‹ Mammifères fossiles de TarijaChapitre 26 sur 61 · FE · texte numérisé non relu

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SOLIPÉDES ET ÉQUIDÉS. 149

moignant, chez les premiers, d’une spécialisation plus avancée. Le fé6mur et l'humérus diffèrent assez peu, sauf par la taille, dans les divers Équidés : Equus caballus, E. Stenonis, E. andium, Hippidium, Onohippidium et même Hipparion, qui se distinguent au contraire nettement par la longueur et la forme de l'avant-bras, de la jambe et surtout des métacarpiens et métatarsiens. Ce sont les segments distaux des membres qui se modifient le plus promptement et le plus profondément pour s'adapter aux diverses conditions, à une progression plus ou moins rapide sur un sol plus ou moins résistant. Quelles que soient la rapidité de la course ou la nature du sol, le fémur ou l'humérus se déplacent peu chez les Ongulés, ettoujours de la même manière chez les animaux d’une même famille ou d'un même ordre. On conçoit qu'ils varient peu.

Les descriptions précédentes et les tableaux ci-après (tabl. IX et XIV) montrent que les humérus et les fémurs des Solipèdes de Tarija étaient assez courts, leurs articulations proximale et distale, volumineuses.

Le deuxième segment des membres, radius ou tibia, était à peu près de même longueur absolue chez l'Hippidium que chez l'Equus Preewalski actuel, mais il était beaucoup plus massif et les tableaux de mesures (X et XV) mettent en évidence combien le groupe formé par les Chevaux de Tarija et du Pérou et par les Hippididés peut être, sous ce rapport, opposé au groupe des Chevaux actuels. Les mêmes tableaux montrent que le Cheval de Tarija paraît avoir été un peu plus grêle que l'Equus andium du Pérou.

Les canons antérieurs ou postérieurs sont encore plus courts et plus massifs; leur longueur absolue n'atteint pas, à beaucoup près, la longueur des canons d'Equus Przewalski, quoique leur largeur soit sensiblement plus considérable. Plus nettement encore que pour les autres segments des membres, on voit ici (tableaux XI et XVI) que l'Hippidium est exceptionnellement massif, par comparaison avec tous les autres Chevaux et que, parmi ceux-ci, l'Equus andium du Pérou est la forme la plus trapue, le Cheval de Tarija en différant légèrement à cet égard); les mêmes tableaux montrent que, parmi les Chevaux fossiles, on peut trouver

0) On peut dire qu'il est un peu moins massif est un peu plus grand parce qu'il a vécu à une al-

parce qu'il habitait une région montagneuse, qu'il titude moins défavorable.

quelques métacarpiens ou métatarsiens de Solutré assez massifs également (quoique plus grêles que tous ceux de Tarija) et que, parmi les Chevaux actuels, les plus trapus paraissent être les Chevaux du Tonkin tandis que les plus grêles sont les Dauws, les Chevaux de course ou les Asiniens, conformés pour galoper dans de vastes steppes.

Ï y a, entre les canons des Solipèdes de Tarija et ceux des Chevaux actuels en général, une différence analogue à celle qu'on observe entre les canons larges du Chameau et ceux plus grêles et plus longs du Dromadaire rapide!, entre ceux de l'Hipparion de Maragha ou de Pikermi et ceux de l'Hipparion crassum qui vivait pendant le Pliocène au pied des Pyrénées.

Le squelette d'Hippidium du Musée de Buenos-Aires, reconstitué avec des ossements appartenant tous au même individu, nous permet d'ailleurs de bien connaître les proportions générales des membres des Hippididés. On peut mettre en évidence le raccourcissement des divers segments du membre, raccourcissement d'autant plus marqué qu'il s'agit d'un segment plus voisin du sol, en disant que le fémur ou lhumérus ont presque la longueur de ceux d'un Cheval de course, que le radius ou le tibia dépassent peu la longueur. des os correspondants du Dauw, que les métacarpiens ou les métatarsiens sont aussi courts que ceux d’un âne moyen ou d'une petite Jument corse.

Le tableau XX de l'appendice ) met en évidence, d’une part, ce raccourcissement des diverses parties des membres chez l'Hippidium, d'autre part, l'allongement de ces mêmes parties sous l'influence de l'entraînement chez les Chevaux de course. I nous montre que les différences qui, au

0) On peut, d'après un squelette de la collec- publiées par M. Lesbre, donner les chiffres suition d'Anatomie du Muséum et d'après les mesures vants :

MÉTACARPIENS. MÉTATARSIENS, a + Fe Éd Diem LONGUEUR, SAR TETER LONGUEUR. re AS au milieu. au milieu.

