‹ MammifèresChapitre 50 sur 86 · Même dent, var. Savii et incertus · texte numérisé non relu

Même dent, var. Savii et incertus

de — Le molaire inférieure droite d'A. subterraneus et Selysi. 12. — Même dent dans la var. Savii, d

svt

Nota. — L’A. amphibius, toujours bien distinct par sa grande 4 taille, ne figure par ici. |

Sous-Genre Evotomys, E. Coues.

(Hypudœus de Blasius; — Myodes de Sélys et Gerbe.) Campagnols murins de quelques auteurs.

Campagnols à forme de souris, à queue et oreilles bien développées, velues, et dont les molaires ont des racines chez l'adulte; huit mamelles. — Une seule … espèce.

Le Campagnol roussâtre

(Arvicola rutilus, Pallas.)

Synonymie. — Arvicola glareolus, Schreber (la variété | que l’on trouve en France) ; — A. pratensis, F. Cuv. (nec 4 Baillon); — À. fulvus, Desm.?, Millet, A. Gentil, Trutat; — À.rubidus, Baillon ; — A. rufescens, Sélys; — À. Na- 2 gere Schinz; — À. D ntals Fatio, etc. |

Caractères. — Dos d'un rouge vif, passant au gris sur les flancs; parties inférieures et pieds d’un blanc presque pur; queue d'un brun foncé dessus, blanche dessous (bicolore). — Molaires supérieures à deux racines chez l’adulte ; la troisième molaire supérieure présente six espaces et sept (ou huit) angles; la première molaire inférieure sept espaces et huit (ou neuf) angles. — Le pied de derrière a la plante garnie de six tubercules arrondis.

Longueur du corps avec la tête — 0, 090 à 0", 100 ; queue — 0", 050 à 0", 060 ; pied postér., 0" 018. — Les dimensions sont variables suivant les localités.

Cette espèceremarquable estrépandue suruneimmense étendue de pays ; on la trouve dans toute l’Europe froide et tempérée, dans le nord de l'Asie et dans l'Amérique du Nord. Sur les deux continents elle s'étend jusqu'aux régions circumpolaires, présentant, suivant le climat et les localités, des variations dans les teintes et dans la longueur du pelage, des oreilles, de la queue et même des pattes qui ont fait croire à l'existence d’un grand nombre d'espèces distinctes. M. Elliot Coues a démontré! par la comparaison directe de plusieurs centaines d’exemplaires provenant de tous les points de son habitat, que l'on passait par des transitions insensibles d’une variété à l’autre, et que les caractères assignés à ces prétendues espèces n'étaient même pas constants chez des individus pris à la même époque dans une même localité : sous l’influence du froid le poil s'allonge en même temps

1 Proceed. Academy Natural Sciences Philadelphia, 1874, p. 187 — Monograph of N.-Am. Rodentia, 1877, p. 131-136.

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que les oreilles, la queueet même les pattes se raccoursissent. — La variété cireumpolaire (A. rutilus), décrite par Pallas en 1778, sert de lien commun entre les variétés américaines (A. Gapperi, etc.), et les variétés. européennes qui leur correspondent sous la même latitude (A. glareolus, A. Nageri, etc).

Fig. 73. — Campagnol roussâtre (Arvicola rutilus, Var, glareolus, 1/4 de gr. nat.).

Les variétés qui se trouvent en France sont les suivantes : |

Variété a.) Arvicola glareolus (Schreber) ; le campagnol des sables, campagnol des grèves, campagnol. des prés ou Campagnolroussâtre habite toutela France. C’est à cette variété que se rapporte plus particulièrement La des-

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DES MAMMIFÈRES DE FRANCE et6t

cription que nous avons donnée plus haut. Ses formes plus élancées et plus élégantes que celles des autres campagnols, le roux doré de son dos et le blanc pur de ses parties intérieures, permettent de le distinguer facilement. — Le jeune a le pelage plus foncé que l'adulte.

Cette espèce à des mœurs et un régime plus variés, des habitudes plus vagabondes et moins fouisseuses que le campagnol commun (À. arvalis). Elle habite les prairies au bord des cours d'eau, les jardins, les haies et les taillis, ne se construit pas un terrier bien compliqué, et se contente le plus souvent d'un trou dans quelques amas d'herbe ou de paille, ou bien d’une crevasse au milieu des pierres et des rochers.

Le campagnol roussâtre se nourrit indifféremment de fruits et de racines qu'il préfère aux semences et aux grains ; il est friand de groseilles. Dans certains pays il nuit aux jeunes arbres, notamment aux . mélèzes; :ïl grimpe au tronc pour atteindre aux bourgeons, et pendant l'hiver, il s'attaque à l'écorce. Il ne dédaigne ni les insectes ni les vers, ni les cadavres et recherche les œufs et les jeunes oiseaux. M. Fatio l’a vu piller le nid du rougegorge, et Alston rapporte qu'un individu qu'il gardait en captivité dévora une musaraigne (Sorex vulgaris), enfermée avec lui dans la même cage.

Le nid de ce campagnol est placé dans quelquecavité, à la surface du sol, au milieu de touffes d'herbe épaisses Il est formé de foin et de mousse et quelquefois même tapissé de plumes. Les jeunes sont au nombre de quatre à huit, et il paraît y avoir trois ou quatre portées par an.

