‹ MammifèresChapitre 26 sur 86 · IE · texte numérisé non relu

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Le Molosse de Cestoni (Nyctinomus Cestonii, Savi). | |

Synonymie. — Dinops Cestonit, Savi; — Dysopes Ces= ton, Wagner, et variété nigrogriseus, Schnbidéf Caractères. — Oreilles soudées par leur bord int o |

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entre elles et au front jusqu'à une courte distance du nez

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DES MAMMIFÈRES DE FRANCE \r08

rabattues comme une visière audessus des yeux; le bord externe de l'oreille présente un antitragus triangulaire et “bien distinct. Les mâles ont une petite glande dont l’ouverture placée sous le cou, au dessus du sternum, est en partie cachée par les poils.

—— L'aile s'insère au tiers in- “férieur du tibia. Pelage d’un “roux brun teinté de roux ‘orangé, avec la pointe des MO poils grise, plus claire en SV Qu: fi UN

NN dessous. D’un gris-noirâtre Fig, 35. — Tête de Molosse de “dans la variété prise dans le se st 2 rer ce < ura.

—… Longueur de l’avant-bras — 0,058; tête et corps | — 0,078; queue — (1,046; partie libre de la queue — 0,027; tibia — 0,019; pied — 0,010; envergure — 07,364.

F Habite la région méditerranéenne, notamment l’Es- -pagne et l'Italie, mais n’est commun nulle part. M. Guste we Schneider l’a pris récemment (1870), près de Bâle, a ‘au nord-est du Jura. Il est donc probable qu'il se montre 4 plus ou moins accidentellement dans le midi de la France À et particulièrement dans les Alpes : il doit aussi se rencontrer en Corse. — Nous ne pouvions nous dispenser de Ê signaler ici cette espèce, qui ne figure ni dans la Faune de I Blasius (Saugethiere Deutschlands, 1857), ni dans celle b de M. Fatio (Faune de Suisse, 1869), et qui pourtant a été Tr rencontrée, depuis la publication de ces deux ouvrages, dans les limites géographiques que leurs auteurs s'étaient Mracées.

L'IATACOREETS

Ce curieux chiroptère, le seul représentant de la fa mille des Zmballonuridés que nous ayons en Europe, se. reconnaît au premier coup d’œil à son museau de bouledogue, à ses oreilles rabattues sur les yeux et soudées par une sorte de visière qui cache le front, à ses lèvres. plissées, à sa queue épaisse et qui dépasse la membrane. interfémorale presque de la moitié de sa longueur.

Les Molosses sont remarquables par leurs ailes très, étroites, bien que le doigt du milieu soit très long, et las

- faculté qu’ils possèdent de les replier.

sur l’avant-bras plus complètement que.

les autres chauvesouris ; la membrane interfémorale peut également se.

serrer le long de la queue à la. façon.

Fig. 36. — Tête du Molosse de Cestoni, :, à de profil (grand. naturelle). d'un parapluie, et

l'animal la dirige en.

avant et en arrière, ou bien en augmente et en dimi-" nue l'étendue à volonté : de cette disposition et de l’insertion de l’aile au tibia, il résulte que les quatre mem-" bres sont bien dégagés et que l'animal est plus agile dans la marche quadrupède que la plupart des autres chauvesouris.

Mais la grande étendue et l’étroitesse des ailes indique aussi un vol rapide, et les mouvements accessoires que les Molosses peuvent leur imprimer, ainsi qu’à la mem-. brane interfémorale, servent à faire varier sans cesse et.

avec beaucoup d’aisance la direction du vol. Les insectes - Jes plus rapides doivent les éviter difficilement, et leurs lèvres extensibles leur donnent toute facilité pour les " saisir et les empêcher de s'échapper. D’un autre côté, - leurs dents fortes et pointues leur permettent de percer - aisément même la carapace des grands coléoptères. La grande puissance de l’aile du Molosse de Cestoni est probablement la cause de sa vaste dispersion dans le - bassin de la Méditerranée et jusque dans l’Europe cen- … trale, bien qu'il soit rare dans toutes les localités où on l’a observé. L'espèce a été rencontrée depuis Madère . jusqu’en Chine, et depuis la Nubie jusque dans le nord de la Suisse : il existe même au Musée britannique, à Londres, un individu que l’on a présenté comme ayant été pris à l’île de Jersey, dans la Manche. Cette capture «accidentelle à une grande distance de sa véritable patrie n’a pas lieu de surprendre chez une espèce que ses ailes M puissantes mettent dans les mêmes conditions que beau- - coup d'oiseaux que nous voyons ainsi HASROETEE par des … coups de vent à des centaines et même à des milliers de … lieues. Le fœhn, ce vent chaud du sud-est qui souffle à | travers les vallées des Alpes, a très bien pu entrainer.ce M chiroptère jusque dans le nord de la Suisse. Nr présence du Molosse de Cestoni en Provence et sur je littoral méditerranéen de la France aurait beaucoup ù … moins lieu de nous surprendre. Il est singulier qu’on ne - l'y ait pas encore signalé, puisqu'il existe sur fout le reste . du pourtour de la Méditerranée. De nouvelles recherches | amèneront sans doute sa découverte, comme c'est déjà le M cas pour d’autres espèces que nous avons signalées précédemment.

