‹ MammifèresChapitre 53 sur 86 · SR · texte numérisé non relu

SR

Cette carnassière, que nous avons déjà vue chez les In-

sectivores, ne manque jamais : 1l yen a toujours une paire à chaque mâchoire ; au contraire, lenombre des molaires

tuberculeuses est variable suivantles genres et les petites

prémolaires sont également variables, souvent caduques, et peuvent même manquer complètement à la mâchoire inférieure, comme on le voit chez les chats (Felrs). Contrairement à ce qui a lieu pour les canines, la carnassière est croisée en arrière et non en avant par sa similaire inférieure. Le nombre variable des dents qui

SF

Fig. 81. — Dents du chien, a, b, c, incisives; d, canines; ei, 7, molaires; À, carnassière; 7, à, tuberculeuses.

précèdent ou qui suivent fait que sa position est ellemême variable — en apparence du moins, — suivant les genres. À la màchoire inférieure du chat elle est la dernière ou troisième; chez les chiens, elle est l’antépénultiène ou cinquième ; chez le putois, elle est l’avantdernière ou quatrième. — Supérieurement, elle est la troisième ou avant-dernière chez le chat, la quatrième, chez les chiens et la troisième chez le putois. | La taille des Carnivores est généralement moyenne et leurs formes assez variées : leur force est très grande, eu égard à leur taille, et les rend très redoutables par les armes que leur fournissent leurs griffes et leurs dents.

La plupart se nourrisent de chairs et chassent des proies vivantes ; quelques-uns cependant, comme lesourset les blaireaux, sontomnivores et mangentindifféremment des matières végétales ou animales. — Les petits naissent faibles, couverts de poils, mais les yeux fermés et ont besoin d'être nourris plus ou moins longtemps par les parents, qui ne construisent qu'un lit grossier pour les recevoir.

La plupart des Carnivores sauvages sont nuisibles à l'homme directement ou par les dégâts qu’ils causent en s’attaquant aux animaux domestiques ; quelques-uns cependant contribuent à restreindre le nombre des petits Rongeurs (mulots et campagnols), auxquels ils font régu-. lièrement la chasse ; mais cette utilité compense difficilement le tort qu'ils font ailleurs, et comme leur fourrure est d’un bon prix, on leur fait partout une guerre à outrance.

Les Carnivores de France appartiennent aux familles des Ursidés Muslelidés, Viverridés, Félidés, et Canidés, et : comprennent en tout treize espèces vivant à l'état sauvage dans notre pays.

Tableau des genres de Carnivores de France,

A. Pied plantigrade ou semi-plantigrade, à 5 doigts en avant comme en arrière :

a. Queue plus longue que la tête, cachée par les poils; pied franchement plantigrade; 42 dents : deux molaires tuberculeuses à chaque mâchoire et de chaque côté, derrière la carnas- ÉRN ETENRRR e ns E.s GG: Otis (Deus

b. Queue plus courte que la tête, toujours bien visible, moins de 40 dents, une seule tuberculeuse derrière chaquè carnassière ; pied semi-nlantigrade (Mustelidés) :

724 FTEREE 194 FAUNE ÉLÉMENTAIRE FR aa. Pieds allongés et nus en dessous; queue à peine plus longue que la :

tête;.58 dents JESUS TOUTES G. BLAIREAU (Meles), bb. Pieds courts, velue en dessous et | non palmés : :

a. 38 dents . 4 tuberculeuses supérieures de chaque côté; queue ayant à peu près la longueur de la moitié du corps . . . . . G. MaRTE (Marles). b. 34 dents : 3 tuberculeuses supé- | rieures de chaque côté; queue plus courte que la moitié du COPDS 4e eye Ven 1 IN . G. Purois (Mustela).

cc. Pieds courts et palmés, nus en dessous, tête aplatie : 36 dents. . . . . . G. LouTRE (Lutra). B. Pied franchement digitigrade, n’appuyant su, le sol que par l'extrémité des doigts :

dd. Cinq doitgs à tous les pieds; tête allongée, museau pointu, ongles à demi rétractiles; queue aussi longue quele corps; 40 dents (Viverridés) . . G GENETTE (Genetla). ce. Quatre doigts aux pieds de derrière; queue longue ou médiocre :

c. Têteronde à museau court; ongles | rétractiles; 30 dents (Felidés) . . , . G. Car (Felis). d. Tête longue à museau allongé; ongles non rétractiles; 42 dents (Canidés) 540, 074 6 0 ce IN CRC:

FAMILLE DES URSIDÉS

Genre Gurs

(Ursus, L.)

