‹ Mammifères fossiles de TarijaChapitre 25 sur 61 · L. Molaires supérieures arquées; molaires inférieures avec · texte numérisé non relu

L. Molaires supérieures arquées; molaires inférieures avec

un petit repli saillant de la muraille externe en avant du tubercule postérieur.

a. Colonnette interne des molaires supérieures plus

® Branco (W.), Palæont. Abhandl., t. 1, 1882- 1883, p. 58 et suiv.

® Worr, Neues Jahrb. für Mineralogie, 1875 , p- 195.

® Boas, Om en fossil Zebra-Form fra Brasiliens Campos (Mém. Ac. Roy. Copenhague: 6' série, vol. n° 5, 1881, p. 307 et suiv.).

® Recne, Beit. zur Pal. und Geol. Oest. Ung., t. XVIII, 1905.

9 Gervais (H.) et Amecmixo, Mamm. foss.

de la Rép. Argent., Paris, 1880, p- 93. Pour les

figures, voir AmeGnino, Mam. f6s. Rep. Argent., pl XXVII, fig. 8,et Ann. Mus. Buenos- Aïres, t. HT, 1904, p. 138, fig. 167. — Ameghino a figuré comme molaires inférieures d'E. rectidens (Mam. f6s. Rep. Argent., pl. XXXVIIT, fig. 5) les molaires inférieures que Burmeister avait attribuées en 1875 à ÆE. argentinus (Caballos fésiles , pl. IV, fig. 6).

( Mam. fs. Rep. Argentina, 1889.

®) C'est ce pli que nous avons nommé p' dans la description du Cheval de Tarija; nous avons

grande, aplatie à ses deux extrémités antérieure

et postérieure. . ..,... A CRAN PE OR E. curvidens Owen. -b. Colonnette interne des molaires supérieures plus petite, plus elliptique et arrondie à ses extré-

EE | er cat ed E. argentinus Burm.

IL. Molaires supérieures droites ou presque droites; petit pli saillant de la muraille externe du second lobe très

SR Lis 743 E. rectidens H. Gerv.

et Amegh.

Le Cheval de Tarija appartient incontestablement au premier groupe; il n'y a pas lieu de le comparer à £. rectidens.

H diffère également d'E. argentinus par la colonnette de ses molaires supérieures, qui n'est jamais aussi arrondie.

Ses ressemblances avec Æquus andium Wagner, tel que l'a fait connaître Branco, portent : 1° sur la forme et les détails des molaires supérieures de l'adulte et du jeune; 2° sur la brièveté et la largeur des métacarpiens et métatarsiens. Les différences consistent surtout en ce que : 1° le Cheval de Tarija est un peu plus grand et un peu plus grêle; 2° ses molaires ont une colonnette un peu plus large; 3° le plissement de la muraille interne de la première prémolaire inférieure de lait est un peu plus compliqué. Cela est en somme peu important et il n'y a pas de différence essentielle, comme on pourra s'en assurer en comparant les figures de ce mémoire avec celles du mémoire de Branco.

Il y a, entre cet Equus andium de Bolivie et celui qui vivait à une altitude plus élevée dans l'Équateur, une différence de taille analogue à celle qui existe entre les Chevaux actuels de la plaine et ceux qui vivent sur les hauts plateaux de la Bolivie. MM. Neveu-Lemaire et G. Grandidier® ont

remarqué que sa présence n'est pas caractéristique et que l'usure de la dent le rend de moins en moins visible. Ameghino a introduit en outre, dans la nomenclature, un certain nombre de noms, tels que Æ. Munizi, E. gracilis, d'après l'examen d'une ou deux dents (Observaciones criticas sobre los Caballos fôsiles de la Rep. Argent. [Revista Argent. ET 1891 ,piet 65]; — Recherches

de Morphol. phylogén. sur les molaires des Ongulés [An. Mus. Buenos Aires, 3° série, t. II, 1904 ]). On ne peut, pour le moment et jusqu'à ce qu'on connaisse des pièces plus complètes, tenir compte de ces noms.

07 Neveu-Lemaine et Grannibten (G.), Notes sur les Mammifères des Hauts Plateaux de l'Amérique du Sud (Wission scientifique G. de Créqui-

écrit en effet : « Le Cheval importé sur les Hauts-Plateaux s'accommode mal de l'air raréfié et les animaux de race ne tardent pas à dépérir... Seule une race de petits Chevaux, particulière à l'altiplanicie, peut se reproduire et vivre assez bien dans celte région. On donne à ces chevaux dans le pays le nom de «sunichos ».

