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MÈmoire sue le staphylome pellucide conique de la cornÈe (conictÈ de la cornÈe), et particuliÈrement sur sa pathogÈnie et son traitement

La maladie qui fait le sujet du présent mémoire est rare; son origine et sa nature ont été jusqu'ici enveloppées d'épaisses ténèbres. Le traitement a nécessairement dû se ressentir de la môme incertitude ; entièrement empirique, il n'a pu avoir que des 2e fascicule. 13

résultats d'une nullité désespérante. Les recherches que nous avons faites sur cette maladie nous semblant avoir éclairé sa pathogénie et posé des indications curatives plus précises, notre travail, malgré les détails pathologiques qui n'en ont pu être exclus, ne paraîtra pasdéplacé, nous l'espérons, dans un journal plus spécialement consacré à la thérapeutique.

I. Quelques remarques sur les staphylômes en général. — On a confondu, sous le nom de staphylôme, des maladies oculaires très-hétérogènes qui n'ont de commun entre elles qu'un seul caractère, celui d'une saillie, d'une élévation au-dessus du niveau des membranes externes du globe. Le slaphylôme de la choroïde, par exemple, ne ressemble en rien au staphyiôme de la cornée. En revanche, le staphylôme de l'iris, qu'on regarde généralement comme tout à fait différent de ce dernier, à certaine période de son développement, est parfaitement identique à certains staphylômes de la cornée, chose qui jusqu'ici a entièrement échappé à tous les observateurs, et que par cette raison nous allons signaler en passant. Lorsqu'un staphylôme de l'iris a existé quelque temps et a acquis un volume considérable, sa surface, continuellement irritée par le contact de l'air ambiant et le froissement des paupières, se recouvre d'une matière exsudative fibro-albumineuse. Cette matière se convertit en fausse-membrane acquérant peu à peu une épaisseur et une consistance très-notables, et dont le tissu, blanchâtre ou blanc bleuâtre, lisse et quelquefois vascuîarisé à sa surface, représente une espèce de pseudo-cornée, semblable en tout au tissu du staphylôme cornéen. Le diagnostic alors devient souvent très-difficile, si on n'a pu suivre la marche de la maladie dès sa première origine.

II. Du staphylôme peîlucide conique de la cornée,— Le staphylôme peîlucide conique de la cornée, objet particulier de ce mémoire, comme l'indique son nom, diffère très-notablement des autres staphylômes, qui sont tous opaques. Il se distingue, en outre, du staphylôme opaque de la cornée par la structure de la membrane malade, qui, a i'exception de ses dimensions et de sa forme, n'a subi aucun changement, tandis que dans le staphylôme opaque elle est profondément altérée. Par cette raison, le nom de conicité de la cornée, assez généralement adopté aujourd'hui , nous paraît de beaucoup préférable.

III. Ses caractères pathognomoniques . — lie caractère pathognomonique le plus marquant du staphylôme peîlucide de la cornée suffit à lui seul pour en assurer le diagnostic; c'est une saillie plus ou moins conique de cette membrane, placée le plus souvent à son centre, mais fréquemment aussi un peu latéralement. Cette saillie peut atteindre un volume plus ou moins considérable, et occuper même quelquefois la presque totalité de sa surface; elle affecte toujours une forme conique. C'est à cause de cette forme que la maladie a aussi reçu les noms de staphylôme peîlucide conique de la cornée , conicité de la cornée, cornée conique ou cornée eitpain de sucre [suga r-loaf cornea , conicalformed cornea), noms qui lui ont été imposés en Angleterre , où cette maladie a été observée le plus souvent, et où elle semble en effet être beaucoup plus fréquente que sur le continent. Les autres dénominations qu'on lui a données sont : ôchlodes, ceratoconus, procidence de la cornée, hyperkeratosis, etc., sur quelques-unes desquelles nous aurons occasion de revenir. Quels que soient la durée et le volume de cette saillie (et je parle ici

d'après un assez grand nombre de cas de cette maladie rare que j'ai observés moi-même), elle conserve toujours la forme d'un cône qui ne fait que s'agrandir et devenir plus obtus et comme tronqué à son sommet. La forme du cône est aussi quelquefois un peu plus irrégulière sur ses bas côtés et près de sa base, lorsqu'elle occupe les parties latérales de la membrane.