Caractères. — Pieds épais à cinq doigts devant et. derrière, plantigrades, c’est-à-dire appuyant la plante sur le sol en marchant jusqu’au carpe en avant, jusqu'au talon en arrière, ongles forts et recourbés; queue courte -

-\ og y st ‘

presqu'entièrement cachée par les poils; corps lourd et

trapu; tête grosse, museau allongé, oreilles moyennes.

Formule dentaire : I. + ; G. = ; Pm. +; Carn. =; Mol. 5 =-2-— 42 dents.

Une ou plusieurs des prémolaires sont caduques de très bonne heure chez l'adulte, et laissent un vide à leur place; les carnassières sont petites et de forme très différente aux deux mâchoires : les tuberculeuses ou arrière-molaires sont grandes, subarrondies ou presque carrées, à tubercules peu saillants.

Le régime est omnivore.

Une seule espèce représente ce genre en France.

L’Ours d'Europe

(Ursns arctos, L).

Synonymie. — Ursus pyrenaïcus, F. Cuv.

Caractères. — Pelage épais et grossier variant de gris jaunâtre au brun plus oumoins foncé. Dans les Pyrénées, il est plus petit et d'un gris-fauve ({/. pyrenuicus), et manque du collier blanc que l'ours brun des Alpes porte dans son jeune âge.

La femelle est plus petite que le mâle.

Longueur du corps avec la tête — 1%, 50 environ ; queue == 0", 090 (sans les poils).

Habite les Alpes et les Pyrénées.

L'ours ne s'écarte guère des régions boisées et les plus sauvages de ces deux chaînes de montagnes où les cavernes et les troncs des grands chênes et des hêtres creusés par la vieillesse lui servent de retraite. Il se nourrit d'ordinaire de bourgeons, de fruits, de champi-

gnons, de racines, de feuilles, de jeunes pousses de tremble, et ravage même, à l’occasion, les champs de blé et les vignes. Il est très friand de miel et fouille même les fourmilières pour dévorer les œufs et les larves qu'elles renferment. En vieillissant, il devientplus carnivore, et prend peu à peu l'habitude de faire la chasse aux animaux qui lui procurent d'un seul coup une nourriture plus substantielle que les châtaignes, les glands ou les

Fig. 82. — Ours d'Eurcpe (Ursus arctos), 1/20 gr. nat.

fruits pulpeux. C’est alors qu'il prend l'habitude de rôder nuit et jour, effrayant le gibier, et qu'il se rapproche des lieux habités et des pâturages pourenleverun mouton, puis un veau. Bientôt, enhardi par le succès, ou poussé par la faim, il ne craint pas de s'adresser aux bœufs et aux chevaux, qu'il cherche à surprendre par derrière ou à précipiter du haut des rochers. Dans les Alpes, on a vu

l'ours brun pénétrer jusque dans les étables par une brêche du toit, égorger une vache et malgré le poids de l'animal l'enlever par le même chemin, et le trainer à une grande distance pour le dévorer plus à l'aise. Lorsqu'il est attaqué, et surtout s’il est blessé, l'ours devient terrible et les chasseurs, s'ils ne sont en nombre, parviennent rarement à l’abattre sans courir les plus grands dangers. A l’approche de l'hiver, l'ours est très gras ; il se construit une sorte de lit abrité par des branches et garni de. -feuilles et de mousse grossièrement entassées dans une caverne ou dans quelquetaillis épais, etil y passe les grands . froids, couché en rond, et presque sans manger, vivant - de sa propre graisse. Son sommeil cependant n’a rien de l'engourdissement léthargique de la marmotte ; il est - souvent interrompu et ne dure ni des mois, ni même des . semaines. La difficulté de se procurer sa nourriture pendant l'hiver est probablement la seule cause de son jeûne et de son inaction ; c’est alors en effetqu'il descend quelquefois dans les vallées et se rapproche des villages pour y chercher une proie qui lui manque sur les hauteurs. La femelle, du reste, met bas de janvieren mars, c'està-dire en plein hiver, et à l'approche de ce moment, elle est très éveillée. Il est probable que l’accouplement se fait pendant l'été précédent, de juin en octobre, et que la gestation dure six mois. Il y a généralement deux petits qui naissent aveugles, peu couverts de poils et de la | grosseur d’un rat ; ils têtent près de six mois, et à quatre - mois, ils ont déjà la grosseur d’un chien. La mère leur apporte alors des morceaux de chair qu’elle dépèce devant eux et leur partage. Dès l'annéesuivanteils sont enétat de

sereproduire, mais les jeunes femelles n’ont généralement … qu'un petit à leur première portée. |

FAMILLE DES MUSTÉLIDÉS

Genre Blaireau

(Meles, Brisson)