Nous avons dit qu Æquus Lundi et E. Haasei nous paraissent appartenir au même groupe qu'£. andium et nous avons brièvement indiqué, autant qu'on peut le faire d'après les ossements actuellement connus, les caractères qui les en rapprochent ou les en distinguent.

Equus curvidens a des molaires supérieures avec un fût plus courbé, avec une colonnette moins asymétrique, plus développée vers l'avant et en même temps moins large dans le sens transversal que le Cheval de Tarija. Nous avons vu pourtant que certaines molaires de Tarija ressemblent beaucoup à celles de l'Æ. curvidens et qu'on trouve des formes intermédiaires quant à la disposition des plis d'émail. Il serait préférable de réserver l'épithète de curvidens aux Cheva ux fossiles provenant de la région des Pampas où a été découverte la dent qui a servi de type à Owen et d'attendre qu'on en connaisse le squelette!"

ne semble pas qu'aucun des Chevaux actuels de l'Amérique du Sud ait eu pour ancêtre l'une ou l'autre de ces formes fossiles. Les dessins de molaires d'Equus caballus données par Ameghino dans ses diverses publications, et qui ont été faites d'après des dents d'animaux domestiques ou demi-sauvages de l'Argentine, présentent toujours les caractères de l'E. caballus d'Europe (notamment pour la forme de la colonnette) et ne rappellent ni l'E. andium ni VE. curvidens.

Comparaison avec les Chevaux fossiles nord-américains. — Si les Chevaux sont, comme on peut le penser dans l’état actuel de la science, originaires de l'Amérique du Nord, d'où ils ont passé dans l'Amérique du

Montfort et E. Senéchal de la Grange, 1911, Cheval de grande taille, assez élancé, plus voisin p.111) de V'Æ, caballus que de l'E. andium ; ce sont peut-

(9 Il ya, dans la collection du Muséum, des être les membres de l'Æ, curvidens. Mulheureuseos des membres de Cheval du Pampéen des en- ment ces ossements ne sont pas accompagnés de virons de la Plata, rapportés par M. Bonnement et dents.

qui montrent l'existence, dans cette région, d'un

SOLIPÉDES OU ÉQUIDÉS. | 141

d. on doit trouver, parmi les nombreuses espèces de Chevaux fossiles des États-Unis et du Mexique, des formes étroitement apparentées aux Chevaux sud-américains. C’est ce qui a lieu en effet.

Du Pliocène, Cope a décrit diverses espèces d'Équidés, qu il avait rangées dans le genre Equus (E. simplicidens, E. Cummunsit, E. minutus) mais qu'on rattache aujourd'hui aux genres Protohippus où Pliohippus. Ce sont, en tous cas, des formes très voisines des Æquus Stenonis de l'Ancien Monde, à émail simple, à petite colonnette.

Dans les terrains quaternaires, les restes de Chevaux sont très abondants. On a établi de nombreuses espèces, la plupart du temps sur des débris isolés et très incomplets. En réalité, jusqu'à présent, on ne connaît vraiment bien qu'une espèce du Texas, l'Equus Scotti, décrit par Gidley sur un important matériel d'étude et un Cheval de Californie auquel M. Merriam!) a conservé le nom d'Equus occidentalis, appliqué d'abord par Leidy à quelques restes trouvés jadis dans les graviers aurifères de Californie.

L’Equus occidentalis, dont on recueille de nombreux ossements, et notamment des crânes complets, dans le curieux et riche gisement de Rancho la Brea, diffère de l'Æquus caballus : par son crane relativement plus volumineux, à la face plus large, au front plus convexe, au nez plus court et aussi plus large; par une mandibule beaucoup plus lourde; par un dessin plus simple de l'émail des molaires.

L'Equus Scotti diffère également de l'E. caballus par la grosseur de la tête, par ses molaires plus grandes, par son cou plus court, son corps plus allongé, ses membres plus courts et plus légers.

Gidley® a fait une revision des Chevaux quaternaires de l'Amérique du Nord et essayé de débrouiller leur synon ymie. En se basant sur le mémoire du paléontologiste américain, l'un de nous a fait remarquer, dans son cours du Muséum, que l'on peut retrouver ici la division en trois groupes reconnue sur les Chevaux pléistocènes de l'Eurasie :

., © Merniam (John C.), Preliminary Report on @) Giocey, Tooth characters and revision of the the Horses of Rancho la Brea (University of Cali- North American species of Equus (Bull. Amer. fornia publications, vol. 7, n° 21, p. 397-418, Mus. Nat. Hist., 1901, p.g1-141).

avec 14 figures).

