‹ Mammals. 1860-1879Chapitre 30 sur 32 · SYSTÉMATISATION · texte numérisé non relu

SYSTÉMATISATION

La plupart des auteurs admettent l'existence de deux Orques, mais sous des dénominations différentes, de manière à faire voir clairement qu’ils ne distinguent pas ces espèces entre elles et qu’ils les confondent avec d’autres Cétodontes. Ainsi nous en voyons qui disent : l’Orque se nourrit de Hareng et le Swerdfisch seul attaque la Baleine.

Il nous reste à examiner dans ce chapitre les caractères propres des Orques et si les individus qui sont venus sur nos côtes présentent les mêmes caractères spécifiques.

Depuis quelques années, l'attention a été particulièrement attirée sur ces animaux et l’on n’est pas éloigné de croire que la même espèce hante l’Atlantique ou le Pacifique et peut même commettre ses déprédations, tantôt dans l'hémisphère Nord, tantôt dans l'hémisphère Sud. L'étude des divers crânes autorise à croire que le nombre d’espèces d’Orques a été exagéré par plusieurs auteurs.

Les matériaux sont toutefois encore bien insuffisants pour trancher définitivement cette question et c’est dans le but de l’élucider, que nous avons comparé les squelettes des quatre individus qui sont venus se perdre sur nos côtes. Ce travail nous a paru d'autant plus nécessaire, que des zoologistes ont signalé dans la mer du Nord deux espèces, qui se distingueraient

par le nombre de côtes, par la forme des taches jaunes à la nuque et le développement de la nageoire dorsale.

Fabricius distingue déjà deux espèces différentes qu'il place dans des genres à part, et Ot.-Fred. Muller en signale même trois.

D'après Desmarest, le Dauphin-Orque, inconnu des naturalistes de nos jours, dit-il, le Dauphin ferès et le Dauphin épaulard formeraient trois espèces distinctes.

Lesson n’admet pas que l'Épaulard soit le même animal que l'Orque des anciens; il pense que ce dernier est un Cachalot. C’est ce que plusieurs naturalistes ont pensé d’après certaines descriptions qui font supposer que les anciens ont confondu sous le même nom des animaux fort différents les uns des autres.

En 1870 le docteur Gray croit devoir également admettre dans les mers d'Europe deux espèces, d’après les crânes conservés au British Museum : l’'Orca latirostris, conforme au crâne figuré par Cuvier dans ses Ossements fossiles , et l’Orca stenorynchus.

Lilljeborg admet aussi deux espèces d’Orques, le Grampus gladiator, qui a douze côtes, une tache ronde au cou et une nageoire dorsale longue, et le Grampus orca, qui n’a que onze côtes, point de tache à la nuque et une nageoire dorsale obtuse.

Je crois que la première idée, qu’il existe des espèces différentes d’Orques dans nos parages, provient de la différence de longueur de la nageoire dorsale; comme il est arrivé souvent, des différences sexuelles ont été prises parfois pour des différences spécifiques et nous ignorons jusqu’à présent l’importance qu'il faut attacher à la forme si particulière et à la hauteur de la nageoire dorsale. On a vu dans la même gamme des Orques à nageoire élevée et des Orques à nageoire ordinaire.

Le mâle de vingt-quatre pieds, capturé à l'embouchure de la Tamise, en 1759, et décrit par Hunter (pl. V, fig. 1) est, d’après M. Lilljeborg, le Grampus gludiator, tandis que l'individu échoué à Wyk-op-Zee et figuré par Schlegel dans ses Abhandlungen, planche VIL, est un Grampus orca.

Eschricht a cru, comme nous venons de le voir, mais seulement dans les dernières années de sa vie, à plus d’une espèce, mais il lui a été impossible de les limiter nettement,

Dans lOstéographie que je publie avec Gervais, mon collaborateur admet l'Orca gladiator et l'Orca Eschrichti.

Les quatre squelettes d'Orques échoués sur nos côtes présentent la plus grande ressemblance dans toute leur conformation et les faibles différences que l’on observe entre eux sont dues à l’âge ou au sexe.

Nous avons dans ces quatre individus à peine une disposition particulière qui mérite d’être signalée. Il en est de même de ceux observés sur les côtes de Hollande. Le squelette aussi bien que les caractères extérieurs correspondent complétement avec les nôtres. Les côtes sont au nombre de onze, la nageoire dorsale est peu développée, le système de coloration est en tout semblable et nous croyons devoir réunir tous ces animaux sous le nom de Orca gladiator.

En résumé, les Orques dont nous faisons connaître les squelettes appartiennent à une seule et unique espèce, et cette espèce visite, dans notre hémisphère, la mer du Nord, la Manche, la Méditerranée, la Baltique, les côtes du Groënland, l'Atlantique et l'océan glacial Arctique.

Cest du moins le résultat auquel nous conduit l'étude des différents erânes conservés dans les Musées.

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