Caractères. — Corps allongé à membres courts ; pieds . allongés, nus en dessous ce quiindique que les membres. postérieurs posent la plante jusqu’au talon sur le sol : la marche est semi-plantigrade ; doigts complètement libres « armés d'ongles longs faiblement arqués ; tête longue, . oreilles moyennes ; queue à peine un peu plus longue que la tête. |

Formule dentaire : 1. <; CG. =; Pm. 5; Cam. = — + — 38 dents. | ;

Les premières prémolaires sont petites et facilement caduques, de sorte que le nombre des dents chez l'adulte estsouvent réduit à trente-quatre ; cette premiére prémo= laire, quand elle existe estrudimentaire et accolée à la. canine ; la carnassière supérieure est relativement petite et la tuberculeuse qui suit est au contraire très grande ; la. tuberculeuse inférieure est beaucoup plus petite que la carnassière qui est allongée et munie d’un talon large et. tuberculeux en arrière de ses trois pointes antérieures. — Régime omnivore. |

Une seule espèce.

Le Blairenau commun

(Meles taæns, Schreber.)

Synonyÿmie. — Ursus meles, L.; — Taxus vulgarts, Tiedem.; — Meles europœus, Desm.

Caractères. — Pelage long, grossier et raide d’un gris brun en dessus, les poils étant annelés de ces deux couleurs, noir en dessous ; tête blanche avec une bande

Fig. 83. — Blaireau commun (Meles taxus), 1/12 gr. nat.

noite de chaque côté; queue brunâtre velue et terminée par de longs poils ; une glande odorante à sa base en dessous. Museau prolongé en forme de groin.

Longueur du corps avec la tête — 0", 700 ; queue — 0%, 180.

Habite toute la France.

Le blaireau vit généralement solitaire ou par couples dans les bois où ilse creuse des terriers profonds à galeries obliques ettortueuses entre les racines des arbres Paresseux et inhabile à la course, il ne sort guère qu’à la nuit pour chercher sa nourriture qui consiste en fruits, racines et miel dont il estaussifriandque l'ours, en petits

mammifères, levrauts et campagnols qu'il déterre en fouillant la terre, en œufs et en jeunes oiseaux. Quand il est poursuivi, il se renverse sur le dos et fait tête aux chiens qui redoutent ses ongles et ses dents robustes, et, : qui ont peu de prise sur sa fourrure rudeet épaisse. Pour le détruire, on va le chercher dans son terrier que l’on enfume ou que l'on découvre à coups de pioches.

En hiver, il sort peu de sa retraite, bien qu’il ne s’engourdisse pas, car on ne voit jamais de ses traces sur la neige. Il s’'apparie en novembre et c’est en février que la femelle met bas de trois à cinq petits aveugles quelle | allaite quelque temps, et auxquels elle apporte bientôt | des aliments qu'elle va chercher au dehors. A la fin de la belle saison, les jeunes ont la taille des parents et sont en état desuffire à eux-mêmes.

La chair du blaireau est mangeable et son poil sert à faire des tapis grossiers ou des garnitures de harnais.

Genre Marte

Martes, Ray. (Mustela, L.)

Caractères. — Corps allongé, souple et vermiforme ; tête longue, à museau pointu ; oreilles moyennes, arrondies; queue longue et touffue; pattes courtes, à pied arrondi, velu en dessous, ne reposant sur le sol que par les doigts ; ceux-ci libres, ou réunis seulement à la base et munis d'ongles pointus et recourbés, mais non rétractiles. Langue douce.

Formule dentaire : I. : G. =: Pm, :%, Comes M. :: = 5 -.38 dents.

Me SN :j |

de DES MAMMIFÈRES DE FRANCE 201

£ Les carnassières sont grandes et fortes et la tuberculeuse supérieure est élargie transversalement, beaucoup plus grosse que l'inférieure. Régime moins omnivore que les précédents. |

Deux espèces se trouvent en France.

Tableau des espèces du genre Marte (Marles).

a. Gorge et devant du cou blancs; la 3e prémolaire supérieure convexe sur son bord externe; la tuberculeuse échancrée sur ce même bord. . . . . . . LA MARTE DES PINS. (Martes abietum). b. Gorge et devant du cou jaunes; la 8e pré- | molaire supérieure concave sur son bord externe; la tuberculeuse convexe et arrondie sur ce même bord. . . . LA MARTE FOUINE. (Martes foina).

La taille des deux espèces est la même, à peu de choses près.

La Miarte fouine (Martes foina, Gmelin) S'ynonymie. — Mustela martes, var. quiture albo, L.;

— Martes fagorum, Ray.

Caractères. — Pelage d'un gris brun, plus clair en ae.

