‹ Maman ColibriChapitre 67 sur 120 · JEANNINE, ISABELLE · texte numérisé non relu

JEANNINE, ISABELLE

ISABELLE, rapidement. — Voyons, Jean- ?.ine, pourquoi pleures-tu? Tes petites amies te cherchaient partout, tu boudais dans

L'Enchantement

ta chambre et maintenant voilà que tu pleiiTos?... Voyons, réponds, je veux que tu répondes.

JEANNTNE. - — Je n'ai rien. Laisse.

ISABELLE. - — Depuis plusieurs jours déjà, on t^ voit passer silciieieusenient dans l'appart-ement, tu t'enfermes, tu ne réponds plus lorsqu'on te parle... Jeannine, ne pi'ends surtout pas en mauvaise part ce que je dis; je ne t-e fais aucun reproche, mais si quelque chose dans mon attitude t'a blessée le moins du monde, si tu souffres, parle. Jamais un ^oute ne s'est élevé ni ne s'élèvera entre nous.

JEANNINE. — Laisse, je t'assure, je suis fatiguée.

ISABELLE. — Ces jours-ci, nous avons été très séparées, c'est vrai... Mais regarde-moi donc, chérie. M'en voudi-^is-tu ? Si tu crois, si tu peux pe-nser seulement que ce mariage doive changer quelque chose à notre vie... Est-ce cela? Tu ne réponds pas... Est-ce cela?... O Jea-nnine, est-il rien qui puisse venir déranger notre intimité? N'es-tu pas audessus de tout dans ma vie? Je sais bien, à ta place j'éprouverais aussi ce petit sentiment de jaioxisie, mais, ma ohérie, ma ciiérie, peuxtu penser!... Tournez votre figure par ici... Est-ce que j« ne t'aime pas plus qvie tout au monde !

.JEANNINE. — Oh! tu dis ça, tu dis ça !

ISABELLE.. — As-tu bosoin que je te le répète, enfant?

JEANNINE. — • Si j'étais sûre de cela, au moins, .bien sûi'e ! Tu m'aimes plus que tout au monde ? Songe bien à ce qu« tu dis-

ISABELLE, dans un élan. — Ah! quand ma vie nft l'aurait pas prouvé, quand je ne t'aurais pas doané la becquée jouj- par jour, ne peux-ta lire en cette minute dans mes yeux que c'est toi l'adorée ! Ne sais-tu pas que c'est ta faute s'il ne reste plus rien pour les autres ?

JEANNINE. — Plus rien?

ISABELLE. — Parole, va, pas grand'ehose ! Tiens, je suis flattée, au fond, de cet accès de jalousie; j'y comptais un peu, je te dirai. (Elle rit.) Embrasse... O Ninette, s'il avait fallu^ pour t'épargner une grande peine quelconquCj sacrifier ce mariage, je n'aurais pas hésité.

JIL'ANNIN'E. — Ah ! Sacrifier à moi, rien que pour moi ? Et cependant, c'est ton bonheur, ce mariage! Je dois te paraître bien égoïste en ce moment, hein, Isabelle?... C'est ton bonheur ?

ISABELLE. — Voyons, comprends... Il y a des choses embarrassantes... beaucoup plus difficiles à expliquer à une petite fille qu'à d'autres.

JEANNINE. — Va donc! te gêne pas...

.3ABELLE. — D'abord, je te l'ai expliqué aéjà maintes fois. Ce mariage est de toute raison et de toute nécessité... les convenances... et puis, il faut bien prévoir l'avenir, pour moi comme pour toi. Il y a même des questions d'intérêt.

JEANNINE. — Oui, je sais... Après?

isabeltjE. — Quant à Georges, c'est mon' plus vieil ami. J'ai une énorme affection^ pour lui et tu es assez grande pour comprendre que je ne l'aime pas d'amour.

jEANNiNi-:. -- Oh! tu dis ça! tu. dis ça !

iSABELu:. — Si je l'avais aimé, je ne l'aurais pas épousé.

JEANNINE, comme quelqu'un à qui ov veut en trop faire accroire. — Tu ne l'aurais pas épousé ? Pourquoi ?

ISABELLE, simplement. — Parce qu'il nous aurait dérangées, sœurette... Saisis-tu?

ISABELliE. — Voyons, Jeannine, pourquoi

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