SCÈNE XIII
Xes MÊMES, GEORGES, puis M^e HEIMAN, puis UNE M^"® DE ROÛVRAY, une Jeune Fille, etc.
Georges accourt.
ISABELLE. — Elle s'est tuée ! Elle s'est empoisonnée! Elle vient de s'empoisonner...
Greorges ! au secours ! au secours ! mon Dieu!...
MADAME HEIMAN, entrant. — Un malheur?
GEORGES. — Vite, vite! Voyez si M. Barguier, un ami d'Isabelle, est parti... Je crois qu'il a été médecin dans la marine... M. Barguier... Sinon, prévenez mon médecin par téléphone, 225-30... Pas un mot surtout, ne laissez entrer personne... Que personne ne ijaohe L . .
Il h" pousse toutes deax dans le jardin d'hiver dont il referme la porte, derrière lui.
On entend dans le salon le bruit des voix des quelques rares personnes qui restaient encore j quelques phrases: Où cela/,.. Téléphone/ etc..
MADAME HEIMAN, rentrant, suivie de M. Barguier. — Là, monsieur... cette porte... Entrez, je vous en supplie ! {Elle fait entrer, puis barrant la porte à deux ou trois personnes accourues.) C'est Jeannine qui vient de se trouver mal... Elle s'est surmenée toute la journée... l'émotion de ce mariage... Elle se contenait depuis plusieurs heures, elle a été prise d'une syncope subite... M*^® Dessandes a perdu la tête! c'est bien compréhensible...
UNE VIEILLE PARENTE. — Sa Jeanniuel Elles s'aiment tant!... Pourvu qu'il n'arrive rien 1
UNE DAME, en sortie de hal, la tête couverte, — Mais vous pensez que ce ne sera pas grave ?
MADAME HEIMAN. — Nullement. Quoique le contre-coup sur M^^ Dessandes... Naturellement, elle va s'effrayer.
LA DAME. — J'étais déjà dans l'escalier. Je suis remontée précipitamment avec M'"® de Rouvray et sa fille, en entendant ces cris!... On ne peut pas entrer?
MADAME HEIMAN. NoD, nOU... OD m'a
bien recommandé... Vous savez, la solitude dans ces sortes d'indispositions...
MADAME DE ROUVRAY. — Comuie c'est Contrariant!... Il y a tant d'anémieis cérébrales depuis quelque temps !
M"° Heiman répète ses explications à voix basse à un monsieur, dans l' encoignure du salon.
LA VIEILLE PARENTE. — Quelle est cette dame qui a l'air si intime?...
UN MONSIEUR. — Je ne sais pas... une M^^Hermann... Heiman... un nom isaaélite... Il n'y a que des israélites pour devenir des amis intimes en cinq minutes.
UNE PETITE JEUNE FiLi^, à so mère, M^^ de Bouvray. — Pff! en. voilà une révolution! Cette Jeannine! C'est de la pose!... Mais oui, elle adore faire son intéressante. Je ne la connais pas d'hier, tu penses! Tiens, tu demanderas à Georgette ! Est-ce qu'elle ne fait pas ses embarras tout le temps, à la pension? Elle est trop gâtée, voilà... Et jalouse, quand on ne s'oecupe pa^ d'elle! Est-ce qu'à la représentation des grandes, quand on a joué Vercingétorix, il y a quinze jours, elle ne vient pas faire des histoires parce qu'on lui avait distribué le rôle de Celtill! Elle a piqué une crise de nerfs. Elle voulait à tout prix jouer Vercingétorix.
MADAME DE ROUVRAY. — Le fait est qu'elle a bien mauvais genre, ta petite amie... Cette ferronnière sur le front !
LA PETITE. — Et ses bague!?!... Elle en a jusqu'à l'index, comme les peintresses d^Ja rue de Berri.
UNE DAME, en s^en allant, à M°^^ Heiman,
L'Enchantement
— Dites bien à M"^^ Dassandes toute la part quie j'ai prise...
MADAME HEiMAN. — Jc n'y manquerai pas.
A ce moment, Georges rouvre la "c te. Il paraît très maître do lui et sourit.
GEoiicES, répondant aux uns et aux autres.
— Vraiment, jo suis désolé... quel contretemps!... Ce n'est rien du tout... un léger étourdissement... la chaleur, le bruit... Je vous en prie... Oui, ma femme s'est un peu émotionnée... Mille fois trop bonne... Ma chère tante, voulez-vous vous occuper de ces dames?...
Il les a menées en souriant jusqu'à la porte du salon.
MADAME HEIMAN, prenant Georges à part.
— Eh bien!... vite, vite! dites .^..o Vous souriez ?
GEORGES. — Eh bien ! fausse alerte, Dieu merci! Elle n'a même pas eu le temps d'avaler le laudanum... Aucun danger. A peine avait-elle bu, qu'elle a tout à fait perdu la tête, et s'est jetée au cou de sa. sœur... Personne ne se doute de rien, au moins?
MADAME HEIMAN. PerSOUn©.
t^GtEORGEs. — Vous êtes sûre? J'y tiens...
MADAME HEIMAN. — Mais quel coup de folie!
GEORGES. — Oui, je ne sais pas, c'est fou ! c'est ahurissant !
MADAME HEIMAN. — Vous êtes sûr qu'il n'y a. ^\us de danger ?
GEORGES. — Il n'y en a même pas eu.
Faites filer cette peste de M™^ de Rouvray, surtout... hein? Je vous demande pardon... Et que la porte soit interdite à qui que ce 6oit !
MADAME HEIMAN. — Je croLs bien... mon pauvre ami... Ne vous occupez de rien.
{Georges rentre rapidement dans le hall. j/me ^eiman appelle un domestique.) Monsieur vous fait dire de veiller aux voitures et de ne laisser entrer absolument personne... m.ême la tante, de monsieur... Qu'elle envoie prendre des nouvelles demain matin si elle yeut.
LE DOMESTIQUE. — Bien, madame.
Tout le monde est rentré au salon à l'exception de M°" Heiman et de Victor de Chelles.