Amélioration très notable. Lotions d'eau chaude
17 octobre. — L'œil droit est revenu dans le même état qu'au mois de septembre ; raclage de la muqueuse et cautérisation consécutive avec le nitrate d'argent à 1 p. 100.
Du 17 octobre au 11 décembre, j'emploie alternativement le nitrate d'argent, le sôus-acétate de plomb, le raclage de la muqueuse, le sulfate de cuivre, mais la maladie résiste avec une ténacité incroyable et il ne survient aucune amélioration sensible. Je me décide alors à employer simplement des lotions de borate de soude à 1 p. 100 et un collyre au tannin. Au bout de dix jours de ce traitement, je suis obligé de revenir au sousacétate de plomb et aux scarifications car le trachome est redevenu très épais. La guérison de l'œil gauche se maintient.
13 janvier 1884. — L'amélioration ne fait plus aucun progrès. Désespéré de ne rien obtenir, je me décide à. pratiquer le massage de la muqueuse en la frictionnant légèrement, pendant une minute environ, avec la pulpe du doigt après avoir retourné la paupière. 11 en résulte, les jours suivants, une conjonctivite catarrhale extrêmement intense, qui cède aux moyens émollients
GUÉRISON DU TRACHOME PAR LE JEQTJIRITY idl
et aux lotions de sous-acétate de plomb, mais n'amène aucun changement favorable dans l'état de la muqu^se.
J'en étais là lors de la réunion du Congrès de la Société Française d'Ophtalmologie, à la fin de janvier 1884, et je faisais connaître âmes collègues ce fait singulier qu'une même maladie aux deux yeux avait guéri à gauche au bout de deux mois de traitement et après trois séries de lotions avec la macération de jequirity, tandis qu'elle résistait à droite après huit mois de traitement, cinq séries d'applications de jequirity, un massage conjonctival et de nombreux pansements avec le nitrate d'argent, le sous-acétate de plomb, le sulfate de cuivre, le borax, le tannin. Le fait était certainement singulier et restait inexplicable, comme tant d'autres, du reste, relatifs à l'emploi du jequirity et il pouvait rendre compte, jusqu'à un certain point, de la divergence d'opinion des expérimentateurs qui avaient employé la plante brésilienne et obtenu des résultats divers.
Le malade, de son côté, bien qu'il fût encouragé parle résultat favorable et si prompt qu'il avait obtenu pour son œil gauche, avait fini par désespérer de guérir, et un beau jour, au commencement de février, il cessa de revenir chez moi.
Pendant deux mois, il ne fit aucun traitement et se contenta de faire chaque jour des lotions sur l'œil malade avec de l'eau de son. Il appliqua aussi un vésicatoire permanent au bras.
Le 1er avril, sur mon conseil, il revint chez moi. Ayant retourné les paupières, je pus constater que la guérison se maintenait à gauche, mais qu'à droite le trachome était revenu dans le même état que neuf mois auparavant. La conjonctive était fongueuse et saignante, la paupière inférieure fortement renversée en dehors, la sécrétion abondante.
En présence du résultat peu favorable donné par l'expectation, je le décidai facilement à tenter une nouvelle application jequiritique avec des graines fraîches que m'avait données M. de Wecker. Cette fois, je préparai à froid une macération à 5 p. 100 et le lendemain je frottai fortement la paupière renversée avec une petite éponge trempée dans le macéré. Le mrme pansement fut fait trois fois dans la journée et deux fois le lendemain. La conjonctivite fut très peu intense, le malade n'éprouvait aucune douleur. Pendant quatre jours la macération de jequirity fut employée en lavages trois fois par
MÉMOIRES D'OPHTALMOLOGIE PRATIQUE.
jour sans produire d'inflammation bien intense puis, pendant trois jours, le m#de, pour ne pas être incommodé dans la journée, se contenta d'employer le médicament en collyre à la dose de quatre ou cinq gouttes le soir avant de se coucher.
L'effet parut plus intense et, le 9 avril, il survint une grande photophobie, et un léger trouble de la cornée. Les paupières étaient très tuméfiées et bien que la douleur fût presque insignifiante la nuit suivante se passa sans sommeil, j'ordonnai de suspendre le médicament.