Dans les Pyrénées Orientales, ce campagnol habite les prairies au bord de la mer (Companyo). — Dans le Jura,

il se rencontre jusque sur le troisième plateau, près des tourbières, mais il y est rare, et généralement remplacé par la variété suivante (Ogérien). |

Var. 6.) Arvicola Nageri, Schinz (4. bicolor, Fatio). — Les teintes de pelage sont beaucoup plus tranchées que dans la variété précédente. Le roux marron du dos, le gris fauve des flancs et le blanc des parties inférieures ne sont pas fondus comme dans celle-ci, de sorte que, lorsqu'on regarde l'animal en dessus, le roux vif du dos paraît comme encadré par le gris roussâtre ; de là le nom de « bicolore » donné à ce campagnol par M. Fatio. — Il a généralement un centimètre de plus que la variété ordinaire.

Cette variété est propre aux régions montagneuses du Sud-Est de la France et des contrées voisines; dans les Alpes, on le trouve au St Gothard ; en Provence, dans le département des Basses-Alpes, notamment sur lesgrandes montagnes des environs de Barcelonnette. Dans le Jura, il est assez commun sur les rampes à broussailles des deuxième et troisième plateaux qu’il crible de ses galeries dans les expositions au soleil (Frère Ogérien).

On le trouve jusqu’à près de 2000 mètres au-dessus de

la mer, mais il habite aussi les vallées et les collines boisées au pied des montagnes. Ses mœurs sont celles de l'espèce. Les trous abandonnés par d'autres animaux, une crevasse profonde qu'il accommode à ses besoins, les tas de pierre, les génèvriers fourrés, les broussailles ou les herbes épaisses, toutlui est bon pour en faire sa retraite. En toute saison, il erre ça et là pour . chercher sa nourriture; même, par les plus grands froids il sort de son trou et vague sur la neige (Gerbe, d’après l'abbé Caire).

Sous-Genre Hemiotomys, Sélys.

(Paludicola, Blasius.)

Campagnols à formes moins élégantes que les précédenis, mais encore assez élancées. Oreilles du tiers de la longueur de la tête et dépassant sensiblemeut les poils. Queue de la longueur de la moitié du corps ; huit mamelles.

Deux espèces se trouvent en France.

Le Campagnol Rat d'eau

(Arvicola amphibius, Pallas)

Synonymie. — A. aquaticus, Brisson ; — À .Musignanti Sélys ; —destructor, Savi; — terrestris, L. ; — Schermans, Buffon ; — argentoratensis, Desm. ; — montcola, Sélys. —

Ces différents noms se rapportent à des variétés locales qu'il est impossible de séparer spécifiquement du type. Caractères. — Taille double, au moins, de celle de tous les autres campagnols de France, égalant celle du rat noir. Pelage d’un brun gris teinté de roux, plus clair en dessous, quelquefois presque noir; — cinq tubercules seulement à la plante des pieds de derrière. — La troisième molaire supérieure à cinq espaces dont deux incomplètement séparés, et six angles ; la première inférieure, sept espaces et neuf angles; la troisièmeinférieure, cinq espaces, dont quatre incomplètement séparés (deux

164 FAUNE ÉLÉMENTAIRE à deux), et six angles. — Le jeune à le pelage plus clair que l'adulte.

Longueur du corps avec la tête — 0", 170 ; queue — 0%, 080 à 0", 090 ; pied de derrière = 0", 030.

Le véritable rat d’eau se trouve dans toute la France; dans la zône méditerranéenne et dans les régions montagneuses, il est remplacé par deux variétés dont nous parlerons ci-après.

Le rat d'eau habite des terriers peu compliqués qu'il se creuse dans la berge des cours d’eau et les digues des

étangs, et qui consistent en un réduit unique tapissé de

matières molles, qu’une galerie oblique, ouverte à fleur d’eau, faitcommuniquer avec l'extérieur. IlInageet plonge aisément et ne quitte guère le bord deseaux. Il se nourrit de racineset d’herbages, recherchenotamment les bulbes de glaïeuls et d'iris, mange aussi le frai de poisson, les œufs et les jeunes oiseaux, lesgrenouilles et les insectes.

Ses dégâts sont donc assez considérables, bien que l’on mette sur son compte ceux que commet le surmulot (mus decumanus), que l’on trouve souvent dans les mêmes localités, et que ses habitudes aquatiques font confondre à tort avec lui sous le nom commun de rat d'eau. | | |

Il est cependant certain que le campagnol amphibie s'attaque à des poissons de certaine taille. On le voit souvent sortir de sa retraite et nager rapidement vers une pierre sous laquelle il espère pouvoir surpendre une loche ou un chabot; quand 1l y réussit, il emporte sa proie dans ses galeries pour la dévorer à l'aise. Les vairons etautres petits poissons paraissent bien connaître le rat d'eau, car, bien que celui-ci ne fasse aucun bruit

en nageant, on voit leurs bandes se disperser subitement à son approche et fuir au loin ouchercher un refuge sous les herbes aquatiques. -

La femelle à plusieurs portées par an, la première au mois d'avril, et chacune de cinq à six petits.

- Var. a.) Arvicola musignanii, Sélys (A. destructor, Savi). — De même taille que le type, cette variété en diffère par ses couleurs plus claires, tirant sur le fauve jaunâtre, et qui rappellent celles du surmulot. Elle a les mêmes mœurs qui le rat d'eau qu’elle représente dans

- le nord de l'Italie et le sud-est de la France, c’est-à-dire dans les Alpes maritimes, le Var et les Basses-Alpes.

Le docteur Blasius a surabondamment montré, par la comparaison de plus de quarante individus de toute provenance, l'impossiblité de séparer spécifiquement cette variété et la suivante (A. {errestris), du campagnol amphibie. La taille varie presque du simple au double (de douze à vingt-deux centimètres pourla longueur du corps sans la queue), mais on ne peut assigner ce caractère, ni aucun autre vraiment distinctif, auxindividus originaires d'une localité donnée‘. — Ces variétés sont donc fondées sur les mœurs, plutôt que sur des particularités d’organisation.