A ce caractère anatomique correspond d'une manière tout aussi constante , dans l'ordre des symptômes physiologiques, une myopie plus ou moins considérable.

IV. Sy?nptomatologie. — Nous avons indiqué comme le symptôme palhognomonique principal l'é leva lion de Sa cornée en forme de cône. Ce cône, qui peut avoir jusqu'à quatre millimètres (deux lignes) d'élévation au dessus du niveau de la cornée, hauteur qu'il ne dépasse qu'exceptionnellement , paraît tantôt superposé au centre de la membrane, tantôt s'étend uniformément jusqu'à sa circonférence. Lorsqu'il acquiert son plus grand volume, on l'aperçoit quelquefois à travers les paupières fermées, surtout lorsqu'elles sont très-minces; il est bien rare que le rapprochement des paupières en soit gêné. La chambre antérieure est agrandie en raison du volume de îa conicilé; dans un seul cas (Textor) le toucher a donné la sensation d'une fluctuation. Le sommet de la proéminence, toujours plus ou moins obtus, présente un éclat luisant, quelquefois étincelant , comme un morceau de cristal; mais ce phéomène n'est ni aussi général, ni toujours aussi prononcé que l'ont présenté quelques auteurs, et n'a toujours lieu que dans certaines positions et en face d'une vive lumière solaire. Il est surtout erroné de croire, comme l'a dit Lé-

veillé , que par suite de celle concentration des rayons lumineux la pupille se resserre considérablement; je l'ai en général trouvée de sa largeur normale, et, en face même d'une lumière directe et très-forte , je n'ai pas vu qu'elle se contractât plus que sur des individus sains, ou que le scintillement empêchât d'apercevoir facilement la pupille et l'iris, qu'en général on voit mieux de côté qu'en face, à cause de la plus grande difformité de la cornée à son centre et d'une légère opacité du sommet de la saillie, dont nous parlerons dans le paragraphe suivant. Le reflet luisant m'a surtout paru moins marqué lorsque le sommet de la tumeur était plus obtus ou plus opaque. Regardée de profil , où sa forme conique se dessine beaucoup mieux, la tumeur présente, dans sa partie antérieure et dans une étendue plus ou moins grande, une couleur jaunâtre tirant sur l'opale ; elle ressemble quelquefois à de la corne jaune mince et transparente, ou à un morceau de topaze pâle. Son aspect est difficile à décrire, et encore plus difficile à dessiner; tous les efforts de l'habile M. Beau, qui a appris à un si haut degré d'allier l'art à la vérité dans Sa représentation graphique des maladies oculaires, y ont échoué jusqu'ici.

Nous n'avons pas observé d'autres symptômes dans cette maladie. Toutes les autres membranes de l'œil sont saines, et nous regardons comme des complications accidentelles et très-rares celles observées par quelques auteurs, telles que le tremblement de l'iris, sa position normale en forme de concavité, le changement de sa couleur, sa vascularisation , un trouble dans la pupille, une cataracte commençante ou complète, l'amaurose, etc. Un cas décrit par M.Mueller, où il y avait une tendance au sîaphyîôme du corps ciliaire, nous paraît avoir été plutôt une

hydrophthalmie antérieure qu'une véritable conicité de la cornée. L'ophthalmie concomitante n'a été observée qu'à la suite de l'emploi de moyens irritants. Je n'ai point rencontré chez mes malades d'état pathologique général capable d'être regardé comme la suite ou la cause de l'affection locale, abstraction faite de la dysménorrhée et de légères congestions cérébrales dont il sera question plus tard.

En raison de l'absence de toute complication , la vue en général ne subit aucun changement autre qu'une myopie plus ou moins grande, proportionnée au degré de déformation de la cornée , et s'expiiquant facilement par le changement que celle-ci doit faire subir à la réfraction des rayons lumineux. Gomme tous les myopes, les malades sont forcés de clignoter, pour voir avec plus de netteté à distance. Au plus haut degré de la maladie, lorsqu'elle occupe également les deux yeux , la myopie, portée à son maximum et empêchant les malades de se conduire seuls, même à l'aide de verres concaves, équivaut à la cécité. La vision est meilleure à une lumière douce et pour les objets placés latéralement, à cause de la plus grande déformation de la cornée à son centre et de la légère opacité du sommet du cône. Elle gagne notablement lorsqu'on fait regarder le malade à travers un petit trou pratiqué dans une carte ; mais au plus haut degré de l'affection cette amélioration est nulle ou peu sensible. D'après M. Wardrop et plusieurs autres médecins, les corps lumineux distants seraient vus doubles ou multiples, ce qui s'expliquerait, d'après sir D. Brewster, par la présence sur la cornée de petites éminences sphériques et de petits creux, éminences et creux dont ce savant distingué croit l'existence démontrée par des expériences de physique qu'il a faites, sans assurer

