‹ Maman ColibriChapitre 28 sur 120 · SCÈNE VU · texte numérisé non relu

SCÈNE VU

RYSBERGUE. Tu SOrS ?

IRÈNE. — - Un petit peu...

RYSBERGUE, d'uu air détaché. — Tu tiens à sortir ?

IRÈNE. — Pas le moins du monde... même, si cela peut te faire plaisir que je reste?... Je n'avais rien à faire.

RYSBERGUE. — C'est ça... Seulement c'est impoli ce que je te fais faire là.

IRÈNE. — • Pourquoi donc?

RYSBERGUE. — Je viens de rencontrer Georget qui m'a dit qu'il te devançait dîans l'allée des noisetrers... Il va t'attendre, ce pauvre garçon.

IRÈNE. — Oh! bien! il se promènera tout seul; il a l'habitude.

EU© enlève son chapeau.

RYSBERGUE. — C'est égal !... Tiens, pendant que vous allez vous réconcilier, ton fite et toi, — car je ne vous conseille pas de rester sur des malentendus, — je vaia lui t^nir

coKipagnie, à Georget... J'ai des choses à lui làîrfi... et l'on bavardera avec ce bon petit Je>KJie homme.

IRÈNE, inquiète, regarde son fils. D'un air imlifférent ù son mari. — Mais je croyais ^ne vous n'aviez jamais de conversation sé- TJeuse ensemble.

RYSBERGUE. — On chauge... Nous manjjcsîons de sujets... (li va à son fusil comme fsmr le remettre en bandoulière.) Allons.

Il se dirige vers la porte.

IRÈNE, se levant en sursaut. — Je t'acoampaene.

RYSBERGUi:. — Tu avais décidé de ne pas sortir.

IRÈNE. — J'aime autant t'accompagner.

Nous n'avons, je t'assure, Richard et moi, plus rien à nous dire.

RYSBERGUE. — Tu VOIS, Richard, comme tiî rends ta mère nerveuse... et craintive do iout.

IRÈNE. — Craintive, pourquoi?

RYSBERGUE, pose son fusH. Il se met entre Irène et Bichard et le prend par les épaules. — Voyons... vous avez des querelles? Ce n'est pais bien. Racontez-moi ça, hein? On n'a.rien àe caché pour moi, n'est-ce pas?

BrïCHARD, essayant de rire. — Des discus- .^ions de domestiques, qu'est-ce que ça peut >e faire?

IRÈNE, avec un sourire contracté. — Oui, Ti'est-ce pas, Richard?...

RYSBERGUE. — Ce u'cst pas bien de ne point me donner la part de vos soucis... C'est donc si grave?... Un gros secret qui TOUS pèse? Dites-le-moi.

IRÈNE. — Je te raconterai... Viens, sortons.

RYSBERGUE. ' — Pourquoi trembles-tu ?...

mais oui, comme une feuille... Oh! comme il doit être lourd et étouffant, ce secret-ià, et, pour me le cacher, comme il faut avoir peur de moi...

IRÈN-E. — Tu es fou.

RYSBERGUE. — Malheureuse ! Ce secret qui &st entre vous, Vu ne vois donc pas que je le eonnais maintenant!... {J^lontrant Bichard.) Ton fils vient de me le révéler.

IRÈNE, dans un cri. — Que veux-tu dire?

RICHARD, en même temps qu'elle. — Père, je ne comprends pas...

BYSBERGUE, V interrompant . — Oui, tu me fas crié par ton silence, par tes yeux, par tout ton brave petit cœur qu'on a offensé 6t que je voyais ti-épigner de colère, tandis que j'inventaj£ cette imbécile histoire pour »pier la flamme dans tes yeux!... Depuis Ijuit jours, cette foile hypothèse m'était apparue, mais ma raison se refusait à l'admettre. Je me disais : c( Une preuve de la trahison, une preuve logique, il n'y en a pa^» » Quand je suis entré, là, tout à ilseure, vous me l'avez donnée subite, effrayante ! Oh! votre attitude!... Oh! t-es

yeux rouges et glacés de tout à l'heure, oe qu'ils révélaient!... Ainsi ton fils était ton confident! tu as sali ton fils de cet aveu, tu le faisais vivre avec ce secret ! Quelle horreur! {Tout à coup.) Et l'autre, l'anitre... ahl celui-là, par exemple!...

Il se précipite vers la porte du jardin. Irène la barre.

RICHARD, retenant son père. — Père, père, voyons, du calme... Dans cet état- d'agitation, tu ne serais plus maître de toi!...

RYSBERGUE, essayant de se dégager. — Laisse-moi... Je sais oii il est! Je vais le rejoindre.

IRÈNE. — Ne passe pas ! Que veux-tu faire? Tu as la coupable sous la main...

RICHARD. — Père!

RYSBERGUE. — ■ Je suis maître de ma vie et de mon honneur !

RICHARD, r entraînant. — Ton honneur?

tu veux dire }e nôtre! Père, ce n'est pas de ton âge, ni de ton rang, de te colleter avec cet individu. Ressaisis ta dignité : tu seras vengé...

RYSBERGUE. — Je n'en céderai la joie à personne... Ah! la canaille!... Attends un peu, que je le prenne à la. gorge, et...

Il s'élance. Irène, épçjivantée, contre la porte.

IRÈNE. — Pas lui... pas lui!... C'est moi qui t'ai trompé, Jacques. C'est moi que tu dois accabler de ta colère. Pourquoi ne le faistu pas? Pourquoi n'as-tu pas même un cri, une insulte pour celle qui te trahit?

