‹ Mémoires et observations d'ophthalmologie pratique [electronic resource]Chapitre 2 sur 106 · AVANT - PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT - PROPOS

La science médicale vit d'observation (ne devrais-je pas dire d'observations?), et plus on avance dans la carrière plus on acquiert la conviction que le malade est le meilleur livre et le meilleur sujet d'expérimentation pour compléter les premières études classiques et asseoir le jugement du médecin qui considère sa science non comme une simple profession, dite libérale, mais comme un art ayant tous les attraits de la science appliquée. Les anciens avaient bien compris l'importance des observations médicales, dont ils réunissaient parfois des volumes entiers, et si l'interprétation des faits observés était souvent erronée, faute des moyens d'investigation si perfectionnés et si sûrs que nous fournit la science moderne, ces livres n'en étaient pas moins utiles aux praticiens, car non seulement ils contenaient le fruit d'une observation longue et attentive, mais encore ils enseignaient la manière d'examiner les malades, de fonder le pronostic et de diriger le traitement.

Si, avec le temps, les méthodes d'observation et de traitement ont considérablement varié et varient encore, pour ainsi dire, chaque jour, les maladies, elles, sont restées les mêmes ; seulement quelques-unes ont changé de nom, et un grand nombre d'autres ou ont été découvertes, ou ont été séparées d'autres affections avec lesquelles elles étaient confondues jadis.

Avec les découvertes de l'anatomie pathologique, de la physique, de la chimie, de l'histologie, la médecine est sortie du champ de l'hypothèse; la plupart des phénomènes morbides

ont reçu une explication scientifique qui a fait disparaître à peu près les anciennes influences d'école, et si aujourd'hui dans quelques cas nous ne sommes pas toujours d'accord sur l'interprétation des lésions ou des symptômes, du moins le sommes-nous, le plus souvent, sur la nature même des altérations pathologiques et sur l'action physique ou chimique de certains agents ou les fonctions de certains organes.

L'ophtalmologie a été cultivée avec amour à la fin du siècle dernier et au commencement de celui-ci, mais, il faut bien le dire, en dehors des affections externes de l'œil, de l'iritis et de la cataracte, presque tout le reste était inconnu ou hypothétique. L'admirable secours que nous a prêté la physique, en nous permettant non seulement d'examiner les milieux transparents, la rétine, la choroïde, le nerf optique, mais encore de deviner des lésions situées jusque dans la profondeur ou dans les couches corticales des hémisphères cérébraux ; en nous donnant la raison de certains phénomènes biologiques ou pathologiques; en nous faisant découvrir des maladies générales : le diabète, l'albuminurie, l'ataxie, la syphilis, etc., n'a pas peu contribué à donner à l'ophtalmologie un degré de précision souvent mathématique, et c'est ce qui explique l'essor rapide qu'a pris cette science depuis la découverte de l'admirable instrument de Helmoltz.

Les traités d'ophtalmologie sont déjà nombreux et, la plupart, excellents ; ils renferment des détails plus ou moins étendus sur toutes les maladies des yeux aujourd'hui connues, mais ils sont forcément obligés de se borner à des généralités et de donner la marche ordinaire des maladies. Souvent aussi, quand il s'agit d'interprétation et de traitement, ils reflètent d'une manière trop exclusive l'opinion ou la manière de procéder de l'auteur. Ces ouvrages sont indispensables et doivent formelle fonds non seulement de la bibliothèque, mais encore de l'instruction de l'oculiste; toutefois, depuis quelques années, des auteurs de traités de médecine ou de chirurgie générale ou spéciale, qui tiennent dans la science la première place, ont pris l'habitude de publier leur enseignement sous forme de leçons; ces livres, qui sont souvent le fruit de profondes études, ont toujours un grand succès et personnifient , pour ainsi dire, leurauteur en lui permettant de résumer, sous une forme simple

el concise, le résultat de sa pratique; ils tiennent Le mil uni entre les publications faites dans les journaux et les ouvrages didactiques : les premières étant souvent trop succinctes ou trop spéciales, et les autres ayant un caractère trop général.

Si je n'ai pas donné à ce livre le titre de «Leçons sur l'ophtalmologie» qu'on attribue souventà des travaux faits à tête reposée dans le silence du cabinet, c'est que je l'ai trouvé trop prétentieux; le titre que j'ai choisi me paraît, du reste, convenir parfaitement à tous les sujets que j'ai traités dans ces pages, fruit de longues années de pratique journalière. Je n'ai jamais cherché à faire de l'érudition; quelquefois môme certaines observations ont été données sans aucun commentaire, lorsque je ne pouvais en déduire que des hypothèses, et comme une simple contribution de faits cliniques à tel ou tel chapitre de la pathologie oculaire. D'autres fois, cependant, j'ai cherché à étudier à fond certaines questions, et on trouvera dans ce volume quelques monographies que je me suis efforcé de faire complètes tout en excluant rigoureusement le superflu et l'inutile.

Un assez grand nombre d'observations et de sujets publiés dans ce volume ont déjà paru, il y a plus ou moins longtemps, dans divers journaux ou dans les Bulletins des Sociétés savantes, mais en les reprenant pour l'impression je les ai, pour ainsi dire, mis à jour, et tel fait clinique ou tel point de pratique sur lesquels je m'étais prononcé, après quelques mois d'observation, reparaissent maintenant avec un complément de huit ou dix années d'expérience et parfois avec des conclusions opposées à celles que j'avais tout d'abord formulées.

Les observations ou mémoires ont été classés en chapitres distincts, par organes, et le lecteur pourra aisément et rapidement trouver les sujets sur lesquels portent ses recherches. Sans avoir la prétention d'écrire un traité des maladies des yeux, j'ai abordé cependant l'étude d'un assez grand nombre de maladies parmi les plus importantes ou les plus intéressantes, et j'ai toujours donné mon avis sans parti-pris, avec la meilleure bonne foi et la plus grande sincérité. Ceux qui me liront diront si j'ai fait œuvre utile; pour moi, je n'ai qu'un désir, c'est de rendre service aux commençants, et leur éviter les déboires et les ennuis des débuts de la carrière, en leur donnant les résultats d'une expérience déjà longue. Quanl à

ceux pour qui l'ophtalmologie n'a plus de mystères, je serai trop heureux s'ils daignent me consulter, soit pour avoir mon avis, soit pour connaître le résultat de ma pratique sur les questions pour lesquelles ils n'auraient pas de convictions absolument arrêtées.

Enfin, dans un dernier chapitre, j'ai décrit quelques instruments nouveaux qui n'avaient pu prendre place dans le courant de l'ouvrage et qui me paraissent avoir de notables avantages sur d'autres appareils destinés aux mêmes usages, ou répondre à des désiderata reconnus par moi dans ma pratique personnelle, ou exprimés par d'autres ophtalmologistes.

Dr H. Armaignac.

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