1° Des formes de grande taille, mais à petite colonnette, à émail très plissé (Equus pectinatus, E. giganteus, E. crenidens. . . );

2° Des formes caballines, à colonnette large, bifide, à pli caballin , à émail plus ou moins plissé; les espèces créées sont nombreuses, elles diffèrent les unes des autres surtout par leur taille : Æ. complicatus Leidy (à émail très plissé), £. Scott Gidley, Æ. fraternus (variété de complicatus, mais plus petit), £. pacificus, E. conversidens\);

3° Des formes rappelant nos Asiniens, à colonnette large, mais pas bifide, sans pli caballin : Æ. excelsus, E. semiplicatus, E. tau.

Le Cheval de Tarija doit rentrer, à notre avis, dans le premier groupe, qui paraît être plus primitif que le deuxième. Sa morphologie dentaire semble être au même stade d'évolution que chez l'Equus pectinatus des Megalonyx beds du Kentucky, bien que celui-ci ait un émail beaucoup plus plissé que VÆ. andium et que sa taille soit plus grande. Æ. occidentalis Leidy est également à peu près du même type, mais le fût des molaires est droit, de sorte que cette forme de l'Amérique du Nord correspond plutôt à l'Equus rectidens de la République Argentine.

Owen a décrit, sous le nom d’Æ. conversidens, des dents du Mexique rappelant par leur courbure l'E. curvidens du Sud.

I y a donc beaucoup de ressemblance entre les Equus des deux Amériques, mais aucune des espèces de l'Amérique du Nord n'est identique à une espèce de la Pampa ou de la Cordillère. Il est intéressant de constater qu'elles sont, de part et d'autre, à un même stade d'évolution.

Comparaison avec les Chevaux fossiles européens. — L'analogie se poursuit, comme on vient de le voir, avec les formes contemporaines de l'Eurasie. Le Cheval de Tarija se rapproche, par ses caragtères primitifs, de certains Chevaux du Pliocène supérieur et du Quaternaire tout à fait inférieur d'Europe.

En comparant les figures de ce mémoire et gelles de l'ouvrage de Branco® sur le Cheval de l'Équateur avec celles de l'important travail

( D'après Hay et d'après Cockerel, on trouve de la Californie, du Canada et de l'Alaska, un véritable Equus caballus dans le Pléistocène ®) Bnaxco, loc. cit.

SOLIPÉDES OU ÉQUIDÉS. 143

de Forsyth Major sur l'Equus Stenonis, on constatera que, par leur morphologie, les molaires supérieures et inférieures sont à peu près au même stade d'évolution.

Des molaires du Quaternaire très ancien de France, notamment de Solilhac (Haute-Loire), souvent désignées dans les collections sous le nom d'Æquus robustus, ressemblent aussi beaucoup à celles des Chevaux sud-américains®. Mais de très belles pièces du Velay, données au Muséum par les héritiers de Vinay, nous ont appris que l'E, robustus est un Cheval de grande taille, dont les membres ne rappelaient pas ceux des petits Chevaux massifs et souvent si trapus de la Bolivie ou des Andes.

Parmi les nombreuses formes réunies sous le vocable d’E. Stenonis,

nous n'en connaissons pas d'aussi petite et surtout d'aussi massive que le Cheval de Tarija. Les ressemblances entre les Chevaux de l'Amérique du Nord, de l'Amérique du Sud et d'Europe, à la fin du Pliocène ou au début du Pléistocène , paraissent donc être surtout des ressemblances de dentition. Celles-ci sont des indices d'une parenté ancienne et d’une origine commune qui ne font plus de doute pour personne, qui indiquent aussi une adaptation à un même régime. Les différences, par contre, témoignent d'une période d'isolement, d'une durée assez considérable dans chacun des trois continents. Le groupe de notre Equus caballus est issu de formes américaines (Æ. complicatus , E. fraternus), différentes de celles qui ont produit les Chevaux de l'Amérique du Sud. Nous avons suffisamment insisté, dans l'étude détaillée du Cheval de Tarija, sur les caractères qui le distinguent de l'E. caballus.