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qu'il les ait aperçus à l'œil nu ou à la loupe. Pour ma part, dans aucune de mes nombreuses observations je n'en ai vu, bien que généralement j'aie examiné à l'aide d'un verre grossissant le sommet du cône , à cause de ses opacités superficielles. Aussi aucun de mes malades n'a-t-il accusé spontanément Je phénomène de la diplopie ou polyopie, et ceux à qui j'ai adressé des questions sur ce point ont toujours répondu négativement. Cette circonstance ne peut donc être regardée comme constante. Il en est de même de quelques cas dans lesquels les objets ont été vus colorés, décolorés ou défigurés.

V. Sur une légère opacité qui se trouve constamment, selon ?ious, au centre de la conicité de la cornée. — Les auteurs qui ont écrit sur celte maladie ont en général signalé le cône de la cornée comme entièrement transparent. Quelques-uns d'entre eux ont cependant indiqué, comme existant quelquefois accidentellement ou comme se formant consécutivement^ la conicité et pendant son progrès, des points opaques sur celte élévation. Pour ma part, j'ai constamment vu, et j'en ai été frappé dès mes premières observations remontant au-delà de quinze ans, une opacité d'ordinaire très-limitée, peu profonde et d'une teinte très-claire , située au sommet du cône ou sur ses côtés, plus ou moins près du sommet. Toujours je l'ai reconnue à l'œil nu ; les personnes auxquelles je l'ai fait voir, lorsque d'abord elles en doutaient, ont toujours fini par la reconnaître à l'aide de la loupe. C'est une petite taie ou cicatrice superficielle blanc bleuâtre ou blanchâtre, peu foncée à son centre et s'elfaçant peu à peu à sa circonférence, dont l'étendue est variable. Quelquefois il y en a plusieurs, contigue*s les unes aux autres ; quelquefois aussi la couleur de la taie

est plus foncée; M. Textor Ta vue blanc jaunâtre. Toujours, je le répèle, elle est placée sur le sommet; jamais je n'en ai vu située plus près de la circonférence. Je ne l'ai pas non plus vue très-épaisse et foncée, de manière à supposer qu'elle ait pu être la suite d'une ulcération pénétrante, bien que, selon Schmidt , quelques auteurs disent avoir vu une cicatrice fine dans la membrane de l'humeur aqueuse. De bonne heure j'ai pensé que cette opacité ne pouvait être l'effet d'un simple hasard, et qu'elle devait avoir quelque influence sur la production de la conicité. Des observations ultérieures sont bientôt venues me montrer la justesse de ma supposition, comme nous allons Je voir.

VI. Pathogénie. — Personne jusqu'ici n'a expliqué comment se développe cette singulière maladie , et quelle est l'altération de la cornée qui la produit. Les uns l'ont attribuée à une espèce d'hydrophthalmie antérieure, les autres à une action défectueuse des vaisseaux nourriciers de la cornée, ou à l'amincissement et à la distension de celte membrane; d'autres encore à son induration; d'autres enfin à son épaississement et à son hypertrophie, ou à une espèce de végétation de son tissu. Cette dernière opinion , émise d'abord par Adams, a été adoptée par Himly, auteur d'une des monographies les plus complètes sur celte maladie, mais qui , chose singulière et preuve suffisante de sa rareté, surtout dans certains pays, n'en a jamais observé lui-même un seul cas, malgré l'étendue très grande de sa clientèle ophthaîmologique. Ce célèbre professeur a imposé à l'affection, fortmalà propos, à notre avis, le nom àliyperkeratosis, expression formée par analogie des mots hyperostosis, hypersarcosis, etc., se fondant sur une simple hypo-