KR — Ne

Ces EU OS D — ©

Fig. 83 bis. La Marte fouine, martes foina,

sous avec la poitrine d’un blanc pur; le dos, les pattes

PT ER AR POITE Ed - re re EE

262 = FAUNE ÉLÉMENTAIRE et la queue sont d'un brun plus foncé que le reste; le bord interne des oreilles est blanchâätre. — Les poils sont de deux sortes : les plus longs, brillants, clairs à la base, plus foncés à l'extrémité, cachent la bourre qui est soyeuse, courte, abondante et d'un gris jaunâtre.

Longueur de la tête et du corps — 0",430; queue — 0,230. Fe

Cette espèce est commune dans toute la France; elle manque dans le nord de l'Europe où on ne trouve que la véritable marte. |

La fouine habite la lisière des bois, mais elle se rapproche volontiers des habitations où elle peut commettre ses rapines et s’y réfugie même pendant l'hiver. Elle s'y loge dans les greniers à foin, les tas de fagots, les trous de mur; en été, dans les arbres creux. Elle est nocturne et a des habitudes excessivement sanguinaires : elle fait la chasse aux oiseaux et aux petits mammifères, sans dédaigner les œufs, le miel et même les fruits, comme les pommes, dont elle mange volontiers, car on la prend avec des pièges amorcés au moyen de cet appät. Quand elle pénètre dans une basse-cour ou un colombier, elle en tue

tous les habitants pour sucer le sang, et n'en emporte qu'un pelit nombre pour sa nourriture ou celle de ses petits.

Son corps allongé et flexible donne à tous ses mouvements une grande légèreté : elle bondit plutôt qu’elle ne marche, s’introduit par les plus petits trous et escalade même les parois verticales des murs de clôture. On peut la dresser, en captivité, à chasser les rats et les souris.

La reproduction commence vers la fin de février, trois semaines plus tard que celle de la marte. Les mâles se

NN ET TT PURE Le LS lunes de ST CE 20e

battent alors en poussant des miaulements et des grognements que l'on entend souvent sur le toit des fermes. En avril ou en mai, la femelle met bas de trois à cinq petits, dans un nid qu’elle garnit de mousse, quand il est placé dans un trou d'arbre, dans un tas de fagots, ou bien tout simplement dans un grenier sur un lit de foin.

La fourrure de la fouine, que nos paysans désignent souvent sous le nom de « marte », est moins fine et moins chaude, et se paye environ un tiers moins cher que celle de la véritable marte.

La Marte des pins

(Martes abietum, Ray.)

Synonymie. — Mustela martes, L. — Martes vulgaris, Griffith.

Caractères. — Pelage d’un beau brun marron foncé avec la poitrine jaune. — La bourre est d’un gris jaunâtre, comme chez l'espèce précédente, et la distribution des couleurs est la même, mais le poil est plus fin, plus abondant, plus moelleux d’une teinte plus foncé, et plus uniforme. 4

Longueur de la tête et du corps — 0",445; queue —- 0®,230.

La marte habite la plupart des départements de la France où l’on trouve de grandes forêts, et surtout des forêts de pins, mais elle est rare partout, et plus rare encore au sud qu’au nord.

D'un naturel beaucoup plus sauvage que la fouine, la marte ne quitte jamais les forêts pour se rapprocher, comme celle-ci, des lieux habités. Elle loge dans les creux

d'arbres, s'emparant du nid abandonné d’un écureuil ou d’un pic vert. Elle fait la chasse aux écureuils, aux loirs, aux petits oiseaux qu’elle poursuit sur les branches pendant la nuit, les surprenant pendant leur sommeil, et dont elle dévore les œufs ; elle mange aussi du miel et des fruits. Son agilité sur les arbres est extrême et

Fig. 8h; — Marte des pins (Martes abietum), 1/5 gr. nat.

l’écureuil lui échappe rarement. A terre, sa course ordinaire ressemble à celle de la fouine, mais souvent aussi elle affecte une allure différente, une marche plus régulière, qui laisse sur la neige une piste assez semblable à celle du lièvre, et qu'un chasseur expérimenté distinguera toujours de celle de la fouine (De la Fontaine). — Les mœurs sont du reste très semblables à celle-ci.

+ Cu

On la chasse à l’aide de trappes, ou bien en hiver, en suivant sa piste sur la neige et la forçant à se réfugier sur un arbre que l’on bloque, et dont on frappe le tronc à coups redoublés ; elle ne tarde pas alors à se montrer à portée du fusil du chasseur.

L'accouplement a lieu en janvier ou février. Neuf semaines après, en avril ou mai, la femelle met bas de trois à cinq jeunes, dans le nid qu'elle s’est choisi dans quelque trou d'arbre et qu'elle à garni de mousse et de feuilles. Les petits n'ouvrent les yeux qu'au bout de quatorze jours. Six à huit semaines après leur naissance, ils commencent à suivre leur mère sur les branches les plus voisines du nid. — On peut les élever quand on les prend jeunes, et, de même que la fouine, ils deviennent assez familiers et peuvent remplacer les chats dans les habitations.

