‹ MammifèresChapitre 27 sur 86 · ORDRE II. — INSECTIVORES · texte numérisé non relu

ORDRE II. — INSECTIVORES

restres ou rarement nageurs, pourvus de quatre pattes à cinq doigts, plantigrades, claviculés, généralement de petite taille; à dents de trois sortes, hérissées de tubercules pointus comme celles des chauve-souris. — Ces animaux, par leurs formes générales, ressemblent à des souris et à des rats, mais ils ont plus de deux incisives à chaque mâchoire, et la tête généralement plus pointue que: les rongeurs, par suite de l'allongement du nez qui se

projette considérablement en avant des mâchoires, et

| donne à ces petits mammifères une physionomie carac-

téristique. — Les mamelles sont inguinales ou abdominales, et les organes génitaux sont, en général, peu visibles à l'extérieur en dehors de l’époque de la repro-

bu Auction. Ce sont des animaux nocturnes ou crépuscu-

laires, à moins qu'ils ne vivent sous terre, dans des couloirs où la lumière ne pénètre pas.

Les insectivores, comme leur nom l'indique, se nourrissent d'insectes, de vers et de petits mollusques qu'ils

Fig. 37. — Dents d'Insectivore. Fig. 38. — Insectivore, (Hérisson.) (Musaraigne.)

recherchent à la surface du sol comme les hérissons et «les musaraignes, dans le sein de la terre comme la taupe,

ou bien encore dans l’eau comme le desman et la musaraigne aquatique. Les mœurs sont, du reste, très varia-

bles suivant les genres et les espèces, ainsi qu’on peut - le prévoir d’après l’examen des formes extérieures et de

la dentition qui présente, suivant les familles, des diffé-

rences considérables. — La plupart des insectivores sont éminemment utiles à l’agriculture en raison de la des-

truction des insectes et des larves dont ils font leur nour-

ln riture.

Trois familles seulement représentent cet ordre en

France : ce sont celles des £rinacéidés, des Soricidés et des T'alpidés, qui donnent, pour notre pays, un total de

dix espèces d’insectivores.

Tableau des genres d’Insectivores de France

A. Corps couvert de piquants : 36 dents (Erinacéidés).. . . … . . . . . . . .,. Genre Hénisson (Erenaceus}) B. Corps couvert de poils ordinaires :

a, Taille petite ou très petite; les quatre pattes semblables et à peu près égales, grèles et disposées pour la marche (rarement pour la natation) et non palmées; dents au nombre de 28 à 32 (Soricidés, trois genres) :

a. Dents blanches au nombre de 28 ROUES ST . . . . Genre CROCIDURE (Crocidura). . b. Dents colorées à leur pointe :

db. Dents au nombre de 32; pieds et queue ordinaires, non ciliés. Genre MUSARAIGNE (Sorex). cc. Dents au nombre de 30; pieds et quene ciliés, propres à la natation. Genre CROSSOPE (Crossopus).

b. Taille moyenne, les deux paires de membres dissemblables, une des paires étant modifiée pour fouir ou pour nager; 44 dents (Talpidés : deux genres) :

c. Pattes postérieures palmées et propres à la natation; queue longue, écailleuse et comprimée en forme de rame, . . . . . . Genre DEsman (Mygale). d. Pattes antérieures élargies en ; forme de pelle et propres à fouir; les pattes postérieures ordinaires et propres à la marche; queue

courte: et poiluefnt.t.23% . . Genre Taupe (Talpa). «

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Genre Hérisson | (Erinaccus, L.).

M Caractères.— Corps couvert de piquants, queue très heourte. — Incisive médianes très longues, dirigées en avant, les supérieures cylindriques et séparées. Première M et seconde molaire supérieures à cinq tubercules, celui du milieu relié par une saillie de chaque côté à la base L des deux tubercules internes. |

lb Formule dentaire: 1. =; CG. 5; Pm.i3; M. 35 — } 36 dents. Une seule espèce.

Le Hérisson d'Europe

(Erinaccus europœus, L.).

4 Caractères. — Parties supérieures et latérales cou-

vertes de piquants d’un pouce de long (environ 25 milli- - mètres), à partir du dessus de la tête ; celle-ci et le ventre sont couverts de poils longs, grossiers, raides et cou- “chés, d'un brun foncé à leur base, plus clairs ou gris brun “à l'extrémité. Dans le mâle adulte, ils cachent les oreilles,

let sur le museau et la face, ils sont raides comme des soies.

-Moustaches rares; une raie noire plus ou moins marquée

| passe horizontalement sur l'œil. Chaque piquant est

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blanc dans sa moitié inférieure, présente ensuite un an-. neau noir ou brun qui s'étend jusqu'aux deux tiers, le tiers supérieur étant blanc. Le jeune a la région axillaire, Ê les côtés du cou et la face gris.

Longueur totale — 0*200 (environ) ; distance de l'œil. au nez = 0",033; avant-bras — 0",050; pied de devant = 0%,027 ; pied de derrière — 0", 040.

