‹ Mammals. 1860-1879Chapitre 29 sur 32 · SYSTÈME DE COLORATION · texte numérisé non relu

SYSTÈME DE COLORATION

Nous avons déjà attiré l'attention des naturalistes sur le système de coloration des Cétacés. Les Orques méritent sous ce rapport une attention particulière; souvent ce sera le seul guide pour l'appréciation des affinités d’un animal dont on ne connait que les caractères extérieurs. Certains genres, en apparence très-voisins, s'éloignent complétement les uns des autres par le système de coloration, comme les Pseudorques et les Grindewals.

Eschricht avait été frappé déjà de la coloration de certains fœtus; il avait eu l’occasion d'en voir plusieurs tout frais. Ces petits Cochons de mer, disait-il, en parlant des fœtus de Marsouins, sont décorés d’une manière bizarre de lignes fantastiques en forme de lunettes attachées sur le nez.

L'Orque est d’un beau noir dans toute sa partie supérieure, y compris les nageoires pectorale et dorsale, jaune dans loute sa partie inférieure, depuis le bout du menton jusqu’à l'anus et depuis la base jusqu'au bord de la nageoire caudale.

Sur le côté, cette couleur jaune remonte jusqu'à la commissure de la bouche, puis descend jusqu’à la nageoire pectorale, de manière que cette nageoire est presque complétement entourée de jaune à sa base. Derrière la nageoire pectorale, l'animal, vu de flanc, est tout noir et la bande de couleur jaune ne continue que sur la ligne médiane en se rétrécissant jusqu'au milieu de l'abdomen. Sur les flancs, au-dessus des organes sexuels, la bande jaune s'étend de chaque côté, se termine en arrière de façon à former un fer à cheval, de la concavité duquel part une petite bande qui va entourer l'anus et les organes sexuels. Toute la face inférieure de la nageoire caudale est jaune, tandis que la face supérieure est complétement noire. Au-dessus et en arrière de l'œil, il existe une grande tache jaune entièrement isolée et de forme allongée, terminée en pointe en arrière et que les anciens avaient comparée à une corne.

La différence que nous observons entre notre figure et celle de Schlegel au sujet de cette tache, c’est que dans notre jeune Orque elle est plus large au milieu, ressemble à un cœur, tandis que dans celui de Schlegel cette tache ressemble plutôt à une nageoire tronquée obliquement en avant. La place qu’elle occupe dans les deux Orques est absolument la même. +

L'animal décrit par Schlegel, et dont il a donné un dessin d’après nature, est une femelle et celui que le chambellan Benzon de Benzon a rencontré flottant dans le Cattegat est un mâle.

Ainsi nous possédons des renseignements sur la couleur des mâles, des femelles et des jeunes et la ressemblance est complète, sauf l'intensité de la couleur. La femelle n’a, outre le noir, que des bandes d’un blanc jaunâtre, dit Schlegel.

L'animal figuré par Dewhurst présente une distribution de couleurs absolument semblable, avec cette seule différence, que la tache jaune, au lieu de s'étendre derrière les yeux, est située plutôt au-dessus de ces organes. Dans la gravure sur bois du même auteur, cette tache jaune est située plus en arrière.

Pallas à fait également mention de leur système de coloration à propos de l'Orque de la mer d'Ochotsk, et nous voyons dans plusieurs autres dessins les limites du noir et du jaune fort bien indiquées.

Le système de coloration du jeune Orque, capturé en rade de Bordeaux, ne présente pas la moindre différence avec celui de nos côtes que nous figurons ici.

Dans une notice sur deux dessins de l’album de Castelnau, nous avons cru devoir identifier le Delphinus heavisidii de Gray, dont il a fait plus tard le genre Æutropia où Marsouin du Cap de Dussumier et de Cuvier, avec l’Orque du Cap des auteurs. Nous avons eu tort. Ce sont deux Cétacés tout à fait différents ; mais diffèrent-ils autant que le système dentaire et d’autres caractères semblent l'indiquer ? Nous ne le pensons pas. Ce Cétacé a, comme les Orcella de la baie de Bengale, une nageoire pectorale large et tronquée, les premières cervicales réunies comme les Orques, de manière qu’il pourrait bien avec ces dernières constituer un groupe naturel. L’Orcella est d'un blanc sale, dit M. Anderson, caractère qui le rapprocherait ainsi que celui tiré de la nageoire pectorale, du Beluga et du Narval.

Nous venons de recevoir sous le nom de Clymenia obscura le squelette et la peau d’un Cétacé adulte de la Nouvelle-Zélande, qui a la taille du Marsouin commun de notre hémisphère, et, lout en étant complétement desséchée, la peau montre encore parfaitement la distribution des couleurs, qui est celle des Orques. Ce cétodonte n’a cependant ni la forme trapue, ni les dents, ni les nageoires pectorales des Orques, et le caractère des couleurs n’a pas l’importance que nous avions cru devoir lui attribuer en reproduisant le dessin de Castelnau.

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