En Provence, ce campagnol a les habitudes du rat d'eau, maisses garennes sont beaucoup plus compliquées.

1 M. Lataste, qui a récemment étudié ces diverses variétés (Le Naturaliste, 1883, p. 246), est d'avis contraire et pense qu'il existe en France deux bonnes espèces : l’une est le véritable À. amphibius (qu'il nomme terrestris), et qui est identique aux À. ferrestris et monticola; l’autre est l’À. musignanii de Sélys. — En attendant que M. Lataste ait publié les caractères qui lui permettent de

distinguer sûrement ces deux espèces, nous les conservons ici à titre de simples races locales.

Il se nourrit des bulbes du nymphæa ét d’autres plantes aquatiques, et s'attaque aussi aux racines des arbres fruitiers. Il amasse dans son terrier des provisions considérables.

Var.b.) À. terrestris, L. (nec Bp.'), Schermans, Buffon ; A. monticola, Sélys. — Cette variété se distingue, en général, par sa taille moins forte, sa queue relativement plus courte et son pelage plus clair que celui du type et mêlé de jaunätre. On la trouve dans les montagnes, mais c'est à tort qu'on lui prête les habitudes exclusivement terrestres que son nom semble indiquer. — On l'a signalée dans -les Ardennes (De la Fontaine), le Jura (Ogérien), et les Pyrénées (Sélys). Dans ces trois régions, on la trouve concurremment avec le vrai rat d’eau (4. amphibius), mais non dans les mêmes localités : celui-ci en plaine, l’autre sur le flanc des montagnes.

Le campagnol terrestre s'éloigne souvent des eaux jusqu’à un kilomètre et plus; il habite les mêmes prairies que la taupe, rarement les champs et les jardins. Sa nourriture paraît exclusivement végétale et consiste en racines qu’il entasse dans le lieu le plus sec de son terrier, à quinze ou vingt centimètres sous terre : on y trouve jusqu’à dix litres de débris composés de racines de éreticum repens, de bulbes de colchique, de plantes entières du trèfle rampant, etc. Dans les jardins, 1l s'attaque aux fèves, aux pois, auxharicots, aux pommes de terre, mais dédaigne les carottes et les oignons. — Ses galeries, plus larges que celles de la taupe, ont d'ordinaire vingt mètres de long et sont souvent si près de la surface qu'on les

1 Le terrestris de Bonaparte est la variété précédente.

distingue facilement; leur profondeur excède rarement trois à six centimètres. Les buttes ou faupinières, formées par la terre que l’animal en retire, diffèrent de celles de la taupe par leurs deux ouvertures situées d'un même côté, au lieu de communiquer à l'extérieur par une ouverture unique et centrale. — Inhabile à fouir, comme, les autres espèces du genre, ce campagnol creuse avec ses dents dont l'empreinte se voit sur les parois, et c'est avec sa tête qu'il rejette la terre et déblaie ses galeries. Chaque individu a son terrier particulier, mais en mars, époque du rut, on rencontre souvent mâle et femelle dans le même terrier (De la Fontaine).

On s’en débarrasse à l’aide des pièges à rejet en usage pour la destruction de la taupe.

Quant aux habitudes prétendues exclusivement terrestres du Schermans, voici ce que M. de Sélys dit à ce sujet : « Il habite les prairies et les jardins prèsdes eaux. On a avancé à tort qu'il préfère les lieux secs; ses habitudes se rapprochent au contraire de celles de l’amphibius.. Aussi aquatique quecelui-ei, il va, même en plein jour, chercher dans l’eau les racines d’une espèce de céleri (4pium petroselinum) dont ilse nourrit. »

Le Campagnol des Neiges

(Arvicola nivalis, Martins.)

Synonymie. — À. alpinus, Wagner; — A. nivicola, Schinz ; — A. Lebrunii, Crespon ; — À. leucurus, Gerbe; — À. petrophilus, Wagner.

Caractères. — Oreille atteignant le tiers de la longueur

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de la tête, dépassant sensiblement les poils. Pieds de derrière à six tubercules arrondis. Pelage bicolore : dessus d'un brun-gris clair (quelquefois très clair), plus clair et jaunûâtre sur les flancs; queue unicolore plus ou moins

foncée (quelquefois entièrement blanche). — Les teintes

sont plus foncées chez les individus des sommets, mais elles pälissent rapidement sur les individus empaillés.

Le dessous est blanchâtre. — La troisième molaire supé-

rieure a six espaces et six angles; la première inférieure a huit espaces et neuf angles.

Longueur du corps avec la tête — 0,120; queue — 0%, 060 à 0", 070; pieds de rerrière — 0", 012.

Le campagnol des neiges est une espèce essentiellement montagnarde et qui s'élève sur les hauteurs jusqu’à quatre mille mètres audessus de la mer. Il habite tout le massif des Alpes et la chaine des Pyrénées, jusqu'à la limite des neiges perpétuelles, qui est la limite supérieure des végétaux nécessaires à sa nourriture; mais on le trouve aussi à une altitude bien moins élevée sur les côteaux du Languedoc et du Roussillon, dans le midi de la France, et notamment près de Barcelonette dans les Basses-Alpes. Son pelage change peu dans la saison froide et il ne s’engourdit pas, bien qu'il passe l'hiver sur ces hauteurs où on l’observe aussi actif à toutes les époques de l’année. C’est le seul rongeur et presque le seul mammifère qui vive à une aussi grande élévation : il est rare que la beletie ou l’hermine aille l'y suivre. — Gest en 1842, que M. Martins l'a découvert au sommet du Feulhorn, en Suisse.

