WE
je | Er lLe PAP A
RTC ON
MA ni ù Vu nl ‘1e ire dt | AAA
OA Nb. e
qui \]
if nn de te. 1
er ft LE Ok spi «i \
AMEL TE [ ÿ
MÉMOIRE
DÉSIGNÉ SOUS LE NOM DE
SOTALIA BRASILIENSIS.
La faune mammalogique du Brésil est peut-être, de toutes les faunes tropicales, celle qui a été le mieux étudiée. Le prince Max von Wied, Spix et Martius, Lund, Humboldt, d'Orbigny, Burmeister, Castelnau, et tout récemment encore Bates, Agassiz et Liais, ont signalé et décrit les mammifères qu'ils ont rencontrés pendant leurs mémorables voyages; les matériaux recueillis par différents naturalistes voyageurs ont été étudiés et revus ultérieurement par plusieurs zoologistes du premier ordre. Cependant il est un groupe de mammifères qui a peu attiré l'attention des différents explorateurs qui ont étudié avec tant de soin la faune terrestre du Brésil; je veux parler des cétacés.
Les quelques espèces que l’on connait ou, pour parler plus exactement, les seules qui aient été signalées, sont des espèces fluviatiles provenant principalement de l’Amazone, de ses affluents, ou bien encore de l’embouchure de la Plata.
Un Dauphin signalé dans le Haut-Amazone par Bates a été rapporté par Gray au genre Steno, et désigné sous le nom de Sfeno Tucuxi!; Tucuxi ou plus exactement Tucoshee est le nom que les indiens donnent à cet animal. Il faut peut-être rapporter à la même espèce un Dauphin observé dans les mêmes régions par le comte de Castelnau *, et décrit par Gervais sous le nom de Delphinus pallidus 5. I est d’une coloration pâle, et les missionnaires l'ont signalé sous le nom de Buffeo blanco. Peut-être est-ce encore un individu de la même espèce qu'Agassiz s’est procuré lors de son voyage en 1867, et qui se trouve figuré dans la relation de ce voyage publiée par Mwe Agassiz dans le Tour du monde (1868). Le peu de hauteur de la nageoire dorsale pourrait le faire supposer. Mais avant de se prononcer sur cette identité, il est nécessaire d'attendre la description de cet animal.
2° Une seconde espèce du Haut-Amazone se distingue de prime abord de la première par sa coloration foncée. Les missionnaires lui ont donné le nom de Buffeo negro ou celui de Boto preto. Cette espèce a été également signalée par Castelnau 4 qui en a rapporté un crâne aujourd'hui conservé au Muséum d'histoire naturelle de Paris. Gervais l’a désignée sous le nom de Delphinus fluviatilis, et Gray la rapporte avec doute à son genre Steno. Ce même animal a été reconnu dans le Haut-Amazone, par E. Deville.
On ne possède pas de données scientifiques relativement à l'espèce que Spix et Martius ont désignée sous le nom de Delphinus amazonicus. Probablement cette espèce n’est que l’une ou l’autre des deux espèces précitées. Peut-être même n'est-elle que lZnva ÿ.
3° Un véritable Dauphin, le Delphinus microps de Gray f, vit à l'embouchure du Rio de la Plata et parait exister aussi sur les côtes du Brésil (D'Dickie). J'en ai vu une tête fort bien conservée au Musée de Buénos-Ayres.
{ Gray. Ann. and Mag. nut. Hist., 1837.
2 CasreLxau. Expédition dans les parties centrales de l'Amérique du Sud, t. IV, p. 460.
5 Gervais. Acad. des Se. de Montp.; 1855. — Casreznau. Voy. Mamm., t. XIX, p. 94.
# Casreunau. Voy. Mamm., par Gervais, p. 94, t. XIX. — Hist. Mamm., L IL, p. 552.
5 Srix et Marnius. Reise in Brasilien, t. WI, p. 1118. — On ne peut rien conclure du nom de Boto que lui donnent les gens du pays. Tous les Dauphins sont désignés sous ce nom par les habitants du Brésil. Boto est synonyme de Dauphin.
6 Gray. Zool. Erebus and Terror, p. 42, t. XXV.
4° Si à cette liste nous ajoutons l’Jnia de Geoffroy de la Bolivie (Rio Moxos) et du Haut-Amazone, nous aurons terminé l’énumération des Delphinides signalés comme faisant partie de la faune du Brésil.
Nore. — Je ne cite pas le Delphinus Nesarnak de Lacépède !, espèce plus que douteuse, au sujet de laquelle on ne possède aucune donnée scientifique et à laquelle un naturaliste américain, M. Ch. Meigs, a rapporté, on ne sait trop pourquoi, un fœtus de Dauphin pris non loin de Rio de Janeiro ?.
