parle ainsi!.'.. Eh bien, est-ce que vous croyez que je ne me fais pas horreur, moi !...

GEORGES. — Mais non, pauvre enfant, mais non... Ce sont d'autres pensées qui m'agitent et m'épouvantent!... Crois-tu que je n'entende pas cette mendicité de tendresse, orois-tu que je ne voie pas le trouble qui a détruit l'harmonie dans ce corps brûlant et cette petite tête égarée, ivre d^amour et de mort !...

JEANNINE. — Dieu, qu'on est bien contre vous!... Je vous aime!... Et puis on a fait sécher les châtaignes sur le perron, dans la journée... et c'est ça que c'est si parfumé... Dieu! qu'on est bien! Vous sentez mon cœur qui bat contre vous? Ecoutez, je ferme^ les yeux... je ne verrai pas quand vous m'embrasserez.

GEORGES. — Jeannine! Jeannine!

jeannint:, avec un petit éclair^ dans le^ yeux vite réprimé. — Oh ! je savais bien que-

L'Enchantement

VOUS étiez bon! Dieu! je vais pleurer, bien sûr, quand ie vais sentir que vous me serrez dans vos bras... Oh! Georges! quelle joie! 'vous m'aim... Non, non, j'ai eu tort... je n'ai rien dit! Cp n'est pas vrai, non, vous ne m'ai-

JEANNINE. — Oh! Georges... c'est moi qui ■ t'aime, t'aime, t'aime!...

mez pas!... vous allez m' embrasser ' seulement... je n'ai pas dit que vous m'aimiez pour ça... Oh! Georges... c'est mcâ qui t'aime t'aime, t'aime !...

GEORGES. — Mais taisez-vOus doac !

D'un mouvement nerveux, irrésistible, il 1^ saisit brutalement. Jeannine a un cri éiouft'é en s'abattant sur sa poitrine. Ils restent ainsi, lèvre à lèvre, un grand moment, dans le rond clair de la lampe. Des phalènes, autour d'eux, cognent l'ombre ; un pic-vert réveillé ti^averse la prairie en criant, et le croissant de la lune, au loin, filtre à ras .de terre, dans une haie, au bout du jardin... Des pas ont retenti sur le perron... la porte grillée a battu... Georges et Jeannine se détachent brusquement, ils se renfoncent dans Tombre. Une silhouette, dehors, la main posée sur le bouton de la porte, les regarde... Georges va au-devant d'elle et ouvre lui-même vivement.

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