Chatte. LOT SENS o m. 330 o m. 049 o m. 342 o m. 040 Dromadaire! 5%. rise. o m. 341 o m. 038 o m. 347 o m.032 2 . A Es On trouve de nombreuses mensurations fluence de l'entrainement dans l'ouvrage de Cor- On * 1 . Je . Le: .

d'Equidés actuels et d’intéressantes considérations NEVIN, Zootechnie générale (p. 321 et suiv.).

sur l'allongement des divers segments sous l'in- F

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point de vue mécanique, séparent les Chevaux de course d’un Cheval de trait boulonnais, sont du même ordre que celles qui distinguent ce dernier des Hippididés; il prouve que, contrairement à une hypothèse parfois émise d'après l'examen de la dentition seulement, l'Hippidium est tout à fait différent des Chevaux zébrés.

Une autre particularité intéressante de l'Hippidium est la différence assez faible qui existe entre la longueur du métatarse et celle du métacarpe. L'entraînement ou la sélection ont augmenté cette différence chez le Cheval de course!

Quelles que soient les mesures considérées, l'Hippidium est T'exagération, au point de vue mécanique, du type actuel le moins rapide.

Les descendants des Chevaux de Tarija. — Nous avons dit qu'on trouve à Tarija les ossements moins fossilisés d’un autre Cheval plus voisin des Chevaux actuels, à molaires plus droites et à canons moins massifs, et l'on sait, d'autre part, qu'on retire du limon des Pampas les restes de 4 Chevaux de plus grande taille, aux canons moins trapus, auxquels s’ap- pliquent les noms encore mal définis d'Equus curvidens Owen, Equus argentinus Burm., Equus neogæus Lund, etc. I n'est pas possible d'affirmer que ce soient les descendants, devenus plus rapides coureurs, des petits Chevaux trapus qui vivaient en compagnie du Mastodon andium à

" Tarija ou au Pérou; il est bien probable que ce sont des races issues d’un . ancêtre commun et que lEquus andium et sa variété de Tarija ont -. disparu sans laisser de postérité. Quant aux Hippididés, ils ont survécu L à 4 presque aussi longtemps que les Chevaux dans l'Amérique du Sud; ils sont

4 : représentés dans le limon des Pampas par une espèce d'Hippidium qui ne paraît pas distincte de celles de Tarija et par plusieurs espèces d'Onohippidium qui, au contraire, ne peuvent être considérées comme des variétés ou des races de l'Onohippidium Devillei de Tarija. La plus récente de ces espèces , O. Saldiasi, dont les restes ont été découverts dans la grotte

9) On peut comparer aussi le rapport des lontibia + métatarse | paris radius + métacarpe On trouve que ce rapport est toujours plus faible chez les Solipèdes qui galopent beaucoup que chez ceux qui vont habituellement au trot ou au

pas. Il est de 1,104 pour le zèbre; 1,107 pour le Cheval de course; 1,111 pour le Cheval bou lonnais et 1,112 pour l'Hippidium. H y a là une série de proportions dont les éleveurs pourraient peut-être utilement tenir compte pour les sélec-

tions.

d'Ultima Esperanza, s'est éteinte à une date assez récente pour qu'on en ait trouvé des fragments de peau couverts de longs poils fauves, qui ont été décrits par Lünnberg.

Extinction des Solipèdes dans l'Amérique du Sud. — On a souvent répété que Îles Équidés étaient totalement inconnus des habitants de l'Amérique du Sud lors de la découverte de ce continent par les Espagnols et que tous les Chevaux qui l'habitent aujourd'hui descendent d’un petit nombre de juments et d'étalons introduits par Mendoza en 1536.

On trouvera dans un livre de Piètrement (Les Chevaux dans les temps préhistoriques et historiques, 1886, p. 618 et suivantes) toutes les indications relatives à l'importation des premiers Chevaux en Amérique par Cortez, à l'effroi qu'ils inspirèrent aux Indiens. L'auteur a consacré un chapitre, rempli de citations des premiers explorateurs de Amérique, à montrer que nulle part ces conquérants n'ont trouvé des Chevaux indigènes domestiques ou sauvages et à retracer l'histoire des Chevaux abandonnés dans les Pampas en 1535 par les compagnons de Pierre de Mendoza.

Mais il est possible aussi que cette absence totale de Chevaux dans l'Amérique du Sud, au moment de la conquête, ne soit qu'une légende historique. Le fait que Mendoza et ses compagnons auraient livré bataille à des peuplades qui n'utilisaient pas le Cheval n'implique pas que cet animal était inconnu dans tout le continent. Le voyageur Sébastien Cabot, qui remonta le premier le Rio de la Plata et construisit des forts sur ses rives, aurait vu en 1530 des Chevaux sauvages, peut-être originaires du pays. Il a publié une carte indiquant que les Chevaux étaient nombreux, dans une certaine région au Nord du Paraguay, lors de ses voyages en Amérique au début du xvi° siècle. Il est certain aussi que, cinquante ou soixante ans après la date à laquelle Mendoza aurait abandonné une dizaine de Chevaux, des peuplades indiennes en possédaient de nombreux troupeaux, savaient les dresser, les utiliser pour la guerre et la chasse; ilest bien peu vraisemblable que le nombre en ait augmenté si vite et que l'usage s'en soit si promptement répandu parmi les populations indigènes. Il est difficile aussi d'expliquer comment les Chevaux sauvages de la Pampa, s'ils ne sont pas les survivants d’une race indi-;

gène, se seraient, malgré la chasse que les hommes ont pu leur faire,

multipliés à à tel point jusqu’ à nos jours, en conservant des caractères constants différents de ceux des Chevaux andalous.