Ii se creuse un terrier plus ou moins compliqué qui s'ouvre par un ou plusieurs trous circulaires; au fond

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d'une galerie droite on trouve un cul-de-sac évasé, garni de foin ou de débris de racines et de feuilles du Silene. acaulis coupées très-menu. Ce terrier, de 20 à 25 centimètres de long, est le plus souvent ramifié en un grand nombre de galeries irrégulières qui pénètrent entre les pierres et présentent plusieurs orifices éloignés les uns des autres. Jamais on n’y trouve de provisions.

Le campagnol des neiges se nourrit des feuilles et des

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Fig. 74. — Campagnol des Neiges (Arvicola nivalis, 1/4 gr. nat.).

racines des plantes alpestres : les fleurs de Geum et de Potentilla sont les parties de ces plantes qu'il préfère. Il mange les racines des Æanunculus alpestris et glacralis, malgré leur äâcreté extrême, et le poison contenu dans les feuilles de l'Aconitum napellus paraît sans action sur lui, car il en consomme des quantités considérables.

En captivité, on peut le nourrir de laitue, de chicorée,

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de pommes; il est surtout friand d'avoine et de miel qu'il ne peut se procurer dans sa patrie d'origine.

Ce campagnol remplace la souris dans les auberges des Alpes. Les touristes qui font des ascensions dans les montagnes ont eu souvent à se plaindre de ses déprédations. Dans les huttes abandonnées ou les creux de rocher qui servent ordinairement d'abri aux voyageurs à cette altitude, ce campagnol pullule au point de détruire en une seule nuit les provisions dont les touristes se muuissent en vue d'une ascension de plusieurs jours. C'est ainsi qu'on le rencontre aux environs de Chambéry, notamment aux Grands-Mulets, station à mi-route du sommet du Mont-Blanc, à la Reimina, à 4,000 mètres du niveau de la mer, et sur d’autres points de la chaine des Alpes. Dans les Pyrénées, on l'a trouvé au pic de la Maladetta.

La femelle a deux portées pendant l'été, de quatre à

six petits chacune : on trouve encore des jeunes à la fin.

de septembre.

Var. a.) Arvicola Lebruni, Grespon (leucurus, Gerbe). — Cette variété diffère du type parses teintes plus claires et sa queue presqu'entièrement blanche. Les oreilles sont noirâtres. Elle habite les collines basses de la Provence et du Roussibon, c'est-à-dire tout le versant de la Méditerranée, des Alpes-Maritimes et du Var jusqu'aux Hautes- Pyrénées. Du reste elle paraît s’accommoder aux altitudes et aux températures les plus variées, depuis les régions situées à quelques mètres seulement au-dessus de la mer et qui voient rarement la neige, jusqu'à une hauteur de 2,000 mètres et plus, sur des montagnes que la neige recouvre une grande partie de l’année.

Les mœurs de ce campagnol rappellent celles de VA. rubidus (glareolus) ; 11 mène une vie vagabonde, et ne se donne guère la peine de construire un terrier. Dans les Alpes, il fait sa demeure des granges et des chalets; dans le Var il habite les tas de pierres, les vieux murs qui soutiennent la terre des coteaux et les cabanons. On le trouve dans les lieux arides aussi bien que dans les plaines et les vallées fertiles, mais toujours près des murs qui servent de limites aux champs. Les trous nombreux qu'il trouve dans ces conditions le dispensent de se construire un terrier et facilitent ses habitudes errantes. Ses excursions journalières sont assez étendues comme le prouvent ses traces que l’on peut suivre sur la neige. Il est plutôt nocturne, et grimpe et saute avec autant de facilité que la souris.

Il vit isolé ou par couples, de sorte qu’il n’est commun nulle part. Les portées sont généra'ement de trois petits. Sur les coteaux arides du Var il ne trouve guère d'autre nourriture que de l'herbe et des racines de graminées. En captivité, i mange des carottes, du trèfle, de la luzerne, du sainfoin, des tiges d'artichaud, de préférence aux grains, aux glands, aux amandes, et il ne touche pas au pain. Ses déjections ont une odeur de muse des plus

-pénétrantes (Gerbe).

Sous-genre Arvicola proprement dit.

(Agricola et Arvicola de Blasius.)

Dans ce sous-genre, les oreilles n'ont que le tiers de la longueur de la tête, et dépassent peu les poils; la queue

n’a que le tiers de la longueur du corps. Les formes sont plus ramassées et moins élégantes, les habitudes plus souterraines que chez les précédents. Il y a huit mamelles. |

Une seule espèce se trouve en France, mais elle pré-. sente plusieurs variétés qui sont encore considérées par beaucoup d'auteurs comme de bonnes espèces. Les travaux récents de MM. Winge ! en Danemarck et Walter Elliot ? en Angleterre, ont montré combien il est difficile de distinguer, même d’après l'examen des dents, ces prétendues espèces. Il y a donc lieu de les réunir en une seule dont les formes et les proportions, du reste, varient à peine.

L’A. campestris d'Allemagne, distingué par Blasius, sert à relier l'A. agrestis du nord de l'Europe à l'A. arvalis de l’Europe moyenne, qui est l'espèce la plus commune en France.

Le Campañnol des champs

(Arvicola agrestis, L.)

S'ynonymie. — Arvicola arvalis, Pallas; — A. campestris, Blas; — A. Baillonti, Sélys ; — A. vulgaris, Desm. ; — À. cunicularius, Ray, etc.

