‹ Mammifères fossiles de TarijaChapitre 7 sur 61 · MANDIBULE · texte numérisé non relu

MANDIBULE

Le beau crâne que nous avons décrit en premier lieu était accompagné de sa mandibule (pl. 1).

Fort semblable par sa forme générale à une mandibule d'Éléphant, elle en diffère dans les détails. Elle a un aspect plus bas et moins raccourci; son apophyse coronoïde est plus réduite, le bord postérieur de la branche montante est presque rectiligne au lieu d'être courbe; la branche horizontale est beaucoup plus allongée ; la symphyse du menton, très allongée aussi, a, de profil, une forme incurvée toute différente de la forme presque rectiligne de la symphyse des Éléphants. Vue en dessus {pl. I, fig. 2“), ses branches paraissent non seulement plus longues, mais encore plus rapprochées et plus parallèles.

La forme divergente des branches de la mandibule est liée, chez

tous les Mammifères, au raccourcissement de la face, à la diminution du nombre ou de la taille des dents; c’est un caractère d'évolution progressive: les Mastodontes de Tarija n'ont pas encore atteint un stade assez avancé pour le présenter.

La mandibule, vue de face (pl. If, fig. 6), montre que la gouttière de la symphyse mandibulaire se prolonge ici vers le bas, à peu près de la même manière que chez les Éléphants, et qu'il n'y a pas de traces de défenses inférieures, du moins chez cet individu.

Variations de la mandibule. — La planche VI et les figures de texte ci-Jointes (fig. 10 et 11) montrent que la forme de la mandibule est variable. Les différences sont assez grandes pour que Philippi!), Pompeckj ® leur aïent accordé la valeur de caractères spécifiques, et les aient traduites par des désignations spéciales : M. bolivianus, M. chilensis. Pour Nordenskjôld, au contraire, il ne s'agit que de caractères sexuels. Il y a aussi des variations tenant à l'âge des individus, comme chez les autres Mammifères.

Les différences portent principalement : 1° sur la longueur et la largeur de la gouttière symphysaire ; 2° sur le parallélisme ou la convergence des branches horizontales ; 3° sur la présence ou l'absence de traces d’alvéoles pour les défenses inférieures, caduques de très bonne heure ; 4° sur la courbure plus ou moins prononcée de la symphyse vers le bas ; 5° sur le développement des saillies en forme de lèvres à la face inférieure, à droite et à gauche de la suture des deux branches; 6° sur l'existence ou l'absence d'une apophyse saillante pour l'insertion du génioglosse; 7° sur le développement de l'apophyse coronoïde et sur la gracilité plus ou moins considérable de la branche montante près du condyle.

D'après la forme de la gouttière symphysaire, on peut distinguer immédiatement deux groupes : l'un (fig. 10, n° 2, 5), dans lequel cette gouttière est longue et étroite, avec des bords presque parallèles; l'autre (fig. 10, n° 1, 3), dans lequel elle est plus courte, plus large, à bords

®) Zeitsch. der deutsch. Geol. Gesellsch., 1893. land von Bolivia (Palæontographica, vol. 52, @) Mastodon-Reste aus dem interandinen Hoch- 190 ).

convergents"). Ces deux groupes sont distincts, quels que soient l'âge ou la taille des animaux dont on considère les mandibules. En général,

Série de mâchoires inférieures de Mastodon andium de Tarija, vues de face. — 1/9" dé la grandeur vraie.

Plusieurs auteurs, notamment Philippi, ont que la symphyse du M. andium est extrêmeadmis, d'après la forme publiée par d'Orbigny ment longue. En réalité cette figure n'a pas

Voyage dans l'Amérique méridionale, pl X), été faite d'après nature, mais d'après un

celles qui ont une gouttière symphysaire large présentent des rudiments d’alvéoles de défenses inférieures (fig. 10, n° 1, 3), et celles à gouttière symphysaire étroite en sont dépourvues (n* 2, 4). E. Nordenskjüld pense que les premières ont appartenu à des mâles et les secondes à des femelles !),

Fig. 12.

Trois mâchoires inférieures de Mastodon andium de Tarija, vues par leurs faces inférieures.

1/7° de la grandeur vraie.

I y a pourtant des exceptions à cette règle. La mandibule représentée pl. VI, fig. 5, par exemple, a des traces d'alvéoles, bien que le goulot symphysaire soit long et étroit; inversement la mandibule de la belle tête figurée pl. [ n'a gardé aucun vestige de défenses inférieures, bien que sa gouttière symphysaire soit large et que le magnifique développement des défenses supérieures accuse un individu mâle.

L'incurvation de la symphyse vers le bas (pl. VI) paraît être plus forte sur les mandibules qui portent des marques d’alvéoles de défenses, mais il y a des différences individuelles ou en rapport avec l'âge des sujets. Les jeunes ont un menton plus prolongé en avant ©.

La présence, à la face inférieure de la symphyse, de deux saillies en forme de lèvres et auxquelles Philippi et Pompeckj avaient attribué la valeur de caractères spécifiques, quand ils ont créé ou admis les termes de M. chilensis et de M. bolivianus, n'a aucune importance. Ces saïllies. varient suivant les individus; pourtant elles sont ordinairement plus

dessin exécuté par d'Orbigny, au cours de son ® Des observations analogues ont été faites voyage en 1832, et dans des conditions sur les Eléphants par Lerrt Anams (British si défectueuses qu'elles expliquent son inexac- fossil Elephants, 1877, p. 134 et suiv. Palæontogr. titude. Soc.) et PouxiG (Dentition und Kraniologie der

u) Nonpexsxsôp (E.), loc. cit. E. antiquus, p. 415 et suiv.).

marquées sur les mandibules qui présentent des traces d’alvéoles de défenses et, d'autre part, leur saillie est d'autant plus accentuée qu'il s'agit d'animaux plus âgés. Elles correspondent probablement aux insertions du muscle digastrique (fig: 11 du texte).

L'existence, à la face interne de la symphyse, d’une saillie assimilable à l'une des apophyses géni de l'Homme, est un caractère signalé par Pompeckj"” et qui est moins important encore. Nous n'avons observé cette petite crête médiane que sur une mandibule, les autres en sont dépourvues.

Le développement de l'apophyse coronoïde en largeur et en hauteur était probablement en rapport avec la robustesse du muscle crotaphyte, plus grande chez les mâles que chez les femelles, chez les adultes que chez les jeunes.

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