‹ Mammifères fossiles de TarijaChapitre 8 sur 61 · DENTITION · texte numérisé non relu

DENTITION

Défenses. — On sait depuis longtemps que le Mastodon andium adulte n'avait que deux défenses placées à la mâchoire supérieure.

Au crâne que nous avons pris pour type, la défense gauche est entièrement en plâtre, mais la défense droite est intacte et parfaitement conservée.

Sa partie proximale , ou sa racine, étant restée dans l’alvéole, le reste a pu être très exactement remis en place, grâce à la forme nette de la cassure (pl. 1, IE et INT). :

Sa longueur est de 1 m.34 en ligne droite, de la pointe au milieu du bord alvéolaire. Sa section est légèrement elliptique; son diamètre horizontal mesure o m. 130 à la sortie de l'alvéole et jusque vers le milieu de la longueur; à o m. 20 de la pointe il est encore de o m. 105, c'est dire qu'il décroît peu.

La défense est contournée en spirale dans le sens des aiguilles d’une montre. La direction de cette spirale est très facile à suivre en observant les cannelures qui s'étendent à la surface de ivoire, de la base à la pointe; la spirale se dirige d'abord vers l'extérieur et vers le bas,

2 Pomrecxs, Mastodon-Reste aus dem interandinen Hochland von Bolivia ( Palæontographica , Bd. 52, 1905).

puis \ vers l'intérieur, en se relevant, et finalement, redescend vers l'extérieur ll). fi |

On observe près de la pointe, à la face supérieure, une bande d’ nai épaisse de 1 millim. 5 et large de 58 millimètres ; elle est très visible, suivant le sens de la spirale, sur une longueur de om. 56 environ à partir de la pointe. Plus près de l'alvéole, sur les faces interne et inférieure de la défense, elle est beaucoup plus effacée, usée probablement par le frottement de la trompe, car, après avoir cessé d'être visible, on la retrouve près de l'alvéole à la partie inférieure et externe de la défense ©.

La pointe, peu usée latéralement, l'est assez fortement en biseau sur la face inférieure. Cette forme d'usure semble montrer que les défenses servaient surtout à fouir le sol.

Variations des défenses. — En joignant à la nombreuse série des défenses rapportées par M. de Créqui-Montfort celles qui se trouvaient déjà dans les collections du Muséum, et en particulier celles que Weddel à recueillies à Tarija, nous avons pu étudier les variations dues à l’âge et celles qui, chez les adultes, sont attribuables au sexe.

Les défenses commençaient à percer au dehors lorsque le jeune Mastodonte possédait ses deux premières molaires et que la troisième sortait à peine de son alvéole (pl. IV, fig. 1). En pratiquant une ouverture dans l'alvéole à ce stade on peut reconnaître que, près de la pointe, dans la partie qui correspond au début de son développement, la défense est complètement entourée d'émail. C’est seulement quand son diamètre atteint o m. 20 ou o m.25 que l'émail constitue une bande plus épaisse et, à l'origine, dans l'alvéole, cette bande est située à la face supérieure de la défense. C'est par suite de la croissance en spirale que la bande d'émail apparaît à la sortie de l'alvéole, à la face externe inférieure chez

les animaux plus âgés.

L'émail des jeunes défenses est rugueux, comme le montre un exem-

U) Les défenses du Mammouth décrivent leur* % La bande d'émail décrit donc ici les 3/4 enspirale dans le même sens d'après les travaux viron d'un tour de spire. récents de Hertz, Pfitzenmayer, Dietrich, etc., et ” Elle est, à ce momeñt, comparable à la

les observations sur des représentations graphi- bande d'émail des Rongeurs. ques de l'art quaternaire.

MAMMIFÈBES DE TARIA. 5

plaire, long de om. 25 environ, qui présente déjà une torsion en spirale sensible et dont la section est très elliptique (pl. TE, fig. 3 et 3“).