La fourrure de la véritable marte vaut environ vingt francs, tandis que celle de la fouine ne vaut que douze à quinze francs au plus. Aussi, la marte est-elle beaucoup plus recherchée que celle-ci, et c'est ce qui a pu contribuer à la rendre si rare dans notre pays.

On trouve des martes qui, avec tous les autres caractères de l'espèce, ont la gorge blanche comme la fouine. M. Godron signale cette variété dans sa Faune de Lorraine comme se trouvant aux environs de Nancy. Malgré l'épcque un peu différente de la reproduction (un mois plus tôt chez la marte), il n’est pas impossible qu’il existe des hybrides entre ces deux espèces d’ailleurs si semblables.

Genre Putois, ou Belette (Mustela, L.)

(Pulorius, des Auteurs; Fœlorius, Keys. et Blas.)

Caractères. — Corps allongé et vermiforme; tête et queue plus courtes que chezles martes; pieds courts, velus en-dessous, ne portant sur le sol que par les doigts qui sont réunis par une courte membrane plus développée dans une espèce (Mustela lutreola); oreilles courtes ou moyennes. Dents moins nombreuses que chez les martes, au nombre de trente-quatre seulement. Langue rude comme celle des chats. |

re res “+; QG =; Pm. 25; Carn. ==; M. = = +5 — 34 dents.

Cette dentition indique un régime plus franchement carnivore que celui des martes.

Du reste, ce genre ne diffère en réalité du précédent que par les dents qui présentent une paire de prémolaires de moins à chaque mâchoire ; les machoires elles-mêmes étant plus courtes et proportionnellement plus fortes. — Ce sont les petits carnivores les plus communs de notre pays, les belettes et les putois, qui ont les mêmes mœurs que les martes, mais sont plus exclusivement carnassiers, malgré leur petite taille.

Les quatre espèces que ce genre compte en France peuvent se répartir en trois sous-genres : les belettes (Mustela proprement dit), les putois (Fætorius), et les visons (Vison); ces derniers diffèrent surtout pi les mœurs qui sont aquatiques.

Tableau des espèces du genre Belette ou Puatois (Mustela).

A. Pelage clair en dessus, blanc sous le ventre (S.-G, Mustela).

a Queue entièrement fauve, de

la couleur du dos : longueur

du corps — 0m,170 queue —

Om, 038, . LA BELETTE COMMUNE (Mustela vulgaris). b. Queue noire à l'extrémité; lon-

gueur du corps — 0", 230;

queue = 0m, 088. LA BELETTE HERMINE ones à, + + «+ + (Mustela hérmineg), B. Pelage foncé, dessus et dessous :

c. Face tachetée de blanc ou de

jaunâtre (S.-G. Fœtorius), une

espèce ; longueur du corps —

Om, 3S0; queue — 0m, 150, Le

ÉPDTOI COMMUNE AE 7, 2. (Mustela putorius).

d. Face brune avec une tache

blanche au menton : membrane

interdigitale assez développée,

surtout aux pieds de derrière

(S.-G. Vison), une espèce; lon-

gueur du corps — 0m, 355;

queue — 0m, 130. Le PuToIs visOn (Mustella lutr2ola).

Sous-Genre Belette (Mustela proprement dit)

(Gale, des auteurs).

La Belette commune

(Mustela vulgaris, Brisson.)

Synonymie. — Viverra vulgaris, Shaw ; — Mustela gale, Pallas ; — M. nivalis, L.; — Fœtorius vulgaris, Keys. et Blas. ; — P, minutus, Pomel.

Caractères. — Corps allongé, vermiforme, membres courts, pieds velus en dessous; tête conique, museau court, avec de fortes moustaches ; oreilles de la longueur du tiers de la tête. Pelage ras, roussâtre en dessus, blanc

208 FAUNE ÉLÉMENTAIRE en dessous, queue entièrement fauve ou roussâtre, de la couleur du dos.

La couleur ne change pas en hiver, dans notre pays, et l'extrémité de la queue n’est jamais noire.

Longueur de la tête et du corps = 0%, 170; queue = 0®, 038; pied postérieur = 0", (22.

Cette espèce, la plus petite de tous les carnivores d'Europe, est commune par toute la France. — La taille est assez variable, et le mâle plus grand que la femelle.

