TARIJA. LA PLATA. BRÉSIL
Longueur occupée par 3 incisives supérieures. ... 0°026 0”030 0°"038 Li P
Ce moindre développement s'observe dans toutes les parties du crâne de Tarija : la boîte crânienne est plus étroite; la crête sagittale est moins forte; la mandibule, donnant insertion à des muscles moins puissants, est moins haute; l'apophyse angulaire est moins volumineuse et la distance du sommet de l'apophyse coronoïde au bord inférieur de la mandibule est moindre, quoique l'apophyse coronoïde elle-même ait à peu près la même hauteur dans les trois crânes de Smilodon que nous
comparons.
TARIJA. LA PLATA.
Distance du trou auditif externe au point de rencontre de la crête sagittale et de la crête occipitale............................... 0"125 | o"150 Distance horizontale transverse d'un orifice auditif externe à l’autre. . Oo 102 O 122 Distance verticale du collet de la carnassière au bord inférieur de la no ea an Prin vo se cute dures Oo 040 0 045
… Les os des membres recueillis à Tarija indiquent aussi un animal plus faible, plus grêle que celui de La Plata (pl. XXVI, fig. 4 et 5). H n'est pas
certain d’ailleurs que ces ossements et la tète proviennent d'un même individu.
TARIJA. LA PLATA. [Ydu. radins. heu esse OR TIR TS 0°225 0”280 TÉMUT = mie aus cocon RU pes CU NRA o 360 0 410 Longueurs. ; | du3" métacarpién.. ; ; 2.400 00e nee o 0gù ” ra MÉtRCArPIAn 7 or inter TT o 088 u
En résumé, le Smilodon de Tarija est de taille un peu inférieure à celui de La Plata, du Brésil et de l'Équateur ; il est aussi plus faiblement armé, mais aucune de ces différences ne paraît être assez accentuée pour le faire considérer comme spécifiquement distinct. La différence de taille parait être, nous l'avons constaté pour plusieurs autres animaux, un caractère assez général de la faune de Tarija quand on la compare à celle des plaines d'altitude moindre, des Pampas; elle ne dépasse d'ailleurs pas 1/5, ce qui est normal dans une même espèce actuelle. Quant aux canines un peu plus faibles, aux incisives plus réduites et autres caractères indiquant que le Smilodon de Tarïja était un peu moins puissamment armé que ses congénères des autres gisements, ce sont des différences assez faibles pour faire penser que le crâne qui les présente a pu appartenir à un jeune ou à une femelle. Ces motifs nous portent à considérer le Smilodon de Tarija comme une simple race du S. neogœus; nous lui conservons, comme nom de race seulement, l'appellation qu'Ameghino lui avait donnée en le décrivant comme une espèce distincte 0),
Extension géographique et stratigraphique des Smilodon. — Ces grands
‘ Suivant Ameghino, cette espèce de petite taille (M1. ensenadensis) se trouverait aussi à La
ue M. ensenadensis se trouve aussi parfois dans le Pampéen supérieur, et si l'on ne savait combien la
Plata, mais dans le Pampéen inférieur. Il y aurait là un argument pour considérer la faune de Tarija comme un peu plus ancienne que la faune bien connue de La Plata, si Ameghino n'avait ajouté
stratigraphie de ces limons étant encore mal connue, cette distinction du Pampéen inférieur
et du Pampéen supérieur est peu nettement établie.
Félidés à canines puissantes, à carnassières supérieures et inférieures très tranchantes, allongées dans le sens antéro-postérieur, avec petite prémolaire inférieure si réduite qu'elle manque très souvent, avec un arrière-crâne disposé pour donner insertion à des muscles très puissants, avec des membres plus robustes que ceux de tous les autres Félidés, avec une queue courte, ont eu une extension géographique considérable dans l'Amérique du Sud et l'Amérique du Nord.