Une mâchoire supérieure, recueillie par Weddel et figurée par Gervais, a appartenu à un animal un peu plus âgé, dont la première molaire est déjà tombée. La seconde est en plein usage, la troisième commence à fonctionner, et la quatrième n’est pas encore sortie de la mâchoire". On voit parfaitement, sur cette précieuse pièce, la bande d'émail de la . défense dans son alvéole; cette bande, placée à la face supérieure, a sa surface chagrinée, en quelque sorte quadrillée par l'entrecroisement de cannelures longitudinales et de lignes transversales d'accroissement (pl. I, fig. 4).

Quand la quatrième molaire apparait, la défense a environ o m.60 de longueur; sa bande d'émail, continue depuis l'alvéole jusqu'à la pointe, fait à peu près un quart de tour de spire. Près de l'alvéole elle est large de o m.06 environ et rugueuse; près de la pointe elle n’a que o m.045 et, par suite de l'usure superficielle, sa surface est lisse.

On peut considérer comme des défenses d'animaux adultes celles dont la longueur dépasse 1 m.25. Il en est, parmi elles, de particulièrement grêles et Nordenskjôld a émis l'hypothèse très vraisemblable que ce sont des défenses de femelles®. Nous en figurons une dont le plus grand diamètre n'excède pas o m.10, quoique sa longueur dépasse 1 m.10 (pl. HE, fig. 5). D'autres, beaucoup plus massives, peuvent être attribuées à des mâles : tel un exemplaire dont le diamètre atteint o m. 180 et dont la longueur n'est que de 1 m.30.

La plus longue défense de M. andium de Tarija que nous ayons pu observer fait partie de la collection Weddel; elle à 1 m.85 de longueur et son plus grand diamètre est de o m. 155. La défense recueillie par le même naturaliste et figurée (pl. If, fig. à et 2‘) est un peu plus courte, 1 m. 48 de longueur; on peut la considérer aussi comme ayant appartenu à un mâle).

(2 Genvais (P.), Mammifères fossiles del'Amé- des Tarijatals. L. Mastodon andium ( Kgl. Svenska rique méridionale, 1855, pl. V, fig. I, Ta. Gervais Vetensk.-Akad. Handlingar, Bd. 37, 1903). considérait ces molaires comme la 3°, la 4° et ® Nous avons fait figurer cette défense à cause la 5°. | ‘ du bon état de sa bande d'émail, qui fait environ ® NorpexsxsôtD (E.), Ueber Saügetierfoss. 3/4 de tour de spire, et qui est large de o m.077

Traces de défenses inférieures. — Ce que nous venons d'exposer a trait aux défenses supérieures. Le Mastodonte de Tarija est à un stade d'évolution assez avancé pour qu'on n'ait jamais observé la présence de

véritables défenses inférieures en place, mais bon nombre de mandibules présentent, en avant de la symphyse, des particularités prouvant que ces défenses ont pu exister et tomber de très bonne heure. H n'y a plus là qu'un souvenir des formes ancestrales inunies de longues incisives à la mâchoire inférieure, comme à la màchoire supérieure.

Sur un fragment de mandibule de très jeune Mastodonte, dont les premières molaires n'ont pas encore fonctionné (pl. V, fig. 1, 1°, 1°), on observe une cavité à peu près cylindrique, dirigée presque horizontalement, et qui est très probablement une alvéole de défense). Le Mastodonte, très jeune, peut-être même à l'état de fœtus, semble avoir eu une paire de défenses inférieures.

Les mandibules d'animaux un peu plus âgés, dont les premières dents commencent à s'user, ne présentent plus que des cavités extrêmement réduites. À un stade ultérieur, quand la première dent est déjà tombée et la seconde très usée, on ne voit plus, en avant de la symphyse, que deux dépressions ovales remplies d’un tissu osseux assez spongieux.