La belette se plait dans les endroits habités ; elle fré-

Fig. 85. — Relette commune (Mustela vulgaris), 1/3 grand. nat.

quente les champs, les vergers, les haies des chemins où elle fait la chasse aux campagnols et aux petits oiseaux; en hiver, elle se réfugie dans les granges et les greniers où elle poursuit les souris, les mulots et les rats suuvent jusque daus leurs trous. Elle attaque aussi les moineaux, les cailles, les perdreaux et même les jeunes lièvres et les jeunes lapins ; dans les fermes, elle s'adresse aux pigeons et surtout à leurs œufs qu’elle suce en les À perçant habilement avec ses dents. Si elle penètre dans . le poulailler, elle égorge les poulets et emporte même les. plus jeunes.

La belette chasse surtout la nuit; cependant il n’est. pas rare d’en voir pendant le jour. Elle est d’un naturel -

Le

farouche et colérique et se bat souvent avec ses semblables. Sa course est légère et n’est qu’une suite de sauts ou de bonds rapides. Elle grimpe avec beaucoup d’agilité, et tous ses sens sont développés de manière à en faire un animal admirablement doué dans sa petite taille, et qui ne craint pas de se mesurer avec un adversaire d’une taille bien supérieure.

La reproduction commence en mars. A la fin de mai, la femelle met bas quatre à six petits aveugles qu'elle élève jusqu'à l’arrière-saison. Elle fait son nid dans un grenier ou dans le trou d'un arbre creux.

L'homme détruit la belette partout où il la trouve : on peut se demander cependant siles quelques dégâts qu’elle commet ne sont pas compensés par la chasse incessante qu'elle fait aux souris, aux mulots et aux campagnols.

La Belette hermine

(Mustela herminea, L.)

Synonymie. — Mustela candida, Ray; — Fœtorius herminea, Keys. et Blas.

Le Roselet ou belette & queue noire en one d'été : l'hermine en pelage d'hiver.

Caractères. — Semblable à la belette par ses formes, mais plus grande et à queue plus longue : oreilles ayant près de moitié de la longueur de la tête. Pelage d'été: brun fauve ou roussâtre en dessus, blanchâtre en dessous : pelage d'hiver : entièrement blanc, sauf le bout de

la queue qui est nor en toute saison.

Longueur de la tête et du corps — 0",030 : queue sans les poils = 0%,088; pied postérieur = 0*,040.

La taille est très variable comme chez la belette : le mâle est aussi un peu plus grand que la femelle.

Habite la plus grande partie de la France : plus commune dans le nord, elle est très rare, à l’ouest, dans les Pyrénées, et, à l’est, ne se rencontre guère au sud de l'Ardèche : on ne l’a pas encore rencontrée en Provence, ni sur le littoral méditerranéen, mais elle se trouve dans toute la chaîne des Alpes.

L'hermine a les mœurs de la belette, mais elle vit dans

Fig. 86.— Belette hermine. (Mustela herminea), pelage d'hiver (1/4 grand. nat.)

les forêts aussi bien qu'en plaine et affectionne le bord des eaux : elle habite les tas de pierres, les arbres creux, … mais s’aventure aussi dans les champs, les prairies et les granges des habitations rurales. Elle fait la chasse aux. oiseaux et aux petits mammifères et détruit surtout une grande quantité de mulots et de campagnols. Courageuse et vorace, et presqu aussi grande, dans le nord, que le

putois, elle ne craint pas de poursuivre les plus gros rats jusque dans leur terrier. Elle ne chasse guère que la nuit, si ce n’est quand elle a des petits : il n’est pas rare alors de la rencontrer pendant le jour.

L'accouplement a lieu en mars. A la fin de mai, la femelle met bas de cinq à huit petits qui n'ouvrent les yeux que le neuvième jour et restent avec la mère jusqu'à l'automne. Lorsque celle-ci est inquiétée, elle emporte ses petits dans sa bouche et se jette même à la nage sans lâcher sor précieux fardeau.

La fourrure d'hiver de l’hermine est très recherchée, comme on sait, surtout dans les pays du nord où elle est d'un plus beau blanc que celles que l’on trouve ordinairement en France. — Les individus variés de fauve et de blanc que l’on voit dans les musées sont dans la livrée de passage du pelage d'hiver à celui d'été.

Sous-genre Putois (Fœtorius, Keys. et Blas.).

Le Putois commun

(Mustelu putorius, L.)

Caractères. — Corps moins allongé que celui des belettes : membres trapus; museau court, garni de fortes moustaches : oreilles ayant le tiers de la longueur de la tête. Pelage long, brun dessus, noirâtre dessous et sur les membres; queue noire; les flancs jaunâtres ; la face tachetée de blanc ou de jaunâtre au museau, au-dessus des yeux et au bord des oreilles.

Longueur de la tête et du corps = 0",380; queue = 0®,150; pied postérieur = 0",060.