I semble que soient issus des Chevaux primitifs nord-américains, d'une part, les Chevaux de l'Amérique du Sud, les Æ. Stenonis à affinités de Zèbres et les Zèbres eux-mêmes, d'autre part, le groupe de TE. caballus, qui serait arrivé en Europe par l'Asie et, d'autre part encore, les Asiniens.

Comparaison avec les Chevaux africains. — Nous avons, à plusieurs reprises, indiqué que, par les proportions générales de son corps, le Cheval de Tarija devait rappeler le Dauw, tout en ayant une allure un

1 Fonsyrm Mason, loc. cit. Équidés fossiles ( Bull. de la Soc. géol. de France, ® Bouze (M.), Observations sur quelques 3" série, t. XXVII, p.538, fig. 18).

la4 MAMMIFÈRES FOSSILES DE TARIJA.

peu plus lourde. Les dents ne sont, à coup sûr, pas identiques, mais c'est néanmoins de la dentition du Dauw, parmi les Équidés actuels, que se rapproche le plus la dentition de VÆ. andium : 1° par la colonnette élargie et par la forme de la muraille externe des molaires supérieures; 2° par le contour de la dernière molaire supérieure; 3° par l'élargisse- . ment de la boucle et la forme arrondie de la muraille externe des molaires inférieures. Mais elle en diffère par un aplatissement plus marqué des molaires inférieures, l'absence du petit pli de la muraille externe caractéristique dE. andium, une forme moins asymétrique de la colonnette, une séparation plus nette du denticule postéro-interne.

Le Couagga a une colonnette très aplatie, d'après les figures données par Owen. Le Zèbre, qui ressemble un peu au Cheval de Tarija par ses molaires inférieures, en diffère, semble-t-il, plus que le Dauw par ses molaires supérieures. Les détails des dents dE. andium, plis annexes de la muraille externe des molaires inférieures ou forme gibbeuse de la co-

lJonnette, ne s'observent d'ailleurs pas plus chez le Zèbre que chez le Dauw ©.

I ne paraît donc pas y avoir une parenté proche et directe entre les Chevaux sud-américains et les Chevaux zébrés actuels, mais peut-être une parenté lointaine et, à coup sûr, une adaptation au même genre de vie, au même régime dans une région tropicale et au même habitat dans un pays accidenté

Les chevaux fossiles de l'Afrique du Nord se rapportent plutôt aux types des Æquus Stenonis, des Chevaux zébrés et des Asiniens qu'au type: de VE.

On trouve, dans les alluvions anciennes des rivières de l'Afrique du

caballus ).

Sud, des ossements d'un Cheval que Broom ) à nommé Equus capensis.

® Le Cheval du lac Karar (Algérie) diffère moins d'Æ, andinm que le Dauw, car sa colonnette est plus asymétrique et son denticule postéro-interne est moins isolé. (M. Bour.e, Station paléolithique du lac Karar, t. XI.)

® Les dentitions du Couagga, du Zèbre et du Dauw ont été figurées par Owen, Phil. Transact., t. 159 (1869), pl. LIX et LX. Au sujet de celles du Dauw et du Zèbre, voir Lespne, Sur les mà-

L'Anthropologie,

choires et les dents des Solipèdes (Bull. Soc. d'Anthr. de Lyon, t. XI, 1892).

%) Cette analogie avait frappé Boas quand il avait décrit (loc. ci.) Equus Lundi du Brésil qui, nous l'avons dit précédemment, appartient au même groupe que Æ. Andium.

(1) M. Bouce, loc. cit.

) Bnoom (R.), Note on Equus capensis (Bull.

of{ the Amer. Museum of Nat. history, vol. XXXII,

Cette nouvelle espèce différerait notablement de VE. caballus. Elle était plus petite, mais plus épaisse, plus trapue. Elle avait une tête plus massive, des canines plus grandes. Ses molaires sont remarquables par la simplicité des dessins de l'émail, par l'absence de pli caballin, ce qui les rapproche du type asinien et des Chevaux zébrés.

Comparaison des Hippididés et des Chevaux de Tarija. — Les Équidés du genre Equus, différenciés au Pliocène moyen, sinon même au Pliocène inférieur, dans l'Amérique du Nord et dans l'Eurasie, ont passé dans l'Amérique du Sud à peu près en même temps sans doute que les Hippididés et trois ou quatre espèces, appartenant à ces deux familles, ont vécu ensemble en grandes troupes aux environs de Tarija.

