‹ Maman ColibriChapitre 14 sur 120 · GEORGET · texte numérisé non relu

GEORGET

AdMIRFZ CETTE FINESSE.

IRÈN'E, haut — Vous regardiez cette édition italienne... Cest en galuchat; c'est trèsrare.

GEORGET, précipitamment. — Examinezcette gravure-là.

Il lui pose le livre sur les genoux..

LA MARQUISE. — Je l'ai déjà vue.

GEORGET. — Pas assez, pas assez... tenez... (Il se met derrière la chaise de la marquise et se penche en avant. D'une main, il montre la gravure. De Vautre, sons que la marquise puisse le voir, il a atteint Irène, toute pro» che, et lui caresse longuement, autoritaire' ment, la nuque et les épaules, sans que celle- 21 esquisse le moindre geste de protestation^ comme si elle était habituée dès longtemps à cette caresse et s'y soumettait naturellement.) Admirez cette finesse... C'est d'un

burin... «uh! quel burin 1... c'est doux... c'est doux...

La main de Georget se promène sur les épaules et les bras d'Irène.

LA MARQUISE, pencliée sur le Livre. — Une caresse !

GEORGET. — Je vous crois !

Georget, gar n, essaye, tout d'un coup, d'enlever le peigne des cheveux d'Irène.

IRÈNE, se dégageant, à voix étouffée. — Non, non! que c'est bête!...

GEORGET, vivement, à la marquise qui allait lever le nez. — Et puis vous voyez, là, le galuchat.

LA MARQUISE. — Qu'cst-ce que le galuohat, en somme ?

GEORGET. — En somme, oui... en somme?

IRÈNE. — C'est un petit poisson.

GEORGET. — Qui va daus l'eau... vert et bleu.

LA MARQUISE. — Mals non, je crois que c'est un reiquin.

GEORGET. — C'est un petit poisson qui est un requin... voilà!

Irène est tout à coup prise d'un fou rire, stupide et irrésistible, elle est obligée de s'éloigner, en pouffant dans son mouchoir.

LA MARQUISE, à Irène. — Qu'avez-vous, chère amie ?

IRÈNE, de dos, au fond, la voix étranglée. — Rien... ce n'est rien... un peu de hoquet...

GEORGET, se miordant les lèvres, et pour détourner Vat^ention de la marquise. — Madame de Rysbdrgue adore les éditions curieuses.

LA MARQuisn. — Mou hôtol en est plein. Et vous?

GEORGET. — Oh! moi aussi... seulement je n'y connais rieoii.

IRÈNE, redescendant, calmée; à Georget, sévèrement. — Assez... assez... asseyez-vous! (Haut à Georget qui ne veut pas.) Je vous prie de vous asseoir, monsieur de Chambry.

Maintenant, ils sont assis, très sages, tous les trois en rond.

GEORGET, après un long silence. — Avez- Tous remarqué comme le printemps est long à venir cet hiver?

LA MARQUISE. — Ah ! les saisons sont tellement troublées, depuis quelque temps.

GEORGET, parlant très vite tout à coup et sur un ton très naturellement mondain. — Cest^à-dire qu'on ne sait plus quel est le printemps^ quel est l'hiver. Je t'aime.

IRENE, même jeu. — • N'est-ce pas? positivement! Moi aussi.

GEORGET, de plus en plus vite. — Cest à ae

plus vous faire croire qu'il y a un Dieu!.., Disons plus rien. ,

IRÈNE, même jeu. — Et le printemps est si divin!... Ça la fera...

GEORGET, même jeu. — Absolument... partir.

LA MARQUISE, le souvire pâmé. — Mais le printemps n'est vraiment agréable qu'en Italie!... (Fer sonne ne lui répond plus. Son bon œil si doux s'en étonne d'abord, puis les ayant regardés, elle dit) : Je bavarde, je bavarde... et vous retiens jusqu'à des heures indues.

IRÈNE, sans conviction. — Pas le moins du monde.

LA MARQUISE. — Quelle heure peuit>il bien être ?

IRÈNE. — Quelle heure, Georget?

GEORGET, regardant sa montre. — Ona»

heures et demie !

IRÈNE, à la marquise. — Il n'est que minuit trente-cinq.

LA MARQUISE, Se Icvout précipitamment . — Minuit trente-cinq! c'est effrayant... mes <3heva.ux doivent attendre depuis une heure... J'avais commaindé la voiture pour onze heures. Au revoir, monsieur. Quand vous passerez de mon côté...

GEORGET. — Infiniment aimable!

LA MARQUISE, à Irène qui la conduit. — Ne me raccompagnez pas, chère amie, je vous en prie.

IRÈNE. — Comment donc!

LA MARQUISE. — Il est charmant, oe garçon. Et bien élevé!

Elles sortent toutes deux. Une seconde Georget reste seul.

Page 1