thèse qui depuis a été réfutée positivement par I'anatomie pathologique. Nous croyons au contraire que la saillie de la cornée dépend de son amincissement et de sa distension, et se développe toujours à la suite d'une ulcération plus profonde au centre, s'effaçant peu à peu vers la circonférence, ulcération dont la cicatrice, étant toujours plus mince et moins résistante que les parties saines de la cornée, cède successivement à la projection des humeurs de l'œil produite par le jeu des muscles, et finit par former une protubérance. Cette protubérance, plus forte au centre, c'est-à-dire à l'endroit de la cicatrice, où la membrane est toujours plus mince et plus faible, doit nécessairement, avec le temps, prendre une forme conique. C'est au sommet ou dans son voisinage immédiat que doit se trouver, et se trouve en effet toujours, selon mon expérience , une petite cicatrice , la perle de substance de la membrane étant toujours plus considérable au milieu. L'opacité est légère parce que l'ulcération est peu profonde, et que, loin d'être taillée à pic, elle se perd insensiblement vers la circonférence. Souvent même, comme nous le verrons plus tard, la maladie passe par la forme du kératocèle avant de revêtir celle de la conicité de la cornée; or, les kératocèîes se guérissent fréquemment avec fort peu d'opacité, semblables, sous ce rapport, aux ulcères en facettes.

Cette explication, basée sur l'existence constante, selon nous, d'une petite opacité sur le sommet de la tumeur, est extrêmement importante pour la thérapeutique. Établie depuis longtemps, elle est entièrement confirmée par le résultat d'une autopsie, dont je n'ai eu connaissance que depuis peu, et par des observations que j'ai eu occasion de faire,

et qui n'avaient point été faites auparavant, tant sur la première période du développement de la conicité de la cornée, que sur la marche de certains kératocèles qui se transforment en slaphylômes pellucides coniques, et sur la conicité partielle de la cornée. Enfin cette théorie peut s'étayer d'une guérison radicale d'un cas de conicité très-avancée, obtenue par un traitement dirigé d'après des indidications qui nous ont été fournies par ces idées sur la pathogénie de la maladie.

Occupons-nous successivement de ces différents points.

VII. Anatomie pathologique, — La seule dissection qui ait été faite a été pratiquée en 1830 par feu Jaeger, professeur de clinique chirurgicale à la faculté d'Erlangen, et par M. Wagner, alors prosecteur à la même faculté, et actuellement professeur de physiologie à celle de Gôtlingue. (Schmidr, thèse sur l'hyperkeratosis. Erlangen, 1830, § S.) Les deux yeux d'un homme de cinquante-neuf ans étaient affectés de conicité de la cornée. Sur l'œil • droit il y avait une cicatrice évidente superficielle et non également opaque partout, se dirigeant de haut en bas; la distension de la cornée était presque sphérique et plus forte en bas. Une légère pression, exercée sur le globe oculaire avant la dissection, rendait la cornée saillante. Lorsque, après la dissection, on saisissait cette membrane entre les doigts, on voyait au milieu de sa face postérieure une excavation évidente, entourée d'un épais bourrelet. Le tiers moyen de la cornée, c'est-à-dire son centre, était trois fois plus mince que d'ordinaire, semblable à du papier à lettre; ses deux autres tiers, formant sa circonférence, étaient considérablement épaissis, et cela évidemment dans les lames

moyennes, ses lames externes et internes, c'est-àdire antérieures et postérieures, étant restées normales; la substance des lames moyennes était homogène. L'épaississement de la circonférence se perdait insensiblement dans la partie amincie, de sorte que cette dernière avait une étendue égale à celle d'une pupille modérément dilatée. A la surface interne de la cornée on n'apercevait aucune cicatrice; la membrane de l'humeur aqueuse était normale et non épaissie.

La cornée gauche présentait une conicité plus prononcée. La convexité se dirigeait presque directement du bord de la cornée vers son milieu, et le point le plus élevé semblait être un peu au-dessus du centre, à quelque distance au-dessous duquel commençait également une légère opacité, plus forte que celle de l'autre œil, et semblable à une escarre de pierre infernale. La dissection de cet œil montrait la cornée un peu épaissie dans sa circonférence, et amincie de moitié environ dans son milieu.