Caractères spécifiques. — (Var. arvalis). Oreilles dépassant un peu le poil, velues; yeux assez gros et proéminents; queue un peu plus longue que le quart du corps,

| Vid. Medd. Natur. Kjoben., 181% p. 237.

2 Trans. Berwichs. Natur. Club, 1879, 8, p. 22.

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unicolore, jaunâtre. Pelage fauve teinté de gris, blanchâtre dessous, ainsi que les pieds. Une ligne d’un jaune plus pur sur les flancs. -— La plante du pied présente six tubercules. — La troisième molaire supérieure a six intervalles et sept angles; la première inférieure neuf intervalles et neuf angles; la troisième inférieure n'a quelquefois que cinq angles au lieu de six comme c’est le : ègle dans toutes les espèces.

Ces caractères sont ceux du campagnol commun (Var. arvalis), qui est répandu par toute la France, sauf la région méditerranéenne.

Longueur du corps et de la tête = 0,100 à 0",110 ; queue — 0",030 à 0,040 ; pied postérieur — 0*,020.

Cette espèce est ceile qui est devenue le plus tristement célèbre par sa multiplication et ses dégâts. Bien qu'on la trouve dans les Alpes jusqu’à 2,000 mètres, au Saint-Gothard (Schinz), elle se plaît surtout dans les plaines cultivées, et c'est à qu'elle exerce ses ravages. - Dès avant l’époque de la moisson les campagnols coupent le chaume du blé pour en faire tomber l’épi qu'ils empor. tent dans leur terrier. Cette nourriture venant à leur manquer, ils dévorent les racines des jeunes trèfles, puis se rejettent sur les champs de carotte : enfin aux approches de l'hiver, après avoir attaqué les semailles de froment, ils viennent se réfugier en grand nombre dans les meules de blé (Sélys).

Le terrier de cette espèce débouche à Ru par plusieurs ouvertures reliées les unes aux autres par des sentiers battus légèrement excavés. En hiver on en trouve jusque dans les granges, les écuries, les celliers et les caves des maisons habitées. Par les grands froids ils

creusent de longs couloirs dans la neige. Ce campagnol sort même en plein jour : il redoute moins la sécheresse et la chaleur que l'humidité; les années pluvieuses lui sont fatales. Pendant les grands froids il vit des provisions amassées dans son terrier, sans jamais tomber en léthargie, C’est un des plus sociables du genre : il forme

Fig. 75. — Campagnol des champs (Arvicola agrestis, 1/4 gr. nat.)

des colonies innombrables dont les terriers sont placés les uns à côté des autres dans la même prairie.

Le nid, au moins pendant la belle saison, n’est pas. placé sous terre, mais à la surface du sol, au milieu d’une épaisse touffe d'herbes, ou parmi les roseaux. Cette disposition a sans doute pour but de procurer aux petits plus d'air qu'ils n’en auraient dans le terrier. Ce nid, de forme

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sphérique, n’a qu’une seule ouverture à laquelle aboutissent plusieurs des coulées pratiquées dans les herbes : la paroi de ce nid est souvent aussi solide que celle du nid du muscardin ou durat nain.— Il y a six portées par an: la gestation n’est que de vingt jours, et chaque portée est de quatre à six, rarement sept petits, qui sont aptes à se reproduire dès l’âge de deux mois. On comprend, d’après cela, comment cette espèce peut pulluler avec une aussi grande rapidité, surtout quand les circonstances sont favorables. Lorsque le nid est menacé, la femelle emporte ses petits greffés à ses mamelles avec une tenacité toute instinctive, absolument comme chez les didelples privés de poches. — La disette, qui est souvent la suite naturelle de leur grande multiplication, force quelquefois les campagnols à accomplir des migrations dont l'histoire a gardé le souvenir.

Les ennemis des campagnols sont nombreux et contribuent à en réduire le nombre : putois, belettés, fouines, chats, hiboux et buses en dévorent des quantités considérables ; on a disséqué des buses qui avaient plus de trente campagnols dans l'estomac, et ce repas se renouvelle plusieurs fois par jour.

Var. a.) Arvicola agrestis, L. (Baïllonii, Sélys). — Un peu plus grand que le type, d’une .couleur plus foncée qui rappelle celle de l'amphibius, d'un brun plus clair sur les flancs, le dessous et les pieds d’un gris blanchâtre : cette couleur est assez nettement séparée de la teinte foncée du dessus; il n’y a pas de ligne rousse latérale; la queue bicolore est noirâtre dessus, blanchâtre dessous. — La deuxième molaire supérieure a cinq espaces et six angles.

Cette race septentrionale!, qui se retrouve plus au sud dans les montagnes, habite le nord de l'Europe et les îles Britanniques où elle remplace l’arvalis. En France, elle a été observée au nord de la Seine, dans les Vosges, les Alpes et dans les Pyrénées (Sélys). M. Baillon l’a trouvée en Picardie, dans le département de la Somme, M. Lataste dans la Gironde. |

Les mœurs sont celles de l'A. arvalis : il est aussi abondant que lui et commet les mêmes ravages. On ne l’a guère observé en France, mais dans le nord de l’Allemagne, en Angleterre et en Suisse, ce campagnol habite les prairies humides, et Blasius l’a même trouvé installé en compagnie de la musaraigne aquatique (Crossopus fodiens), dans le nid de la poule d’eau (Fulica atra). Il creuse des galeries très étendues et superficielles au milieu des racines de l'herbe des prairies. On le voit en mouvement en toute saison et à toute heure du jour, bien qu'il soit plus actif à la tombée de la nuit. En captivité il mange toute espèce d'herbes et de racines et montre un goût décidé pour les insectes ; poussé par la faim, il dévore même les cadavres de sa propre espèce. Son nid est arrondi, comme celui de l’arvalrs, fait de mousses et de feuilles, et placé parmi les racines des herbes, dans un creux, à la surface du sol.