Dans cette dernière région, ils paraissent avoir vécu jusqu'au Quaternaire moyen); on trouve leurs ossements, avec ceux de Mylodon, de Megatherium, et autres animaux de forêts, dans les grottes de Pensylvanie (Port Kennedy). Des espèces ou des races spéciales paraissent pourtant avoir fait partie plutôt de la faune des prairies (S. mercert, S. gracilis). Dans le gisement de Rancho la Brea (Californie), si activement exploré par M. Merriam, abondent les ossements de grands Smilodon (S. californicus), qui se sont enlisés dans ce lac d'asphalte en y poursuivant les jeunes herbivores ou les oiseaux. Leidy a signalé, dans une caverne à ossements de la Floride, les restes d’un S. floridanus , qui ne différeraient de ceux du S. neogæus sud-américain que par une taille moindre.
En Amérique du Sud, les restes de Smilodon ne sont pas rares dans le limon des Pampas et dans les cavernes du Brésil. M. Branco, nous l'avons dit, a signalé leur présence à Punin, près de Riobamba dans l'Équateur. Ces grands Félidés paraissent y avoir vécu, ainsi qu'à Tarija, à des altitudes élevées, pendant que leurs congénères de la Pampa dépassaient vers le Sud la latitude de Buenos-Aires. On peut dire que Smilodon est un des genres de Mammifères fossiles américains qui a eu la plus vaste extension, puisqu'il dépasse le 40° parallèle Nord et atteint le 40° parallèle Sud.
Histoire du genre Smilodon. — Mais la longévité de ce groupe si spécialisé paraît avoir été assez courte; différencié des Machaïrodus vers la fin du Pliocène, il se serait éteint vers la fin du Pléistocène.
Les Smilodon de T Amérique du Sud sont, comme les Chevaux, comme les Lamas, comme les Mastodontes, des immigrés venus du Nord.
® Ossonx, Age of Mammals, p. 467 et suiv.
Matthew a montré comment les Félidés se sont de très bonne heure, dès l'Oligocène, divisés en deux familles : les Félinés proprement dits et les Machairodontinés, dont l'ancêtre commun, éocène, asiatique ou européen sans doute, est encore inconnu, et comment les deux branches ont évolué parallèlement". Les Machairodus du Miocène et du Pliocène, ancêtres de Smilodon, seraient eux-mêmes, d’après Matthew, les descendants de formes américaines {Hoplophoneus de lOligocène). Mais il faut remarquer qu'on ne connaît actuellement aucun Macharodus dans l'Amérique du Nord; tous les représentants de ce genre sont européens ou asiatiques. 11 est donc probable que l'histoire des Smilodon sud-américains est assez compliquée, qu'elle résulte d'un ensemble de migrations que nous ne pouvons encore préciser, en raison de nos faibles connaissances actuelles sur la paléontologie de l'Asie.
D'un Créodonte éocène inconnu serait issu le genre £usmilus de TOkgocène d'Europe et le genre voisin Hoplophoneus de l'Amérique du Nord, témoins tous deux d’une union, d’ailleurs bien établie, entre les deux continents. On n'a pas découvert encore les descendants de ces Hoplophoneus dans le Miocène de l'Amérique du Nord, mais on sait qu'en Europe l'évolution du groupe a continué en donnant naïssance aux nombreuses espèces de Machairodus du Miocène, du Pliocène et du Quaternaire ©. Une branche s'est d’ailleurs détachée, au Miocène supérieur sans doute, du tronc principal : c'est celle des Machatrodus qui ont passé en Asie, et dont les restes ont été trouvés dans les Monts Sivaliks et en Chine. C'est peut-être au Miocène supérieur aussi que les Smilodon se sont différenciés des Machairodus, car ils présentent, par la forme des dents et surtout de la carnassière supérieure, plus de ressemblances avec M. aphanistus du Miocène supérieur de la région méditerranéenne qu'avec les Machairodus du Pliocène °.