Plus tard, ce tissu spongieux se résorbe plus ou moins suivant les individus, en même temps que l'extrémité de la symphyse s’incurve de plus en plus vers le bas. Certaines mandibules ne présentent plus la moindre trace d’alvéoles de défenses, alors que la quatrième molaire n'a pas encore commencé à fonctionner, tandis que d'autres mandibules d'animaux tout à fait adultes, chez lesquels la dernière molaire est en voie d'usure, portent encore, à l'extrémité du goulot de la symphyse, deux dépressions à contour elliptique remplies de tissu spongieux. Ces dépressions sont généralement dirigées vers le bas; dans un cas pourtant, elles sont dirigées vers l'avant (fig. 10, n° 3); c'est probablement une anomalie. On peut aussi considérer comme un cas exceptionnel la présence,

environ vers le milieu de la défense, de om.065 a déjà publié un semblable tableau (loc. cit, p. 8)

à om. 10 de Ja pointe. | auquel nous renvoyons le lecteur,

On pourrait donner ici un tableau des lon- ®) Nordenskjôld a figuré une symphyse d’anigueurs, des diamètres, de l'enroulement, de la mal très jeune avec les deux cavités alvéolaires largeur de l'émail des défenses de Tarija pour droite et gauche.

en montrer la variabilité, mais E. Nordenskjôld,

ot

chez un individu très âgé (fig. 10, n° 5), de deux orifices circulaires de o m. 01 environ de diamètre qui paraissent être de véritables alvéoles. Beaucoup d'autres mandibules d'animaux tout à fait adultes ne présentent pas la moindre indication d'alvéole ou de dépression.

E. Nordenskjôld a émis l'hypothèse que les mandibules tout à fait dépourvues de traces d'alvéoles ont appartenu à des femelles, tandis que celles qui ont conservé quelque indice de ces organes ont appartenu à des mâles.

Molaires. — Les molaires de Mastodon andium sont trilophodontes . Chacune des trois collines principales qui les composent est formée de deux éléments ou denticules : Fun, plus ou moins , mamelonné et accompagné de tubercules accessoires, donnant par usure une figure en forme de trèfle; l'autre, disposé plutôt en forme de crête.

Pour décrire les diverses molaires, nous prendrons comme type une dent moyenne, la quatrième, désignée souvent comme première molaire véritable lorsqu'on considère les trois précédentes comme des dents de lait. Nous indiquerons en quoi diffère chacune des autres dents ©.

Molaires supérieures. — La 4° molaire supérieure (pl. IV, fig. 6) a une longueur d'environ om.095, une largeur moyenne de o m.063, une hauteur moyenne de o m. 055. Elle est nettement trilophodonte. La partie interne de chacun de ses trois lobes est constituée par un mamelon principal flanqué de deux mamelons accessoires plus bas et qui interceptent les vallées transversales; c'est l'ensemble de ces trois mamelons qui prend une apparence de trèfle après usure. La moitié externe de chaque lobe est, au contraire, disposée en forme de crête transverse, formée par

® On sait que cette expression, créée par Falconer, ne s'applique pas aux dernières molaires

qui, chez tous les Mastodontes, présentent une :

colline de plus que les précédentes. M. andium, étant trilophodonte, a donc ses dernières molaires composées de quatre collines et d’un talon. Un Mastodonte tétralophondonte, tel que M. arvernensis, a cinq collines et un talon à ses sixièmes molaires. É

® TI peat étre utile d'indiquer, dès à présent,

comment on parvient à orienter une molaire de M. andium. La partie la plus usée de la couronne étant placée en avant et le talon en arrière, on examine les trèfles d'émail produits par l'usure sur un des côtés de la dent plus rapidement que sur l'autre Ces trèfles sont internes aux molaires supérieures, externes aux molaires inférieures. Comme chez tous les Proboscidiens, les molaires supérieures du M. andium sont relativement plus larges que les molaires inférieures.

Faccolement linéaire de trois mamelons à peu près égaux. Cette molaire présente, en outre, un bourrelet antérieur crénelé et un talon postérieur formé de trois mamelons bas. L'émail, qui recouvre toute la dent , est épais, assez fortement plissé . I n'y a pas de cément ?.

. La 5° molaire supérieure ne diffère guère de la précédente que par ses dimensions un peu plus fortes. Longueur, o m. 127; largeur moyenne, o m.088; hauteur moyenne, o m.0580. Son talon est aussi plus développé (pl. IV, fig. 7).

