‹ Maman ColibriChapitre 95 sur 120 · GONSAGREZ-MOI CINQ MINUTES · texte numérisé non relu

GONSAGREZ-MOI CINQ MINUTES

Jeannine se rassied, puis, comme une leçon apprise, avec calme, mais d'une voix funèbre :) Vous savez que pas une seconde, jamais, je n'ai renoncé à mourir.

GEORGES. — Nom de nom !

Il envoie promener deux livres dans la chambre, d'un coup.

JEANNINE. — Vous voyez !

GEORGES, furieux, tout rouge. — Je vous défends d'ajouter un mot de plus, vous entendez ! C'est révoltant, écœurant !

JEANNINE — On dirait que vous apprenez une nouvelle !

GEORGES, déambulant, les bras au ciel. —

L'EnGhantement

Et voilà la vie que vous nous faites!... Vous êtes embêtante!... Oh î ça!!..= Vous pouvez vous vanter de savoir raser les gens avec une persistance!!... Heureusement on est meilleur que vous, on vous pardonne votre dada ! Vous êtes aussi une gosse, une vraie gosse, et cela explique tout. Vous verrez plus tard, comme, elle vous fera rire votre funeste pas- ) sion, quand je serai encore un peu plus décati que maintenant, et que nous en reoauserons ■avec votre ma,ri, un garçon charmant et bien mieux que moi... (Geste de protestation de Jeannine...) si, si, bien mieux que moi! Vous verrez mon nez dans son vrai jour alors. Regardez-le mon' nez : si c^est celui d'un homme pour qui on se suicide !

^ JEANNINE, suppliant. — Georges, vous ne pouvez pas me refuser si peu de chose : cinq

GEORGES. — Assez !... allez-vous-en î

minutes... consacrez-moi cinq minutes dans v^otre vie, dans toute votre vie ! Comme c'est peu pourtant. Ne jamais vous parler, ne jamais m'épancher contre votre épaule!... Oh! voyez-vous, c'est l'idée fixe maintenant! et je mourrai contente... Quelques secondes de pitié pour moi seule. Oh! ne reculez pas comme ça... je suis si loin !... (Les larmes aux yeux.) Ecoutez, je souffre bien pour vous dire cela... j'ai beaucoup de peine, j'ai tant de peine!... et c'est pour vous!... Oh! aimezmoi, dites, aimez-moi!...

Elle a dit cela sur un ton de petite plainte • douce .. et on l'entend pleurer.

GEORGES, ému. — Mon pauvre petit!

i JEANNINE, reniflant ses larmes. — Merci.

J'aime tant quand vous m'appelez mon paurvre petit! Ça me fait du bien pour quelques^ temps... (Viveraent.) C'est vrai que j'ai des choses à vous dire .. J'ai des papiers très sérieux à vous reimettre... un grand, grand mystère... Je vous en conjure... ce soir, après dîner...

GEORGES, V interrompant. — Non, inutile!

Pas de cachotteries. Ça ne prend plus.

JEANNINE. — Bien, parfait ! Oii avais-je la tête, en effet? je suis stupide! Vous avez trop peur d'une scène! Vous manquez de chic, décidément vous n'avez pas d'allure, mon ami... Alors, c'est non, :non P

GEORGES. — Non. {^Brusquement, Jeannine, qui jouait avec le verre de couleur, le casse.) Là! vous l'avez oa«sé! Je l'avais jpréparé pour ma. lecture! Et vous vous êtes fait mal?... oh! mais très.,, vous saignez?

JEANNINE. — Peuh ! (Georges a pris son mouchoir et lui essuie la main. Jeannine essaye de se rapprocher.) Georges!

Il retire froidement sa main, met son mouchoii dans la pochette de son veston.

GEORGES. — Allons, il faut vous en aller, Jeannine. Vous savez que je vous lis, à tous, le premier chapitre de mon livre, dans un quart d'heure? Vous en êtes, n'est-ce pas? oui?... eh bien, alors, il faut vous en aller...

JEANNINE. — Venez, Georges, ce soir...

vous ne voulez pas?

GEORGES. — Non.

JEANNINE. — Oh !

Elle fait un mouvement de déception triste.

GEORGES, après un temps, et après avoir paru réfléchir quelc[ues secondes, se rapprO" allant d'elle. — Dans les campagnes, quand l'enfant souffre, Jeannine, et qu'il a la fièvre, les gens qui le soignent, autour de lui,, a.yant défense de lui donner à boire, répandent parfois un peu d'eau, sur les carreaux, de la chambre, pour que la fraîcheur en arrive jusqu'à l'enfant et qu'il se calme... Contentez-vous, Jeannine, de ce .que j'en peu*, répandre et tâchez d'être heureuse, s'il vient parfois jusqu'à vous la fraîcheur de quelque larme évaporée...

jEANNiNg, tout bas, tout bas. — Venez !

GEORGES, changeant de ton. — Oh! maintenant, Jeannine, je vais me faucher !

JEANNINE. — Georges! ^

GEORGES. — Assez!... allez-vous-en! Viptor ou Odett^e vipnt jarriver d'un moment à l'autre. Allez-vous-en !

Il la pousse par les épaules jusqu'à la porte.. ► Jeannine résiste comme un enfant en grojËjnant... La porte se referme... Georges reste seul, réfléchit, et va s'asseoir à sa table. La porte de droite s'ouvre. Victor de Chelles entre, — chapeau de paille, fleur à la boutonnière.

L'Enchantement

SttNE II

Eh,

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