‹ Maman ColibriChapitre 57 sur 120 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

VICTOR DE OHELLES, MADAME HEIMAN

A.U lever du rideau, Victor causent.

et M^e Heiman

quelqu'un, ouvre la porte et la referme "brusquement en disant. — Oh! pardon!

VICTOR, se lève et s'adressant à la porte refermée. — Non... non... faites donc!... je vous en prie. {Riant.) Sont-ils bêtes!... (A M^^ Heiman.) Est-ce que tu restes encore longtemps?... Je suis éreinté... Odieuse, cette journée!... Nouts avons été de toutes les corvées.

MADAME HEIMAN. — Dis, crois-tu, maintenant que la voilà mariée, que Georges va nous recevoir ensemble, comme avant?...

va-t-il falloir faire semblant...

VICTOR. — Mais non, mon ohéri; je te l'ai déjà dit, Isabelle est une femme sans préjugés. Je la connais bien. Elle trouverait ridicule que xious nous gênions... On nous recevra en petit ménage... au moins dans l'intimité... Elle te plaît, la mariée?

MADAME HEIMAN. — ■ Oui, mals pourquoi cette idée de recevoir le soir de la messe de mariage? Ça ne se fait plus. On dirait une noee de boutiquiers.

VICTOR. — Justement, pour oela même, parce que c'est province! Ah! on voit bien que tu ne la connais pas... Elle tient à ce genre; c'est de la pose à rebours... Au fond, malgré ses airs modernistes, regarde son buste, (Il montre un buste de femme sur la cheminée.) elle est très Fanny Lear... très Piano de Berthe... Tiens, un détail : la petite sœur s'appelait Jeanne, elle en a fait Jeannine! Toute une époque. Est-ce assez second empire ? Et puis, elle se serait fort bien contentée du lunoh... mais oela veut dire aussi autre ohose, cette soirée

L'Enchantement

MADAME HEIMAN. Ah!

VICTOR. — Tu n'a« pas compris?... Il faut bien mettre en évidence que c'est un mariage de raison... qu'on se couchera très tard et qu'elle s'en fiche... qu'elle se marie avec un vieil ami.

MADAME HEIMAN. — VoUiS êtCS tOUS SCS

vieux amis.

VICTOR. — Oh ! pas le moindre d'entre nous ne peut se flatter de la moindre privante, tu sais!... C'est une vertu!... En somme, sa position d'orpheline jadis, de vieille fille maintenant, et surtout l'éducation de sa sœur, l'ont entraînée à ces allures libres de camarade... Elle a été la camarade, — trop rare espèce de femme ! — et c'est toute une génération qui finit ce soir !... Mais, au fond, crois-le bien, personne n'a jasé... et c'est tout de même une femme de grand mérite.

MADAME HEIMAN. — Oui, oui, je connais la rengaine. Elle a élevé la petite au biberon, ses amis à la cravache, et vous êtes là une douzaine qui avez l'air d'enterrer votre jeunesse.

VICTOR. — Oh! moi, tu sais, je ne suis j/as de la promotion... je ne la connais que de deux ans. Ce sont les amis qui m'ont attiré... Il y avait une bonne table. Ils doivent tous être rudement furieux contre Dessandes ! Et, ma foi, elle a bien fait de l'épouser, pour elle et pour la gosse. Il fallait une fin. Ils seront heureux et de cette fleur d'oranger ils sauront se faire d'excellente tisane... Mais quelle journée !

MADAME HEIMAN — Il y a eucore du monde au salon?

VICTOR. — Quatre chats... Tu viendras demain déjeuner?

ISABELLE. — Pas même religieuse... Maià j'ai prié tout de même, ce matin, sou mon voile.

MADAME HEIMAN. — Pourquoi avoir quitté votre robe de mariage? Vous étiez si belle là-dessous.

ISABELLE. — Taisez-vous, j'avais l'air d^une mariée de banlieue... Que c'est bête de se déguiser ainsi, comme un clown ! C'est complètement ridicule ce genre d'exhibition à mon âge. {Débouche une bande (V enfants de tout âge, courant.) Oh! les bébés! Où courez-vous comme ça ? On ne passe pas.

UNE PETITE EiLLE. — Nous oherchous Jeannine pour lui dire adieu, mademoiselle.

is.\BELLE. — Madame, ma petite Thérèse, c'est madame qu'il faut dire... Répète un peu : madame... quoi?

THÉRÈSE. — Madame Dessandes.

ISABELLE. — C'est parfait.

THÉRÈSE. — • Oii est Jeannine?

ISABELLE. — Je ne sais pas; voyez dans sa chambre. Si vous la trouvez, vous lui direz de venir me trouver. Embrasse encore, tout petit. Là... oup ! Vous êtes libres. (Ils sortent par la porte du salon.) C'est gentil, les enfants !

MADAME HEIMAN. — Ah! voilà uno boune petite parole franche de jeune mariée.

ISABELLE. — Ne dites pas cela. Mon seul enfant, tenez, entendez-le rire là^haut. (Elle désigne une porte à droite.) Il me semble que je volerais quelque ohose de mon cœur à Jeannine. Mon temps de maternité est fait, voyez-vous.

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