1 Les lignes qui précédent étaient composées lorsque M. F. Lataste a publié son premier travail sur le genre Campagnol (Le Naturaliste, 1883, p. 323, 332, 347), auquel nous renverrons le lecteur. Pour M. Lataste, l'Arvicola agrestis est une bonne espèce bien distincte d'A. arvalis, même par ses caractères extérieurs. — Nous n'avons pas eu l’occasion d'examiner un assez grand nombre d'A. agrestis pour nous faire une opinion personnelle à ce sujet Nous avons dit celle de MM. Winge et Elliot.

Sous-genre Microtus, Sélys.

(Terricola, Fatio.)

Campagnols à formes ramassées et presque {alpoïdes, à oreilles très courtes, cachés par les poils, à queue plus courte que le tiers de la longueur du corps. Yeux petits. — Quatre mamelles. — Mœurs essentiellement souterraines.

Une seule espèce qui présente plusieurs variétés.

Le Campagnol souterrain

(Arvicola subterraneus, Sélys.)

Synonymie. — Arvicola œconomus (partim), Cuvier, Millet etc.; — pratensis, Baillon (nec F. Cuv.); — Selysii, Gerbe ; — Gerbei, De l'Isle ; — pyrenaicus, Sélys; — Savi, Sélys ; — incertus, Sélys, etc.

Caractères. — Plus petit que l'A. arvalis. Oreilles presque nues ne dépassant pas les poils ; queue bicolore. Couleur du pelage variable : d’un gris-noirâtre (dans le type), cendré en dessous avec les pieds cendré foncé ; — d’un brun-fauve plus ou moins teinté de roux dans les variétés Selysi, Gerbei, pyrenaicus et Savii. — Les très jeunes individus, dans toutes les variétés, sont d'un noir bleuâtre uniforme, avec la peau des oreilles blanches. — La première molaire inférieure a neuf espaces et onze angles dont les deux antérieurs (interne et externe), compris dans le lobe antérieur de la dent, sont peu saillants.

La troisième molaire supérieure est variable : elle a six. espaces et sept angles dans le type.

Longueur du corps et de la tête = 0", 090 à 0", 100 ; queue — 0", 030 ; pied postérieur := 0", 018.

Habite toute la France jusqu'aux Pyrénées, mais ne se trouve pas, paraît-il, dans le massif des Alpes (Fatio).

Ce campagnol a des habitudes beaucoup plus franchement souterraines que ceux dont nous avons parlé jusqu'ici. Les galeries qu'il creuse lui servent non seulement de retraite, mais encore d’abri pour aller à couvert, comme la taupe, à la recherche de sa nourriture : ces galeries sont à la profondeur voulue pour atteindre aux racines des plantes qu'il préfère, telles quecéleris, carottes, artichauts, dont il fait provision. Aussi habite-t-il de préférence les prairies humides et les jardins potagers au voisinage des eaux. Il sort de son terrier plus souvent que la taupe, mais sa démarche est alors hésitante et embarrassée.

On ne le trouve pas dans les sols sablonneux ou argileux qui ne lui fourniraient qu'une nourriture précaire, mais bien dans les champs cultivés, les potagers, les prairies naturelles ou artificielles. Il préfère les plaines basses aux côteaux : cependant la variété A. encertus (Sélys) s'élève sur le versant méridional des Basses-Alpes jusqu’à 2,000 mètres au-dessus de la mer, hauteur où l'on trouve de la neige une grande partie de l’année ; une autre variété (A. pyrenaicus) habite, dans les mêmes conditions, les Pyrénées.

Le campagnol souterrain creuse la terre avec une grande rapidité en s’aidant des quatre pieds et du museau qui lui sert à pousser la terre hors de ses galeries. Le

jistA dit 0, AM Lt LOS

DES MAMMIFÈRES DE FRANCE 179 mäle et la femelle s’aident souvent dans ce travail. Ils ne dévorent pas les racines sur place, mais les emportent

près de leur magasin.

Le terrier est très compliqué, formé de plusieurs longs boyaux entre-croisés, à cinq ou six centimètres dela surface

Fig. 76. — Campagnol souterrain. (Arvicola subterraneus), 1/4 grand. nat.

du sol ; quatre ou cinq galeries s’enfoncent jusqu’à un pied ou un pied et demi, et s'ouvrent dans deux cavités plus spacieuses : l’une sphérique, de huit à dix centimètres de diamètre, tapissée de feuilles de graminées, est la chambre de repos ; l’autre, voisine, de forme moins régulière, et quelquefois multiple, est le magasin. On y trouve

jusqu’à deux kilogr. de bulbes de liliacés (Gerbe), servant de réserves pour les saisons trop sèches des gelées ou des grandes chaleurs qui durcissentégalementle sol. Enfin, du fond de la loge de repos, part un boyau qui descend à dix ou quinze centimètres plus bas, et revient par une route plus ou moins tortueuse déboucher dans l’une des galeries superficielles ; c'est une voie ménagée pour la fuite.

Ce campagnol vit par couples : il y a six portées paran après une gestation de vingt jours ; il n’y a que quatre mamelles et par suite jamais plus de quatre petits, le plus souvent deux ou trois seulement. Le nid est sous terre : la femelle assistée du mâle creuse dans une des galeries horizontales, à six ou huit centimètres de profondeur, une loge semblable à la chambre de repos. Lorsque cette retraite est menacée, les petits se laissent emporter greffés par la bouche aux mamelles de la mère (Gerbe).