Le *

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66 FAUNE ÉLÉMENTAIRE Pour compléter ce qui a rapport à l'histoire de cette curieuse espèce, je rappellerai qu’à l'époque tertiaire il a. existé en France des chiroptères probablement très. proches parents du Molosse de Cestoni. Plusieurs des os. fossiles trouvés à Saint-Gérand-le-Puy (Allier), et décrits” par M. Filhol, notamment l’humérus et le radius qu'il rapporte au Palæonycteris robustus (Pomel), concordent parfaitement, par leurs formes et leurs dimensions, avec. les os correspondants et si caractéristiques du Myctinomus Cestonii, seul molossien qui habite encore. de nos jours le sud de l'Europe.

Les mœurs de cette espèce ne nous sont connues que par ce qu'en dit M. Schneider, qui a pu garder quelque temps en captivité l'individu pris à Bâle, en 1870. C'est le 27 octobre 1870 que cet animal fut capturé. dans une chambre du deuxième étage d'une maison de cette ville, dont la fenêtre était restée ouverte pendant. la nuit : il dut y entrer pour chercher un abri contre le froid qui était assez vif. Il était en bon état et bien nourri | comme un animal vivant à l’état sauvage. Sa couleur remarquablement foncée frappa tout d'abord M. Schnei- 4 der : elle indique un animal habitant des montagnes et" lui fait supposer que l'espèce doit se trouver assez habi- M tuellement dans les Alpes ; les exemplaires des environs . de Florence n’ont pas ces teintes foncées, et ceux du sud 7 de l'Italie sont encore beaucoup plus clairs. Mais l'espèce. est rare partout, même dans les contrées mére | L'individu de Bâle était un mâle.

Au moment où on le prit, l'animal était si sauvage et M si farouche, qu'on ne pouvait le toucher sans qu'il mordit avec rage, et il chercha par tous les moyens à s'échapper.

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- Mis dans une cage à treillis de fil de fer assez serré, il réussit à passer au travers, bien que chaque maille parüût à peine assez large pour un animal deux ou trois fois plus petit. Pendant six jours il refusa obstinément toute espèce de nourriture. Au bout de ce temps, M. Schneider se décida à le faire manger de force, ce qu'il fit en lui fourrant des mouches dans la bouche et en lui mainte- - nant le museau fermé. Après quelques essais, il se décida à mâcher et s’habitua très bien, non seulement aux mouches, mais aux vers de farine, à la viande crue hachée, et il but aussi du lait. À partir de ce moment sa férocité tomba, et M. Schneider put le laisser libre d'aller et de venir dans son cabinet, la porte de la cage restant . ouverte. Il se laissait prendre et caresser et restait volontiers sur les genoux.

mn Le matin jusqu à dix heures, l'après-midi après trois Mheures, il était éveillé et en mouvement; dans l’inter- Mvalle, il dormait suspendu par les pieds.

Mn La voix de ce molosse est un scn clair, métallique, | semblable au grincement d'une grille, mais plus fort. Il É la faisait entendre chaque fois qu’il était en colère et | qu 11 voulait mordre ; plus tard, quand il fut apprivoisé, Lil ne criait plus que lorsqu'il voulait manger ou quand sa cage était fermée; dès qu'il était satisfait, 1l se taisait. — | L'ouie semble très sensible, car l'animal commençait à “crier dès qu'il entendait les pas de M. Schneider et avant “que celui-ci eut ouvert la porte, quand il entrait le matin “dans son cabinet de travail.

—…. Pour boire, il plongeait tout le museau dans le liquide, Met bien qu'il préférât le lait, il buvait aussi quelquefois de l’eau.

Il courait très facilement et très vite même sur les sur faces lisses, et en tenant toujours la tête dressée et la. queue recourbée sur le dos. Pour grimper, la queue sert d'appui, l'animal la tournant en dessous : dans le repos, la partie libre dépasse plus ou moins, suivant que la membrane interfémorale l'enveloppe tantôt jusqu'au tiers, tantôt jusqu’à la moitié. Dans le repos, les oreilles sont complètement rabattues en avant, mais dans lan course ou le vol elles se redressent, et alors on voit bien les yeux. — Le vol n’a pas semblé à M. Schneider aussi rapide ni aussi fort qu'on pourrait le croire d’après l’étendue des ailes, mais il est assez difficile d'en juger d’après un animal volant dans l’étroite enceinte d'une chambre . de quelques mètres de long.

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