Les vrais Chevaux étaient les plus nombreux, si l'on en juge d'après la quantité de leurs restes dans la Collection de Créqui-Montfort; ils appartenaient tous à une seule espèce de petite taille, de la hauteur d'un Zèbre environ, à grosse tête, à membres courts et plus massifs que ceux de toutes les races de Chevaux actuels.

Les Hippidium étaient de grandeur très variable et, d'après leur taille surtout, on peut en distinguer deux espèces : Hippidium principale, dont LE. la hauteur dépassait celle des chevaux de cavalerie légère et atteignait D: parfois’ 1 m. 60 où 1 m. 70 au garrot, et Hippidium neogæum, dont la D taille était moindre et probablement voisine de 1 m. 40 au garrot. Ils …. étaient donc plus massifs et moins agiles encore que les Chevaux avec Î lesquels ils vivaient, en moins grand nombre, semble-t-il, la plus grande espèce étant moins fréquente que la petite.

. L'aspect de l'Onokippidium Deuillei, dont la hauteur au garrot ne dépassait probablement guère o m.90, c'est-à-dire la taille d'un poney, différait plus encore de celui des Chevaux actuels. La forme du chanfrein et des nasaux n'était certainement pas celle que nous sommes accoutumés à voir chez les Chevaux et les Zèbres, sans qu'il soit pourtant possible de la préciser dans l'état actuel de nos connaissances. Les membres étaient plus trapus encore; les premières phalanges, plus

courtes et plus larges que celles des Æippidium, donnaient à l'Onohippidium une allure lente et plus gracieuse; il est probable qu'il ne galopait pas ou qu'il galopait très mal. C'est une des particularités les plus

MAMMIFÈRES DE TARIA. 19

intéressantes de la faune de Tarija que cette coexistence, dans la même:

région, à la même époque, de trois genres arrivés, par des voies différentes, au stade solipède à partir d'un ancêtre commun tridactyle, ayant des crânes assez dissemblables, des dentitions distinctes par suite de régimes alimentaires différents, mais présentant, si on les compare aux Chevaux actuels adaptés à une course rapide et à une alimentation de Graminées, un bon nombre de caractères communs dus à une adaptation aux mêmes conditions de milieu, à un phénomène ultérieur de convergence. Nous avons insisté, en effet, dans les descriptions précédentes des ossements d'Æquus, d'Hippidium où d'Onohippidinm sur la forme massive du squelette de ces animaux, sur les fortes dimensions de leur tête, la brièveté de leurs membres, la forme courte et large de leurs canons, la ressemblance, assez lointaine d’ailleurs, de leur dentition avec celle des Zèbres et Dauws parmi les Équidés actuels.

Les uns et les autres ont conservé sans doute certains caractères de leurs ancêtres communs, tels que la largeur des molaires inférieures, la forme arrondie des tubercules internes à toutes les molaires, la simplicité du plissement de l'émail, la persistance de la prémolaire supérieure, la longueur relativement considérable des doigts latéraux. Mais ils ont surtout acquis, dans leur adaptation au même milieu, à la locomotion sur un même sol, des caractères analogues dont les plus frappants sont la robustesse des membres, le raccourcissement et l'élargissement des canons, la brièveté des phalanges; et, dans leur adaptation au même régime, certaines similitudes dans les proportions du crâne et de la mandibule.

Il est donc intéressant de comparer les diverses parties du squelette des trois genres de Solipèdes dont les restes ont été recueillis à Tarija en grand nombre. Les tableaux de mensurations ci-après (p. 155) sont destinés à faciliter cette comparaison.

La tête paraissait volumineuse chez le Cheval de Tarija, comme chez les Hippidium; elle rappelait ainsi celle des Asiniens ou des Zèbres plus que celle des Chevaux actuels, La partie encéphalique de cette tête était aussi développée par rapport à la partie faciale chez l'Hippidium que chez les Chevaux domestiques actuels, qui sont à ce point de vue moins évolués que les Zèbres ou les Dauws (Voir tableau IT). Les os nasaux longs

SOLIPÉDES ET ÉQUIDÉS. 147

et ailes re Hippididés témoignent d'une évolution avancée, car, en général, les Mammifères DHnitis ont des conduits nasaux très fermés sur les côtés.