La question a été reprise dans ces derniers temps. Un naturaliste argentin, M. Cardoso!”, à réuni un grand nombre de renseignements pour essayer de prouver que le Cheval existait déjà dans l'Amérique du Sud avant l'arrivée des Européens et qu'il n’a jamais cessé de vivre à La Plata. Ses arguments paléontologiques sont peu convaincants. Il admet, en effet, que le Cheval actuel, redevenu sauvage à La Plata, descendrait de l'Equus rectidens où de TEquus curvidens du Pampéen.

M. Trouessart® a combattu cette opinion; il la qualifie «une de ces erreurs qui, semblables au Phénix de la fable, renaissent continuellement de‘leurs cendres ». I a cherché à expliquer comment, par suite des vicissitudes subies par l'Amérique du Sud au cours des temps quaternaires , «le manque d'altitude du sol et le défaut d'une nourriture appropriée | ont entrainé l'extinction des grands Herbivores et notamment du Cheval ».

Plus récemment, M. Matthew), s'appuyant sur des considérations d’un ordre tout différent, s'est refusé à admettre que les Chevaux sauvages actuels de l'Argentine puissent descendre des espèces quaternaires américaines, parce que ces Chevaux sauvages se croisent et donnent des produits fertiles avec les Chevaux domestiques, ce qui n'arriverait pas s'ils appartenaient vraiment à un stock différent du stock eurasiatique de l'Equus caballus. W y aurait eu alors stérilité comme il y a aujourd'hui, dans l'Ancien Monde, stérilité entre le stock des vrais Chevaux d’une part, des Ânes et des Zèbres d'autre part.

H semble donc qu'il n’y ait pas lieu de modifier l'opinion généralement accréditée. Mais, quoi qu'il en soit de l'histoire du Cheval précolombien, il n'en reste pas moins que certaines causes ont amené sinon la disparition totale des Chevaux de la Bolivie, du moins l'extinction complète du groupe des Hippididés dont les ossements sont, à Tarija, presque aussi nombreux que les ossements de Chevaux.

Que savons-nous de ces causes ?

1} Canooso (Anibal), Antigüedad del Caballo G) Revue générale des Sciences, 1913, p. 725. en el Plata (Anales Museo Nacion. de Buenos ®) Nature, du 12 février 1914. Aires, t, XXIL, 1912, p. 372-439).

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Comme les restes d'Équidés abondent à l'état fossile dans les forma-

tions pliocènes et pléistocènes qui s'étalent depuis l'isthme de Panama.

jusqu'à une latitude assez australe en Patagonie, et aux altitudes les plus diverses, il faut admettre qu'un phénomène général a provoqué leur extinction totale à une époque ultérieure. Cette disparition générale ne saurait paraître invraisemblable aux paléontologistes habitués à constater les grands changements de faunes. Il est certain qu'une modification considérable dans le climat et la végétation a affecté l'Amérique du Sud et amené la disparition non seulement des Équidés mais encore des Proboscidiens et des Édentés géants.

Ce continent a été soumis, en eflet, à une ou plusieurs périodes glaclaires, alternant avec des périodes interglaciaires, c'est-à-dire des périodes pluvieuses alternant avec des périodes de sécheresse tropicale et d’aridité, dont certains déserts du Vénézuéla et du Brésil nous offrent aujourd'hui l'image.

On peut penser que les périodes froides et sèches, en diminuant la végétation, en modifiant la puissance reproductive de l'espèce, ont préparé son extinction, que les époques de longues pluies conséculives ont pu provoquer des épidémies meurtrières analogues à celles que produit maintenant la mouche {sé-tsé, et qu'enfin, dans la région devenue ensuite trop aride, les bandes, plus rares, de Chevaux déjà affaiblis ne trouvaient plus, après de longs déplacements à la recherche des pâturages ou des mares, qu'une eau contaminée qui achevait de les décimer!?. Il est possible que les causes de destruction n'aient pas été assez puissantes pour que, sur un aussi vaste continent, les descendants des Chevaux quaternaires n'aient pu trouver nulle-part des conditions leur permettant de survivre, tandis que les autres Herbivores de taille moyenne, à course rapide , tels que les Lamas, les Vigognes et les Cerfs, ont pu subsister.

® Ossorn, Causes of extinction of Mammalia compte rendu de cet ouvrage dans l'Anthropo-

(American Naturalist! vol. XL, p: 769-795 et logie, 1911, p. 574). 829-859). — The Age of Mammals, 1910 (Cf.

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