Cet homme était aveugle de naissance; une sœur et un frère, morts avant lui, l'avaient été également. Ses yeux présentaient les mouvements involontaires ordinaires dans les cécités congéniales ou anciennes. Les iris étaient légèrement concaves, ce qui tenait sans doute aux suites d'une ancienne ophthalmie interne, dont quelques traces furent trouvées lors de la dissection ; car dans les cas non compliqués, comme nous l'avons déjà dit, la position de l'iris est normale. Sur l'œil gauche, la ponction avait été faite sans aucun résultat.

De ce rapport de M. Schmidt, nous tirons les conclusions suivantes : 1° La conicité de la cornée est l'effet de l'amincissement et de la distension du

centre de cette membrane, consécutifs à une ulcération non perforante. 2° Le pourtour de la membrane peut être épaissi. 5° Le même amincissement avec distension peut donner lieu à un staphylôme pellucide d'une forme plus sphérique, lorsque la partie amincie l'est à un moindre degré, dans le cas d'une cicatrice plus opaque et plus ferme, par exemple, ou que l'usure des lames de la cornée occupe une plus grande étendue ou est plus uniforme.

VIII. Caractères de la eonicité pendant sa première période. — Lors de son début, la eonicité de la cornée se montre comme une saillie à peine perceptible , comme une petite papille conique transparente un peu opalescente sur ses côtés, opaque et d'un blanc bleuâtre à sa pointe un peu emoussée. On dirait une taie de la cornée qui commence à devenir saillante à son sommet. La teinte opaline, lorsque la maladie n'existe pas depuis longtemps, s'étend jusqu'à sa base et même un peu au delà, en allant toujours en s'éclaircissant, de sorte que, pour la reconnaître à la circonférence et au delà, il faut quelquefois le secours d'une loupe. En regardant l'œil en face, un observateur peu exercé ne reconnaît pas la saillie ; tout au plus y voit-il une espèce de facette de la cornée, comme celles qui résultent des ulcérations superficielles laissées par des phlyetènes ; mais cette facette est surmontée d'une petite opacité. Examinée de profil, la cornée présente une eonicité bien prononcée, mais très-peu élevée et très-circonscrite, occupant le plus souvent son centre. Placée à une lumière vive et dans une position convenable, elle fait voir à un certain degré, au sommet du petit cône, cet éclat luisant, qui est si caractéristique pour les pé-

riodes plus avancées de la maladie. En outre, i! existe déjà un degré très-marqué de myopie que des lunettes concaves très-fortes ne corrigent qu'incomplètement , myopie qui devient surtout très-frappante quand un œil est seul affecté,. et qu'avant la maladie le foyer visuel était normal. À cette période, l'a ifec lion est très-souvent méconnue même par des hommes spéciaux et exercés dans le diagnostic des affections oculaires.

On ne peut se refuser à voir, dans celte phase de l'affection, une cornée amincie et superficiellement cicatrisée, qui commence à se soulever dans sa partie centrale.

IX. Këratocèles se transformant en conicitês de la cornée. — On sait que le nom de kératocèle (hernie de la cornée) a été donné à une élévation diaphane, vésiculeuse et plus ou moins étendue de la cornée, formée par la prolrusion d'une ou de plusieurs de ses lames, lorsque les autres ont été détruites par une ulcération de la surface externe ou interne de cette membrane.

Lorsqu'un kératocèle a existé un certain temps sans se réduire et se cicatriser, la partie amincie de la cornée qui le forme peut parfois s'épaissir dans quelques parties, par suite de l'irritation qu'y exercent d'un côté l'air ambiant et le froissement des paupières, et, d'autre part, la pression incessante exercée par les humeurs de l'œil, poussées vers la membrane affaiblie pendant chaque contraction des muscles. Mais que cet épaississement existe ou non, toujours la portion distendue de la membrane devient de pins en plus saillante, et finit peu à peu par prendre une forme et un aspect tout à fait semblables à ceux de la cornée conique; seulement