La 6°, ou dernière molaire supérieure (pl. IV, fig. 8), a quatre lobes principaux et un talon plus ou moins volumineux. Le développement variable du talon entraîne d'assez grands écarts dans les dimensions de la dent, mais sa longueur n'est jamais inférieure à o m. 160, sa largeur est voisine de o m.080. Les deux premiers lobes sont conformés comme ceux des molaires précédentes; aux deux lobes postérieurs, les tubercules externes sont plus arrondis, moins disposés en crête transverse, de sorte que cette dent donne plus que les autres, quand elle est très usée, un aspect en double trèfle qui peut amener une confusion entre les molaires de Mastodon andium et celles d’une autre espèce sud-américaine,

le Mastodon Humboldui.

Molaires supérieures de lait. — On considère souvent comme dents de lait les trois molaires antérieures des Mastodontes. La dernière de ces dents se distingue de la molaire que nous avons prise comme type, et qu'elle précède immédiatement, par sa taille plus petite (longueur, o m. 080 environ, largeur moyenne, o m.050) et par son émail très verruqueux (pl. IV, fig. 5), formant, même dans les vallées, des mamelons auxiliaires externes assez saillants, de sorte que l'usure donne facilement l'aspect de doubles trèfles plissés.

La seconde dent supérieure, souvent nommée avant-dernière molaire de lait, a encore trois lobes, mais son talon est tout petit. Elle porte

. (9) L'émail des dents supérieures est générale- la plus épaisse couche. L'ontogénie est donc

ment plus plissé que celui des molaires inférieures. ici, suivant la loi générale, parallèle à la phylo- () Les trois premières dents n’ont pas de cé génie.

ment ou n’en avaient qu'une mince couche qui a ®) Les dimensions sont assez variables ; celles-ci

disparu ; c'est la dernière molaire qui en porte se rapportent à une dent de taille moyenne.

également dans les vallées des mamelons secondaires; la dent photographiée ici (pl. IV, fig. 4) présente, en particulier, un assez gros mamelon interne entre le premier et le second lobe. Sa longueur est de om. 050, sa largeur moyenne de o m. 035.

La première dent (pl. IV, fig 3) n'a que deux lobes, avec un petit bourrelet en avant et un talon en arrière. Les deux spécimens que nous avons sont trop usés pour se prêter à une description plus détaillée de la couronne).

Molaires inférieures. — La 4°, que nous prenons comme type (pl. IV, fig. 12), parait plus allongée et surtout plus étroite que la molaire supérieure correspondante (longueur, o m.095 environ; largeur au milieu, om.0)0; hauteur au-dessus du collet, avant usure de la couronne, o m.045). Elle est formée de trois lobes à peu près égaux, d'un talon assez développé et d’un très faible bourrelet antérieur.

Chacun des trois lobes est constitué par une partie interne en forme de crête transverse produite par l'accolement de deux mamelons et par une moilié externe en forme de trèfle, constituée par un mamelon principal médian et deux mamelons annexes latéraux interceptant les vallées transversales. Le talon postérieur est formé de deux mamelons, dont l'externe est le plus saillant, et qui se prolongent, de part et d'autre, par un bourrelet. L'émail de cette dent est très épais, rugueux; il y a parfois un peu de cément dans les vallées. |

La 5° molaire inférieure (pl: IV, fig. 13) diffère de la précédente par sa plus grande taille (longueur, o m. 115; largeur moyenne, o m.064; hauteur avant l'usure, o m.055) et aussi par le développement plus considérable des mamelons auxiliaires de la partie externe, ce qui rend plus frappante encore la disposition en trèfle de cette partie. Le talon est plus fort; il comprend plusieurs mamelons et tend à former un quatrième lobe pourvu, lui aussi, d'un‘trèfle externe. Le bourrelet antérieur est plus saillant.