Var. a.) Arvicola Gerber, De l'Isle. — D'un ferrugineux obscur avec la face noirâtre ; abdomen ardoisé, queue bicolore, brune dessus, cendrée dessous. — Du bassin de la Loire. — C’est à cette variété que nous rapporterons, contrairement à l’avis de plusieurs'auteurs, l’A. æconomus de Millet, signalé en Maine-et-Loire dès l’année 1828. Millet le décrit en effet comme ayant la téte et les oreilles plus courtes, les poils plus longs et plus touffus et les yeux moins grands que le campagnol ordinaire, et nous avons constaté la présence de cette variété en Maine-et-Loire.

- Var. b.) A. Selysii, Gerbe. — D'un brun ferrugineux plus clair sur les flancs; dessous cendré roussâtre se fondant avec la couleur des flancs. Queue bicolore. — Cette variété, qui diffère fort peu de la précédente, a été obsersée dans les montagnes des Basses-Alpes, aux environs

de Barcelonette, et dans les prairies naturelles qui sont sur le revers septentrional de ces montagnes, à une hauteur qui varie entre {,500 et 2,000 mètres.

Var. ce.) A. pyrenaicus, Sélys. — D'un brun roux, plus clair et tirant au roussâtre sur les flancs et sur les pattes, qui sont moins cendrées que dans les variétés précédentes. — Du sud-ouest de la France et des Pyrénées où on l'a observé jusqu'à une grande hauteur dans les régions froides du Pic du Midi. — Cette variété, par le caractère de ses dents relie les variétés précédentes et Le type luimême à la variété suivante : en effet, d’après Blasius, elle aurait quatre angles internes à la troisième molaire supérieure, et trois seulement, d'après M. Gerbe. Cependant, les exemplaires décrits par chaçun de ces deux naturalistes proviennent tous également de M. de Sélys, créateur de l’espèce. Il est donc probable que ce caractère est variable. |

Var. d.) A. Savii, Sélys. — Dessus d'un gris roux, dessous blanchâtre, pieds blancs. — La troisième molaire supérieure est généralement plus courte que chez l'A. subterraneus ordinaire et ne présente que cinq espaces et six angles. Mais on trouve tous les intermédiaires, et l'A. pyrenaîcus en est un exemple. — M. Jeitteles a montré ! que tous les campagnols du sous-genre Microtus existant dans l’Europe moyenne ne formaient qu’une seule espèce (A. subterraneus). — La variété Savir se trouve dans le + nord de l'Italie, et probablement aussi dans le sud-est de la France : en Provence, elle est représentée par la suivante, qui en diffère très peu.

l Verhandl. Zool. Bot. Ges. in Wien, 1875, 25, p. 555.

Var. e.) incertus, Sélys. — Taille et couleurs de certaines variétés de l’arvalis, c’est-à-dire d’un gris-brun clair mêlé de cendré à la tête et de fauve jaunâtre sur les flancs. Dessous blanchâtre lavé de jaune. Un masque brun noirâtre sur la face. — Dents comme dans la variété Saw.

Cette variété est assez commune dans tout le sud et l’est de la France : en Provence, en Languedoc, dans le Roussillon et dans le Dauphiné. Elle remonte jusque dans le Jura. On la trouve jusqu’à une altitude de 2,000. mètres dans les Basses-Alpes.

FAMILLE DES LÉPORIDES

(Duplcidentés.)

Genre Lièvre

Lepus, de.

Caractères. — Incisives supérieures au nombre de quatre, les latérales plus

petites que les médianes; molaires nombreuses ; membres allongés, surtout en arrière, propres à la course :

cinq doigts aux pieds de de- Fig. T1. Crâne de lapin (Lepus vant, quatre seulement aux cuniculus), 1/2 gr. nat.

pieds de derrière ; corps allongé, museau arrondi, oreilles longues ; queue courte, relevée, rudimentaire et velue.

DES MAMMIFÈRES DE FRANCE 183 Formule dentaire : I. + ; G. < ; Pm. =; M. =; = :6 — 98 dents.

Les animaux de cette famille, tous de taille moyenne ou grande pour l’ordre auquel ils appartiennent, se rapprochent des ongulés par plusieurs caractères, notamment par leurs formes élancées, le nombre de leurs dents, et leur régime exclusivement végétal. — Tous sont très - agiles à la course et leurs pattes postérieures encore plus - longues que les pattes antérieures, leur permettent de faire des bonds et des sauts considérables.

Ce genre est représenté en France par trois espèces que - l'on peut répartir en deux sous-genres, plus distincts par les mœurs que par l’organisation.

Tableau des espèces du genre Lièvre (Lepus).

A. Pointe de l'oreille noire; pattes postérieures très longues (S.-G. Lepus); deux espèces :

a. Queue bicolore, noire dessus, blanche dessous: presque aussi longue que la tête; oreille plus longue que la tête :

longueur du cerps = 0 m, 510; tête = 0 m, 402; oreille = 0 m,125; queue —

DO ET 0. 20 LE LIÈVRE COMMUN (Lepus timidus). b. Queue unicolore, blanche, ou avec quelques poils d’un gris brun clairsemés en-dessus, ayant à peu près la moitié de la longueur de la tête; oreille plus courte que la tête : longueur du corps — 0 m, 480; tête — 0 m, 095; oreille = 0 m, 080; queue —

0 m,045 . . . . . . LE LIÈVRE CHANGEANT (Lepus variabilis). B. Pointe de l'oreille d'un gris brun; pattes postérieures à peine plus longues que les antérieures (S.-G. Oryctolaqus);une espèce :

c. Queue bicolore, noire dessus, blanche dessous, ayant les trois quarts de la longueur de la tête; oreille plus courte que la tête : longueur du corps — 0 m, 380; tête — 0 m, 080; oreille — 0 m, 075; queue — 0 m, 063.