RYSBERGUE. — Commcut oses-tu, malhex*reuse!...

IRÈNE. — Eh oui ! je dis que, s'il te restait l'ombre d'amour pour moi, tu m'aurais, depuis cinq minutes, jetée à terre! Mais tu ne m'aimes plus; alors, tes yeux sont fixés ai dehors, vers ce petit que vous avez condamné. Non, non ! c'est moi qu'il faut frapper, Jacques, Jacques! car c'est moi qui t'ai trahi et, sache-le, c'est moi qui me suis donnée librement, volontairement et avec joie!... Si après ce cri-là, tu ne me tues pas, — tu n'es qu'un lâche !

RYSBERGUE. — Je te devine : tu voudraiv détourner ma colère sur toi, pour que ton am.ant soit épargné. Non il ne le sera pas, il ne peut pas l'être, car il y a ici en cause plus qu'une trahison d'amour, en effet... (Montrant son fils.) la présence lamentable de ton fils en est le témoignage! Ce qui est offensé... et de quelle façon!... pour que nous en soyons là, que notre enfant nous écoute et nous juge, c'est une chose plus haute que notre amour passé, fini,..

IRÈNE, rinter rompant. — Notre amoar est mort, dis-tu ? Ah ! cela seul suffit, Jacques, que parles-tu d'autre chose?

RYSBERGUE. — Si, il v a mou nom, mon honneur, mon foyer! Et ces droits-là, tu vae

iOe conia'aître, car ils ne font pas grâce.

lïiHNE. — Depuis une heure, je n'entends parler qu-e de justice, de droits de la famille, de devoirs! On dirait la discussion d'un traité!... Il n'y a. qu'une chose qui compte : nos cœurs! Oui, je me suis mal conduite, je t'ai trompé... oui, je suis cent fois coupable 'de oela... Souffres-tu? Alors frappe-moi : je il'ai mérité.

RYSBERGUE. — Tu fais crreur ! Il n'y a pas que ces souffrances ni que ces vengeances! Il y en a de plus hautes. Ce sont celles qui naissent des djroits acquis de la famille...

IRÈNE. — La famille, allons donc ! Vous allez tuer cet enfant au nom de la famille et de l'honneur ! Des justiciers, si c'est cela la fr»mille, alors mensonge, mensonge!... Il faut une de ces épreuves oii la vie vous accule, 'comme vous m'acculez contre des parois effroyables, pour le sentir aussi nettement tout à coup !

RYSBERGUE, à SOU fils. — Retire-toi.. . *iaisse-nous, ta mère et moi.

Kichard fait un mouvement pour se retirer.

RENE. — Pas lui... pas lui!...

IRENE. — Pudeur tardive vî^aiment! C# fils qui n'allègue plus que des droits d'homme^ qu'il reste! Il peut entendre souffrir la femme, — la mère n'est plus!...

RYSBERGUE. — PauvTe égarée!... tu ne reconnais plus les tiens... Si tu te voyais!... Tu es comme ces bêtes sous l'empire d'un instinct de protection passager qui se précipitent, folles, sur ceux qu'elles aimaient la veille, comme sur des ennemis imaginaires...

IRÈNE. — Ce qu'elles défendent, ces bêtes, c'est leur petit, c'est leur chair. (A son fils.) J'ai été pour toi cette bête folle, Richard, quand tu étais mon petit. Je n'aurais eu que de la piété et de l'amour pour toi — dajis n'importe quelle circonstance!... Et ma passion, je t'cai réponds, aurait parlé plus haut que ne parle maintenant ta justice ! Je me serais laissé tuer pour toi, sans discuter... Maintenant, c'est vous qui faites renaître cet instinct-là dans mes entrailles, pour un amour coupable, soit! mais que vous me forcez à défendre et que je défendrai de toutes mes forces, je vous en avertis... Essayez!...

Elle s'agrippe à la porte, dressée, presque terrible.

RYSBERGUE. — Et bien, si tTi veux être frappée senile, tu le seras!

IRÈNE. — . A la bonne heure!

RYSBERGUE, — Mals pas comme tu l'entends ! Je ne suis point un mari qui tue sa femme. Depuis un quart d'heure im. te méprends étrangement ; tes nerfs t'affolent et t'abusent. Puisque tu nous reproches comme un crime de vouloir châtioi' ce petit misérable, j'-ahandonne toute expiation; sois heureuse ! Seulement, puisque aussi tu répudies les liens les plus saints de la femme et de la mère, puisque tu nous bafoues et jettes un défi pareil aux tie^is^ à ta famille... hors les lois, hors le monde ' -

IRÈNE. — Ah! le monde!... c'est lui qui m'est égal!...

RYSBERGUE, continuant. — ïu trouveras juste et bon qu'à cette famille tu ne fasses plus jamais appel ! Elle ne te répondra pas! Tu peux partir, si tu le veux... tu romps, mais c^est pour toujours ! Sachele... Tu es avertie et tu as encore le choix,

IRÈNE. — C'est tout choisi.

RYSBERGUE. — Alors, passc immédiatement ce seuil que tu ne fraaic^iiras plus jam-ais... (Le poing dressé.) Va-t'en! va-t'^a donc ! (// la pousse et refei-me brutalement la porte du jardin derrière elle. — Bichard veut s^ élancer vers sa mère. — D'un geste impérieux, son fpère Ven empêche.) Toi, restelà!... C'est fini!...

-^.-Tr^rT-wTBas»

LODISA. — Madame s'ennuie a i>iner seule?

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