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le cône, lorsque le kératocèle a élé volumineux, est beaucoup plus large et plus plat à son sommet, (leci s'explique facilement par les considérations suivantes. Dans le kératocèle d'une étendue limitée, une portion mince et peu résistante, mais circonscrite de la cornée, est entourée d'une autre partie de cette membrane, dont l'épaisseur va toujours en croissant, les bords de l'ulcération primitive ayant d'ordinaire été taillés en biseau. La pression des muscles et des humeurs incessamment chassées vers la membrane la moins résistante agira sur chaque partie de la cornée en raison de ses dimensions ; donc la portion centrale, la plus mince, doit supporter la distension la plus forte, devenir beaucoup plus saillante, et former le sommet plus ou moins pointu d'un cône. J'ai été à même plusieurs fois d'observer quelque chose de semblable dans des ulcérations de la cornée. Encore tout récemment j'ai vu sur l'œil d'un enfant nouveau-né une ulcération assez étendue et plus profonde au centre ; après vingt-quatre heures il y avait à la place de l'ulcération une protrusion conique de la cornée. Dans le kératocèle étendu, au contraire, occupant la presque totalité de la surface cornéenne,la pression de dedans en dehors, Vimpetus a tergo des anciens, en agissant sur une membrane également amincie dans une grande étendue, la soulève presque uniformément dans tous ses points, et produit tantôt un cône à sommet tronqué ou aplati et d'une forme moins régulière, tantôt même une élévation plus ou moins sphérique. Lorsqu'une ulcération a été précédée d'infiltration inlerlamellaire , et que celle-ci persiste en partie après la formation d'un kératocèle, la circonférence de la cornée peut être épaissie dans le pourtour de la hernie et de la coni-

cité qui y succède; c'est ce qui a eu lieu dans le cas décrit dans !e paragraphe VIL

Nous voyons de temps à autre à notre clinique une femme chez laquelle un staphyîôme pellucide de la cornée, formé depuis plusieurs années à la suite d'un kératocèle, trahit encore aujourd'hui son origine par quelques caractères qui lui impriment un cachet particulier. Ainsi la proéminence de la cornée est moins régulièrement conique et ressemble moins à un nouveau de cristal massif qu'à une élévation à parois vitrées minces. La transition de la partie saine de la cornée en sa partie déformée est plus brusque, et on peut encore à un cerlain degré reconnaître à la base de la tumeur les bords de l'ancienne ulcération qui l'encadrent. Un dessin que nous conservons n'a pu qu'imparfaitement rendre ces caractères.

En parcourant, pendant la rédaction de ce mémoire, les auteurs qui ont traité le même sujet, j'ai trouvé avec une grande satisfaction un nouvel et puissant appui à l'opinion que je viens de développer, dans celle d'un ophthalmologiste distingué, M. Benedict (de Breslau). Nous ne pouvons nous empêcher de traduire textuellement ce qu'il dit {Traité d'ophthalmologie pratique, t. 111, p. 237) sur l'origine et la nature du staphyîôme pellucide de la cornée. « Le nom de procidence de la cornée {prolapsus corneae) nous semble préférable à celui de staphyîôme pellucide conique de la cornée, par les raisons suivantes. Cette membrane n'a subi aucune ulcération notable dans sa structure, et généralement aucune de ces parties n'a éprouvé par la phlegmasie une destruction considérable. La maladie, an contraire, consiste essentiellement dans le changement de la forme convexe de la surface de la

cornée en une forme conique, et en ce que cette membrane, la cohésion de ses lames et fibres étant diminuée, est réellement poussée en avant et forme pour ainsi dire procidence. La maladie se développe de deux manières. Tantôt elle est la suite d'une kératite qui a produit une ulcération au mileu de la surface de la membrane. C'est probablement cette ulcération qui, en frappant le centre de l'organe dans lequel se réunissait et sur lequel s'appuyait pour ainsi dire la convexité du reste de la membrane, donne lieu au changement successif de la forme convexe en conique. Les quelques cas de prolapsus (c'est-a-dire conicité) de la cornée que fai observés avaient tous été développés de cette manière. La phlegmasie était éteinte depuis longtemps ; mais la petite cicatrice circulaire du milieu de la cornée restait comme suite de l'ulcération, et la proéminence conique, présentant à son sommet la cicatrice mentionnée, s'était peu à peu développée sous ces circonstances. Tantôt, selon l'assertion de plusieurs médecins, la maladie survient sans aucune

trace d'inflammation »

La phrase que nous avons soulignée est pour nous de la plus haute importance. Quant au nom de la maladie, nous avons déjà dit que nous croyons préférable celui de conicité de la cornée, les mots de procidence ou de prolapsus de cette membrane étant synonymes de celui de kératocèle. Or, tout kératocèle ne se transforme pas nécessairement et constamment en slaphylôme pellucide conique.

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