Le Pontoporia Blainvillii n'a été rencontré jusqu'à présent que sur les côtes de la Patagonie (d'Orbigny) et à l'embouchure de la Plata.
Mais, chose remarquable, aucun de ces éminents naturalistes, ni d'Orbigny, ni Castelnau, ni Spix, ni Martius, ni Burmeister, pas plus dans l’histoire de son voyage au Brésil que dans sa faune mammalogique, ni Liais, qui a séjourné à Rio de Janeiro pendant un si grand nombre d'années, ne signalent une espèce de Dauphin qui vit constamment dans la baie de Rio et que j'ai observé dès mon arrivée dans la capitale du Brésil. Agassiz fit, parait-il, tous ses efforts pour s’en procurer un exemplaire; mais il ne put y réussir. Et cependant cet animal est fort commun dans la baie. Il est désigné par les pécheurs brésiliens sous le nom de Boto ou Bouto, nom qu'ils appliquent indifféremment à tous les cétacés delphinides. On les voit habituellement en bandes de cinq, six ou huit individus. Ils nagent lentement et leurs mouvements sont réguliers et parfaitement cadencés. Ils n’ont pas l’air de redouter le voisinage de l’homme ; aussi peut-on les observer à de petites distances. Cependant, je -ne les ai jamais vus se porter au-devant d’un navire en marche et le précéder comme s'ils se trouvaient attelés à la proue. Cest ce que font fréquemment les Dauphins que l’on rencontre en mer, et ce spectacle nous l’avons admiré plusieurs fois sur la côte du Brésil aussi bien qu’en plein océan. Le Dauphin de la baie de Rio a plutôt l’air de ne pas s’apercevoir de la présence du navire ou de l’embarcation, et malgré ce voisinage, il continue ses évolutions, sans rien changer à la lenteur de ses mouvements. Il est rare de le voir se jeter hors de l’eau tout d’une pièce et faire de véritables sauts, comme s’il voulait
! Lacépène. Histoire naturelle des cétacés, p. 507. 2? Cu. Mecs. On the reprod. org. and on the fœtus of the Delphinus Nesarnak. JournaL or THE ACADEMY OF NAT. SC. OF PaiLanezpuia. Vol. [, 2° sér.
imiter les mœurs de certains poissons et particulièrement celles des Bonites (Scomber Pelamys), ces infatigables compagnons des navires au long cours.
Ordinairement ils montrent successivement au-dessus de la surface de l’eau la partie supérieure de la tête, le dos avec la nageoire dorsale, enfin le dessus de la partie caudale du tronc. Presque jamais on ne voit hors de l’eau les lobes de la queue. En un mot, ils décrivent, en arrivant à la surface de l’eau, les sommets d’une ligne ondulée alternativement ascendante et descendante dans un plan perpendiculaire à la surface de la mer. I est facile d’observer les différents moments de ce mouvement, à raison de la lenteur extrême avec laquelle il s'exécute. J'ai souvent remarqué, grâce à ce calme magique qui, sous le ciel des tropiques, règne au fond de la forêt vierge aussi bien qu’à la surface de la mer, en l'absence de la moindre brise et de la plus petite ondulation de l’eau, un bruit sec, une sorte de claquement que le Dauphin produit au moment de l'expiration. Il est immédiatement suivi d’un bruit de souffle que l’on distingue même quelquefois à d'assez grandes distances.
Cet animal se rencontre indifféremment dans toute l'étendue de la baie, jusque près de son ouverture et jusqu'au pied de la ville de Rio, voire même entre les navires qui sont à l'ancre dans le canal étroit qui sépare de la terre ferme la petite île que l’on désigne sous le nom de Z/ha das Cobras, enfin au milieu des embarcations qui sillonnent dans tous les sens les environs de l'arsenal et de la Praya de peiche. H m'est rarement arrivé de traverser par un beau temps quelque partie de la baie sans en rencontrer, et souvent en grand nombre ; j'en ai observé pendant toute la durée de mon séjour à Rio de Janeiro, depuis le moment de mon arrivée au mois d'août jusqu’au mois de janvier.