La dernière molaire inférieure (pl. IV, fig. 14) a quatre lobes el un talon. Les lobes sont composés comme aux dents précédentes et ont la même

® Erland Nordenskjôld a représenté (loc. cit, d'usure moins avancé que celles de la collection pl. I, fig. 7) une première dent dans un état de Créqui-Montfort.

. forme générale, mais, à la base des tubercules internes, dans les vallées, apparaissent des mamelons auxiliaires de sorte:que, si la dent est assez usée, il y a non seulement un trèfle d'émail du côté externe, comme aux autres molaires, mais encore un trèfle interne, particularité que nous avons déjà observée à la dernière molaire supérieure. Le talon, nous le verrons bientôt, est assez variable.

Molaires inférieures de lait. — La 3° molaire inférieure, ou 3° molaire de lait (pl. IV, fig. 11), est tout à fait de même type que la 4° molaire, mais plus petite (longueur, o m.75; largeur, o m.48 ); les trèfles externes sont un peu moins nets, l'émail est un peu plus plissé, le talon se réduit à un bourrelet crénelé. Elle a un peu de cément.

La 2° molaire inférieure (pl. IV, fig. 10), ou 2° molaire de lait, est encore plus petite {longeur, om.055; largeur, o m.032). Son émail est très plissé, de sorte que l'usure produit un trèfle à contour déchiqueté. Le bourrelet antérieur est ici plus développé que le talon. I y a souvent un petit bourrelet crénelé à la base des tubercules externes.

La 1° molaire inférieure (pl. IV, fig. 9), très exiguë, n’a que deux lobes, un talon et un tout petit bourrelet. Le premier lobe est à peu près conique; le second, quand il est usé, a sensiblement le même aspect que le premier lobe de la dent suivante. Longueur totale de cette 1 molaire, o m.023; largeur du premier lobe, o m. 014 ; largeur du second lobe, o m.018.

Une mandibule de tout jeune Mastodonte, portant des dents sans la moindre trace d'usure (pl. V, fig. 1), montre que chaque lobe de la 1" molaire est composé de deux tubercules accolés et que son émail est assez fortement plissé.

Remplacement des dents. — On sait depuis Lartet!? que le remplacement des molaires se fait normalement chez les plus anciens Mastodontes : la prémolaire qui va apparaître chasse de bas en haut la dent de lait qui la surmonte. Chez les espèces de Mastodontes plus récentes, :

-iULE, Lanrer, Sur la dentition des Probos- que... (Bull. de la Soc. Géol. de Françé;2! série, cidiens fossiles et sur la distribution géographi- t. XVI, p. 469 et suiv.).

comme chez les Éléphants, par suite probablement du raccourcissement des mâchoires, les dents de lait sont chassées d'arrière en avant, par les arrière-molaires, avant que des prémolaires aient pu remplacer la première dentition. Il n’y a donc pas de véritables prémolaires; la série de dents triturantes comprend, à chaque mâchoire, à droite et à gauche, trois molaires correspondant aux molaires de lait de la plupart des Mammifères et trois arrière-molaires qui se poussent d’arrière en avant, de facon à être successivement en fonction.

I en était ainsi déjà chez notre Mastodon arvernensis du Pliocène européen et chez le plus récent des Mastodontes, le M. americanus ".

Nous avons cherché en vain des traces de dents de remplacement sur les jeunes mâchoires de M. andium de notre collection. I faut donc admettre qu'ici également les premières molaires sont des dents de lait, comme l'ont dit la plupart des auteurs, après Falconer. Mais il est possible, en raison de la longueur de leurs racines et en raison de la ressemblance entre la dernière de ces dents et la première arrière-molaire, que ce soient des prémolaires et que les molaires de lait fussent expulsées de très bonne heure ou résorbées à un stade fœtal ©).

Quoi qu'il en soit, les dents inférieures poussent à la fois de bas en haut et d’arrière en avant, les supérieures, de haut en bas et d’arrière en avant. Comme les unes et les autres effectuent en même temps une sorte de mouvement de bascule, leur surface masticatrice, fortement oblique quand les dents sont entièrement logées dans les alvéoles, devient peu à peu horizontale quand ces dents arrivent au jour. Chaque molaire, chassée vers l'avant par la dent suivante, en même temps qu'elle s'use

0 Warren, Description of Skeleton of Mastodon yigantens, Boston, 1852. Owex a figuré (Odontography, pl. 144, fig. II) une mâchoire de M. americanus avec une molaire de remplacement, mais cette figure parait être plus théorique qu'exacte.