Habite toute la France et l'Europe. Se trouve dans les Alpes jusqu’à une hauteur de 2,000 mètres. — En Algérie,

Fig. 39. — Hérisson d'Europe.

notre espèce d'Europe est remplacée, suivant les localités, par trois autres espèces dont nous n'avons pas à nous occuper ici. | Le hérisson est connu de tout le monde, et son armure de piquants le caractérise trop bien, parmi tous les autres « animaux de notre pays, pour qu'il soit possible de le confondre avec aucun autre. Il passe tout le jour blotti entre les pierres, dans les broussailles ou dans le tronc d’un arbre creux; ilen sort, la nuit, pour chercher sa nourriture qui consiste en limaces, chenilles et insectes de toutes. sortes ; au besoin, il mange des racines, des fruits ou”

même des mulots et de petits oiseaux. Il marche lentement et court mal; aussi échappe-t-il difficilement par la fuite àses ennemis. Ses piquants sont d'ordinaire couchés sur le dos; mais s’il est inquiété ou poursuivi, il s'arrête et se roule en boule, en cachant sa tête et ses pattes sur le ventre, qu’il rentre de manière à prendre la forme d’une énorme châtaigne, hérissée partout de piquants. C’est là sa seule défense, et il restera des heures entières dans cette position, jusqu’à ce que son ennemi ait perdu patience, ou bien il se laissera écraser plutôt que de faire un seul mouvement qui démasque sa tête ou ses jambes.

Le hérisson est un animal très utile en raison du grand nombre de limaces, de chenilles et de taupes-grillons qu'il détruit pour sa nourriture ; il tue et mange même les serpents, comme Buckland et récemment Samie (de

. Bordeaux) l'ont constaté de wisu!. C'est, par conséquent,

un auxiliaire précieux dans un jardin ; mais, s'il court

mal, le hérisson grimpe fort bien. Il faut donc que les

murs du jardin soient très élevés, sans quoi l’animal vous

faussera compagnie avant d’être suffisamment habitué à

son nouveau séjour. Les paysans le tuent presque partout à coups de bêche quand ils le rencontrent, en vertu du préjugé qui leur fait considérer comme nuisibles, sans exception, tous les animaux sauvages qui vivent à proximité de leurs champs. Mais il n’y a guère que les bohémiens nomades qui leur fassent systématiquement la chasse pour les manger, à défaut d'autre gibier. De

(1) Léonard Samie. Lutte entre un Hérisson et une Vipère. — Extrait des Actes de la Société linnéenne de Bordeaux (1878).

l'avis de ceux qui en ont goûté, ce doit être un maigre régal. Mais le nombre des hérissons qui sont ainsi détruits, au grand détriment de l’agriculture, est considérable.

Les piquants du hérisson sont remarquablement élastiques, et la manière dont l'animal gonfle sa peau pour les redresser, contribue sans doute à en faire un organe tout spécial de protection. Il est très difficile d'assommer un hérisson à coups de pieds ou de bâtons quand il est roulé en boule, etl’animal ainsi rouléselaisse tomber d’une hauteur de 12 ou 15 pieds sans avoir aucun mal et sans paraître même étourdi. C’est même de cette facon expéditive qu'ils descendent de l’autre côté d’un mur à pic, une fois qu'ils sont parvenus au sommet. C'est également grâce à cette armure hérissée de pointes que le hérisson peut sortir vainqueur de sa lutte avec la vipère : le venin du serpent s’use rapidement contre les piquants insensibles qu'il rencontre à chaque attaque, et c’est la bouche en sang qu'il renonce à la lutte, et se laisse souvent manger encore vivant. D'après cela, on comprend sans peine la crainte légendaire que le hérisson inspire à tous les ophidiens.

Le sommeil hivernal du hérisson est aussi profond que celui de beaucoup de rongeurs cités comme types sous ce rapport; il n’en sort presque jamais volontairement. C’est dans les trous creusés naturellement à la base du trone de quelques vieux arbres qu'il se retire pour passer la mauvaise saison ; c'est là qu'on le trouve roulé dans un nid de mousse et de feuilles qui s’attachent facilement à ses épines, le tout formant une grosse boule compacte au centre de laquelle est l’animal que la rigueur du froid ne fait qu'engourdir davantage ; au printemps, on en

D TS SE à tes TT à re

DES MAMMIFÈRES DE FRANCE 73 v jit qui portent encore des feuilles attachées à leurs LS quants..

. Le nombre des petits est de trois à sept, et il est probable qu’il y a deux portées par an, car on trouve des femelles pleines en mai et en octobre'. C’est généralement en juin et en juillet que l’on rencontre des femelles suivies de leurs petits. Le jeune nait avec des piquants courts, soyeux et incolores, mais qui durcissent rapidement au contact de l’air. Il est capable de suivre la mère presqu'aussitôt après sa naissance ; à quatre semaines il a déjà plus de 15 centimètres de long, c’est-à-dire les trois quarts de la taille de la mère, avec des piquants presqu'aussi longs que les siens, et le développement est complet dans la même année.

