‹ Maman ColibriChapitre 113 sur 120 · OFFENSE PAS Q4JE JE VOUS APPELLE AINSI · texte numérisé non relu

OFFENSE PAS Q4JE JE VOUS APPELLE AINSI

ISABELLE se rapproche de la tahle et de Pierre. — .Mon ami!.... Kegardez ce qu'on .a fait de votre amie-.

PIERRE. — Non. Vous êtes toujours la même. {Isabelle, élevant la lumière à hauteur des yeux. Il la regarde en plein jour, tiiniâe.) Un peu maigrie... un peu pâlie!

ISABELLE. — Vous, VOUS avez bonne mine.

PIERRE. — Ah! moi, vous sav^z je...

{Qeste. Isabelle tout d'un coup lui saisit les leux miains, en le regardant dans les yeux.

.Pmrre touché.) Merci merci !... Vous n'avez

jamais 'été meilleure pour moi, dans toute votre T^ie!.,. (ZJn temps.) Et cependant, allez, je ne bénis pas les chagrins qui vous rendant plus compatissante.

:ifiABELiiE. — -La petite m'a dit que vous étiez descendu chez Odette... c'est vrai?... Est-oe que vous avez tout ce qu'il vous "faut, au moins?... Et dites?... ce retour?...

PIERRE. — Oui, tout à rheure... tout à riieure, ge vous dirai... ça n'a pas d'importance L.. Je vous en prie, ne troublez pas cette minute, laissez-moi tout au bonheui' de vous revoir... là.^.. là... (Il s'assied et la contemiple -encore longuement un peu com/me 7es peirttres font en regardant un nnodële, ef il dit en secouant la tête.) Mon pauvre amou3'!... Gela ne vous offense pas que je vous appelle ainsi?...

ISABELLE. — Pierre!

PIERRE. — J'emploie le mot amour, faute de mieux !

ISABELLE. — C'est déjà bien suffisant.

PIERRE. — Ah ! maintenant, vous avez fait Fapprentis&age amer? Mais aussi... mais aussi!... Ah! si j'avais été là encore, mon amitié sûrement vous eût empêchée de commettre une sottise. Vous vous êtes lancée, à corps perdu, dans quelle aventure!... Oui, je sais, vous étiez en droit d'espérer mieux de leur part... mais la moindre expérience vous eût avertie que vous courriez à un abîme... Enfin !

ISABELLE. — Vous aurioz ^u, à ma place, le même mouvement généreux que moi...

PIERRE. — Mais comme vous avez dû ne pas savoir vous y prencb-e !... (Souriant.) Et que de choses charmantes et stupides vous avez dû dire!...

ISABELLE. — Si vous savioz, Pierre! Ah! comme ils m'ont trompée!

PIERRE. — Je ne le défe'nds pas. Je ne le juge même pas encore. Je vous prie seulement de savoir être indulgente.

ISABELLE. — Je pense, lourdement, à oe que je dois faire. On eût dit que je sentais que vous deviez venir et que je n'^attendais plus que vous...

PIERRE. — Comme il faut que vous l'ayez aimé, mon Dieu !

ISABELLE. — Si c'est aimer que de se sentir tous les jou^-s plus égarée, plus palpitante, plus chagrinée... alors, oui, je l'ai aimé... ^

PIERRE. — Passionnément!

ISABELLE, sérieuse. — Je vous demande

L'Enchantement

/>ardon d'avouer, simplement, c^U,q trumSaT" uiatioû, dcvajit vous. xMtids à qu<ji servim.it ■de ne pas être franche ?

PIERRE. — Oh ! vous ne me faites ipLus de m'ai!... Il y a longtemps que je vous ai dit adieu. (Cliang<ennt de ton.) Bref, iïiainte nant, qu'allez-vous devenir? car il s'agit de trouver une issue... Vous ne pouvez pas rester plus longtemps dans cette répugnante atmosphère.

is^UiELu:. — J'y songe.

piERRK. — Quel moyen ?

ISABELLE. — J'en ai un bon... Attendez... Vous nous restez, n'est-ce pas?

pxERiiK. — Je repaa's demain par le train de quatre heuji'es.

is.vDELLE. — Non!

PIERRE. — «N'insistez pas...

is.\BELLE. — Voilà qui va Imter les choses. PIERRE. — Comment cela?

ISABELLE. — Vous vexpez.

PIERRE, ému. — Ah!

ISABELLE. — Et à quelle heure êtes-vous arrivé diez Odette ?

PIERRE. — ■ Au moment du dîner... il y a une heure...

ISABELLE. — Et à huit heures vous étiez déjà au courant de tout!... C'est admirable! Voilà bien les amies!... Curiosité, vanité et envie... J'en étais sûre!... Elle m'avait juré, celle-là, qu'on la couperait en morceaux plutôt que de révéler un mot de leur trahison, à qui que ce soit... même à de Chelles, même à vous...

PIERRE. — Vous vous trompez, je vous juire. Odette a été d'une discrétion absolue... même ridicule, je m'en porte garant pour elle.

ISABELLE. — Mais alors, qui vous a appris? PIERRE, emharrossé. — Eh bien! je...

ISABELLE, d'une voix subitement indifférente et détachée. — Ah! je comprends... oui, c'est juste... Ils ne se cachent de pej'sonne... Oh! tout le monde est au courant ici... C'est une aventure publique. Georges lui-même vous aura tout de suite raconté sa passion pour * Jeannine. (Mouvement de protestation énergique de Jt^ierire,.) On .alors, plus simplement, il vous sera arrivé ce qui est arrivé à tant d'autres... hier encore, à de nos voisins... oh! ne protestez pas... c'est devenu tellement fréquent! Dès votre entrée ici, vous avez compris à leur attitude... (Second mouvement de Pierre.) Je vous en prie, cette fois, Pierre, ne m'humiliez pas d'un mensonge de plus! A quoi bon?... Croyez-vous que je ne sache pas ? Ils ne se cadient plus, vous dis-je. .. Vous êtes tombé, tout de suite, sur une scène d'intimité... Ils vous ont donné le spectacle de les surprendre... comme on les trouve maintenant toujours... s'embrassant, n'est-ce pas?... s'étreignant dans un coin... c'ast cela ? (Pierre hoehe la tête évasivement et baisse la tête.) C'est cela? (Bondissant avec un cri.) Ah! c'est tout ee que j'attendais !

PKKRRE — Que dites-vous ?

iSA'iîKT.LE. — Je n'attendais que cette preuve... Cette fois des yeux ont vu!... Ah! la bonne délivrance!... la certitude !... Enfin!...

i-iERRK. — Isabelle 1

IBABELUE. — C'est le ciel qui vous envoie!... Enfin! enfenJ

Elle va à un petit meuble bas près de la cheïninée et l'ouvre avec une clef qu'elle porte à sa chaîne de cou.

PIERRE. — Mon amie, mon amie... vous m'effrayez.

ISABELLE, proniètie sts mai^s agitées dans des tiroirs. Georges appo^roît à ce moment sur le perron. — Ah! te voilà!... Entre! (Montrant Pierre.) Maintenant, i'I a vu! maintenant j'ai la preuve!... Tu ne peux plus nier... (Elle s'éloigne un peu à reculons des deux hommes.) C'^ tout ce que j'attendais... Adieu!... Je vous délivre... Soyez heureux !...

On la voit faire un geste. Un revolver est dans sa main. Georges se jette sur elle. Une courte lutte s'engage. Dans le corps à corps, Georges finit par lui arracher le revolver des mains. Il en retire les cartouches.

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