Le 14 avril, la conjonctivite jequiritique était à peu près guérie mais la paupière présentait le même aspect qu'avant le traitement. Je fis un raclage assez énergique avec le scarificateur de Desmares et cautérisai la surface saignante avec la solution de nitrate d'argent à 1 p. 100.
Le 24 avril, le malade revint me voir, et ce fut avec un véritable étonnement que je constatai la disparition à peu près complète du trachome. Le renversement de la paupière inférieure n'existait plus et la muqueuse de la paupière supérieure était lisse, mince et rosée. Je fis une légère cautérisation avec la solution de nitrate d'argent à 1 p. 100, et assurai le malade que, cette fois, la guérison complète me paraissait très prochaine. A huit jours d'intervalle, pendant un mois et demi, je fis encore des cautérisations semblables puis le malade alla passer quinze jours à la campagne.
A son retour, le 18 juin, l'état de la paupière était toujours très satisfaisant et, bien qu'il existât dans le cul-de-sac supérieur quelques petites papilles hypertrophiées, la guérison pouvait être considérée comme définitive. Depuis cette époque, j'ai revu plusieurs fois le malade et j'ai pu m'assurer que la guérison était absolument complète.
J'ai cru devoir donner cette observation tout au long parce qu'elle est fort instructive à plusieurs points de vue, et qu'elle fournit des renseignements importants sur l'action du jequirily comparée à l'emploi des divers autres moyens dont on disposait contre le trachome avant que M. de Wecker eût fait connaître en France cette précieuse plante à laquelle tant de malades doivent déjà l'amélioration ou le retour de la vue.
Cette observation est encore intéressante à un autre titre :
GUÉRISON DU TIUCHOME PAR LE JEQUIRITY ioV
elle démontre qu'il ne faut pas se décourager si on n'obtient pas de résultats immédiats et que la guérison peut se faire longtemps attendre et survenir au moment où on n'y comptait plus; elle renforcera la foi des timides et des hésitants et convaincra peut-être les incrédules en leur montrant par des détails suffisants que probablement la plupart des insuccès attribués au jequirity sont dus à ce que les expérimentations ont été faites à la hâte et n'ont pas été poursuivies avec assez 'de patience et de ténacité. Parce qu'une, deux ou trois applications de jequirity sont restées sans aucun effet, il ne faut pas en conclure que la guérison est impossible par l'emploi de ce médicament et comme, en somme, il n'est ni plus dangereux, ni plus désagréable que le nitrate d'argent, le sous-acétate de plomb, le sulfate de cuivre, etc., qu'on emploie pendant des années entières, je ne vois pas pourquoi on ne l'associerait pas à ces médicaments qui peuvent être de précieux adjuvants comme ils l'ont été incontestablement dans le cas que je viens de rapporter. La plupart des statistiques défavorables qu'on a données relativement à l'action du jequirity sont à peu près toutes entachées d'une cause d'erreur extrêmement importante sur laquelle on n'a peut-être pas assez insisté dans les discussions: elles reposent sur des observations incomplètes, prises trop à la hâte et poursuivies avec une ténacité insuffisante. Le nombre des observations ne saurait remplacer la qualité, et bien que celles qui sont favorables se comptent déjà par milliers, les détracteurs du médicament ou les sceptiques ne seront pas embarrassés pour en produire à leur tour un aussi grand nombre de négatives s'ils ne veulent pas employer le jequirity selon les règles aujourd'hui bien établies et, bien connues. La statistique, encore une fois, ne démontrera donc rien que ce qu'on voudra lui faire démontrer, et ne fera pas avancer d'un pas la question du jequirity. C'est à chaque médecin de profiter de l'expérience des autres pour sa propre instruction, et de savoir discerner les observations complètes et probantes de celles qui ne le sont pas. Dans un autre chapitre, du reste, je reviendrai sur cettte importante question du jequirity, que je ne fais pour ainsi dire que mentionner ici, comme un des médicaments à apposer au trachome.
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