Habite toute la France, où il est assez commun dans toutes les régions.

Le putois, comme la belette, s'installe dans le voisinage des endroits habités, se loge dans les arbres creux, les tas de pierre, et pendant l'hiver dans les granges, les greniers et même les caves. ‘Il chasse la nuit, et cherche à surprendre sa proie par ruse et pendant son sommeil. Lorsqu'il s’introduit dans un poulailler, il commence par tout égorger : puis il emporte une seule de ses victimes dans sa retraite. Il attaque les oiseaux qui font leur nid à terre, perdrix, cailles et alouettes et dévaste leur nid pour sucer les œufs. Il aime aussi le miel et ravage

Fig. 87. — Putois commun.

souvent les ruches pendant l'hiver. Enfin il détruit quantité de campagnols, de mulots et de rats, mais s'attaque aussi aux lapins et aux lièvres, qu'il atteint à la course quand il n’a pu les surprendre à l'affût. |

L'accouplement a lieu à la fin de l'hiver : la gestation est d'environ deux mois, et vers la fin d'avril ou le commencement de mai, la femelle met bas de 3 à

8 petits aveugles, qu’elle habitue de bonne heure à aimer le sang et à sucer les œufs.

ne }

La fourrure a beaucoup moins de valeur que celle de la fouine : cependant on la paie encore de 5 à 6 francs.

Le Furet (Mustela furo, L.) Le furet, que l’on élève en domesticité, ressemble

beaucoup au putois, dont il semble une fariété albine, avec ses yeux rouges et son pelage d'un blanc jaunûâtre ;

Fig. 88. — Furet domestique (1/5 gr. nat.)

sa taille est à peu près la même, et sa conformation en diffère fort peu.

On ignore son origine : on a dit qu'il descendait d’une espèce différente de putois originaire d'Afrique : mais

on ne trouve d'animal de ce sous-genre, ni en Afrique, . ni même en Espagne, à l’état sauvage. Il est donc plus naturel de le considérer comme une variété de notre putois, ou d’une espèce asiatique, qui aurait été domestiquée à une époque très reculée et dont on n’a pas gardé le souvenir.—Il s’accouple du reste facilement avec le putois, et les métis sontintermédiaires entre les deux races.

On s’en sert pour chasser le lapin de garenne (Zepus cuniculus), qu'il va poursuivre dans son terrier et quil force à en sortir; le gibier tombe alors facilement entre les mains du chasseur. — On nourrit le furet de pain, de lait et de son.

Sous-genre Vison, Gray.

(Lutreola des auteurs.)

Ce sous-genre renferme des putois aquatiques, à pieds plus largement palmés que les précédents, et qui ont les mœurs de la loutre. |

Le Putois vison (Mustela lutreola, L.)

Synonymie. — Mustela vison, Brisson ; — Lutra minor, Erxleben ; — Fœtorius lutreola, Keys. et Blas.; — « Putorius alpinus (L.)? », Ogérien. — Vulgairement le M minck, le vison du Poitou, la petite loutre, ou le norek (norz des Allemands); probablement le « putois des Alpes » du frère Ogérien.

Caractères. — Corps plus allongé que celui du putois, membres courts; pieds velus, pourvus entre les doigts M d'une membrane assez développée ; de fortes moustaches; … oreilles très petites presque cachées par les poils. —

DES MAMMIFÈRES DE FRANCE 215 Pelage épais, plus égal que celui du putois, d'un brun foncé, plus ou moins roussâtre, un peu plus clair sous le ventre, les membres et l'extrémité de la queue noirâtres : le bord de la lèvre supérieure et le menton blanchâtres. Longueur du corps = 0", 355; queue — 0", 130; pied postérieur — Om, 052.

Habite en France une zone étroite qui s'étend du Jura

Fig. 89. — Tête de vison Fig. 90. — Patte postérieure , (1/3 grand. nat.) de vison

jusqu'aux environs de Nantes en allant de l’est à l’ouest, ou, d'une facon plus générale, la vallée de la Loire. On ne le trouve ni au nord ni au sud de cette zône. C'est une espèce orientale qui se trouve en Sibérie, en Russie, en Pologne et qui est déjà rare en Allemagne : on ne la trouve ni en Alsace, ni en Belgique, ni dans le Luxembourg ni même dans les Alpes suisses. Elle diffère très peu, quoiqu'on en ait dit, du vison d'Amérique, qui est probablement spécifiquement identique. ; L'existence de cette espèce dans notre pays a été longtemps méconnue par les naturalistes les plus compétents, bien qu’elle ait été indiquée par Lesson, dès 1840, dans le Poitou et la Saintonge. Gervais, en particulier, a çoujours prétendu (1854-1859), que le vison du Poitou

n'était que le putois. — M. Pucherau, en 1861, montra que cette curieuse espèce est bien réellement francaise. On a constaté sa présence dans les départementssuivants: Ille-et-Vilaine, Orne, Loire-Inférieure (Pucheran et A. de l'Isle), Sarthe (A. Gentil), Maine-et-Loire (Mrllet), Vienne et Deux-Sèvres (ZLesson), Eure-et-Loir (0. des Murs, Loir-et-Cher (Marchand), Yonne (P. Bert), et je suppose que le putois des Alpes (Putorius alpinus), indiqué par

