‹ Maman ColibriChapitre 25 sur 120 · LES YEUX DE MON PROPRE ENFANT · texte numérisé non relu

LES YEUX DE MON PROPRE ENFANT

culier, en dehors de tout, qui ne ressort qm de moi! Cela ne s'appelle pas une répai» tion, mais de la vengeance !

IRÈNE, poussant un cri. — Ah!..^

RICHARD. Quoi?

Elle est droite, le doigt fixé vers le îront âe son fils.

IRÈNE. — L'ennemi!... je l'ai vu, là, dam. les yeux de mon propre enfant!... rennemi'.

RICHARD, se redressant. — Le justicieC; tu veux dire.

IRÈNE. — Le jus;ticier! Ah! le gnaîtf mot!... La jeunesse s'en enivre, de ces iz^^i» là ! Tu en pèseras plus tard la vanité. EoG?^idj. Richard... la situation est assez pénible, m nous payons pas de phr-ases creuses, <d':atiîtudes. Appelons du fond de nous, an «contraire, tout ce que nous pouvons de sagesse» sans excès, mais sans faiblesse. Tâche de bÎMi comprendre ceci, posément et sagement ' jfe t'ai élevé, j-e t'ai consacré mes années, avec un amour et un dévouement de tous les instants; te voici grand; maintenant tu va« bientôt voler de tes propres ailes, partir,^a,ii mois d'ootobre tu seras marié; tu v^ aimer à ton tour, fonder une famille noa^

velle : j'ai accompli mon devoir vis-à-vis de toi, ma fonction de mère est terminée. Va Ters ta vie. Ne retourne pas la tête. Ce qu-e tu laisses derrière ne t'appartient plus. Distoi cela qui est la vérité... et va! Nous sommes qiiittes.

■"^ RICHARD. — D'abord je ne suis pas encore . |>a,rtJ ! Et puis j'ai eu tort de dire le moindre mot là-aessus... Je me suis emballé; je . rétracte.

IRÈNE. — Tais-toi! tais-toi! Que comptestn faire ?...

RICHARD. — Ça me regarde.

IRÈNE. — Moi aussi... Réponds, réponds... Mais, mallieureux, ce n'est pas possible! Tu

IRÈNE. — Pour moi, Richard, pour moi, JE t'en supplie...

es d'une force exceptionnelle aux armes... je l'iai voulu ainsi!... Lui, ne pourrait pas se défendre, il ne se défendrait pas, je le connais... Ce serait un crime abominable!... Richard ! tu ne vas pas te battre ?

RICHARD. — Je n'ai pas dit cela... Je n'iai rien dit. D'ailleurs, rassure-toi ; en tout cas, ■Ui personne sera écartée soigneusement...

IRÈNE. — Je te défends de te battre!...

RICHARD. — Ah ! je t'en prie, maman, assez!... On a ça dans le sang ou on ne l'a pas! On ne discute pas ces sentiments-là, d'abord. Ht mettons que je n'aie rien dit... D'ailleurs oui... tu as raison... Je réliéchirai.

IRÈNE, arec désespoir. — Ecoute... je te Bromets, je te jure que tu ne le verras plus.

Je ne peux pas mieux dire, mon Dieu!... Que je ne le verrai plus, même...

RICHARD. — Eh bien... oui... oui... je réfléchirai.

IRÈNE. — Tu mens! je vois bien que tu mens, pour ne pas m'e/f rayer... Songe que c'est moi la coupable. Tu parles de justice! Songe, s'il y a une punition, elle est pour moi! C'est un enfant, lui... un vrai enfant... Tu commettrais un assassinat!

RICHARD. — Ce n'est pas pour moi que tu as peur !,..

IRÈNE. — Ah! je sens que je ne fais que t'exaspérer ! .Mais je suis au martyre!... Songe à moi... c'est effrayant! Calme-moi, Richard... je ne devrais pas te montrer cette aruxiété... Mais que veux-tu, on n'a pas le cœuiT tout d'une pièce... On en a des morceaux qui appartiennent à tous ceux qu'on aime... il faut avoir pitié...

RICHARD. — Là, là... c'est entendii!...

Calme-toi... Puisque je te dis...

IRÈNE. — Pour moi, Richard, pour moi, je t'en supplie... (Elle est presque à genoux, les yeux cramponnés, le geste errant. Tout à coup, elle se relève d^un bond.) Ah! malheureux ! malheureux ! je vois dans tes yeux la résolution implacable... Tu verras, tu aimeras un jour... que dis- je .^ tu aimes!... Un jour, à ton tour, tu subiras la force de ton co^tir... tu souffriras... Puisses-tu te rappeler alors... et qu'il ne soit pas trop tard !

RICHARD. — Mère...

IRÈNE. — Richard, écoute... Ne fais rien. (Elle halète.) C'est le grand amour de ma vie.

richarId. — Mais...

IRÈNE, avec passion. — Ne cherche pas à comprendre ce que tu ne peux pas comprendre, comment une femme se sent assez affolée, acculée à assez d'effroi pour laisser écha.pper un cri pareil devant son fils. . comment il se fait qu'un enfant — un insignifiant camarade pour toi • — soit pour moi la source vive de ma vie, tout le tressaillement de ma poitrine; mais crois-le!... Bouche-toi les yeux, sans comprendre ; sauve-toi de cette flamme... et laisse-moi!

RICHARD. — Voilà père.

M. de Rysbergue entre par la porte du jardin.

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