‹ Mammifères fossiles de TarijaChapitre 1 sur 61 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

La ville de Tarija est située dans le Sud de la Bolivie, à 60 kilomètres environ de la frontière argentine, par 21°30 de latitude S. et 66°31 de longitude W., à une altitude de 1,770 mètres. Elle occupe le centre d'une petite région depuis longtemps célèbre par sa richesse en ossements d'animaux fossiles. L'éloignement de tout port d'embarquement, les difficultés matérielles et financières que présente le transport, à dos de mulet, dans une région fort accidentée, de pièces à la fois très lourdes et très fragiles, rendent les richesses scientifiques de Tarija peu accessibles aux musées européens. Aussi devons-nous être reconnaissants à la Mission G. de Créqui-Montfort et E. Sénéchal de la Grange d'avoir dirigé son activité vers ce gisement, et d'avoir réussi d'abord à acquérir, puis à transporter en France, pour l'offrir au Muséum , la superbe collection qui fait l'objet de ce mémoire et qui contient des restes de plusieurs centaines de Mastodontes, d'une centaine de Chevaux où animaux voisins, d'un nombre au moins égal de Lamas, sans compter les Edentés, les Rongeurs et les Carnassiers.

On ne trouvera pas dans le présent mémoire, consacré à l'étude de celte belle série, la description de types d'organisation nouveaux, d'animaux totalement inconnus des naturalistes, car les fossiles de Tarija, nous allons le voir, ont été depuis longtemps lobjet des recherches de nombreux naturalistes parmi lesquels il en est d'illustres. J'espère cependant que ce travail présentera un intérêt d'un autre genre.

L'exploration des deux Amériques ne cesse de livrer, depuis un

demi-siècle, des richesses paléontologiques qui ont permis de retrou-

. . ‘1 . “He . , ver ou d'esquisser l'histoire généalogique d'un grand nombre de

vI INTRODUCTION.

Marmmifères : Chevaux, Lamas, nombreux Carnassiers et certains Édentés. Nous avons appris, par la géologie et la paléontologie, que la faune fossile de Tarija vivait peu après que l'isthme de Panama fut exondé et que les deux continents américains, longtemps séparés, furent réunis. On a pu distinguer, dans cette faune, deux groupes d'animaux : les uns, autochtones, tels que les Edentés, sont les descendants des anciens Mammifères qui ont peuplé la Patasonie pendant l'ère tertiaire; les autres, tels que les Chevaux et les Lamas, sont des immigrés venus de l'Amérique du Nord. Nous devrons chercher à analyser de plus près ces phénomènes, à pénétrer le détail de ces transformations et de ces migrations à propos de chacun des animaux qui composent la faune de Tarija. Ces animaux sont d'ailleurs assez récents; ils différent assez peu, dans l'ensemble, des types actuels pour que nous puissions en interpréter correctement les caractères, lenter quelques hypothèses sur leur genre de vie, sur les causes physiologiques de leur évolution.

La richesse de cette collection en ossements des mêmes espèces nous permettra, mieux qu'il n'est possible généralement en paléontologie, de distinguer et d'étudier les variations des formes, les unes dues à l'âge, les autres correspondant à des différences individuelles. C'est ainsi qu'on peut trouver les exemples de passage d'une espèce à une autre, et si, le plus souvent, nous ne savons pas déterminer Îa cause de ces variations, nous pouvons tout au moins réduire ainsi le nombre des noms de genres et d'espèces dont certains naturalistes, travaillant d’après des documents trop incomplets, ont encombré la science au point de la rendre inaccessible aux esprits curieux, mais non initiés, et pénible même pour ses adeptes érudits.

Dans ces études analytiques, aussi bien que dans nos tentatives de synthèse, nous serons souvent arrêtés par l'insuffisance ou l'imperfection des matériaux d'étude. Nous sentirons alors combien, d'une part, les paléontologistes doivent s'efforcer d'obtenir des squelettes enliers el ne pas se contenter de l'étude de fragments, et

ET EULT

INTRODUCTION. vil

combien, d'autre part, ils ont sans cesse besoin de comparer les fossiles à des séries ostéologiques d'animaux actuels plus nombreuses encore que celles dont disposent nos musées, si riches soient-ils.

Nos conclusions seront donc très imparfaites. Nous pouvons toutefois regarder avec confiance l'avenir, en constatant le résultat prodigieux des efforts tentés dans le monde entier, depuis l'époque de Cuvier, pour faire connaître les anciens habitants de la Terre, et en voyant avec quel zèle certains amis de la science sont sans cesse prêts à favoriser ses progres.

Non seulement M. le Marquis de Créqui-Montfort a eu la générosité de faire don de sa collection de Tarija au Muséum d'Histoire Naturelle, mais encore il a bien voulu fournir au Professeur de Paléontologie de cet établissement l'aide nécessaire à la réalisation du présent ouvrage. Qu'il veuille bien trouver ici l'expression de notre vive reconnaissance.

MARCGELLIN BOULE,

A l'époque où la collection de Tarija fut remise au Muséum, Armand Thevenin était Assistant de la chaire de Paléontologie. Je le chargeai, en cette qualité, de surveiller les travaux de dégagement et de préparation. Je voulus ensuite l’associer à l'étude même de ces beaux matériaux. Il se mit à l’œuvre avec l’ardeur qu'il apportait à tous les travaux scientifiques. Malheureusement la mort l'a surpris avant que cette étude füt terminée. Mais il est juste que le nom de mon regretté collaborateur figure aujourd’hui, en tête de cet ouvrage, à côté du mien.

UE

Page 1