SCENE IX
GEORGET et IRENE, seuls.
IRÈNE, s'approchant lentement du divan #ù Georget s'est allongé. — Tu t' assoupissais, mon trésor? Tu es fatigué?... Dors un peu. ,
. GEORGET. — C'est Cette existence de oaaerne!... Ce capitaine qui nous fait lever à cinq heures, c'est intolérable ! Je me plaindrai fiu colon.
IRÈNE. — Chut ! Tu as une bonne heure de «ieste devant toi... Je lirai pendant ce temps... Veux-tu? tu vas t'endormir avec mes lèvres sur ton front, dis?... comme nous laisions autrefois, tu te souviens, dans notre jjetit nid de la rue d'Auteuil...
GEOGETc — C'est vrai pourt-ant...
IRÈNE, le berçant. — Là...
GEORGET. — Comme il fait chaud le soir ! Nous aurons un mois d'août terrible dans ce ^ays...
IRÈNE, comptant mélancoliquement sur ies- doigts. — Mai... juin... juillet...
GEORGET. — Aussi l'hiver prochain nous îTfjns,..
IRÈNE, V interrompant. — Oui, oui, l'hivei prochain nous irons où tu voudras... Dors, ma Gette, dors... Il y a une toute petite brise et des étoiles... Encore une de nos belles journées monotones qui est finie!... Dors. Tu es bien là... un aboiement de chien... une chanson, dans un café d'Alger, arrive jusqu'ici... Sur la mer, là-bas, la lueur d'un paquebot qui s'en retourne...
GEORGET, les ycux fermés, la voîx déjà lointaine. — J'ai déjà fait cette remarque. Tu dis toujours de tous les bateaux : (( Ils s'en retournent »... Pourquoi?... il y en a qui partent, aussi bien...
IRÈNE. — C'est vrai, c'est absurde!...
Chut!... Laisse mes lèvres sur ton front... ne parlons plus... Laisse mes lèvres...
Ils restent ainsi un grand moment, lui, étendu sur le divan, elle à ses côtés, et la bouche collée à son front. Peu à peu on entend sa respiration plus forte. Il s'est endormi... Tout à coup, au loin, un chant de violon.
Tiens! le violon... C'est pour lui qu'elle joue sûrement... et il ne l'entend pas... il s'est endormi... Son bon sommeil de vingt ans a été plus fort que tout!...
Elle le contemple, un sourire triste aux lèvres. Il dort, calme, la bouche entr'ouverte. Et le violon de miss Deacon joue toujours, au fond ' du jardin, derrière les orangers, un nocturne de Chopin, poncif et passionné... La lune monte... Des étoiles bougent...
Alors Irène, lentement, sans bruit, se lève. Elle va se placer sous la lumière d'une lampe... Du livre où elle l'avait cachée elle sort la lettre que tout à l'heure elle avait montrée à M°" Leaoux ; elle en ôte l'enveloppe. Elle pleure.
IRÈNE, lisant. — Adieu, mon enfant.,. Qu& la vie te soit belle et heureuse!... Je t'ai écrit cela pendant que fen avais encore la force... Adieu, ma lumière, adieu, mon grand amour. Oh! que le bonheur Raccompagne, chaque jour plus pur, comme j'aurais voulu t'accompagner moi-même... longtemps!.,.
Vois-tu, il vaut mieux que je sois partie... Seulement, mon enfant, mon pauvre petiot ., que je ne verrai plus jqmais... lorsque, plus tard... tu te rappelleras Colibri... lorsque. ..j
Et elle continue, ainsi, de lire, durant qu'il dort, i et que le violon chante, chante, dans le si- i - lence, là-bas, derrière les orangers, son air poncif et passionné.
SOUBRIAN. — Vous êtes sure que c'est un petit garçon ?