RÊNE
Laisse, j'ai du chagrin.
mille francs à peu près... En les mettant en viager...
RICHARD. — Mais, maman, et moi ne suis- je pas là ?
IRÈNE, rinterrompant avec une simple fermeté. — Encore une fois, tu viens de ne pas
me oom prendre. Si j'ai pu m' humilier jusqu'à te parler de cela, ce n'était pas pour demander l'aumône... Retire toii offre!
RICHARD. — Oli ! je te connais trop pour supposer que tu daignerais t'adresser à moi! Seulement il ne s'a.git pas d'orgueil... il s'agit de vie pratique... et... {Elle fond en sanglots.) Ma pauvre maman!
IRÈNE. — J'ai mal!... j'ai mal! Ah! je iais bien, tu dois te dire en ce moment : ( C'était prévu... la scène de larmes! » J'aurais dû avoir plus de courage.
RICHARD. — Que c'est bête, ce que tu ra- • contes-là!
IRENE. — Mais j'ai menti, tout à l'heu^re, j'ai menti... C'est vrai que je ne suis plus avec Georget, que c'est fini pour j;amais... c'est vrai aussi que je ne v^ux plus entendre jamais parler de ton père; mais, si je suis venue, ce n'était pas pour te voir seulement... c'était pour rester, pour qu'on ne me obasse pas!... Ah! n'est-oe pas? il ne faut guère être fière pour venir réclamer du secours à ceux qu'on a défiés?... Je n'ignore pas aussi tous les ennuis que je vais te créer... et que je vais transformer ton attendrissement en gêne et en embarras...
RICHARD, sans conviction. — Mais non, mais non...
IRÈNE. — Si. Je connais la vie... C'est maladrait, j'aurais dû m'y prendre petit à petit... mais tpait pis! Oh! je ne réclame pas grand' chose! Je ne serai pas un bien grand embarras... qu'on ne me case pais trop loin de chez vous, voilà tdut. Bien sûr, je ne demande pas à vivre ici... complètement...
Pourvu que je puisse embrasser ton enfant... le voir souvent... ce petit que t«u n'as pas voulu me montrer tout à l'heure...
RICHARD. — Simple mouvement machinal, je t'assure...
IRÈNE. — Bien naturel. Ta femme a mis •comme condition à ton mariage qu'on entendrait plus parler de moi... et je sais, en effet, qu'on n'en parle plus nulle part. Je suis un nom de scanda-ile, banni de la société. {Avec une voix lourde et somhre.) Il y a des revenants qui ne doivent pas revenir. . Votre monde à vous, maintenant, vous fuirait... Et ta femme le sait bien... Oh! mais je serai cachée, très cachée... on ne me verra pas, je vous le promets... vous n'aurez pas à souffrir... Seulement, moi, j'aurai ma petite place ici... On l'emmènera me voir... voilà tout ce que je demande.
RICHARD. — Mais oui, c'est arrangeable!
Ça ne peut pas se faire en un jour, tout à coup... mais...
IRÈNE, avec emportement. — Et puis, même si je vous gêne, même si tu ne m'as pas pardonné dans le fond de ton cœur, tant pis... je reste tout de même!... Que veux-tu que je devienne, moi?... Où veuxtu que j'aille maintenant?... La vieillesse, la misère, quoi ? Il faut bien que je pose mon front et mosS lèvres quelque part
Tout n'est pas mort en moi pourtant !... Il y a des tendresses qui me reclament encore... Je saris bien que j'ai tout envoyé promener autrefois, famille, foyer ! Mais qu'estce qu'on veut que je devienne tout de même?... Me tuer?... J'y a»i pensé...
RICHARD, pousse un cri. — Oh!
IRÈNE. — . Oui, j'y ai pensé... Mais on ne meurt pas comme ça... Alors quoi?... oîi voulez-vous que j'aille ? Il faut bien qu'on me dénicâie un coin... On ne peut pourtant puas me mettre da,ns un asile!... Consultezvous, arrangez-vous et trouvez-moi une fin, le petit coin où se consumer... Bonheur, beauté, jeunesse, tout s'en va... mais la vie reste... c'est long à eai finir! Trouvez-moi ma petite place... et puis vous m'oublierez!... Je me chafrge de m'éteindre, toute seule, proprement et... sans fumée...
RICHARD, au comble de L'émotion courant à elle. — Maman!
IRÈNE, fondant en sanglots sur son épaule. — Richard! Richard!... Et puis ne crois pas que ce soit indifférent de sentir que ce sont tes bras qui me soutiennent... C'est le dernier berceau que l'on souhaite!..:
Ils restent un instant enlacés l'un à l'autre.
RICHARD, brusquement . — Ecoute, il faut régler cette situation tout de suite. Je vais appeler Madeleine.
IRÈNE, avec effroi. — Oh ! je t'en prie.,. Pas devant moi!...
RICHARD — Non... Tu vas entrer cinq minutes dans mon cabinet de travail... J'aime mieux expliquer l'affaire à Madeleine, à l'écart de toute domesticité indiscrète... Va... Pour ma part, je ne puis t'assurer qu'une chose : c'est que, si longtemps j'ai g.ardé un ressentiment violent, je l'avou«, depuis, tout ressentiment est tombé... Mon rôle, aujourd'hui, est indépendant de celui de mon père. Et je vais agir de mon mieux... (Tout à coup.) Mais entre nous, avoue tout de même — j'ai besoin de cette satisfaction
— avoue, maman, qu'elle a du bon, la famille?
IRÈNE, les yeux baissés. — Oui.
RICHARD, triomphalement. — Hein, les fils criminels, les ennemis?... Tti y retournes tout de même!... Les luttes de l'amour et de la famille?... Quelles balivernes! Tu te rappelles ?
IRÈNE, sans qu'on puisse lire une impression quelconque sur son visage. — Tout... je me rappelle tout.
RICHARD, comme s'il voulait la faire par» 1er. — Quels regrets tu as dû subir !..c
IRÈNE, les yeux impénétrablement baissés,
— Oui.
RICHARD, s'animant en parlant. — Je vois ta vie, là-bas!... Et le revirement quand les écailles te sont, peu à peu, tombées des yeux!
IRÈNE. — Oui, oui...
RICHARD, insistant comme avec rage. — Comme tu dois être punie, pauvre mère, par Je remords!... Et cet être! qu'elle na-Uusée de lui tu dois éprouver, mniiiteiumt que tw vois olair!... Dis-le, hein?
IRÈNE, sans sourciUer. — Oui.
RICHARD. — Et comme, dans ta déchéance, ^Ue a dû te paraître pure et belle la famille, que tu avais lioîinie!... C'est tout de même nous qui sommes la vraie vérité de la vie... {Il pousse un large soupir de satisfaction.) Je te dem-ande pardon de t'avoir fait souffrir cette petite confession, mais j'avais tout de même besoin de t'entendre rétracter tes pad'oles d'iautrefois qui me sont toujours restées sur le cœur... Ce n'est qu'une petite satisfa^ction — mais ça soulage!... Maintenaoït, «iutre là, veux-tu?... Je vais entreprendre Madedeine.
Il la fait entrer dans le cabinet de travail, à droite.
IRÈNE. — Je t'attends.