®) La plupart des paléontologistes actuels notent ces dents : D,, D,, D,, M,, M,, M... 11 semble qu'il vaudrait mieux garder l'ancienne terminologie de Gervais et de Blainville, et dire simplement : 1", 2°, 3°, 4°, 5°, 6° molaires, sans préjuger si les premières sont des dents de lait ou

des prémolaires. La notation D,, D,, D, pour les molaires de lait oblige généralement les auteurs à employer des périphrases et à dire : « la dent de lait antérieure, la dent de lait moyenne, la dent de lait postérieure ». H serait d'ailleurs plus logique de noter D,, D,, D,,M,, M,, M,. C'est surtout M"° M. Pavcow (Les Eléphants fossiles de la Russie, Nouveaux Mém. de la Soc. Imp. des Natur. de Moscou, t. X VIT, p. 5 et suiv.) qui, parmi les auteurs récents, a préconisé les symboles M, M,, M,, M,, M,, M, n'impliquant aucune hypothèse et d'un emploi plus commode,

oh ché ÈS dE LS Ed

PROBOSCIDIENS. a ; A1

peu à peu, finit par tomber quand elle est très usée, et son alvéole se ferme assez rapidement pour qu'on n'observe pas en général, en avant d'une molaire en plein fonctionnement, la trace de la molaire qui la précédait. | 70

Ordinairement il n'y a que deux dents en état d'usure sur chaque demi-mâchoire (soit au total huit dans la bouche) et, pour parler d’une façon plus précise, il n'y a qu'une dent et le tiers ou la moitié d’une autre : l’antérieure étant fortement usée et la suivante entamée par l'usure sur une partie de sa longueur, quand la troisième sort à peine de l'alvéole. On peut dire, plus simplement encore, qu'il n'y a généralement que quatre (ou parfois cinq) collines en voie d'usure simultanée, que ces collines appartiennent à une seule molaire ou à deux molaires consécutives.

La collection de Créqui-Montfort nous a permis de donner la photographie d'une intéressante série de sept mächoires inférieures ayant appartenu à des Mastodontes de divers âges et qui mettent bien en évidence le mode de remplacement et d'usure des dents (pl. V, fig. 1; toute la pl. VI et pl. I, fig. 2).

On voit (pl. V, fig. 1) la 1°et la 2° molaires inférieures en place dans leurs alvéoles et ayant qu'elles soient entrées en fonction.

Les figures 1 et 1° de la planche VI représentent une pièce où la 1" molaire est tombée, la 2° est très usée, la 3° est en voie d'usure et la 4° commence à percer.

Les figures 2 et 2° montrent un état un peu plus avancé : la 3° molaire est tombée, la 4° est en plein fonctionnement et la 5° sort de l'alvéole.

Les figures 3 et 3“ représentent un stade encore plus avancé : la 4° molaire gauche est tombée, la dent correspondante du côté droit n'a plus que sa partie postérieure extrêmement usée, la 5° est en partie abrasée et la 6° commence à se montrer.

Sur la mandibule d'un individu plus âgé (fig. 4 et 4*), la 5° dent est très usée, la première colline de la 6° molaire commence à fonctionner.

La figure 2“ de la planche I représente la dernière phase du remplacement des dents : la 5° vient de tomber, son alvéole est encore béante,

MAMMIFÈRES DE TARIJA 6

n2 MAMMIFÈRES FOSSILES DE TARIJA.

en train de se fermer. et trois collines de la 6° molaire sont di entamées par l'usure.

Enfin, sur une mandibule d'animal tout à fait âgé (PLVE fa 5,:5°)4 on voit la dernière molaire complètement usée et même Hat à son tour vers l'avant ".