Les fosses préorbitaires, si profondes, de l'Onohippidtum paraissent au contraire être en quelque sorte l'exagération d'un caractère primitif, puisque les Équidés miocènes (Pros et Hipparion) présentent, mais à un degré moindre, cette particularité. Nous ne savons si le Cheval de Tarija avait gardé quelques traces de cette disposition atavique; cela est possible puisqu'on trouve ces traces chez son très proche parent l'Equus andium du Pérou.

Le maxillaire inférieur était très développé en hauteur chez tous les Solipèdes de Tarija par comparaison avec les Chevaux actuels, ainsi que l'avait reconnu Weddel, lorsqu'il en découvrit les premiers restes et leur attribua le nom d’£. macrognathus . Les mandibules du Cheval de Tarija, de l'Hippidium neogæum, “ etes Devillei se ressemblent extrêmement à ce point de vuel/; il y a là, chez les animaux des trois genres ayant vécu ensemble, un léliane d'adaptation frappant.

La dentition du Cheval de Tarija, comparée à celle du Cheval actuel d'Europe, est, d’une facon générale, caractérisée par un moindre allongement des molaires dans le sens antéro-postérieur, par une forme plus arrondie des denticules internes, par une simplicité plus grande des replis d'émail. Pour indiquer, d'autre part et brièvement, les différences entre la dentition des Chevaux en général et celle des Hippidium où Onohippidium, on ne saurait employer d’autres expressions que les précédentes. Les dentitions des divers Solipèdes de Tarija présentent donc un ensemble frappant de caractères communs.

On pouvait espérer, pour l'étude des phénomènes d'adaptation

® La mandibule figurée par P. Gervais sous le nom d'E. macrognathus (pl. VIF, fig. 4, 4a, 4b) et décrite en même temps par le même auteur sous le nom de E. neogæus se trouve encore au Muséum; elle appartient à un Hippidium principale de taille moyenne.

® Ce n'est pas un caractère primitif, les Périssodactyles de l'Oligocène et du Miocène ayant des mandibules grèles. Parmi les H ipparion , ceux

de Maragha, qui ont en général une mandibule plus haute que leurs congénères de Pikermi, ne présentent pas cette particularité au même degré que les Solipèdes de Tarija.

®) Un autre caractère primitif des Solipèdes de Tarija par rapport aux Chevaux actuels est la longueur relativement considérable de la dernière molaire (tableaux V et VI).

communs, tirer quelques conclusions des proportions relatives des prémolaires et des molaires, de la longueur de la barre, des diflérents bras de levier de la mandibule, tous caractères variant avec le régime des animaux. Nous avons effectué dans ce but des mesures et des calculs, mais les variations individuelles sont assez grandes pour qu'il nous paraisse impossible de déduire de ces mesures une conclusion précise (tableaux III, V et VIT); nous les présentons simplement comme des documents pour des travaux ultérieurs. Tout ce qu'on peut dire, c'est que les Hippididés ont en général une tendance à se rapprocher plutôt, par ces caractères, des Chevaux zébrés et en particulier du Dauw, que des Chevaux caballins. Parmi les Solipèdes de Tarija, les Hippidium et les Onohippidium avaient une nourriture plus ligneuse, plus voisine de celle des Équidés africains sauvages actuels et l'Equus andium insulatus avait une alimentation sans doute moins grossière , composée plutôt d’herbages, plus voisine, par suite, de celle des Chevaux actuels proprement dits.

À propos des membres, la particularité frappante des Solipèdes de Tarija, qu'il s'agisse des Chevaux ou des Hippididés, est d'avoir des os beaucoup plus massifs que ceux des Chevaux actuels les moins élancés.

Quoique cette forme massive ne soit pas spéciale aux Solipèdes de Tarija, et qu'on l'observe chez la plupart de leurs congénères de l'Amérique du Sud (elle a frappé Burmeister et Branco lorsqu'ils décrivaient l'un l'Hippidium du limon des Pampas, l'autre l'Equus andium des hautes régions du Pérou), il est curieux de la voir réalisée à la fois chez les représentants de trois genres (Æquus, Hippidium, Onohippidium) qui vivaient à la même époque à Tarija. Ce n’est pas d'ailleurs un caractère primitif, car les ancêtres miocènes des Chevaux avaient des membres assez grêles. C'est un caractère d'adaptation, probablement favorable à la marche dans un terrain montagneux, accidenté ou peut-être dans un terrain marécageux!. [ est vraisemblable que ce caractère a été acquis lors du passage des Équidés de l'Amérique du Nord vers l'Amérique du Sud. I est plus accentué chez les Hippididés que chez l'E. andium, té-

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