SCÈNE Vï
PIERRE, ISABELLE, seuls.
PIERRE. — Adieu, ma grande amie.
ISABELLE. — Pourquoi me dites-vous adieu d'un ton si grave?
PIERRE. — Parce que, ne le savez-vous pas, Isabelle? c'est un grand adieu que je vous donne! Toute une moitié de ma vie qui disparaît !
ISABELLE. — Mais, Pierre, votre place ne , sera pas changée ici... Gardez-la,
PIERRE. — J'ai attendu, vous le voyez, jusqu'au dernier jour pouir perdre tout espoir. C'est du fond du cœur, ma grande et forte amie, que je vous 'dis adieu ! Oh ! la mélancolie que j'y mets n'est que tout égoïste... c'est im vieux pleur de vieux gar çon qui grogne contre des habitudes dérangées... oh! sans quoi! vous m'avez donné l'exemple de la sagesse... Vous êtes une femme parfaite et sans faiblesse. Un beau jour, vous avez choisi entre vos intimes riiomme qui paraissait le plus propre à vous rendre heureuse et votre choix fut longuement médité ! Vous avez exclu celui qui vous aimait <( le trop »... Vous passerez ainsi, bien calme, de l'amitié à l'amour. Et c'est pourquoi je vous quitte sans autre regret que celui de quelques habitudes chiffonnées.
ISABELLE. — Ah! Pierre! Pierre! vous ne serez jamais sage !
PIERRE. — Tout le monde ne le peut pas.. Enfin, vous, vous serez heureuse... Tout compte fait, votre vie promet... Tiendrat-elle?
L'Enc-hantement
iSABEi.i£. — J'espère.
Leurs yenx se fixent clans la lumière brusque d'une lampe.
PIERRE — Vous avez raison, il fallait garder to& veux des lumières~trop vives; ils
riîlREI. — Adieu, ma grande amie.
étaient peut-être bien faibles pour les supporter.
ISABELLE — Que voulez-vous ! Je me résignerai à î'abat-jour.
PIERRE, la regardant. — ■ Oui, votre visage l'en sera pas moins joliment éclairé.
ISABELLE. — Allons, allons... c'est cette ^tupide musique qui vouk rend mélancolique.
piERBJi; — Peut-être. Mais que vous ne vous trompiez pas sur cette mélancolie... Elle est doucement méprisante et orgueilleuise, Isabelle. On ne pleure dans la musique que des bonheurs médiocres — et qu'on ne devrait même pae regretter !