Jamais je n'ai vu en dehors de la baie le petit Dauphin dont je viens de parler. Celui que j'ai observé sur la côte, depuis le cap Frio jusqu’à la hauteur de la presqu'ile de Marambaya, est un tout autre animal; sa taille est beaucoup plus considérable : il atteint de 3 à 4 mètres de longueur, et ses mœurs sont bien différentes de celles du petit Dauphin de la baie. I nage avec une vitesse extrême, rasant la surface de l’eau sans jamais décrire d’ondulations. À certains moments on en voit arriver de tous les coins de l'horizon, comme s'ils s'étaient donné rendez-vous à la proue du naivre. Ils s’y réunissent au
nombre de dix, quinze, vingt-cinq individus, tous à peu près de même taille ; ils nagent au-devant du navire comme s’ils y étaient attelés ; on peut les observer à l'aise pendant plusieurs minutes, car ils restent constamment près de la surface et rien ne serait plus facile que de les harponner, si la marche du navire était moins rapide. La nuit qui précéda notre arrivée à Rio, nous fûmes témoins de ce spectacle magique : la mer était admirablement phosphorescente et, au milieu d’une nuit profonde, régnait le calme le plus parfait, quand, du haut de la dunette, nous vimes de tous côtés des trainées de lumière se produire dans la direction de notre bâtiment. En quelques instants, nous étions à la proue, et 1à quel spectacle féerique ! Une vingtaine de Dauphins resplendissants de lumière nous montraient tous les détails de leurs formes et toute la grâce de leurs mouvements. Leur nombre allait sans cesse croissant, car dans diverses directions arrivaient à toute vitesse de nouveaux individus pendant que d’autres, comme s'ils étaient fatigués par la rapidité de leur marche, quittaient brusquement la surface, pour plonger tout à coup, tête baissée, dans les profondeurs de l'Océan.
Cette belle espèce est bien connue des marins. IIs nous avaient annoncé que ces Dauphins seraient les premiers habitants du Brésil qui viendraient nous saluer à l'approche du cap Frio. Malheureusement je ne réussis pas à m'en procurer un exemplaire ; jy tenais d'autant plus, cependant, que cette espèce, toute différente de celle qui vit dans la baie, est probablement nouvelle pour la science à moins qu’elle ne soit le Delphinus microps de Gray, la seule espèce de Delphinide signalée jusqu’à présent sur les côtes du Brésil.
De toutes les observations que j'ai pu faire sur le petit Dauphin qui fait l’objet de ce travail, et de tous les renseignements que j'ai pu recueillir à son sujet, je crois pouvoir conclure que cet animal, très-différent de celui que nous avons observé en pleine mer depuis le cap Frio jusqu’à Rio de Janeiro, est propre à la baie, qu’il l’habite à toutes les époques de l’année et qu'il ne gagne jamais la pleine mer.
J'eus beaucoup de peine à m'en procurer un exemplaire. Une croyance superstitieuse généralement répandue parmi les pécheurs protége cet animal : on lui attribue la faculté de ramener au rivage les corps humains que ses instincts lui font découvrir ; l'antique croyance européenne a pénétré chez
les peuples du nouveau monde : le Dauphin est considéré comme un animal sacré, et les pécheurs brésiliens craignent de lui faire la chasse. Aussi, je ne pus en obtenir un exemplaire qu'après plusieurs mois d'efforts etde démarches inutiles, et encore, l'individu que j'ai rapporté fut-il pris accidentellement dans les filets d’un pécheur qui ne le vendit pas sans craindre que ce petit profit ne lui portât malheur.
J'ai pu disséquer l’animal et étudier toutes les parties de son squelette. Il ne fut pas difficile de reconnaitre que l'espèce est entièrement nouvelle pour la science, et qu'elle diffère beaucoup de tous les Delphinides trouvés au Brésil. Tout en se distinguant par plusieurs caractères importants d’un Dauphin de l'embouchure du Surinam décrit, il y a quelques années, par mon père sous le nom de Delphinus Guyanensis, notre espèce parait avoir avec celui-là des affinités génériques incontestables. Gray a eu raison de proposer pour le Dauphin de la Guyanne un nom générique distinct, en ee sens que, par la découverte d'une seconde espèce voisine de la première et également propre à une partie restreinte des côtes de l'Amérique méridionale, il devient probable qu’il existe sur ces côtes un type particulier de Delphinides. Des espèces voisines se sont formées aux dépens d’un même type spécifique primitivement commun aux différentes côtes de ce continent, par adaptation à des conditions locales différentes et par la fixation de caractères nouveaux par suite de la localisation dans des districts géographiques isolés.
Mais il faut reconnaitre que, quand M. Gray a créé ce nom générique, il n’y avait d’autre raison de séparer le D. Guyanensis des autres Delphinus, que la satisfaction que semble procurer à ce naturaliste la création d’un nom nouveau. Quoi qu'il en soit, cette fois M. Gray a bien deviné, et je crois qu’il faut admettre son genre Sotalia. Je propose de désigner l'espèce qui fait l’objet de ce travail sous le nom de Sotalia Brasiliensis, en attendant que M. Gray lui en donne un nouveau. Ce genre comprend done deux espèces : le Sotalia Guyanensis P.-J. Van Ben. et le Sotalia Brasiliensis Éd. Van Ben.
A en juger par les quelques données que l’on possède sur le Dauphin du Haut-Amazone désigné par Gervais sous le nom de D. pallidus, il semble que cette espèce signalée et rapportée par le comte de Castelnau appartienne au même genre, et que M. Gray a eu tort de le placer dans le genre Sfeno.