FAMILLE DES SORICIDÉS

| Cette famille comprend aujourd hui trois genres que Ï l'on réunissait autrefois dans le seul genre musaraigne (Sores:). Elle renferme les plus petits mammifères connus, qui tous ont l'apparence de la souris (Mus musculus), mais avec une tête plus allongée, des oreilles plus : & irtes, un nez long et pointu, des dents et des mœurs très différentes de celles des rongeurs. Leurs incisives,

M: Ron , - | La gestation est d'environ un mois.

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fortes et proclives, rappellent cependant un peu celles de ces derniers, mais elles sont suivies de chaque côté d’autres dents plus petites à la place où l’on trouve un vide ou barre chez tous les rongeurs : la dentition est, dans son ensemble, excessivement carnassière et robuste. | |

Caractères de la famille. — Forme murinoïde : 12 dents « à la mâchoire inférieure, 14, 46, 18 ou 20 (suivant les M espèces), à la mâchoire supérieure. Incisives médianes « | très grandes et très fortes aux deux mâchoires : les inférieures dirigées en avant, dans le prolongement de la mandibule, tranchantes et quelquefois dentelées sur le bord supérieur ; les incisives supérieures, arquées en hamecçon, renforcées à leur base en arrière par un fort denticule qui est souvent aussi élevé ou plus élevé que la dent qui suit. — Six ou huit mamelles inguinales. M Quelquefois une glande odorante située sur les flancs, de chaque côté.

Ces petits animaux sont très voraces, très féroces et très courageux, eu égard à leur taille : leur nourriture | se compose essentiellement d'insectes, et surtout de | coléoptères et d'orthoptères, dont leurs robustes mâchoiresk et leurs dents pointues brisent facilement.la carapace ;« mais ils s’attaquent aussi aux grenouilles, aux mulots et aux campagnols, et ne respectent même pas les indi=« vidus de leur propre espèce : si l’on en enferme plusieurs ensemble, le plus gros ou le plus fort manque rare ment d’égorger et de manger le plus faible. La musa=« raigne aquatique (Crossopus fodiens) se nourrit de pois-« sons, d’écrevisses et de petits oiseaux, et s'attaque même aux carpes de la plus grande taille.

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Genre Crocidure

(Crocidura, Wagler).

» Sorexz, Duvernoy ; Leucodon, Fatio ; Musaraneus, Pomel.

Caractères. — Dents blanches : les deux grandes incisives médianes inférieures entières, non dentelées ; les deux supérieures en kameçon, ayant un talon pointu. Oreilles ovales bien développées, presque nues, dépassant sensiblement les poils. Queue plus courte que le corps, arrondie, plus épaisse à la base, parsemée de longs poils isolés dépassant les autres qui sont presque ras. Pieds - presque nus.

Musaraignes terrestres, méridionales en Europe, habitant généralement les lieux secs, quelquefois le voisinage des habitations, rarement le bord des eaux. — Trois | espèces se trouvent en France.

Ce genre se divise en deux sous-genrés suivant le “nombre des dents, qui est de 28 ou 30.

Tableau des espèces du genre Crocidure (Crocidura).

A, 28 dents. S.-G. Crocidura proprement dit. »

a. Queue plus courte que la moitié du

corps; teinte foncée du dessus nette-

ment séparée de la teinte claire du

dessous; longueur du corps sans la

queue — 0,070 à 0m,080. CROCIDURE LEUCODE (C. leucodon), b. Queue plus longue que la moitié du

corps ; teinte du dessus se fondant in-

sensiblement avec la teinte du des-

sous; longueur du corps — 0,060 à

Om,070 CROCIDURE ARANIVORE (C. araneus).

B. 30 dents. . S-G. Pachyura, Sélys.

c. Taille très petite; queue aussi longue

que le corps sans la tête; teinte foncée

du dessus se fondant insensiblement

avec celle du dessous ; longueur du Corps —0%,030 à 0m,040. CROCIDURE ÉTRUSQUE (C. etrusca). Il est bon de contrôler ces caractères extérieurs par ceux des dents que nous indiquerons à propos de chaque

espèce.

Sous-Genre Crocidura proprement dit

Formule dentaire : 1.:3,C0. =, Pm =,M= = 28 dents.

Les petites intermédiaires supérieures au nombre de trois.

La Crocidure aranivore

(Crocidura araneus, Schreber).

Synonymie. — Musaraigne de terre, Daubenton ; Musette, Buffon; Sorex musaraneus, Cuvier; Sorex russulus, Hermann, etc.

Caractères. — Queue plus longue que la moitié du corps, ayant près d'un centimètre de plus que chez l’espèce suivante, couverte de poils ras avec d’autres poils plus longs clairsemés. Oreilles bien développées, dépassant les poils, finement velues, cendrées à leur partie supérieure, blanchâtres inférieurement. — Pelage d'un grisbrun ou gris de souris en-dessus, plus ou moins lavé de

roux ; dessous gris, les deux couleurs se fondant insensi- «

blement l’une dans l’autre; pieds d’un gris plus au moins foncé ; doigts et bout du museau de couleur chair. — Les

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