LE LIÈVRE LAPIN (Lepus cuniculus).

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184 | FAUNE ÉLÉMENTAIRE j

Les lièvres proprement dit vivent solitaires, ne se creusent pas de terriers; leurs petits sont déjà velus et ont les yeux ouverts en naissant; — les lapins, au contraire, vivent en société et se creusent des terriers ; leurs petits naissent nus et les yeux fermés.

Sous-Genre Lepus, proprement dit

Le Lièvre commun

(Lepus limidus, L.) ,

Synonymie. — Lepus vulgaris, L.; — L. europœus, Pallas ; — Z. campicola, Schimper; — Z. mediterraneus, Wagner; — L: meridionalis, Gené (ces derniers noms désignent diverses variétés locales).

Caractéres. — D'un gris fauve varié de brun en dessus, blanc dessous; oreilles grises à pointe noire; queue noire en dessus sur la ligne médiane, bla che dessous et sur les côtés; pieds gris fauve avec la pante rousse. La couleur ne change pas en hiver. |

Longueur du corps avec la tête = 0 *, 510; queue — 0 ®, 095; pied de derrière = 0 *, 135.

Habite les plaines de toute la France où il est plus ou moins commun selon les localités : dans les montagnes, il est remplacé par l'espèce suivante (Z. variabilis).

Le lièvre présente des variétés locales qui ont été considérées comme des espèces par Schimper (de Strasbourg) : ces variétés sont les suivantes :

(a) Le èvre de l'Europe moyenne ou celui du nord de la France ÉL timidus des auteurs; L. campicola,

DES MAMMIFÈRES DE FRANCE 185 Schimper), à pelage plus long et plus épais, à longues oreilles bien couvertes de poils,avecuneteinte blanchâtre

. sur la cuisse, et tout le pelage plus ou moins mélangé de

blanc en hiver.

b.) Le lièvre du sud de la France, ou du pourtour de la Méditerranée (ZL. mediterraneus, Wagner ; L. méridionalis, Gené), à pelage plus court et moins serré, à oreilles plus minces, et dont le roux est la teinte dominante en toute saison. :

Mais il est difficile d'isoler ces variétés, car on trouve tous les intermédiaires et la taille est également très variable suivant les individus et les localités.

Le lièvre habite les champs et la lisière des bois : il se gite dans une excavation légère à la surface du sol, dans un sillon, sous un buisson ou au pied d'un arbre, sans jamais creuser de terrier : il dort le jour et cherche sa nourriture au crépuscule. Il mange de l'herbe, desracinés, des feuilles de végétaux potagers, choux et autres crucifères, au besoin l'écorce des arbres. Il a plusieurs gites habituels et passe de l’un à l’autre quand il est poursuivi, en suivant toujours les mêmes sentiers battus, que chasseurs et braconniers savent reconnaître à des indices certains, L’ouïe du lièvre est meilleure que sa vue, car le moindre bruit inquiétant le fait fuir. Sa course est rapide, et commeses jambes de derrière sont plus longues que celles de devant, cette course est une suite de bonds rapides qui ressemblent à la marche d'un animal bipède, il s'arrête pour écouter en se reposant sur son train de derrière, lesoreilles relevées, ou bien il se dresse sur ses

pattes postérieures en inspectant les environs. Sa voix,.

qu'il ne fait entendre que lorsqu'il est pris ou

os a D on pate rmr nt 4 : ya D SPA Pat nee UC —

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blessé, .est forte et à presque les inflexions de la voix humaine.

La femelle ou Aase n'a pas de saison bien marquée :

pour produire, la superfétation étant possible dans cette espèce : 1l en résulte que les petits naissent de janvier en juin en des portées successives. La gestation est de trente jours : il y a de un à quatre levraults chaque fois, qui naissent déjà couverts de poils et les yeux ouverts, ne sont allaités que pendant trois semaines et se séparent bientôt de leur mère : dès la fin de l'été, ils sont en état de se reproduire.

Le Lièvre changeant

(Lepus variabilis, Pallas.)

Synonymie. — Lepus albus, Brisson ; — Lepus alpinus, Pennant.

Caractères. — Plus petit que le lièvre commun, les oreilles beaucoup plus courtes : en élé, gris-fauve ou fauve avec le bout des oreilles noir et la queue blanche avec quelques poils gris clairsemés; — en hiver, entièrement blanc, sauf le bout des oreilles qui reste noir. — Moins haut sur patte que l'espèce précédente.

Longueur du corps avec la tète — 0", 480; queue = 0%, 045 ; pieds de derrière — 0", 125.

Habite les Alpes et les Pyrénées.

D’après Schinper, les lièvres de ces deux chaines de montagnes appartiennent à deux variétés distinctes : celui des Pyrénéesressemblerait davantage au Z. varia-

bilis de Russie ; — au contraire, celui des Alpes formerait

une variété différente pour laquelle il réserve le nom de L. alpinus.

Cette espèce a les mœurs du lièvre commun qu'elle remplace dans les montagnes : on la trouve depuis 1,000 mètres jusqu à 3,500 mètres au-dessus du niveau de la mer, c'est-à-dire à la limite de la végétation, mais elle

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