Causes de l'extinction des Smilodon. — Quelles que soient les lacunes que présentent encore nos connaissances au sujet des ancêtres immédiats
® Marrnew, The phylogeny of the Felidæ péennes de WMachairodus ( Bull. Soc. Géol. de Fr., Bull. Amer. Mus. Nat. Hist. Vol. XXVIII, 1910, 4° s.,t. T, 1901, p. 551). p. 289-316). M Bouze (M.), loc. cit., p. 572.
® Boure (M.), Revision des espèces euro-
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: des Smilodon, À n’en est pas moins certain que ce genre représente le Carnassier le plus évolué que nous connaissions pour terrasser, saigner et découper une proie.
On a souvent répété que son extinction assez brusque avait pour cause l'excès même d'adaptation de ses organes. C'est un type si spécialisé, dit-on, qu'il ne peut plus évoluer. En réalité, un groupe ne disparaît pas parce qu'il a atteint sa «limite d'évolution », il disparaît parce que les conditions de vie changent ou parce qu'il est vaincu dans sa lutte avec des compétiteurs plus vigoureux. Le Smilodon était si robuste, si puissamment armé que cette dernière cause d'extinction ne peut être invoquée. La véritable cause a dù être plutôt un changement de milieu, de climat, amenant la diminution de la végétation, la dispari- tion des grands herbivores (Mastodontes, grands Édentés, troupes de Chevaux) qui constituaient les proies ordinaires de ce puissant déprédateur.
®) Voir à ce sujet Marrmew, Phylogeny of the Felidæ (loc. cit., p. 305-307).
MAMMIFÈRES DE TARHA. 31
Les conclusions que nous pouvons tirer des études précédentes sont, les unes plutôt d'ordre géologique, les autres d'ordre zoologique.
Les premières ont trait à l'âge de la faune de Tarija aux conditions : climatériques probables dans lesquelles vivait cette faune, à l'époque où s’est accomplie la double migration, dont nous avons souvent parlé, des grands animaux du Nord vers le Sud et de ceux du Sud vers le Nord, à l'étendue de l'isthme qui réunissait alors les deux continents.
Âge de la faune de Tarija. — La faune de Tarija comprend, d'après la riche collection que nous venons de décrire et d'après les recherches antérieures de P. Gervais et d'Ameghino, environ 35 espèces de Mammifères de grande taille”.
*Mastodon andium Cuv.").
*Tapirus cf. americanus Lin. (T. tarijensis Amegh.). “Hippidium neogæum Lund.
“Hippidium principale Lund.
“Onohippidium Devillei P. Gerv.
*Equus andium Branco, var. insulatus Amegh.
“Dicotyles cf. major Lund.
Cervidé ind.
“Palæolama Weddeli P. Gerv.
*Palæolama Crequü nov. sp. (et variété provicugna nov.). “Hemiauchenia cf. paradoxæa H. Gerv. et Amegh.
* Lama Castelnandi P. Gerv. et variété prehuanaca.
(1) La petite faune est inconnue, peut-être en raison de la nature assez grossière des sédiments, | peut-être parce que l'attention des indigènes qui ont récolté des fossiles s'est portée sur les plus <°po C'est. un fait général en “an
dans des argiles ou des marnes ; la faune des limons sableux, des sables ou des graviers est toujours composée de gros animaux,
() Les espèces représentées dans la collection de Créqui-Montfort sont marquées d'un asté-
risque.
*Lama intermedia P. Gerv.
*Lama mesolithica Amegh.
*Toxodon cf. platensis Owen. * *Macraachenia patagonica Owen.
*Glyptodon clavipes Owen.
*Dasypus cf. villosus Desm.
Dasypus cf. sexcinctus Linné.
*Tatusia grandis Amegh.
*“Megatherium americanum Blum. (var. tarijensis Amegh.). *Lestodon armatus P. Gerv.
*Mylodon rotustas Owen (var. tarijensis Amegh.) “Scelidotherium tarijense P. Gerv.
