SCENE XIÎ
GEORGES, ISABELLE, PIERRE
GEORGES, jetant simplement le re^volvei' à terre. — Imbécile! (Puis il va s'asseoir, los deux mains sur la face. Un grand silence. Isabelle, haletante, se soutient à la chemimée.. Pierre est près d'elle. Personne ne dit plit^ rien. Enfin, Georges relève la tête.) Voilà où tu en étais! oh!... v<;ilà où nous en sommes!... Est-ce croyable que ce soit toi, là... ee re^^lver à tes pieds!
ISABELLE, montrant Pierre. — Maintenant, plus rien ne pourra faire que ces yeu^là n'aient pas vu î
PIERRE. — Isabelle!...
GEORGES. — Ah! oui... ce baiser!... mais c'est ton œuvre, malheuj'euse ! Ton œuvre... ah! parlons-en!... Sans que j'aie rien à me reprocher, Pierre, je te le jure, d'homme à homme, en face de cette pauvre femme éga^ rée... voilà de quelle infamie elle me soupçonnait, moi !... Ah ! va-t-en, tiens ! je ne sais pfis ce qui l'emporte, de ma pitié ou de ma révolte !
ISABELLE, qui est restée fixe pendant que Georges a parlé, subitement. — Ecoute, Georges, en cette minute, à la sincérité de ta colère, de ten geste, d'un je ne sais quoi qui ne ment pas... je l'affirme, — et c'est solennel, cette fois,^ — cette preuve,ce baiser indéniable, cet affreux baiser, je peux le rayer
L'Enchantement
de ma mémoire... lui donner, à la rigueur, une raison, un sens... (Appuyant sur les hras.) Juge de la puissance de ma foi ! A cet insta.nt, si tu le veux, je te croirai, je m'y engage solennellement sur tout oe que j'ai de plus sacré... tu n'entendras plus, ni plainte, ni soupçon... si tu jures simplement, en cette minute, devant Pierre qui nous entend, et devant qui tu n'oseras pas mentir, que tu n'aimes pas Jeannine. Je te croirai !
GEOEGES, a une hésitation, puis fermement. — Non, je ne jurerai pas cela.
ISABELLE, avec un cri de triomphe. — Ah! tu vois bien... tu vois bien que tu l'aimes!...
GE0RGE3. — Eh non ! non, je ne peux pas et je ne ferai pas pareil serment ! Assez de mots et d'hypocrisie!... En toute la sincérité de mon âme à moi, puis-je dire que je ne l'aime pas ou que je l'aime?... Cest cela que tu demandes,^ Tu veux que je te dise... que je te dise... depuis des mois tu me harcèles! Tu veux que je donne d'un mot l'explication de oe qu'il y a en nous de plus intraduisible. Qu'est-ce que tu appelles aimer? Apprendsmoi d'abord oii commence l'amour, où finit la pitié, je te répondrai ensuite ! Vous avez des
GEORGES.— Imbécile!...
distinctions admirables! Mais sais- je, moi, de quel nom humain, vous autres, femmes, vous pouvez bien nommer le sentiment que j'éprouve, là, en ce moment, pour cette enfant? C'est peut-être de l'amour!... c'est possible! Je n'en sais rien, rien!... Nous vivons depuis deux mois dans une atmosphère de petits mensonges, d'hypocrisie sentimentale. Assez ! Il y a en nous, au-dessus de nous, la vérité profonde. Je ne sais si elle s'appelle amour, ou haine, ou pitié. Elle est comme elle est... Je me refuse à la profaner d'un
serment inepte ! Et non, mille fois non, je nesais pas ce que vous appelez amour, de vioS' bouches de femmes !
ISABELLE. — Vois mes yeux, ils te l'apprendront.
GEORGES. — Des mots!... Et je me révolte... Et cette fois ça va être ma revanche!: Ah! mes gaillardes, il va falloir marcher droit! {Respirant largement en se frappant la poitrine.) Dieu de bon Dieu! ça fait du bien!... (Il arpente la pièce.) Je t'ai laissé le soin de nos existences jusqu'au bout... tu vois que j'ai tenu parole, complaisamment ? je n'ai pas bronché... Voilà le résultat!... A mon tour, maintenant! (A Pierre.) Veux-tu aller chercher Jeannine, s'il te plaît, Pierre, j'ai besoin qu'elle entende ce que je vais dire.