Des satin convenablement choisis permettraient d'établir une série semblable pour montrer le mode de remplacement des dents supérieures. Nous figurons seulement deux mâchoires. L'une (pl. IV, fig. 1) présente la 1° et la 2° molaire en fonctionnement; une autre (pl. IV, fig. 2) montre la 4° molaire très usée, sur le point de tomber, la 5° en usage et la 6° sortant de son alvéole ©.

Variations des molaires. — L'étude de ces variations, fondée sur l’examen d'une centaine de dents entières, montre combien les caractères d'une même espèce, dans un même gisement, sont loin d'être constants.

La détermination des Mastodontes est basée principalement, et forcément, sur le nombre et la forme des collines ainsi que des tubercules qui constituent ces collines. Mais la forme est sujette à d'assez larges variations, suivant les individus. Les dessins ci-joints (fig. 12) prouvent que les différences dans le plissement de l'émail sont telles que beaucoup de paléontologistes y verraient des caractères distinctifs de plusieurs espèces si les dents leur étaient présentées comme provenant de gisements différents.

L'aspect des dents varie beaucoup avec leur usure. Le caractère prin-

() On pourrait émettre des hypothèses sur l'âge dés animaux auxquels ont appartenu ces mandibules, en se basant sur ce qu'on sait des dates d'apparition des diverses dents chez les Eléphants actuels. Mais rien ne prouve que les choses. se passaient ainsi chez les Mastodontes.

© Osponx a indiqué un autre moyen d'estimer l'âge des Proboscidiens (Proceed. of the 7" Internat. Zoolog. Congress, Boston, 1907). Il a remarqué,

sur les défenses de Mastodon -americanus et de

Mammouth, une série de légères dilatations et

constrictiôns ‘annulaires : qui- correspondraient :

aux stades de croissance annuelle. I sufhrait de compter le nombre de ces stades pour avoir l'âge des Proboscidiens. Les défenses de Mastodon andium montrent mal ces accidents de surface.

.. ® Nous avons déjà signalé la présence, dans la collection de Paléontologie du Muséum, d'une intéressante mâchoire supérieure rapportée de Tarija par Weddel et figurée par Geryais. On Ÿ voit la 2° molaire en voie d'usure, la 3° légère-

ment entamée et la 4° prète à sortir de : son

alvéole.

‘pal des molaires de M. andium est qu'à chaque colline l'une des moitiés (interne: aux molaires supérieures, externe aux inférieures) a la forme d’un trèfle, l'autre, la forme d’une crête, ce qui permet de distin: guer le Proboscidien que nous étudions de son congénère, contemporain

Différences de plissement de l'émail d'un même lobe de plusieurs dents de Wastodon andium, 1/2 de la grandeur vraie.

et compatriote, le Mastodon Humboldti. Or, si ce caractère est très net sur des molaires ayant peu fonctionné, il s'eflace peu à peu et les dents très usées de M. andium finissent par ressembler à celles de M. Humboldti, qui présentent deux trèfles au lieu d'un. Les figures ci-jointes (fig. 13), représentant une série de sections horizontales successives d’une même molairel), mettent en évidence ces variations d'aspect suivant le degré d'usure.

Il arrive même que deux molaires de même rang dtau même degré d'usure, l'une droite, l'autre gauche, d'une même mâchoire, présentent, la première un double trèfle, ” seconde un trèfle externe seulement.

w Cu sections, LR en usant à à la “pale . ni plane, ni horizontale comme l'usure artificielle, un morceau de dent, différent un peu d'ailleurs elle est concave et oblique vers l'avant. de ce que donne l'usure näturelle. Celle-ci n'est

En général, les quatre premières molaires, soit supérieures, soit inférieures, n'offrent pas des variations de taille très considérables. E. Nordenskjôld a publié des tableaux de mesures montrant l'étendue de ces

variations.

Fig. 13.

Sections horizontales successives de deux lobes d'une même molaire de Mastodon andium.

1/2 de la grandeur vraie.