Fig. 91. — Putois vison (Mustela lutréola), 1/8 degr. nat.

le frère Ogérien dans le Jura, doit également se rapporter, d'après sa description, à cette intéressante espèce. Les individus de cette dernière localité permettent de rattacher la petite colonie du bassin de la Loire aux visons dispersés dans le centre de l'Allemagne.

Partout où elle existe en France, l'espèce est plus ou mMuins rare. |

Les mœurs du minck ou vison tiennent à la fois de celles du putois et de celles de la loutre. Il vit près des rivières, des ruisseaux et des marais, se tenant pendant le jour sur quelque vieille souche de saule qui lui sert de retraite, et d’où il guette les poissons, les grenouilles,

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les écrevisses et les rats d’eau dont il se nourrit. Il se creuse une sorte de terrier peu compliqué entre les racines des arbres qui baignent dans la rivière, et quand il est poursuivi, il se jette à l'eau. Au lieu de nager à la manière d'un chien, comme le putois, en frappant alternativement l’eau de ses pattes, il s'élance par secousses successives et avec une grande rapidité; il plonge, et ne reparait plus qu’à une grande distance. A terre, du reste, sa piste ressemble absolument à celle du putois, sa courte palmure ne laissant pas de trace sur le sol. C’est en hiver, quand l’eau est gelée à la surface, qu’on le rencontre sur la glace, ou près des chutes d’eau, à la recherche de sa nourriture.

Quand il s’est établi au voisinage de quelque moulin, il visite souvent, pendant la nuit, le poulailler et y commet les mêmes dégâts que le putois. Son cri, quand il est pris, ressemble à celui des chouettes : c’est un sifflement prolongé qui se change bientôt, si on l’agace davantage, en une sorte de jappement, vivement répété, comparable à celui d'un petit chien. |

La femelle met bas, au printemps, dans son terrier, ou dans le trou d’un arbre, de 4 à 5 petits qui n’ont pas encore quitté le nid à la fin de juillet. C’est tout ce que l’on sait de sa reproduction.

La fourrure du vison est plus belle et plus recherchée que celle du putois, aussi bien en été qu’en hiver.

Genre Loutre (Lutra, Brisson.)

Caractères. — Corps allongé, membres courts et forts;

pieds entièrement palmés jusqu'aux ongles et nus en

dessous; queue conique et aplatie; tête courte et plate;

oreilles arrondies presque cachées par les poils et suscep-

tibles d’être fermées par un repli de la peau; museau large et obtus. | |

Formule dentaire : 14; C. =; Pm. ;:+; Carn= Mol. 525 — 5 — 36 dents.

La dernière molaire supérieure est grande, tranversale, à peu près carrée et tuberculeuse ; la carnassièrequiprécède est moyenne et ressemble à celle des blaireaux, et ces deux dents, à la mâchoire inférieure, rappellent encore mieux la disposition de celles de ce dernier genre, ainsi que celle des dents des martes.

Le régime est ichthyophage d'habitude, mais omnivore au besoin, et l’on peut dire que la loutre représente le type aquatique des martes, de même que le vison représente celui des putois.

Une seule espèce se trouve en France.

La Loutre vulgaire

(Lutra vulgaris, Erxleben.)

Synonymie. — Mustela lutra, L.

Caractères. — Pelage d'un brun roussâtre en dessus, blanchâtre ou grisâtre en dessous. — Les jeunes sont tantôt plus gris, tantôt plus bruns que les adultes.

Longueur du corps avec la tête — 0",700; queue 0%,350 ; pied post. — 0,110.

Habite toute la France, mais n’est commune nulle part.

La loutre, organisée pour une vie essentiellement » aquatique, ne s'éloigne guère du bord des rivières ou des

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étangs. Elle marche mal, en raison de la brièveté de ses pattes, mais elle nage et plonge avec aisance et déploie dans l’eau une grande agilité. Pendant le jour elle se cache dans un trou creusé par elle, ou sous les racines déchaussées de quelque vieux saule dans la berge des cours d’eau; la nuit, elle se livre à la pêche. Elle guette les poissons et les saisit avec une grande adresse, les em-

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