“Scelidotherium patrium Amegh.
*Ctenomys subassentiens Amegh.
*“Myocastor coypus Molina.
“Hydrochæras capybara Erxi. (var. tarijensis Amegh.). Arctotherium tarijense Amegbh. et À. Wingei Amegh. Palæocyon tarijensis Amegh.
*Canis proplatensis Amegh.
*Conepatus cf. suffocans Hlig.
*Felis platensis Amegh.
“Smilodon neogæus Lund. (var. ensenadensis Amegh.).
Cette faune est tout à fait différente de la faune actuelle puisque, parmi les 28 genres qu’elle comprend, plus de la moitié sont totalement éteints maintenant { Mastodon, Macrauchenia, Toxodon, Hippidium, Onohippidium, Hemiauchenia, Palæolama, Glyptodon, Megatherium, Lestodon, Mylodon, Scelidotherium, Arctotherium, Palæocyon, Smilodon). H semble donc, au premier abord, qu'on soit en présence d’une faune archaïque, plus ancienne que le Pléistocène, et telle a été l'opinion de la plupart des paléontologistes jusqu'aux vingt dernières années; Gaudry, Zittel, Ameghino considéraient les dépôts de ALES et même ceux des Pampas comme pliocènes.
Mais la présence de la plupart de ces genres éteints dans les cavernes du Brésil et dans les limons tout à fait superficiels de la Pampa, la découverte d'ossements de Gravigrades et de Glyptodontes dans des dunes sableuses de la côte près de Buenos-Aires avec des restes humains!? ont
® Lypek Ken, Geographical History of Mammals, p.105.
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ompeckj, Philippi et d autres, à regarder la faune Da ee comme pléistocène. La découverte de restes de peau et de chair adhérentes aux os de grands Édentés et d’ Équidés dans les cavernes d'Ultima Esperanza n'a fait que confirmer cette opinion en montrant que l'extinction des | grands herbivores de la faune pampéenne est un événement relative-
ment récent ; et la plupart des géologues sont d'accord maintenant pour À sé le Pampéen dans le Piocènc" D,
à Cherchone donc à préciser les rapports de la faune de Tarija avec celle du Pampéen, avec celles des cavernes du Brésil et des gisements moins riches et moins connus mais à peu près contemporains de l'Équateur et du Pérou. Le tableau suivant facilitera cette comparaison.
PAMPAS CAVERNES TARIJA PUNIN (Equateur) d'après Branco (E).
: BUENOS-AIRES ET DE LA PLATA d’après la collection de Créqui-Montfort Grotte de Tirapata (Pérou) PA DE LAGOA-SANTA (BRÉSIL) d'après Nordenskjüld (T).
et les travaux g d’après Lund, Winge , ete. Limons de l’Uragusy (U),
de P. Gervais et d’Ameghino, du Chili (C).
Mastodon andium. ........ Mastodon andium......... Mastodon andium (E), (mn, (U), (C) Tapirus americanus. ...... Tapirus cf. americanus.
Tapirus cristatellus.
-.| Macrauchenia patagonica. . .| Macrauchenia patagonica.
| Toxodon platensis.…....... Toxodon platensis.
Equus CHROME Le ee 5e Equus andium race insulatus| Equus andium (E). ie AL ONE SE EP EIR Equus rectidens.
| .| Hippidium principale... ... Hippidium principale. |; |Hippidiara neogæum. . . .-. Hippidium neogæum. MR ei enr co Onohippidium Devillei, . ..… Onohippidium ef. Devillei(C). | Onohippidium peruanum (P) | (Hyperhippidium serve).
TE Dicotyles torquatus. . ...... Dicotyles major (D. ef. tor-| Dicotyles sp. (P). | quatus).
ss. || Dicotyles labiatus.
OEM | Dicotyles stenocephalus.
PAMPAS DE BUENOS-AIRES ET DE LA PLATA d’après Burmeister, Gervais,
Lydekker, ete.