Les deux dernières molaires sont celles qui varient le plus : par leur taille, par l'importance du talon, par l'abondance ou la rareté du cément. ii

Nordenskj6ld a montré que la longueur de l’avant-dernière molaire supérieure varie de o m.10g à o m.139, celle de l'avant-dernière molaire inférieure de o m. 112 à o m.140. Pour la dernière molaire supérieure, les variations de longueur sont comprises entre o m.156 et 0 m.198, et pour la dernière inférieure, entre om. 165 et o m.22/.

Nous figurons ici, comme exemples de ces différences de taille, deux cinquièmes molaires supérieures gauches (pl. IV, fig 7 et pl. V, fig. 5); l'une .a o m.127 de longueur et o m.086 de largeur; l'autre a o m.141 de longueur et o m.088 de largeur. Ce sont là des variations tout à fait individuelles, ne présentant aucune régularité ; il est impossible d'y voir même un caractère sexuel.

On peut constater la variabilité du talon sur trois cinquièmes molaires représentées planche V. Sur l'une d'elles (fig. 3), le talon, dont la longueur ne dépasse pas o m.015, est composé d'un gros tubercule médian conique, flanqué à gauche et à droite de deux tubercules plus petits. Sur d’autres (fig. 4 et 5), le talon, de o m.020, comprend, outre le tubercule principal médian, un tubercule annexe interne et une crête denticulée . externe. Dans le dernier cas (fig. 2, 2“), le tubercule principal, très volumineux, est accompagné de deux tubercules internes, le tubercule annexe externe faisant presque défaut. La longueur du talon atteint o m.025, de sorte que la dent paraît présenter ici quatre collines et devenir tétralophodonte (1).

C'est surtout aux dernières molaires qu’on constate l'extrême variabilité du talon. Nous avons choisi trois molaires inférieures comme exemples. L'une (pl. V, fig. 6) a un talon peu développé, court et bas; une autre (pl. V, fig. 7) a un talon déjà plus haut, plus saillant. Dans le troisième exemple (fig. 8), le talon est si développé, si haut, si volumineux qu'il a, de profil, l'aspect d'une cinquième colline; il est même suivi d'un rudiment de talon secondaire. Une telle molaire, considérée isolément, pourrait aussi être attribuée à un Mastodonte tétralophodonte.

Ce sont des variations semblables qui avaient porté Falconer à considérer le M. andium comme une forme de passage entre les Trilophodontes et les Tétralophodontes. En réalité, chez beaucoup de Mammifères, la dernière molaire est très variable et chez les Mastodontes, en particulier, des diflérences semblables à celles que nous venons de rapporter s'observent dans presque toutes les espèces : Mastodon angustidens, M. longirostris, M. arvernensis et même M. Borsoni.

Quant à l'abondance du cément, les variations sont telles que cer-

® E. Nordenskjôld a publié des observations analogues.

taines dents en sont très couvertes, tandis que d’autres dents, de même rang, paraissent en être, ou en avoir été, à peu près dépourvues.

Distinction du sexe chez les Mastodontes de Tarija. =— L'étude des, variations du crâne, de la mandibule et des dents montre qu'il nya, à Tarija, qu'une seule espèce de Mastodonte, contrairement. à l'opinion d'Ameghino et d'Enrico de Carles!”) et conformément à celle de Gervais, Burmeister et Nordenskjüld. Elle corrobore l'hypothèse émise parce: dernier paléontologiste au sujet de la distinction possible des sexes.

On peut admettre que les femelles avaient : 1° des défenses supérieures plus faibles que celles des mâles; 2° une mandibule plus étroite, à branches plus parallèles et, en général, dépourvue de traces de défenses; 3° une gouttière symphysaire plus étroite, plus longue; 4° un menton moins incurvé vers le bas”).

Les males, au contraire, avaient de fortes défenses supérieures, des traces d’alvéoles inférieures plus ou moins oblitérées par un tissu osseux spongieux ; les branches de leur mandibule sont plus convergentes; la gouttière symphysaire est plus large; le menton est plus court, plus incurvé vers le bas.

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